Hanayome wa motodanshi, la mariée était un garçon

Je vais essayer d’alterner entre billets longs comme le bras et ceux un peu plus courts pour laisser respirer. Mais il faut savoir que c’est difficile pour moi d’écrire quelque chose de court sur certaines œuvres.

Derrière ce titre, ce cache un manga en un seul volume qui est la version papier d’un blog.
Il existe pléthores de manga et d’animes dans lesquels nous pouvons retrouver un garçon ou une fille habillé(e)s ou se revendiquant du sexe opposé pour des raisons scénaristiques diverses et variées, parfois comiques ou sujets à quiproquos. Tout ceci nous donne l’illusion que le Japon est un pays relativement cool et permissif qui autorise toutes les fantaisie et est très LGBT friendly. Je ne vais pas vous faire un topo sur le sujet, parce que ce serait long et complexe alors que je veux aller directement au but, en parlant de Hanayome wa motodanshi. Jusqu’à présent, je n’étais pas tombée sur des mangas parlant de manière sérieuse de la question trans au japon. Il y a bien Hourou Musuko (Wandering son) ou Bokura no hentai me direz-vous mais cela reste de l’ordre de la fiction, du romancé. J’ai trouvé Hanayome wa motodanshi complètement par hasard. Le titre, le style mignon et rondouillard, le 4-koma me laissait penser -à tort- qu’il s’agissait d’une énième BD comique.

En réalité, Hanayome wa motodanshi parle de la vie de Chii et de son expérience en tant que personne trans, le chemin parcouru pour devenir femme et épouser sa moitié. Le manga est découpé en plusieurs chapitres qui retrace le parcours de Chii : sa vie amoureuse, l’annonce de sa volonté de changer de sexe à ses parents, comment elle a rencontré son mari, son opération, la demande en mariage, la rencontre avec les parents, sa vie de couple marié….le tout entrecoupé d’anecdotes et d’informations sur la situation LGBT au japon.

Ce manga est la fois intéressant et rafraichissant, il aborde les choses de manières simples, sans en faire trop, parfois avec humour. On ne tombe jamais dans le pathos, le voyeurisme, ce n’est jamais « trop ».
Le personnage du mari est aussi délicieusement croqué. C’est quelqu’un de très gentil, complétement gaga de Chii qui l’accompagne et la supporte dans ses démarches, ne presse en rien les choses mais en même temps vit un peu dans sa bulle. Sa réaction lorsque Chii lui annonce qu’elle était un garçon (et qu’elle l’est toujours techniquement) est assez géniale (j’avoue que je m’y attendais). De même que la réaction des parents est pleine de compréhension (même si le père à l’air un peu à l’ouest).
Ici, le parcours de Chii nous est montré de manière très positive, l’auteure étant accompagnée par ses amis et sa famille dans ses démarches. A part le processus administratif pour légalement changer de sexe aux yeux de la loi qui est procédurier et long, et la douleur des opérations, Chii ne rencontre pas de réelles difficultés. Peut-être que certaines ont été occultées ou qu’il n’y en a eu vraiment aucune. A part le cas de Chii qui s’est bien passé, difficile de savoir s’il en est de même pour les autres personnes trans au japon (mais d’après les exemples donnés ça ne semble pas être simple pour tout le monde).
L’autre point intéressant, c’est qu’à chaque fin de chapitre, Chii développe une problématique sur la question LGBT (plutôt orientée trans) : qu’est-ce que le drapeau arc-en-ciel ? qu’est-ce que le SRS ? qu’est-ce qu’une personne transgenre ? comment transitionne-t-on ? Mais aussi toutes les problématiques associées aux changements de sexe, comme le fait que le mariage homosexuel ne soit pas reconnu au Japon à l’heure où j’écris et que donc certaines personnes soient obligées de divorcer ou d’abandonner l’idée de changement de sexe, ainsi que les autres problèmes légaux comme le « gender dysphoria special cases act ». A ce propos, comme je l’ai évoqué au départ, Chii tient un blog dans lequel nous pouvons retrouver ces thématiques qu’elle explique en dessin de la même manière que dans le manga, ainsi que des petits moments comiques.

 

En somme, je conseille ce manga car il est intéressant et instructif si vous décidez de vous pencher sur ces problématiques. C’est aussi une histoire rapide à lire, touchante et adorable. Chii et son mari sont vraiment mignons et le tout est raconté de manière à sortir de cette lecture le cœur léger.

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Ane no Kekkon, Otoko no isshou… l’obsession de la femme

Keiko Nishi est une auteur de manga très prolifique dont une grande partie des œuvres sont des séries courtes. Elle n’avait jamais été publié en France jusqu’à ce que Panini décide de sortir dans notre belle contrée Ane no Kekkon. J’ai découvert l’auteur avec Otoko no isshou, une autre de ses œuvres, publiée juste avant Ane no Kekkon. Si j’en parle c’est que j’apprécie son style, son découpage, sa narration et ses personnages. Bien que je n’ai pas lu toutes ses œuvres, il y a certaines choses qui m’ont marqué.

Ici je vais m’attarder les deux œuvres citées, celle qui est sortie en France (mais se vend assez mal) : ane no kekkon (le mariage de ma grande sœur) et Otoko no isshou (approx la vie d’un homme)

La première c’est terminé au japon depuis peu et compte 8 volumes (3 en France), la seconde 4 (3 pour l’histoire principale, plus un volume composé d’histoires courtes spin-off).

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Ane no Kekkon nous raconte l’histoire de Yori Iwatani bibliothécaire célibataire approchant la quarantaine revenu vivre depuis peu dans sa ville natale de Nakazaki. Sa petite vie tranquille se trouve chamboulée quand sa petite sœur décide d’emménager chez elle après avoir rompu avec son copain, rajoutez à cela Makoto Maki, ancien ado moche et rondouillard éperdument amoureux d’elle au collège, devenu désormais un beau psychiatre riche et réputé, qui la poursuit de ses assiduités.

Dans la seconde, Otoko no isshou, Tsugumi Douzono, employée dans une grande compagnie électrique, célibataire dans la trentaine, passe ses vacances chez sa grand-mère à la campagne. Malheureusement, celle-ci décède peu de temps avant le début de l’histoire. L’héroïne décide de rester vivre dans la maison de la défunte mais c’est sans compter sur la présence d’un homme mystérieux. Il s’agit de Jun Kaieda, professeur de philosophie à l’université, la cinquantaine (51 pour être exact) qui a aussi décidé de vivre dans la maison, arguant que la grand-mère de Tsugumi lui a donné les clés pour qu’il puisse y venir quand il le voulait. Malgré une certaine hésitation de la part de Tsugumi, elle finit par le laisser vivre dans l’annexe et leur cohabitation commence.

