Tu n’as rien vu à Fukushima

Il y a quelques mois, je présentais un travail consacré aux mangas évoquant la catastrophe du 11 mars 2011.
Pour cela j’ai dû faire un long travail de recherche en amont afin de ne pas partir de rien et d’avoir un matériau de base solide. S’en est suivi une longue liste de ce qui avait été publié sur le sujet : romans, essais, poésies, témoignages, rapport de commission d’enquêtes…en plus des mangas publiés par chez nous. Je me suis surtout concentrée sur qui avait été publié en France, en français. Au moment où j’écrivais il n’y avait en parution mangas que :

  • Je reviendrais vous voir
  • Japon 1 an après
  • Les cerisiers fleurissent malgré tout
  • Santetsu – 11 mars 2011 – Après le cataclysme
  • Daisy lycéennes à Fukushima

Depuis se sont rajoutés :

  • Colère nucléaire
  • 1F au coeur de Fukushima

Je mettrai donc ces deux derniers de côtés, ainsi que Santetsu car je ne l’ai pas lu. En lisant ces ouvrages je me suis rendue compte d’une chose : à part Daisy, dont c’est le thème principal et brièvement dans Les cerisiers fleurissent malgré tout, pas de mention de Fukushima, pas de mention du nucléaire. Une seule histoire l’aborde dans Japon 1 an après, une autre aborde le nucléaire dans ce même ouvrage mais seulement la bombe d’Hiroshima.

Daisy a ses postfaces rédigées par, des français. Japon 1 an après est une collaboration franco-japonaise, Les cerisiers fleurissent malgré tout est dessiné par une mangaka vivant et travaillant en Europe depuis plusieurs années.

Il en va de même pour les livres : Le dernier homme de Fukushima est écrit par Antonio Pagnotta, Fukushima : récit d’un désastre est la retranscription de ce que Michaël Ferrier a vécu, nous trouvons aussi Daniel de Roulet avec Tu n’as rien vu à Fukushima ou encore Fukushima mon amour de Gérard Raynal, Un pompier français à Fukushima de Sébastien Donner, Fukushima les cerisiers en pleurs de Yann Lemah, Malgré Fukushima : Journal japonais d’Eric Faye….une grande partie des ouvrages parus en français sont écrit par des européens (français). Ceux-ci s’attardent sur Fukushima, la catastrophe et parfois le nucléaire. De plus, une majorité d’articles que j’ai pu lire, et qui traitent du 11 mars, ont été écrits par des européens.
Je ne dis pas que rien n’a été écrit par les japonais à ce sujet en littérature, on peut trouver par exemple : ô chevaux, la lumière est pourtant innocente de Hideo Furukawa, Journal des jour tremblants de Yoko Tawada, Mille cercueils : à Kamaishi, après le tsunami du 11 mars 2011 de Ishii Kota…mais la production d’ouvrages écrit par des japonais, traduit et publiés en français est moindre.

Dans le cas d’un travail de recherche, cela posait problème car il fallait avoir le point de vue des 1er concernés à savoir : les japonais. De plus, il me semblait plus judicieux d’avoir un regard moins « européano-centré », même si cela peut être intéressant d’avoir une vision occidentale sur un sujet qui ne l’est pas (on est en plein orientalisme).

Plusieurs questions sont donc naturellement venues : Où sont donc les japonais ? N’ont-ils rien écrit sur le sujet ? N’ont-ils rien à dire ?
Pour en revenir aux mangas étudiés, ces derniers m’ont aussi montré qu’il n’y aucun avis ou critique personnelle : Daisy est une histoire fictive basée sur les témoignages de lycéens rencontrés par l’autrice, Je reviendrai vous voir n’est pas l’histoire de George Morikawa (alors qu’il est lui aussi allé en zone sinistré) mais celle de Nobumi, aucune histoire de Japon 1 an après ne sont des histoires que les auteurs ont personnellement vécues (à part la 1ère qui retrace vaguement ce que l’auteur a ressentie lors du tremblement). Mais tous semblaient mettre un point d’honneur à dire que ce n’était pas eux dans leurs histoires, bien que les courts textes qui accompagnent souvent celles-ci dévoilent ce qui les a marqués. Généralement, il s’agit du tremblement de terre, peu de trace du nucléaire. A croire qu’il n’y a que les européens que le nucléaire intéressent, alors qu’on parle bien d’une « triple catastrophe ».

