Zetsubou Baby : le harcèlement c’est cool

Derrière ce titre quelque peu putassier, veuillez me pardonner, se cache une réflexion de fond sur des pratiques et des comportements que je retrouve régulièrement chez des personnages de manga, généralement masculins, fortement discutable, voire carrément nauséabond.

Quand j’étais ado, je lisais beaucoup de shonen mais pas tellement de shojo. C’était pas vraiment ma tasse de thé (exceptés les mangas de Yuu Watase) et le magazine de prépublication français Magnolia orienté « filles » n’aidait pas non plus avec ses rubriques beauté/cuisine entre deux chapitres. Néanmoins, mon goût pour le shojo manga est venue petite à petit, sans doute parce que je suis tombé en amour avec les adaptations des années 70/80 qui étaient rediffusées sur nos écrans. Quoiqu’il en soit, j’en suis venu aux mangas, malgré le fait que j’ai finie par apprécie le genre, j’ai fini par devenir très critique en même temps que mes goûts évolués. Bien que certains titres soient très sympas, je trouve que ce que l’on nous propose en shojo manque cruellement de diversité -alors qu’il en existe- mais surtout recyclent les mêmes clichés. Certains fonctionnent encore sur moi, parce que je dois sans doute être au fond un coeur d’artichaut, mais d’autres me semblent provenir d’un autre siècle complètement rétrograde. Je vois le manga, et par extension le shojo, comme un loisir, tout comme un divertissement et une passion. Cependant, le manga a montré qu’il pouvait être plus que cela, il pouvait ouvrir à la culture au sens large et inculquer aux gens de valeurs comme l’amitié, le courage, l’entraide etc…

Néanmoins, j’éprouve des doutes face à certaines œuvres dont les personnages ou l’histoire me font plus que tiquer. Parfois, je pardonne à un personnage ses défauts parce que je suis faible ou que l’auteur sait si prendre pour me faire croire que c’est pas si grave et que dans ce contexte ci, ça passe. Toutefois, il y a des cas où cela n’est pas pardonnable. Comme je l’ai évoqué plus haut, le manga peut inculquer, influencer, volontairement ou non. Sans aller jusqu’à dire que les ados sont des êtres décérébrés, je pense que certains sont capable de recul et de faire preuve de jugement, certains sont influençables. Le fait qu’un comportement « anormal » soit jugé acceptable et normal par l’auteur, peut être ensuite perçu et assimilé comme normal et acceptable par le lecteur. Dans le cas du shojo, il existe plusieurs clichés et je ne vais pas tous les détaillés. Il y  en a un qui revient souvent c’est celui de l’odieux connard populaire. Vous savez le type qui traite l’héroïne comme de la merde, voire comme d’un objet dont il dispose, qui parfois par un twist scénaristique fumé en fait son « esclave » ? Mais comme apparemment l’adage nous dit que les femmes aiment les connards, l’héroïne finira par en tomber amoureuse et révéler la couche de guimauve qui se cache sous le pervers narcissique. Je suis sure que chacun de vous à un exemple qui lui vient en tête….

Bref, cette longue introduction pour dire qu’un beau jour, je suis tombé sur Zetsubou Baby et que c’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase.

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En même temps, la couv’ du 1er volume m’avait prévenu du contenu…

Mais de quoi ça parle au juste ?

Zetsubou baby est un shojo manga bouclé en 2 tomes et dessiné par Hina Sakurada. L’héroïne de l’histoire, Kasumi, est une jeune fille tout ce qu’il y a de plus banal qui n’a pas vraiment d’amis et, HORREUR, pas de copain. Bref, elle vivait tranquillement dans sa solitude jusqu’au jour où elle ramasse le mouchoir du beau gosse ultra riche et populaire  et accessoirement odieux connard, de sa classe ce qui attirera l’attention de ce dernier pour la pauvre malheureuse. A partir de là, il va se mettre à la poursuivre de ses assiduités. Et quand je dis poursuivre, c’est vraiment poursuivre, partout, où qu’elle aille….

Je crois que je n’ai jamais vu héroïne plus effrayée et le regard figé dans l’horreur à chaque case que celle-ci. Nous avons droit à tout les clichés : baiser forcé, plaquage contre le mur, menace, chantage, kidnapping, tentative de viol….la totale. Mais vous comprendrez chers lecteurs que tout ceci est normal car fait au nom de l’amour. L’amour c’est très pratique.