Deux œuvres qui, a priori, n’ont rien à voir mais se ressemblent sur plusieurs points.

Dans les deux cas nous retrouvons des héroïnes dans la trentaine, célibataire, travaillant, menant une vie tranquille et qui ne cherchant pas forcément à se marier et fonder une famille. Et encore une fois dans les deux cas un événement, un personnage (masculin), vient chambouler tout ça en bousculant leurs habitudes de vie et en les poussant dans leur retranchement.

Attention ce qui va suivre dévoile une grande partie des histoires donc vous lisez ce qui suit en connaissance de cause.

Je tiens également à préciser que quand j’écris…il y a beaucoup de matière (non ne fuyez pas).

L’obsession

J’ai évoqué en titre la question de l’obsession, elle est présente dans les deux œuvres mais plus marquée dans le cas d’Ane no kekkon.

Dans Ane no kekkon l’obsession vient de Makoto. Au départ, l’héroïne ne le remet pas avant que celui ci ne lui fasse une piqûre de rappel. On aurait pu croire qu’en manipulant l’héroïne pour coucher avec elle, il prenait une revanche personnelle sur le passé, sauf que l’on se rend rapidement compte que cela va bien plus loin. Des flashs back nous montre cette période ingrate où Makoto, fils du médecin de l’île, suivait Yori comme son ombre et gardait comme un trésor précieux, jusqu’au fétichisme, tout ce qui était relié à elle. Et puis il y a la femme de Makoto, Rie, dont la ressemblance troublante avec Iwatani sera sources de quiproquos et de gags.

L’auteure nous montre rapidement que le mariage de Makoto n’est pas des plus heureux. Lui débordé de travail, elle toujours hors de la maison pour voir ses amies ou son amant. L’entente est cordiale mais pas chaleureuse. Se pourrait-il que Makoto poursuive Iwatani pour palier ce manque qu’il a avec sa femme ? En effet, à plusieurs reprises il nous est pointé la frustration sexuel de Makoto qui comble son manque d’une manière à faire flamber le cours des boîtes de mouchoirs.

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Le manga ne nous laisse voir les diverses séances de masturbation de Makoto (sous la douche, dans son lit, à son bureau, en face de Yori…)

Il est aussi probable qu’il sache que sa femme voit un autre homme, un homme qu’elle aime depuis des années. Encore une fois, c’est trompeur et le lecteur se rend bien compte -cela sera confirmé plus tard dans l’histoire- qu’il ne poursuit pas Yori parce qu’elle ressemble à sa femme mais qu’il a épousé sa femme parce qu’elle ressemble (physiquement) à Yori. Il faudra un certain temps à Yori pour comprendre cela, alors que le lecteur, lui, est complice dès le départ, puisqu’il a l’ensemble du tableau. Il assistera aux courses poursuites effrénées de Makoto qui harcèle Yori où qu’elle aille dans une mise en scène qui frôle le vaudeville et le marivaudage.

Makoto poursuit donc Yori, épouse une femme qui lui ressemble, garde tout les objets que Yori lui a donné (ou non -d’ailleurs il les fétichise-), possède une magnifique collection de photos d’elle prise en cachette « je possède bien plus de photos de toi que tes propres parents », la suivait où qu’elle aille quand ils étaient dans la même école, il connaît toutes ses habitudes et manies, il connaît même son cycle menstruel ! Et le pire dans tout ça, c’est qu’il ne s’en cache pas, il en est même fière ! Si Makoto est ce qu’il est aujourd’hui c’est aussi grâce à Yori, qui, excédait de le voir se faire martyriser lui a dit de devenir quelqu’un. Et c’est ce qu’il a fait… il a grandi, maigri, fait des études et est devenu un psychiatre reconnu.

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Yori donnant à Makoto (encore bouboule) les fameux coquillages qu’il conserve encore aujourd’hui

Yori est donc une femme qu’il n’a pu oublier et qui l’obsède toujours 20 ans après. Pourtant, s’il suit les demandes de Yori, s’il la connaît sur le bout des doigts, il n’a pas accès à son cœur. Et le cœur de Yori est bien indécis, chamboulé par des sentiments qui émergent et qu’elle voulait ne plus jamais avoir.

Dans Otoko no isshou, l’obsession a eu lieu, elle n’est plus vraiment là mais reste en filigrane comme une ombre. Jun Kaieda n’est pas juste une vague connaissance de la grand-mère de Tsugumi, c’est un homme qui a aimé sa grand-mère. Alors qu’il n’était qu’étudiant, il a été subjugué par une de ses œuvres et ce fût comme un coup de foudre. Il s’est mis à la suivre, à espérer la croiser dans les couloirs de la fac, ne serait ce que pour l’apercevoir. Il est comme un adolescent qui veut tout connaître de son objet de désir et d’amour. Pourtant il se rend vite compte qu’elle a deux facettes : celle de l’enseignante qu’il admire et celle de la banale femme au foyer une fois revenue chez elle. Le mythe s’écroule. S’il s’agit d’un amour à sens unique qui pourtant l’a profondément marqué et restera gravé en lui. Puis arrive Tsugumi. Bien que Kaieda dise que la grand-mère et la petite fille ne se ressemblent en aucun cas, ni physiquement, ni au niveau du caractère, on peut se demander s’il ne poursuit pas à travers elle cet amour qu’il avait pour son aïeule. Tsugumi ne serait qu’un remplacement, un sosie de cette grand-mère disparue. Les attentions de Kaieda serait donc motivées par l’idée de retrouver la femme aimer disparue à travers l’héroïne. Ou bien est-ce vraiment un autre coup de foudre pour un homme de cinquante ans, qui avait abandonné l’idée qu’un jour il puisse à nouveau ressentir cela ? Kaieda ne voudrait donc pas laisser filer une nouvelle fois cet amour, désormais il sait ce qu’il veut, la vie est trop courte pour avoir encore une autre chance.

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Et l’amour ?

Pour Yori dès le départ, c’est clair, l’amour elle a fait une croix dessus. Elle n’en veut plus, elle n’y croit plus. L’amour c’est des promesses vaines et des complications. Mieux vaut rester tranquille en vieillissant seule. C’est plus sûr. Et Makoto débarque, sûr de lui et de son amour. Il répond à ses moindres caprices, même les plus fous. Il ne fait pas de promesses vaines. Alors Yori, qui jusque là avait oublier ce que c’était d’aimer, aime à nouveau mais elle ne veut pas que cela soit avec Makoto. Surtout pas lui. Il n’y a pas d’avenir possible entre eux et puis il est plein de défauts. Si Yori se remet à croire en l’amour, le grand, le vrai, ça ne sera pas avec Makoto. Son grand amour est ailleurs, elle en est sûre, elle le trouvera, sinon tant pis, elle pourra toujours retourner à sa petite vie tranquille.