Néanmoins, lors de ma recherche je suis tombé sur L’archipel des séismes, un recueil dans lequel on y trouve des intellectuels, aussi bien français que japonais, évoquer la catastrophe sous ses divers aspects. Il est intéressant du fait que les textes ne s’arrêtaient pas juste au vécu/ressenti du 11 mars mais se penchait sur tout ce qu’il y avait autour.

J’ai eu l’occasion de discuter avec Cécile Sakai qui est une des personnes qui s’est chargée de réunir ces textes afin de publier l’ensemble chez nous. Elle m’expliquait que les SHS* au Japon ne sont pas abordées de la même manière qu’en France et que contrairement à ce qu’on pourrait croire, beaucoup de choses ont été écrites sur ce qui s’est passé le 11 mars et sur les problématiques liées au nucléaire. Si nous ne les voyons pas en France c’est pour plusieurs raisons :

  • Déjà la traduction. Traduire un texte scientifique (ou non) demande du temps, à cause de la complexité des sujets que certains abordent. Comme indiqué plus haut, les SHS ne sont pas traitées de la même façon dans nos pays.
  • Réunir ces textes pour les sortir demande également du temps.
  • Le tri. A la foisonnante production japonaise que cela soit au niveau manga, roman, texte scientifique….la France a le loisir de pouvoir faire le tri. Si cela permet de séparer le bon grain de l’ivraie, de découvrir des perles, des auteurs qui méritent plus d’attention, on n’échappe pas à quelques bouses. Néanmoins, faire le tri permet également à la France de ne montrer que ce qu’elle veut bien montrer du Japon et de ne voir que ce qu’elle a envie de voir. Cela m’a rappelé une intervention à laquelle j’avais assisté qui évoquait le développement des arts venus d’Asie, l’Inde notamment, dans les biennales d’art contemporain. En gros, les pays européens n’achetaient que les œuvres qui leur plaisaient et qui partageaient leurs points de vus. C’était donc oublier toute une production -parfois majoritaire- de l’art dans certains pays d’Asie (ou d’ailleurs) qui traitent de sujets que l’Europe ne veut pas voir. En Inde, il s’agissait par exemple d’art qui valorise certaines coutumes ou systèmes qu’ici nous trouvons rétrograde comme les castes. Il en va de même avec la BD, lorsque j’ai vu un auteur parler de son voyage à Tchernobyl afin d’en tirer un album à la demande de son éditeur. Ce qu’il a vu là bas c’était des gens joyeux, une nature luxuriante…qu’il a retranscrit en couleur, une vision trop radieuse pour son éditeur qui voulait du gris. Certaines catastrophes doivent restées solennelles et graves. Pareil pour les mangas, personne ne veut d’œuvres révisionnistes, de manga qui nous disent que le nucléaire c’est pas si grave ou d’œuvres traitant du sujet avec ironie et humour noir. Pourtant ça existe.
    Qui a envie de voir Moto Hagio parler de Tchernobyl et le mettre au même niveau que Fukushima dans Nanohana ? Qui a envie de voir le Plutonium prendre forme humaine et parler de sa beauté rayonnante sur l’humanité dans Pluto Fujin ?

Bref, tout ça pour dire que si certains titres ont été publié en France (manga/roman), beaucoup de choses sur le sujet lié au 11 mars ne le seront jamais pour des raisons diverses. Il existe beaucoup de matériau sur le sujet mais encore une fois -et c’est regrettable- il faut maîtriser la langue japonaise, ce qui laisse l’accès à certaines informations qu’aux japanophones.

 

*SHS : Sciences Humaines et sociales

Crédit image de la une : Greg Webb / IAEA (photo prise le 17 avril 2013)

All the world will be your enemy

Je continue dans la rubrique « merveilleux films pas/peu connus » avec non pas un mais deux films issus du même auteur Richard Adams et qui illustrent parfaitement « l’animation ce n’est pas que pour les enfants ». Pour l’instant je n’ai pas trouvé grand monde qui n’ai pas été marqué/traumatisé/fait des cauchemars à cause de l’un des deux films qui sont « à destination des enfants ». Quelque part c’est un mal pour un bien, c’est souvent les films qui vous marquent qui restent.