Kasumi n’a au départ pas grand chose pour elle. Elle est banale, jolie mais sans plus. On ne l’a remarque pas. Apparemment mise au placard par ses petits camarades au collège, elle a vite développé des difficultés à se faire des amis et a sociabiliser. Le lycée est pour elle l’occasion d’un nouveau départ, qu’elle rate malheureusement. Son manque cruel de confiance en soi, la fait se mettre à l’écart volontairement et ce ne sont pas ses camarades qui iront l’aider à sortir de sa coquille car ils sont inexistants dans l’histoire. Jusqu’à ce que « boum » entre le personnage masculin. Tout les clichés sont réunis : beau gosse (l’auteur aimera nous montrer ses pec’ de bel éphèbe), riche à un point où s’en est ridicule (je prend mon petit déj’ en Corée et j’arrive avec mon jet privé pour la 1h de cours), les filles qui lui bavent dessus parce que…euh…voilà, un sens des valeurs qui n’est pas celui du commun des mortels (un kebab foie gras à 1300€ c’est donné) et un comportement égoïste justifié parce que le pauvre il est riche et les enfants riches c’est forcément pourri gâtés.

A peine le premier chapitre entamé que l’on nous présente ce beau jeune homme comme imbuvable et imbu de sa personne. Juste parce que l’héroïne lui a rendu son mouchoir plié (geste fait par pur automatisme) sans ce soucier de qui il est, il décide qu’elle sera sienne. Sa « femme », la manière dont la scène est décrite ne permet pas de tendre le terme vers le sens d’épouse mais plus celui d’objet : « you will become my woman ». Juste avant que cette dernière s’enfuit de peur et qu’il la poursuive en parlant d’elle comme d’une « cible » qu’il ne faut pas laisser échapper et qu’il faille capturer. Il est d’ailleurs près à envoyer une 50taine d’hommes à sa poursuite -ce qui lui vaut quand même un reproche sur le fait qu’il risque de se faire arrêter avec de telles pratiques- (Non tu crois ?! et dire que ce passage est traité sur le ton de l’humour, un peu par dessus la jambe).

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Il passe son temps à l’insulter, la traiter d’idiote et autres joyeusetés. Décide à sa place : il décide unilatéralement qu’elle sera sa copine car elle est sa femme idéale -alors qu’il ne la connait même pas et qu’elle n’est pas spécialement pour-, lui achète des vêtements, décide de ce qu’elle va porter, lui dit quoi faire….

Sans oublier toutes les belles phrases qu’il lui sort, censées être d’un romantisme profond…

« Même si je meurs tu ne t’échapperas pas. Sors avec moi et je te rendrai heureuse. » : Tu as deux options mais en réalité je ne t’en laisse qu’une seule. Tu resteras enfermée jusqu’à ce que tu dises oui.

« Si tu essaies de t’échapper je t’enfermerai ici, peu importe combien je t’aime » : Rends-toi compte de ce que je suis obligé de faire par amour, ça me fait mal, c’est de ta faute.

La raison pour laquelle il s’intéresse à elle, est parce qu’elle ressemble à son héroïne de drama préféré et qu’il aime les femmes douces et calmes (pures et naïves). Le personnage « l’aime » non pas pour elle, pour sa personnalité mais pour l’image qu’il s’en fait, l’image qu’il lui plaque dessus alors qu’elle essaie désespérément de le convaincre qu’elle n’est pas cette personne.

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Il y a, à partir de là, tout un paradoxe : il dit l’aimer parce qu’elle représente un idéal de beauté féminin douce et docile, tout en lui reprochant son manque de confiance en elle et le fait qu’elle ne s’affirme pas assez, en la dévalorisant. On sait tous qu’insulter les gens les aide à se sentir mieux….

C’est lui qui l’a harcèle, c’est elle qui s’excuse de ne pas être plus sympa, plus ouverte, plus compréhensive…un comble. L’auteur tente dans chaque chapitre, l’espace de quelques cases de nous faire croire que le personnage masculin est au fond un mec sympa qui n’attend seulement qu’on le comprenne. Il aide l’héroïne à s’occuper des plantes du lycée, il aime donc les plantes, les plantes c’est sympa, il est donc sympa CQFD.

Sans oublier le harcèlement sexuel et la tentative de viol. Ah cet instant classique dans le shojo où un garçon et une fille se retrouve seuls et où, par un malencontreux hasard, ils se retrouvent l’un sur l’autre. L’instant sexy par excellence, sensé émoustiller les lectrices et lecteurs. C’est tellement excitant quand un homme qui vous fait peur vous tombe dessus et vous dit qu’il va vous faire des choses en se passant négligemment la langue sur les lèvres de manière pas du tout entendu.