Yori se veut maîtresse de sa vie, de ses sentiments, c’est une femme moderne, forte. Elle maîtrise tout. Sauf qu’elle ne maîtrise pas Makoto, pas plus que ses ingérences dans sa vie, le fait qu’il leur programme des vacances, un nid d’amour et d’autres choses encore…et encore moins son amour grandissant pour lui. Notre héroïne veut donc reprendre le contrôle une première fois en acceptant d’être son amante, ils se voient pour le sexe et rien de plus. Elle instaure les règles : une fois par semaine, le vendredi et c’est elle qui l’appelle. En dehors de ça, elle ne veut rien savoir de la vie de Makoto. Mais il lui fera briser cette règle, alors elle en instaura une autre pour remettre une barrière, de la distance, pour se rappeler ses engagements envers elle-même. Cette fois il devra la payer. Elle devient une maîtresse que l’on paie pour ses services. Mais encore une fois, si Makoto accepte, il poussera le jeu plus loin et Yori se retrouvera dans ses derniers retranchements. Pourtant, elle continue de s’interdire d’avoir des sentiments pour cet homme que de toute évidence elle aime. Pour le fuir, elle décide de se marier, il le faut. Alors arrive Yoichiro Kawahara, journaliste, la trentaine comme elle, et toujours pas marié. Dès le départ il s’intéresse à elle, lui présente ses amis, l’invite au restaurant, se soucie de son bien être. Yori fait la liste dans sa tête, cet homme semble parfait sur tout les points, pourtant, elle ne peut s’empêcher d’essayer de lui trouver des défauts. Peut-être pour se rassurer ou bien pour mieux le repousser par la suite parce qu’il n’était pas si parfait. L’homme parfait n’existe pas. Et puis, l’image de Makoto est toujours dans un coin de son esprit. Non, c’est décidé, elle doit tout faire pour ne pas choisir le médecin. Après une nuit avec Yoichiro, celui ci la demandera en mariage et voudra une réponse de sa part quand il rentrera à Nakasaki. Mais voilà que le destin s’en mêle et il doit rester à Tokyo. Là bas d’ailleurs, il nouera une relation avec une de ses collègues.

Avec Yoichiro, Yori semble avoir tout ce qu’elle veut, pourtant elle hésite quand il la demande en mariage. Avec lui il ne s’agit pas d’amour mais de mariage. Elle ne saute pas de joie et fond presque en larmes. Elle qui venait justement de se proclamer femme libre et libérée.

Notre héroïne ne croit pas eu destin, ni aux coïncidences, ce qui arrive c’est parce qu’elle l’a décidé, voulu. Elle peut décider quand elle veut d’arrêter avec Makoto, elle peut partir quand elle veut. Et pourtant elle reste, pourtant il semblerait que des forces obscures s’emploient à les faire se retrouver, se croiser. Makoto est là et la fait douter. Elle se met de nouveau à croire en des choses absurdes ou bien alors elle n’avait jamais cesser d’y penser.

Elle ne croit pas en l’amour de Makoto, tout ça c’est pour de faux, ils ne font que jouer. Elle fait juste semblant, seulement voilà, elle a vraiment mal. Les rencontres avec son amant sont douloureuses. Tout cela ne peut que finir mal ou n’aboutir à rien, mais chacun d’eux revient. Et c’est le dilemme de Yori, doit-elle choisir entre la stabilité conjugale ou bien l’amour passionnel ?

Pour Makoto, tout cela n’a jamais été un jeu, il ne fait que jouer celui de Yori. Il semble manipulateur et s’amuse avec l’héroïne comme un chat avec sa proie mais tout ceci ne serait peut-être qu’une façade.

Il aime cette femme depuis longtemps et lui répète sans cesse, espérant sans doute qu’un jour ses mots l’atteignent. En attendant, il accepte ce que Yori lui demande, il la suit dans ses délires extravaguant tout en la mettant face à ses propres contradictions. Cet homme semble tout prendre à la légère, s’amuse de l’héroïne, il est calme en toutes circonstances. Mais cela ne veut pas forcément dire que les mots de Yori ne lui font pas mal, il est prêt à tout faire pour qu’elle reste. Et même s’il la veut tout entière, il ne veut pas que leur relation se résume à une histoire de sexe (il essaie de prolonger leurs rencontres en lui proposant des jeux de sociétés). On pourrait douter de ce dernier point, puisqu’il lui propose de coucher avec lui en dédommagement, qu’il fantasme sur tout les objets relatif à Yori (il en vient à se masturber en portant les lunettes de celle-ci), et que leurs rencontres se font dans le cadre d’une relation sexuelle (cadre instaurée par Yori).

En général, je n’aime pas les amours obsessionnels. Parce que je ne crois pas que harceler quelqu’un soit la meilleure façon de s’en faire aimer, pas plus que je n’aimes les personnages qui développent des syndromes de Stockholm. Cependant celui de Makoto ne me fait pas fuir, peut-être parce que j’y décèle une sincérité ou que j’ai une certaine empathie pour un homme qui court depuis autant de temps après la même femme. Son amour frôle le pathétique dans ce qu’il a de déchirant et de dramatique. Il est incapable de voir une autre femme que Yori, de se détacher d’elle, toutes ses pensées (ou presque) sont tournées vers elle. Il attend, il espère. Pour lui c’est une déesse. Aucun homme ne la connaît mieux que lui, aucun ne serait capable de la voir et de l’aimer comme lui l’aime. Il serait prêt à mourir pour elle et il chérit chaque instant en sa compagnie. Il cherche sans cesse à la convaincre de son amour, il ne veut pas acheter son affection. « Sinon, j’aurais aussi bien fait de faire l’amour à un mur » mais un mur n’aurait pas la chaleur de Yori. Et lorsque après tout ces tumultes, toutes ces épreuves et ces éloignements, elle lui dira enfin les mots qu’il attend, il sait qu’il a enfin atteint son cœur et qu’elle est désormais à lui. Il la marquera d’ailleurs symboliquement en la mordant sur l’ensemble du corps avant de pleurer (dans l’un des chapitres aux accents les plus shojo).

Du côté des autres personnages, chacun trouvera le bonheur à sa manière. Ruiko, la petite sœur de Yori se trouvera un gentil garçon qu’elle épousera et avec qui elle fondera une famille. D’ailleurs, pour Ruiko la famille c’est important, sans doute parce qu’elle se demande souvent si sa famille est bien la sienne. Elle qui a toujours eu l’impression d’être à part. C’est une fille gentille, toujours de bonne humeur, un rayon de soleil qui a décidé de prendre la vie de sa sœur en main et de l’aider dans sa quête pour se trouver un Jules.