Il s’agit donc de « watership down » et « the plague dogs », respectivement « les garennes de watership down » et « les chiens de la peste » en français. Les deux films n’ont pas été édité ni diffusé en france (en tout les cas pas à ma connaissance) contrairement aux livres dont ils sont issus qui eux sont désormais difficilement trouvable.

Commençons avec « watership down », tout comme « the plague dogs » il s’agit d’un livre du romancier anglais Richard Adams publié en 1972 succès de l’auteur et son chef d’oeuvre devenu un classique des grandes épopées animales. A l’origine il est dit qu’il s’agissait d’histoires qu’Adams racontait à ses filles qui lui ont demandé de les publier. Il en résultat un film d’animation, une série, une pièce de théâtre, et plusieurs citations (Lost, donnie darko…). Des années plus tard l’auteur publia « tales from watership down » qui est un recueil de nouvelles.

Histoire :
Pressentant un danger aussi implacable qu’imminent, un groupe de lapins aventureux sort de sa garenne à la recherche d’un territoire plus sûr. En chemin, ils vont rencontrer des situations extraordinaires qui vont les conduire à déployer des talents exceptionnels. Au bout d’aventures formidables au sein d’une garenne totalitaire, dans une ferme dangereuse, puis au terme d’une bataille fantastique, ils parviendront à établir leur garenne pacifique sur les hauteurs de Watership.

Source wikipedia

Malheureusement je n’ai pas lu le livre mais j’ai cru comprendre que plusieurs choses changées, tout en gardant l’essentiel de la force du livre. La force de celui ci réside dans le fait d’avoir créé une vrai mythologie autour de cette communauté de lapins. Ils ont leur dialecte, leurs contes et histoires, leurs héros, leur dieu…tout en restant néanmoins des lapins. Ce qui veut dire qu’ils restent des proies : tuer par les chasseurs, les chiens, les chats, les oiseaux de proie, et autres renards, écrasés par des voitures, prient au piège par des collets, quand ils ne s’attaquent pas entre eux pour des questions de territoire. Bref la vie d’un lapin c’est pas de tout repos.
Pour détailler un peu le language des lapins est le « Lapine », Frith est le nom du soleil mais aussi leur Dieu, quant à El-ahrairah qui signifie « Prince with thousand enemies » c’est le héro de la mythologie des lapins, leur ancêtre à tous…d’ailleurs le film nous met directement dans bain en expliquant pourquoi les lapins sont ce qu’ils sont (toujours d’après la mythologie lapin). Ces histoires leur permettent de se donnaient courage mais aussi de comprendre leur place, ce qui donne aussi crédibilité et profondeur au récit.

Outre la grande épopée de ces lapins vers une terre d’accueil où ils pourront vivre en paix, le film n’en reste pas moins violent voir sanguinolent. Même moi ,qui n’était alors plus vraiment dans la tranche d’âge 7-10 ans depuis un moment, j’ai été marqué la 1ere fois que je l’ai vue. Le film évoque aussi plusieurs thèmes comme la dictature, en vivant dans la peur et l’anxiété, mais fait la part belle à la ruse de certains lapins pour leur survie. Le livre avait quelque peu remué certaines féministes, car les rôles féminins, celui des lapines, étaient minimes, n’étant là que pour la reproduction.

‘All the world will be your enemy, Prince of a Thousand enemies. And when they catch you, they will kill you. But first they must catch you – digger, listener, runner, Prince with the swift warning. Be cunning, and full of tricks, and your people will never be destroyed.’

Concernant l’animation, là aussi on sent que le film n’est plus de 1ere jeunesse (il date de 1978), mais il reste plaisant à voir, avec de jolie musiques, comme bright eyes de Art Garfunkel. Le film reçu un accueil positif, et fût même nominé, quand au thème principal composé pour l’occasion, ce fût un hit en Angleterre qui restera six semaines au top 10,et sera reprit plusieurs fois. Il reste néanmoins de très jolie séquences (les visions de Fiver) qui ne sont pas là uniquement pour faire jolie mais apparaissent dans les moments clés de l’histoire, et des passages émouvant.

A noter que « watership down » existe (apparemment) et serait situé dans le Hampshire.

« The plague dogs » évoque aussi une grande épopée animale mais cette fois avec des chiens, et place la barre plus haut dans la beauté du pessimisme et de la tristesse. Rien que les premières image du film donne le ton : on ne va pas rigoler.

