L’art étrange de Kaneoya Sachiko

C’est toujours dans les méandres de l’internet, en me baladant de sites en sites que je tombe toujours sur une image insolite qui me fait découvrir un/une artiste qui, à mon sens, mérite le détour. Et puis c’est la St Valentin, il me faut parler d’amour.

Je vais donc parler de Kaneoya Sachiko.

Honnêtement je n’ai pas trouvé grand chose d’elle sur le net, je veux dire pas de sites ou de forums enflammés sur son travail, les sites que je rencontre évoquent souvent la même chose sans aller plus loin dans l’analyse de son travail.

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L’homme de Kaneoya Sachiko dans toute sa splendeur

 

 

L’artiste possède un site web qui répertorie son travail (avec une louable tentative de transcriptions approximatives en anglais) ainsi qu’un deviant art pas mis à jour (personne n’est parfait).

 

Si j’en parle c’est que ses oeuvres dégagent un certain érotisme, mais un érotisme particulier, très japonais nous dirons. Cet érotisme lié aux blessures, saignements et autres bandages. L’érotisme d’une personne quelconque qui se retrouve dans des situations gênantes, voir humiliantes.

Si vous aimez des auteurs comme Maruo alors vous serez peut être sensible à son art. Ses illustrations restent néanmoins beaucoup plus soft que son aîné, moins de sang et d’organes à l’air, mais plus de fury. On retrouve néanmoins ces écoliers masculins peu viril à casquette et au short noir bien plissé qui semblent moins sages qu’ils n’en ont l’air. Bien sur tout ne fait pas penser à du Maruo, il s’agit surtout de certaines illustrations où les choix de couleurs et d’attitudes des personnages m’y font indubitablement penser.

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Quand on regarde ses dessins, on ne peut s’empêcher de penser à illustrations de années 50/60′, gentillettes et bon enfants dans les thèmes comme dans les couleurs choisies. En effet, certaines des images ont un style très cartoons dont le côté mignons tranchent quelquefois avec ce qui est représenté. Pour le coup les personnages se simplifient, jusqu’au rondouillard par moment et me rappelle d’une certaine façon certains titres de Natsume Ono (Ristorante paradiso, Goyo, not simple, la quinta camera…), dont le style -s’il est varié- reste identifiable.

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Un monde merveilleux, mignon et coloré…

 

 

L’un des thèmes majeurs (comme indiqué sur son site, si vous ne l’aviez pas remarqué) : c’est l’homme. Mais attention pas n’importe quel homme ! Un homme peu viril, qui dégage un air de looser procrastinateur et je m’en foutiste, souvent malmené par la gente féminine dont il devient la victime. Un homme souvent  blessé : s’il n’a pas de coquard, c’est qu’il saigne du nez, quand c’est pas les deux. Un homme loin d’être au sommet de sa gloire, un peu pathétique sur les bords et sans défense.  Bref une image d’homme que l’on voit peu souvent et où les clichés sont renversés, car c’est désormais l’homme qui est victime du grand méchant loup ou de jeunes félines. Des femmes souvent plus costauds et bien en chairs qui contrastent avec notre protagoniste masculin. S’agit-il de redonner le pouvoir aux femmes ou de les montrer en prédatrices ?

Souvent notre homme accepte de devenir le jouet de ces dames et d’ôter la chemise dès qu’il y a quelques billets à la clé. Notre homme serait-il tellement dans le besoin qu’il faille qu’il se prostitue ou se fasse entretenir ?

Evidemment, chacun est libre de ne pas adhérer à cette imagerie, voir d’être mis mal à l’aise mais peut être est-ce le but ?

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Attaché, maltraité, parfois découpé en morceaux, l’homme subit tout quand il ne semble pas consentant pour se faire traiter de la sorte. Serait-il devenu une serpillière en manque d’amour propre ?

 

S’il ne se retrouve pas victime de la gente féminine, il peut être décrédibilisé, rendu ridicule par les choix de costume : la fantasme de la jeune écolière en uniforme de marin en prend là aussi un coup. Qui n’a jamais rêvé d’un homme en jupe qui garde cependant son beau caleçon rayé et ses chaussettes jusqu’à mi-mollet ? Kaneoya Sachiko nous propose l’essence même du glamour.

L’artiste n’hésite pas à plonger dans le ridicule, il ne tue pas (quoique), jusqu’à vous faire piquer les mirettes.

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N’est-il pas mignon ?

 

 

Tout ceci ne nous est pas présenté  avec des formes anatomiques improbables couplées avec des positions langoureuses et suggestives (je pense à toi Adekan!). Non, notre homme (car c’est souvent le même qui se fait martyriser) est dans des poses lambda qui arrive pourtant à dégager un érotisme latent. Pour preuve Kaneoya Sachiko était présente lors de l’exposition japan erotica au musée de l’érotisme à Paris qui s’est tenue de Mai à Octobre 2014.

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Bien que la colorisation et le style varient, il est facile de reconnaître la patte de l’artiste avec des personnages aisément reconnaissable. Pour preuve, quelques illustrations qui montrent que son travail ne se cantonne pas aux hommes martyrisés.

 

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Pour conclure que dire…certes j’ai surtout montré un pauvre type dans tout ses états mais il ne faudrait pas s’arrêter à ça. Son travail est riche et varié, parfois simple, parfois ultra détaillé, parfois monochrome ou fluo. Vous n’êtes pas obligé d’adhérer à ce fantasme de l’homme malmené mais vous arrêter à ça serait dommage selon moi (oui mon discours est contradictoire avec les images montrées).

Je vous encourage donc à jeter un oeil sur son site si le coeur vous en dit, histoire que vous découvriez et que vous vous fassiez votre propre idée.

 

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Je me devais de garder cette image pour la fin. Je ne m’en lasse pas.

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