Il y a les parents de Ruiko et Yori, un couple qui a vécu des hauts et des bas, des périodes difficiles dont Yori a été le témoin et Ruiko la conséquence.

Il y a Tomoko Shinkawa qui était dans le même collège que Yori, veuve depuis dix ans. Une femme qui hésite à se remarier, non pas par fidélité à son mari défunt mais parce qu’elle ne sait pas comment tourner la page de quelque chose qui n’a jamais vraiment commencé.

Puis il y a Rie la femme de Makoto. Elle pourrait paraître matérialiste et superficielle. Une femme qui tient aux apparences, surtout celui de son mariage. Elle apparaît comme la grande « méchante » de l’histoire qui empêche notre couple principal d’être ensemble par son refus de la séparation et le devoir des apparences. Néanmoins, c’est aussi une femme qui souffre. Elle ne peut être avec l’homme qu’elle aime depuis des années, un homme qui a préféré se marier et fonder une famille avec une autre. Un homme qu’elle ne voit qu’en cachette alors qu’il semble qu’elle aimerait étaler cet amour au grand jour. Elle paraît prendre plaisir à faire souffrir Makoto en lui rappelant leur contrat de mariage. Au final, si elle fait souffrir c’est parce qu’elle veut que d’autres souffre comme elle, qu’elle ne soit pas la seule dans l’histoire. Ne pouvant avoir ce qu’elle veut, pas question que son mari l’ait aussi. Mais là également, tout à une fin. Rie se rend compte qu’elle est enceinte et sans doute pas de Makoto. Son amant ne veut rien savoir, cet enfant c’est un encombrement. Elle est prête à avorter pour garder cet homme et retourner à sa vie de clandestinité. Sauf qu’elle se rend compte que cela ne rime à rien et qu’elle a espéré quelque chose qui jamais n’arrivera. Alors Rie lâche tout. Elle avoue à son mari, à sa famille. L’un accepte la situation, l’autre pas et la jette à la porte. Elle prend alors la décision de l’élever seule, cet enfant c’est le sien et celui de personne d’autre. Elle repart de rien, elle qui était la fille chérie et entretenue d’un directeur de clinique, la voilà travaillant dans une supérette. Pourtant elle n’est pas malheureuse, à sa façon elle a trouvé le bonheur. En retrouvant cette liberté, elle donne la sienne à Makoto qui peut enfin promettre quelque chose de concret à Yori.

Dans Ane no Kekkon, tout le monde trompe tout le monde. Ruiko est venue s’installer chez sa sœur après avoir quitté son copain qui l’avait trompé, Makoto trompe sa femme qui elle même le trompe avec un homme qui trompe lui aussi sa femme, la mère de Yori a trompé son mari, la mère adoptive de Makoto a quitté son précédent mari pour s’installer avec le père du beau psychiatre, et Yori a sans doute été la maîtresse d’autres hommes. Au final, chacun cherche l’amour.

Dans Otoko no isshou, l’amour est là, il s’insinue doucement et n’entre pas de suite en trombe comme aurait pu le faire celui de Makoto. Jun Kaieda est calme et détaché en toutes circonstances et d’un coup il annonce à la famille de Tsugumi son intention de l’épouser, il est sérieux, il l’aime. Comme notre héroïne, on peut douter de cet intérêt soudain, surtout venant de la part d’un homme qui pourrait presque être son père et qu’elle connaît à peine. A l’image de Yori, Tsugumi ne cherche pas l’amour, et même après la déclaration de Jun, elle ne le cherchera pas. Elle repousse gentiment tout ces hommes qui soudain s’intéressent à elle. Alors que l’héroïne d’Ane no Kekkon est prête à se marier à tout prix avec un homme bien sous tout rapport, tout ceci passe au dessus de la tête de celle de Otoko no Isshou. Elle repousse les avances de Kaieda, comme Yori tente de repousser celle de Makoto. Mais pour les deux c’est en vain.

Tsugumi sait combien l’amour fait mal, maintenant ça lui fait peur, elle ne veut pas revivre ça. Elle a vécu une histoire avec un collègue, un homme marié, et cela a finit sur une séparation douloureuse. Alors, elle ne veut pas d’une histoire avec un autre homme marié. Si Jun l’est, autant arrêter les frais de suite.

Si notre héroïne est douée dans son travail, elle est malchanceuse (et malheureuse) en amour. Comme dirait une de ses collègues et amies, Misaki Akimoto, c’est peut-être un juste retour des choses, qu’une femme comme elle, belle, intelligente et à qui tout réussi, se retrouve seule. Et comme certaines collègues de Sumire de Kimi wa Pet, elle ne peut s’empêcher de détester notre héroïne. Pourtant Misaki sait combien Tsugumi a travaillé dur pour en arriver là, sans pour autant prendre la grosse tête et regarder les gens de haut.

Les deux hommes nous montrent des héroïnes, qui au fond, n’ont pas confiance en elles. Makoto fera prendre conscience à Yori qu’elle a piètre image d’elle même, alors que c’est une belle femme et qu’elle pourrait se mettre plus en valeur autant physiquement qu’intérieurement (chose que Ruiko, la sœur de Yori, lui rappelle sans cesse). Ce n’est pas parce qu’elle couche avec un homme dès le premier soir que cela en fait une fille facile. C’est parce qu’elle se voit comme cela, qu’elle se sous estime, que les hommes la traite comme un mouchoir.

Idem pour Tsugumi, à qui Jun fera prendre conscience qu’elle n’a pas confiance en elle. Pas assez pour s’ouvrir à lui et l’aimer. Ceci est mis en avant dans un chapitre où l’héroïne décide de se faire plaisir en s’achetant un magnifique collier, mais le perd. En voulant se faire belle, non pas pour quelqu’un d’autre mais pour elle même, elle échoue, selon elle la perte du collier symbolise cela. C’était une idée idiote émise par une fille pathétique obligée de s’offrir ce qu’elle aurait du recevoir comme cadeau de la part d’un homme. Jun lui fera comprendre son erreur en retrouvant son collier (sa réaction est d’ailleurs ambiguë comme tout le reste chez le personnage). Après tout, il n’y a rien de mal à se faire belle pour soi. Cet épisode peut être mis en parallèle avec celui de Yori en visite à Tokyo, qui décide soudain de s’offrir un relooking complet pour elle même. Dans ce court passage, nous voyons une jeune femme sûre d’elle même et de son pouvoir de séduction, qu’elle emploiera sur Yoichiro, avant d’enlever tout les artifices le lendemain en revenant à la réalité de la demande en mariage. Pour Yori, mettre de beaux vêtements c’est comme se déguiser, elle se sent comme travestit, comme quelqu’un qui ne serait pas à sa place.