Histoire :
Deux chiens, Rowf et Snitter, cobays d’un laboratoire où ils n’étaient jusqu’à présent que des outils de recherche, parviennent à s’échapper. Goûtant enfin à la liberté, ils doivent apprendre à se débrouiller. Malheureusement leur bonheur sera de courte durée quand une chasse s’engagera pour les attraper, intensifié par la peur que l’un d’entre eux est porteur du virus de la peste.

Le film date de 1982 et de mon point de vue n’est pas très beau, se voulant sans doute plus proche de la réalité, cependant ça n’enlève rien à la gravité et aux choques de certaines séquences. Le film reprend d’ailleurs que la 1ere version du livre, une seconde ayant été publié plus tard modifiant la fin, cette fois ci par une note d’espoir.
Les premières scènes nous emmène dans le laboratoires où l’on découvre la cruauté de la recherche sur les animaux, leurs vies insalubres et leurs fins quand ceux ci ne sont plus utile.  Le réalisateur du film (Martin Rosen) a tout de même notifié que le film n’était pas là pour dénoncer mais pour faire partager une aventure. Il existe d’ailleurs 2 versions du film l’une de 86 et l’autre de 103 minutes. La version uncut est disponible sur youtube.
Que dire du film à par que les humains n’ont vraiment pas le beau rôle, même si les motivations de certains au centre de recherche sont justement de faire avancer la science et de guérir des maladies. D’ailleurs on ne les voit jamais vraiment en entier, on voit des jambes, des mains mais pas vraiment de visages.Il faut dire que visuellement ils ne sont pas très beaux. C’est un des aspects qui m’a quelque peu gêné, non pas qu’on ne les voit pas vraiment, mais le fait est que quand ils sont doublés j’ai eu du mal à savoir qui parlait, de plus leurs voix  me semblaient très lointaines comme en décalées par rapport à l’image.

Là où le film n’est vraiment pas pour les enfants, outre le ton employé, les couleurs grises délavées, c’est aussi par ses scènes « choquantes » qui ne sont pas forcement adaptées : la scène de début en laboratoires (Rowf ramené plusieurs fois à la vie, les singes, le chien qu’on ramasse à la pelle), Snitter qui dans sa joie tue accidentellement un chasseur, ou encore (dans la version uncut) lorsque l’on retrouve le corps d’un homme partiellement dévoré par Rowf et Snitter (qui étaient mort de faim et de froid sachant que l’homme était mort en tombant de la falaise où il c’était perché pour essayer de les tuer).

Si je parle de ces deux films ce n’est absolument pas par fibre nostalgique comme les deux autres, ni pour la beauté, ni pour les chansons, mais bien du propos. On est loin de l’univers gentillet, des chansons mielleuses, de la morale bien pensante, et du « ils vécurent heureux… ». Pourtant autant l’un que l’autre sont considérés comme des chefs d’oeuvre, des films ayant marqués, recommandés et souvent classés dans les 100 meilleurs films d’animation.
S’ils ne sont pas tout public, ces films méritent qu’on y jette un oeil ne serait ce qu’une fois.

Promis, la prochaine fois je parle de films plus optimiste !

ps: je viens de voir un documentaire sur christopher Lee sur arte, il y avait un court passage sur son doublage de la derniere licorne en allemand 🙂

La dernière licorne

Cette fois ci j’aborde un film qui est normalement plus connu et qui est sortie chez-nous en DVD, donc trouvable.
Comme « arabian knight » qui mit des années à sortir, comme « gay purr-ee » qui tentait de sauver son studio, « the last unicorn » (son titre original) connait aussi des déboires, en tout cas son adaptation live.

On quitte l’orient et Paris, pour se plonger dans la fantasy. Le film est une adaptation d’un livre du même nom de Peter S.Beagle -que je n’ai pas lu mais dont je pense ne pas tarder à le faire- auteur reconnu dans le monde de l’heroic fantasy -sans doute pour les puristes parce que moi ça me disait rien, faut dire que je suis pas non plus une spécialiste en fantasy-, et qui c’est aussi occupé du scénario du long métrage.
Ce film est issu d’une collaboration americo-japonaise -et moi qui avais cru pendant longtemps qu’il n’était que japonais-, les américains aux commandes et les japonais pour l’exécution. Sortie en 1982 il a bénéficié d’un grand soin au niveau du doublage comme de la musique. Pour les voix des personnages nous trouvons Christopher Lee (le roi Haggard), Mia Farrow (la licorne), Jeff Bridges (Prince Lir), Angela Lansbury (mère fortune), Alan Arkin- le grand père dans little miss sunshine- ( Schmendrick). Quant aux musiques certains sont signés du groupe America -que j’affectionne beaucoup-, qui rend d’autant plus le film mélancolique, contemplatif, et beau.