En passant par l’épisode où l’héroïne se retrouve déshabillée de force par un méchant qui en veut au « héros » et à décider de s’en prendre à sa copine qui n’a rien demandé… Je n’aime pas du tout que le viol soit utilisé comme une facilité scénaristique qui tient plus ici de la paresse et du cliché que d’un véritable choix de la part de l’auteur. Cette scène n’a pas d’incidence, à part celle de mettre l’héroïne en position de faiblesse et de demoiselle en détresse et de valoriser le protagoniste masculin qui vole à son secours. Le viol ou toutes agressions sexuelles, ce n’est pas quelque chose d’anecdotique qu’on met dans une histoire l’espace d’un chapitre sans plus jamais y revenir plus tard. Ce n’est pas non plus quelque chose qui doit être là pour émoustiller le lecteur/rice.

Les sentiments les plus souvent exprimés de la part de l’héroïne envers le personnage masculin sont la peur, le stress et non l’amour. Hina Sakurada la dessine comme ça presque tout le temps, presque toute les fois où elle est en contact avec lui. Résultat, je me demande quel est le but de la manoeuvre. Tout ces passages m’ont mise mal à l’aise et il semblerait que cela soit le cas d’autres personnes qui ont lu ces passages. Pour moi, ces expressions n’ont rien de drôle, elles ne participent pas au comique de situation. Elles ne la rendent pas non plus attrayante. Pourtant, tout le reste est caractéristique du shojo. Seulement les phrases sonnent creux dans la bouche des personnages.

La gestuelle du héros n’aide pas non plus. Nous avons droit au fameux trope du Kabe don, vous savez ce moment où le garçon plaque la fille au mur…

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Mais au final, je ne sais pas ce qui fait le plus peur : que ce titre compile tout ce que j’exècre ou que les gens qui ont lu ce titre le trouve bien ? Parce que oui,  des gens amateurs de shojo ont lu et aimé cette histoire. En fouillant sur le net pour avoir des avis, ce que j’ai pu voir c’est que globalement : le titre est trop court (encore heureux une douzaine de tomes comme ça n’aurait été idéal que pour une flambée dans une cheminée un long soir d’hiver), l’histoire est romantique, les personnages mignons, ils vont bien ensemble et sont fait pour l’un pour l’autre. Allo ??? On a bien lu la même histoire avec du harcèlement sexuelle à chaque page ? c’est justement le problème que je soulevais en début d’article : le fait que les gens trouvent ces comportement normaux et les cautionnent parce que c’est une histoire d’amour. Je ne sais pas si c’est la vision réelle de l’auteur, si elle dessine ce que le lectorat souhaitent voir ou ce que son éditeur lui demande mais une chose est sur Zetsubou Baby n’est en aucun cas une histoire d’amour. En tout les cas, ce n’est pas une relation romantique saine.

Comprenez moi bien, je n’ai rien contre les héroïnes lambda, en manque de confiance ou victime de harcèlement (Life). Je n’ai rien contre les beaux garçons ou les garçons avec un visage un peu effrayant, ceux avec un mauvais caractère (Takane & Hana) ou les personnages riches qui vivent dans un château doré loin des réalités (Takane & Hana, Ouran host club). Pas plus que pour les personnages qui tombent amoureux au premier regard (Honey & Clover) ou qui décide de conquérir l’être aimé (Honey & clover, limited lovers). Je ne suis pas contre le fait qu’un personnage (masculin ou non) aide le personnage principal (homme ou femme) pour qu’il tente de s’affirmer, même s’il emploie des méthodes pas forcément douces.
Mais tout dans ce manga ne fonctionne pas sur moi. Pourtant Hina Sakurada semble respecter scrupuleusement le cahier des charges.

Non ce qui me gêne c’est la manière dont Zetsubou Baby est raconté au point de faire ressortir tous les défauts du shojo en pire. A tel point qu’on pourrait presque croire qu’il s’agit d’une parodie.

Ce n’est pas parce qu’on saupoudre de paillettes de la merde que ça en fait de la meringue aux éclats de caramels, ce n’est pas non plus parce que l’emballage est rose bonbon que ce qu’il contient est forcément génial.
Ceci pour dire que j’apprécie le shojo, vraiment, mais parfois certains titres me rappellent à la réalité. Notamment sur le fait que pour toutes ces héroïnes il y encore du chemin à parcourir, loin de tout ces tropes et clichés désastreux montrer comme des modèles d’amour.

Bref, je ne vous conseille pas cette lecture sauf si vous souhaitez vous faire un avis par vous même. Dans ce cas, revenez par ici dire ce que vous en avez pensé.

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Et ils vécurent heureux jusqu’à ce qu’elle aille porter plainte pour violence conjugale

 

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