Tsugumi comme Yori sont des belles femmes qui ont renoncé à se faire plaisir et à faire plaisir aux autres. Au départ, tout ces impératifs sociétales leur passent au dessus. Pourtant au fond se sont des femmes qui ont du mal à s’aimer sous couvert d’un certain je-m’en-foutisme. Elles auraient certainement finis leurs vies seules et pépères, mais est-ce vraiment ça le bonheur ? Est-ce quelque chose qu’elles ont voulus ou bien qu’elles subissent par la force des choses ? A plusieurs reprises nous voyons Yori s’auto-convaincre qu’elle est ravie de son statut de célibataire presque vieille fille ou bien que de toutes les façons une fois qu’elle sera vieille et sénile, ça ne lui posera plus de problèmes. Elle essaie de prendre les choses avec philosophie et détachement, presque d’un haussement d’épaules ponctué d’un « C’est la vie, on y peut rien ». Tsugumi fait moins de bilan sur sa vie et son statut, son désir de vie tranquille se reflète plus dans ses actes : repousser ses prétendants en ne leur prêtant pas attention, aimer faire la sieste et se prélasser ainsi que les choses simples du quotidien. Elle aime la tranquillité, être loin de la ville, travailler de chez elle, ne pas être déranger.

Concernant les personnages masculins, c’est un peu la même chose dans le fond. Ces deux messieurs utilisent des méthodes presque similaires pour secouer nos héroïnes. Là où Makoto s’amuse à jouer des tours à Yori pour la mettre en face de ses contradictions, quand il ne la psychanalyse pas, Jun, lui, préfère observer de loin et sortir quelques phrases, que l’on ne sait jamais vraiment comment prendre, mais qui touchent directement le point sensible.

Pour ces deux héroïnes il suffit de si peu et pourtant le chemin est long. Deux femmes qui se sous estiment, qui ne veulent pas aimer et se faire aimer. Deux femmes qui ont mis de côté leur féminité (ce que je trouve très subjectif) : Yori est toujours les cheveux attachés, lunettes, et tailleur quand elle le troque pas contre un pantalon simple comme son maquillage, Tsugumi est toujours habillée de manière élégante mais sobre. Chacune semble croire qu’elles ont passé l’âge de vêtements jeunes et voyants, ainsi que d’attirer l’attention. Elles sont quand même loin du port du survêtement au travail. Elles prennent soin d’elles en faisant le minimum syndical. Le premier chapitre du premier volume de Ane no Kekkon donne d’ailleurs le ton avec son titre « Lorsqu’une femme cesse d’être une femme« .  Est-ce que l’on cesse d’être une femme quand on décide de ne plus faire la course à la séduction et au mariage ? Est-ce le point de vue de l’auteur ou de la société japonaise de manière générale ? Questions qui méritent réflexions mais qui pourraient laisser un amer goût à certaines personnes qui lisent cette oeuvre.

Dans le cas de Yori, ces questions trouveront leurs réponses à la fin d’Ane no Kekkon. Lorsque l’on ne s’aime pas soi même, difficile d’aimer les autres. C’est lorsque Yori acceptera sa vie et elle-même, qu’elle acceptera enfin son amour pour Makoto et d’avoir une chance de créer quelque chose avec lui qu’elle pourra enfin vivre pleinement sa vie de femme.

En face d’elles, des hommes sûrs de leur amour pour la femme qu’ils ont en face d’eux. A une différence près, Makoto n’est pas sûr des sentiments de Yori à son égard mais ne désespère pas qu’un jour elle s’ouvre à lui. Jun, quant à lui, est sûr de ses sentiments comme il est aussi sûr que Tsugumi l’aime (on se demande comment). Avec cette belle assurance, il l’a poursuit de ses assiduités mais de manière plus discrète que celle de Makoto mais tout aussi frontale. Le moment où il lui annonce qu’ils doivent « discuter », qu’il l’amène dans sa chambre d’hôtel avant de lui demander si elle ne veut pas prendre une douche en premier. Je dis que l’on peut douter pour ce dernier au vu de sa nonchalance et de ces quelques répliques parfois cinglantes envers l’héroïne. Kaieda est un homme de cinquante ans qui va droit au but et n’a pas de temps à perdre.

L’amour, en général, ça commence à deux. Ici les relations amoureuses sont compliquées et on peut se poser la question : qu’est-ce qu’un couple ?

Dans Ane no Kekkon, lorsque Rie avoue à ses parents que son mariage avec Makoto était vouait à l’échec dès le départ car sans amour, son père lui rétorque que deux personnes qui vivent sous le même toit, c’est un couple. Le reste n’a pas d’importance.
Vision tout à fait japonaise puisque avant que le certificat de mariage devienne obligatoire, le simple fait de vivre ensemble sous le même toit tenait lieu de chose officielle (et était fréquent).

Dans Otoko no isshou, Kaieda n’hésite pas à dire à l’ensemble du voisinage que Tsugumi et lui vont se marier, soit disant pour éviter les commérages sur deux personnes vivant sous le même toit. Plus tard il reviendra dessus, cette fois en faisant les choses de manières convenables, après tout ils vivent sous le même toit, mangent ensemble et elle fait la lessive pendant qu’il coupe du bois (n’est-ce pas le cliché même d’un couple?), c’est comme s’ils étaient déjà mariés.

Fuir le passé

Les deux femmes semblent avoir fuis quelque chose. Tsugumi était chez sa grand-mère depuis un bon mois avant que celle-ci ne décède et les raisons de ses « vacances » sont pour sa famille sources de questionnement. Si elle n’a pas été licenciée, pourquoi venir se réfugier à la campagne ? Fuirait elle quelque chose ? Si oui, quoi ? (elle semble avoir eu une/des relations avec des hommes mariés avec enfants,notamment un qui travaillait dans la même entreprise qu’elle)

Cette ombre de l’homme marié planera sur la jeune femme, comme un passé révolu mais pas toujours plaisant quand on s’en rappel. Si elle a tourné la page et qu’elle a la conscience tranquille, il lui arrive de suivre le parcours de cet homme de loin. Car pour Tsugumi ces instants passés, même s’ils ont finis dans la douleur, restent gravés. C’est un expérience qui fait partie de sa vie car selon elle, il n’y a pas de perte en amour. Son manque de chance avec les hommes, balance son poste haut placé dans son travail.