Histoire :
Dans une forêt enchantée, une licorne réalise qu’elle est la dernière représentante de sa race et décide de s’embarquer dans une quête pour apprendre ce qu’il est advenu des autres licornes. La Licorne comprend à travers le discours tarabiscoté d’un papillon qu’une bête connue sous le nom du Taureau de Feu les a toutes menée jusqu’au bout du monde connu. S’aventurant en territoire inconnu, hors de la sécurité magique de sa forêt natale, la Licorne commence un voyage pour trouver ses semblables et les ramener dans son monde.

source wikipédia

Contrairement aux films Disney (on ne peut échapper à la comparaison), ce long métrage est résolument tourné vers des thèmes plus adultes, et possède quelques séquences assez sombres (mère fortune et la harpie). L’amour est un des thèmes majeur et commun à bien des films, mais ici sont aussi touchés l’immortalité, l’identité. L’immortalité de la licorne qui par là même rend aussi immortelle la forêt dans laquelle elle vie, et à travers bien d’autres personnages qui cherche eux aussi cette immortalité quelle soit direct ou bien de manière détournée. Quant à l’identité, la licorne y sera confrontée directement entre des gens désormais incapable de reconnaître une vraie licorne, ne voyant qu’une jument blanche, et à travers Dame Althéa.
De plus, pas de happy end, pas de « ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants », ce qui rend le film encore plus touchant. Ça a atteint ma corde sensible étant enfant.

Là aussi le film a vieilli, et l’animation n’est pas exempt de défauts, mais l’intérêt est ailleurs. Personnellement j’avais beaucoup aimé la finesse des personnages, surtout le design de la licorne.
Je faisais un peu plus haut mention de la musique jouait par le groupe America. J’apprécie surtout le thème principal, que l’on retrouve dans le générique d’ouverture, très inspiré des tapisseries comme celle de la dame à la licorne.
Apparemment le film aurait connu un certain succès aux USA mais aussi en Allemagne où il serait régulièrement rediffusé. Ce qui a aboutit à un projet de film live, regroupant plusieurs des acteurs qui avaient doublés le film animé. Ce projet annoncé en 2002, n’a depuis pas avancé, si un site existe malgré le côté très amateur, rien n’a évolué depuis et je commence à émettre des doutes quant aux faits qu’il aboutisse un jour. Ces problèmes seraient dû à des soucis juridique entre Peter S. Beagle initiateur du projet et Granada International.

En définitif la dernière licorne c’est bien, c’est beau, mangez en !

ps: quand j’étais petite j’aimais beaucoup le prince Lir, et j’avais beaucoup de mal à comprendre la colère de Molly Grue lorsqu’elle voit pour la 1ere fois la licorne.

Aoi bungaku

Je le disais dans une note précédente, après avoir visionné plusieurs anime adaptées de romans, je me suis interréssée à leur support papier, et avais fait allusion à Aoi Bungaku.

Aoi Bungaku ou blue littérature, est une série de 12 épisodes adaptant 6 classiques de la littérature japonaise chez Madhouse. La particularité était de retrouver des mangakas connus : Takeshi Obata (Death Note, Hikaru no Go), Kubo Tite (Bleach) et Takeshi Konomi (The Prince of Tennis) chargés des ré-éditions des couvertures des romans originaux, en plus du chara-design des personnages de la série, différent celon chaque arc.
Nous avions donc ( dans l’ordre de diffusion):

Ningen Shikkaku, ( la déchéance d’un d’homme) de Osamu Dazaï 
Sakura no Mori no Mankai no Shita (dans la forêt, sous les cerisiers en fleurs) Ango Sakaguchi
Kokoro (le pauvre coeur des hommes) de Natsume Soseki
Hashire, Melos! (Cours, Melos!) de Osamu Dazaï 
Kumo no Ito, (le fil de l’araignée) Ryunosuke Akutagawa
Jigoku Hen, Ryunosuke Akutagawa
Les deux derniers étant plus des nouvelles que des romans
 