De même pour Yori, au début du manga, ses collègues se demandent comment et pourquoi cette femme compétente a fait le choix de quitter Tokyo pour revenir dans son ancien fief ? Se serait-il passé quelque chose ? Voire, ne se serait il rien passé ?

Le mystère demeure, d’autant plus que certaines pages nous montrent furtivement des silhouettes d’hommes, des visages masculins anonymes, qui ponctuent de bref souvenir des héroïnes. Ont-ils été des amants ? Des relations qui se sont terminées dans la douleur ? Des demandes en mariages avortées ? Il n’y aura pas vraiment de réponses.

Dans le cas de Tsugumi, son passé n’intéresse pas Kaieda, pour lui seul le présent compte. Tout deux ont faits des erreurs, des choix qu’ils regrettent, mais ce qui importe c’est eux deux maintenant. Il se fiche du passé de l’héroïne et ne veut rien savoir. Le lecteur donc ne saura rien ou si peu…Kaieda s’il ne veut rien savoir du passé de notre héroïne, ne nous donnera pas grand indice sur le sien. Sa relation avec la grand-mère de celle ci restera nébuleuse jusqu’au tome 4.

Pour Makoto, la question ne se pose même pas. Tout ce qui a pu se passer entre le moment où ils se sont quittés et celui où ils se sont retrouvés, ne compte pas. Pour lui, c’est comme reprendre au moment où cela c’est arrêté, on peut même pousser plus loin en disant que ça ne c’est pas arrêté pour lui. Comme s’ils s’étaient quittés la veille. Sans doute est-ce pour cette raison qu’il ne fait pas mention de sa femme, non parce qu’il tient absolument à le cacher à Yori mais parce que ça ne compte pas. Seule Yori compte. Eux deux maintenant.

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Cette fuite est d’ailleurs visible à travers les couvertures du manga. Yori commence sa route seule sur le premier volume, puis elle rencontre Makoto, à partir de là, ils ne se quitteront plus. Ils arpentent les couvertures, se fuient, se croisent…ils sont ensemble sans être ensemble, jusqu’au dernier volume où enfin ils se font face. D’ailleurs dans l’avant-dernier volume, nous les voyons arriver au sommet d’une bute, le regard tourné vers l’horizon, signe que le plus dur est sans doute derrière eux. Ils ont traversé les obstacles, gravis la montagne et peuvent désormais se tourner vers un avenir que l’on espère plus radieux.

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Yori et Makoto s’atteignant presque dans le volume 7

Amour, travail

Yori est bibliothécaire mais on apprend qu’elle a fait sa thèse (ce qui veut dire qu’elle est docteur) sur un éminent professeur (qui a aussi été celui de Makoto), elle a écrit des critiques sur les nouveautés littéraires quand elle travaillait à Tokyo (qui ont apparemment étaient remarquées) et d’autres publiés dans une revue locale, au début du manga elle organise même des lectures pour enfants à la bibliothèque et des événements autour de la lecture en partenariat avec des cafés.

Concernant Tsugumi, c’est une employée d’une importante compagnie électrique. Lors du premier chapitre ses parents parlent d’elle comme d’une bonne élève, studieuse, ayant fait de hautes études et surtout comme un pilier centrale de sa compagnie. Chose que nous pouvons comprendre indirectement, qu’elle entreprise laisserait plus d’un mois de vacances à un simple employé ? De même, il faut avoir certaines compétences (et importances) dans une entreprise pour que cette dernière accepte que vous travailliez de chez vous au lieu de venir au bureau. Notre héroïne est aussi débrouillarde, elle peut vivre toute seule et sait gérer une maison, à un moment elle se retrouvera même à réparer tout les appareils électriques du voisinage.

Les deux hommes ont une position dans la société. Tout les deux donnent des cours à l’université et écrivent régulièrement des articles, ils sont assez connus dans leur milieu et ne semble pas voir de quelconque problème financier.

Les deux hommes poursuivent de leurs assiduités une héroïne qui n’a rien demandé, et surtout pas de l’amour. Yori le dira elle même « les histoires d’amour ce n’est que sources de complications ». Pour Makoto son attirance est évidente dès le départ et il ne s’en cache pas (il poursuit même Yori alors que sa femme n’est pas loin). Il insiste, va la voir à son travail, veut savoir où elle habite, achète une maison pour eux deux, lui propose de passer leurs vacances ensemble…il la veut dans sa vie et cela dès le départ. Pourtant, même s’il ne lui avoue pas dès au début qu’il est marié, jamais il ne fait mention de sa femme devant elle, même après la découverte de Yori au sujet de Rie. Il ne lui parle ni de son mariage, ni de l’intention de quitter sa femme pour elle. Aucune promesse en somme. Il ne tient pas vraiment à ce qu’ils se voient vite fait dans des hôtels mais qu’ils aient un endroit bien à eux (d’où la maison).

Quand à Jun, s’il débarque dans la vie de Tsugumi comme un cheveux sur la soupe. Son attirance n’est pas manifeste, il n’hésite pas à lui faire remarquer qu’elle est encore jeune…pour une femme âgée ou encore qu’avec son isolement elle met un terme à la possibilité de se marier et lorsque Tsugumi, déprimée, dit vouloir sauter de l’arbre du jardin pour se tuer, il lui tend un sac poubelle pour qu’elle se mette dedans avant de sauter, autant faire sa proprement. Pourtant, il ne se gênera pas pour dire à tout le voisinage qu’ils prévoient de se marier, juste pour apaiser la curiosité des voisins et faire taire les mauvaises langues sur leur cohabitation (qu’il dit).

A la différence de Makoto dont l’insistance est telle, qu’on ne finit par ne plus le croire, la distance et la nonchalance de Jun font qu’on ne sait jamais s’il faut le croire, car on ne sait jamais s’il plaisante ou non.

Lorsque Tsugumi pleure, il la regarde de loin mais il n’est pourtant pas tout à fait indifférent à ses malheurs et est toujours près à l’écouter. Makoto, lui, prend plaisir à voir Yori pleurer, non pas par désir sadique mais parce qu’il la trouve sublime et peut voir différent aspect de sa personne. Il savoure cet instant privilégié.

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Makoto savourant le plaisir de faire pleurer Yori après lui avoir pris ses lunettes

Le mariage

Le mariage est au centre des deux histoires mais plus fortement dans Ane no kekkon (rien que dans le titre).

Les deux héroïnes n’ont pas l’intention de se marier ou du moins avec eu cette espoir abandonné depuis. Yori dès le départ a prévu de passer le reste de sa vie seule, elle veut vieillir tranquillement sans se compliquer la vie avec une autre personne.