L’autre particularité c’est que c’est l’acteur Masato Sakai (Shuuji Hanamoto dans Honey and clover) qui double tout les personnages principaux, en plus de le voir en « live » entre chaque arc pour donner des infos sur l’auteur etc…

Après avoir visionnée l’intégralité de la série, je me suis mise à chercher leurs originaux papier en français. Je n’ai trouvé que  la déchéance d’un d’homme de Osamu Dazaï , et le pauvre coeur des hommes de natsume soseki traduit. Pour Ryunosuke Akutagawa, c’est sans doute dans un receuil de nouvelles, à vérifier. J’ai donc décidé à partir de ce que j’avais pu trouver/lire de faire un comparatif entre les adaptations.
A part la littérature, ce qui m’a fait me pencher sur cette série, c’est que plusieurs l’annoncer comme le nouveau Mouryou No hako, anime au scénario complexe et à l’ambiance sombre, lui aussi adapté d’une série de livre.

Voilà donc pour l’introduction.

Ningen Shikkaku, est le 1er arc, composé de 4 épisodes, chose étonnante quand on sait que le livre fait moins de 200 pages en plus d’être écrit gros.
C’est la 1ere fois que je lisais Dazai auteur majeur et pas spécialement connu pour son optimisme. Morphinomane, tuberculeux, alcoolique, et qui tenta de se suicider plusieurs fois avant d’y parvenir en 1948. Le moins qu’on puisse dire c’est que ce livre est à l’image de sa vie. L’anime aussi.
Evidemment plusieurs choses diffères entre les deux, et la psychologie même du personnage subie des variations. En tout les cas, je n’ai pas eu le même ressenti en lisant le livre quand visionnant l’anime.

J’ai trouvé cette dernière encore plus pessimiste et pathétique, sentiment surtout renforcé par la musique. Comme je l’ai dit dans une note précédente, il ne faut pas visionner l’anime en étant dépressif au risque de se tirer une balle.
 

 Le livre est chronologique. L’auteur nous parle de son enfance, de son adolescence et de sa vie de jeune étudiant/homme. Au contraire l’anime nous emmène directement à la dernière partie, et préfère évoquer le reste comme des passages marquant de sa vie, mais de manière peu claire. J’entend par là que ces périodes sont évoquées en tant que souvenirs avec les effets qui vont avec (flou, filtre sur l’image etc), on a la vision d’un gamin, à sa hauteur, les visages sont effacés, les choses suggérés plus que montrer. C’est l’une des différences avec le livre (mais pas la seule) dont les choses sont dite clairement et simplement.

SPOILER 

Notamment en ce qui concerne la relation avec son père, et son viol par les domestiques. A ce titre ces choses sont suggérés dans l’anime, mais de manière à être compréhensible, où le « héro » ne se rend compte que de l’abus ou de son désir de plaire à son père qu’une fois adulte, à la différence du livre où il en est parfaitement conscient même enfant. Le fait de ne pas en avoir parlé était à la fois par honte et par peur, mais aussi car celon lui « a quoi cela aurait il servi ? qu’est ce que cela aurait changé ? ».

Dans l’anime le père est montré comme menacant, un patriarche riche, obeït, respecté, peu enclin aux effusions d’amour paternel, quelqu’un de dur et sévère, que le personnage craint mais à qui il cherche à plaire par tout les moyens. Et c’est par ce biais que découle toute ses actions : ses tentatives de suicide, le fait de plonger dans la débauche, d’adhérer à des partis douteux etc…
FIN SPOILER

 

Le titre anglais « je ne suis plus humain/un homme », fait référence à l’état dans lequel se trouve le personnage durant toute l’anime. En effet celui ci ne s’est jamais considéré, comme un être humain capable de ressentir les choses, et toute sa vie il sera comme un singe tentant de mimer des émotions, de faire rire les gens pour qu’il ne voient pas qu’il fait semblant, un pauvre clown pathétique en somme. Le tout est symbolisé dans l’anime par une sorte de monstre difforme, une ombre qui le suit partout et lui rappel sans cesse sa vraie nature et le fait qu’il n’appartienne pas à cette société. Tout au long de la série nous le verrons essayer de s’intégrer, de se créer un semblant de vie de famille par le biais des femmes, de croire un instant qu’il est humain, avant de replonger. Ceci m’a rappelé le film « plaisirs inconnus » de Jia Zhang Ke, où les personnages inexpressif prisonnier de leur condition, essayent de s’en sortir mais sans réelle motivation, le tout avec des passages qui se répétent montrant l’impasse. Le personnage principal de l’anime essaye à chaque fois mais sans réelle conviction, et c’est là tout le pathétique de la chose.