D’ailleurs le titre (ane no kekkon) fait référence à la grande sœur, il s’agirait donc de Ruiko (la petite soeur) qui parle de Yori (la grande soeur). Cette petite sœur qui ne restera qu’à peine 2 volumes dans l’appartement de sa grande sœur chérie mais sera toujours là pour essayer de la faire sortir de ses habitudes en la faisant manger sainement, en lui donnant des conseils mode et en l’encourageant/soutenant dans sa vie amoureuse. Ruiko cette petite sœur pleine de vie se soucie vraiment du bien être de Yori. La relation entre les deux sœurs est d’ailleurs touchante. Ruiko regarde quand même de loin la vie de sa soeur, comme lorsqu’elle surprend cette dernière avec Makoto (il était en train de la poursuivre) sans vraiment comprendre l’ensemble de la scène. Elle cherche toujours à faire le bonheur des autres mais c’est le sien qu’elle comblera en premier en fondant une famille.

Ah le mariage de Yori ! C’est au fond toute la base de l’histoire, va-t-elle se marier ou pas ? Et si oui avec Makoto ? Et surtout trouvera-t-elle le bonheur ? Il faudra attendre le dernier volume et les toutes dernières pages pour avoir la réponse.

Dans le cas de Tsugumi la question de mariage n’est pas vraiment un abandon, disons qu’elle n’y pense pas ou plus, qu’elle arrive à un stade où ça ne lui traverse plus l’esprit. Mais avec l’arrivée de Jun Kaieda dans sa vie, les questions et les doutes reviennent. Lors d’une rencontre avec ses collègues, où ceux-ci s’interrogent et la charrient sur son choix de rester travailler à la campagne, il est avancé que si elle devait se marier, elle devrait forcément quitter son travail. Ce qui met en lumière ce fait qu’une femme qui se marie doit forcément quitter son travail pour s’occuper de son foyer. Tsugumi a l’air d’apprécier son travail et y est compétente, cela l’occupe pas mal et elle n’a pas de soucis financier donc autant ne pas se marier. De plus le travail l’empêche d’avoir des envies de mariage. Ce n’est pas le cas de sa collègue et amie, qui dira elle-même qu’elle est moins douée et compétente que Tsugumi et n’a aucune velléité d’ascension professionnelle. Et bien qu’elle n’est pas ce poste que l’on voit si souvent d’OL, son entrée dans l’entreprise n’était que pour trouver un mari. Ce qui sera le cas, elle épousera un de ses collègues et quittera son travail.

Dans le cas de Saionji, son mariage est à la fois source de bonheur et de tristesse. Une dernière fois elle s’élancera dans les bras du beau professeur. Épouse-t-elle Tetsushi par dépit amoureux, essaie-t-elle une dernière fois de convaincre l’homme après lequel elle court ou bien est-ce une façon de lui dire au revoir ? Peut-être une façon de lui faire comprendre qu’en se mariant avec un autre homme que celui avec lequel elle se destinait, on ne perd pas forcément quelque chose, on change juste un amour par un autre. Au final, elle semble avoir trouvée l’équilibre et le bonheur dans sa nouvelle vie maritale.

Les ressemblances

Beaucoup de personnages entres les deux œuvres se ressemblent. Surtout physiquement. Outre les deux héroïnes, auquel on peut rajouter Rie avant son changement de coupe de cheveux, il y a Akimoto Misaki et Tomoko Shinkawa, les amies. Saionji a quelque trait de caractère en commun Mlle Hanai : toutes deux travaillent avec le personnage masculin principal et chacune cherche à lui plaire, dans un amour qui frôle l’excessif. A Saionji on peut pardonner la jeunesse et lui souhaiter tout le bonheur du monde, autant Hanai personnage présent dans les premiers volumes d’Ane no kekkon bien qu’en retrait sera la « méchante » principale du dernier acte de ce manga. Alors que Rie avait enfin abandonné trouver sa propre voie, Hanai prend sa place, consciente du lien des deux amants, elle fera tout pour les séparer.

A ce sujet, je m’accorde une parenthèse sur le fait que j’ai eu du mal avec ce passage. Alors que Makoto et Yori sont enfin réunis, voilà le beau psychiatre obligé d’aller en Allemagne pour son travail et Hanai sa collègue l’accompagne. Nos deux tourtereaux sont encore éloignés l’un de l’autre alors qu’ils venaient ENFIN de se mettre ensemble pour de bon. Keiko Nishi a t-elle voulu rallonger son intrigue ? Ce dernier acte m’a paru forcé et en même temps digne d’un retournement shojoesque. Passe encore la distance comme ultime épreuve, ils ne sont plus à cela près, il y a comme une incohérence. Hanai cache les lettres que Yori envoie, elle interceptera même un appel téléphonique de cette dernière, ce qui obligera notre héroïne en panique à faire le voyage en catastrophe plus tôt que prévu en Allemagne pour essayer de voir son amant en vain, Hanai faisant barrage. Autant à une époque où les téléphones portables et les courriel peu courant, je veux bien concevoir Hanai est pu faire barrière. Mais elle ne peut pas faire barrière à tout les appels sur portable, ni aux e-mails, ni à skype, ni a…bref. Je trouve étrange que Yori n’est pas pu discuter avec Makoto sans avoir à se déplacer jusqu’en Allemagne, de même j’ai du mal à croire que Makoto n’est jamais contacté Yori entre temps. J’ai sans doute loupé une explication rationnelle à tout cela, alors si quelqu’un peut m’expliquer….

Fin de la grosse parenthèse.

Ce personnage (Akimoto Misaki) a une certaine ressemblance physique avec un autre de ane no kekkon (beaucoup de personnages dans les deux œuvres se ressemblent physiquement) Tomoko Shinkawa

Si l’héroïne se remet donc à croire à l’amour, mais aussi au mariage. Elle doit vite se marier avant de tomber vraiment complètement dans les bras de Makoto. Le mariage devient donc cette assurance d’une vie stable avec un homme bien. Une vie tranquille. C’est ce qu’elle a toujours voulu.

Les autres hommes

Dans les deux œuvres les héros sont courtisés des deux côtés, même s’il n’y a de la place que pour un/une élue(e).

Tsugumi entame avec la danse avec trois prétendants en plus de Kaieda. Il y a Tetsushi le garçon qui l’a connu enfant et en est tombé amoureux, la revoir n’a fait que faire resurgir ses sentiments. Alors le beau brun tente sa chance même si c’est voué à l’échec. Moins rentre dedans que ses concurrents, il reste un jeune homme charmant.