Pour moi ca reste la différence majeur avec le livre. Je n’ai pas perçue la même psychologie. L’auteur nous parle de son enfance doré, puisqu’il est issu d’un famille riche au père influent, et qu’il n’a jamais eu à souffrir d’un manque, des tas de sensations lui sont inconnus. Il y a un certaine indifférence aux choses et aux gens, mais surtout je ne l’ai pas perçue comme quelqu’un incapable d’éprouver quoi que se soit mais juste un garçon qui c’est rendu compte très tôt de l’absurdité du monde des adultes, de leurs hypocrisies, des faux semblants, des masques que de mettent les gens en société pour plaire. Il y cette incompréhension face à toutes ces choses, des questions laissées sans réponses, et ce gros manque de communication.
SPOILER
La preuve la plus flagrande sera après sa 1ere tentative de suicide, au lieu d’avoir une famille à son chevet, il a un d’intermédiaire lui annoncant que cet acte fait tâche et nuit à la réputation de son père, à l’honneur de sa famille et que désormais celle ci ne veillera plus à ses dépenses. En sommes, personne ne se pose de questions sur le pourquoi de cet acte, et préfère rompre tout lien en le rendant en plus fautif.
FIN SPOILER

Sa relation même qu’il a avec les autres son fameux « ami » compagnon de débauche, et elle aussi autre. Adhérent à une sorte de parti plus par ennui, et envie de s’occuper en grimpant les échelles sans trop savoir pourquoi dans le livre, que pour magouiller avec son « ami » histoire de soutirer de l’argent à des pauvres bougres dans l’anime. Ce fameux ami qui semble ne l’être que par interêt toujours pour lui soutirer de l’argent à ce fil de riche, en même temps qu’il lui fait goûter le plaisir et les femmes, n’est dans le livre qu’un joyeux drille qui lui fait certes dépenser son argent mais dépense le sien tout autant sans pour autant lui en soutirer de manière vicieuse.

 

L’autre gros point important ou la psychologie du personnage et son passé, reste les femmes. La prostituée, la mère célibataire, la jeune fille…elles ponctuent l’histoire comme autant de facette de la femme. Chez toutes ils cherchera la redemption, le réconfort, placant parfois trop d’espoir, et plus dure sera la chute. L’anime fait percevoir une certaine solitude ces chez femmes, voir une lassitude de vivre, quelque part elles sont semblables au personnage principal sans pour autant qu’il se comprennent mutuellement. Pour la plupart elles le considèrent que comme un enfant, un grand enfant malheureux, mais pas mauvais. Elles ne voient pas le monstre qui quelque part les achève.
SPOILER
L’anime d’ailleurs ne montre que brièvement la dernière, éclipsant la partie où il devient accro à la morphine, pour donner une fin ouverte mais sans équivoque. Le livre va un peu plus loin, mais n’a pas de réel conclusion comme si Dazai c’était lassé, et n’avait finalement pas pu assumer ses propos, puisque c’est sous la forme d’un autre narrateur, inconnu et objectif, à qui on aurait confié les notes que l’on vient de lire que le récit se termine. Supposant que le héro est vivant, ou peu être pas.
On peut ne pas aimer la lâcheté du personnage, surtout quand après s’être mis encouple avec la mère de famille, et être devenu un papa d’adoption, se barrer par peur (enfin je l’ai vécue comme ça), et moi je me retrouvais dans la même situation que la femme : a esperer son retour, en lui trouvant des excuses, expliquant qu’il va mal. Alors que non, il ne reviendra pas! (je l’ai eu mauvaise)
FIN SPOILER

 

Je ne pense pas qu’il faut être un lecteur, ou un adepte de littérature pour apprécier ce drame humain,si on est pas allergique au fait que le personnage principal ressemble comme deux gouttes d’eau à Light Yagami, il serait bête de passer à côté de cette série, car certains arcs valent le coup.

Pour infos les captures sont issus du 1ere épisode, je parlerai des autres arcs dans une/des prochaines notes.