Pour Shinji, je dois dire que je ne sais pas trop d’où lui vient cet intérêt soudain pour l’héroïne. Il lui proposera plusieurs sorties, des repas, même de l’aider pour diverses tâches mais échouera à chaque fois. Tsugumi soit ne le remarque pas, soit le rembarque en lui montrant qu’elle n’a pas besoin de lui (ni pour vérifier la qualité de son eau -elle a le kit-, ni pour réparer son ventilo – elle le fait toute seule-).

Et puis, il y a Takahiro le postier, un jeune homme de vingts ans qui après avoir entendu qu’il y avait un jolie brin de fille dans les parages, se lance dans la drague assidue de notre trentenaire. Contrairement aux autres qui en restent à des propositions sans suite, lui n’hésite pas a y aller franco. Il embrasse l’héroïne sans préavis dans la cuisine (alors que les autres personnages masculins sont juste à côté) alors qu’il ne se voit que pour la seconde fois. Il n’hésite pas à lui proposer d’aller à l’hôtel.

Chacun d’eux a un runnin gag :

  • Tetsushi n’a jamais sa voiture qui démarre quand il essaie d’emmener Tsugumi en balade
  • Shinji est soit transparent, soit montrer comme inutile
  • Takahiro a toujours un plantage qui suit de près ses demandes.

Outre le fait qu’il habite la même ville et que notre héroïne est souvent amenée à travailler avec eux, c’est trois là sont souvent montrés ensemble et tente à chaque fois de surenchérir pour s’attirer les faveurs de la belle. Sans succès.

Dans Ane no Kekkon, les hommes sont plus éparpillés dans le manga. Ils sont tous présent dès le début mais ne seront développés que peu à peu chacun leur tour.

Il y a d’abord le collègue de Yori, un petit jeune, qui d’un coup se rend compte que celle-ci est loin d’être vilaine une fois mise en valeur et tente alors de l’inviter. Ses demandes n’aboutiront jamais vraiment et il restera dans le fond à faire tapisserie. Sans doute le personnage le moins développé, en même temps notre héroïne le remarque à peine.

Puis Yoichiro, comme je l’ai évoqué plus haut, il s’agit d’une première rencontre organisé (mis en scène) par l’ancien professeur de Makoto et surtout sujet de thèse de Yori. Comme quoi, il n’y a pas que Ruiko qui essaie de se mêler de sa vie sentimentale. Yoichiro s’intéresse de suite à notre héroïne, il l’invite à manger chez des amis et reste gentleman en toute circonstance, tout en ne cachant pas son trouble devant le sex-appeal de Yori. Troublé par ce changement vestimentaire qui met en valeur les atouts de la jeune femme, il fera un pas décisif. Quoique de mon point de vue, une demande en mariage après quelques rendez-vous et parce qu’ils sont concrétisés, c’est un peu brusque.. mais bon. Yoichiro continuera à être développé mais cette fois avec sa collègue de travaille. Exit Yori (cet homme est une girouette).

Ensuite vient l’écrivain…. un homme d’âge mûr que Yori admire (en tant qu’écrivain). Celui ci n’hésitera pas à lui faire du rentre dedans lors de leur première rencontre, la traînant presque dans sa chambre d’hôtel. Yori y échappera de justesse à son grand soulagement. Cet homme fera néanmoins son grand retour quelque volumes plus loin et réitérera ses avances avec un peu plus de succès. Il arrivera presque à ses fins avant que Yori ne se rende compte de ce qu’elle fait et changera d’avis (en s’enfermant dans la salle de bain). Encore heureux, notre écrivain sait quand il ne faut plus insister et la laissera tranquille.

On peut ainsi voir une différence à ce niveau entre les deux œuvres : les prétendants de Otoko no isshou sont surtout là dans un but comique alors que ceux dans Ane no kekkon sont mis en là dans un but plus sérieux. Ils servent d’épreuves, d’obstacles, à notre héroïne mais permettent aussi de développer (pour certains) certains aspects de l’amour et du mariage. C’est sans doute dans ce sens que leurs personnalités et leurs rôles sont développés.

Les autres femmes

Des femmes il y en a, surtout des femmes qui tournent autour du personnage principal masculin. Dans Otoko no Issho vu que l’oeuvre est plus courte le casting est moindre mais il a quand même son importance. Kaieda est un professeur réputé, ce qui lui amène beaucoup d’admirateurs et surtout d’admiratrices. Tsugumi aura l’occasion de le voir à l’oeuvre pendant une conférence, c’est un tout autre homme, loin de sa nonchalance habituelle, il dégage un certain charisme et charme sans problème son auditoire. Enseignant dans une université féminine, il connaît bien l’autre sexe et sait comment celui ci fonctionne. Dans son entourage on pourra surtout noter Saionji, fille du directeur de l’université où il travaillait avant. Rien que sa coupe et son style vestimentaire reflète son côté fille à papa qui a toujours obtenu ce qu’elle voulait sans faire trop d’effort et est habituée à une vie de luxe et de privilège. Engagée comme secrétaire de Kaieda (elle menaçait de se suicider si elle n’avait pas une lettre de recommandation pour bosser avec lui), elle gère son planning et sa vie d’une main de fer, allant même jusqu’à lui donner deux portables (un pour le travail et un exclusif pour ses appels à elle). Forcément elle apprécie mal l’entrée d’une autre femme (Tsugumi) dans la vie de l’homme qu’elle convoite. Parce que oui, elle court après ce charmant professeur qui l’a pourtant mise en garde : on ne mélange pas vie privé et personnelle. Si elle tombe amoureuse de lui, néglige son travail et le tire vers le bas, il n’hésitera pas à la mettre à la porte. Kaieda a donc parfaitement conscience de l’attention de Saionji à son égard mais passe son temps à la rembarrer quant il ne l’évite pas. Elle devra donc essayer de s’en détacher et ça tombe bien puisqu’elle finira avec Tetsushi. Comme quoi tout deux finiront par trouver le bonheur après avoir échouer avec l’élu de leur cœur.

En somme Jun Kaieda attire, mais il n’en a cure, ça lui passe au dessus, celle qu’il a dans sa ligne de mir c’est Tsugumi et personne d’autre. Certaines essaierons tant bien que mal de charmer le professeur de manière évidente ou en usant de subterfuge mais sans y parvenir.

Chez Makoto, le harem est plus grand. Il y a ses patientes, ses élèves, les femmes avec lesquelles il travaille…où qu’il aille il attire l’attention avec son charme et sa beauté (et le fait qu’il semble briller de partout). Si dans le cas de Kaieda, il n’y a pas de femme pour faire obstacle (ou en tout les cas, elle n’est plus), pour Makoto le problème est différent : il est marié. Makoto est parfaitement au courant que sa femme en aime un autre et qu’elle le trompe, lui même n’hésite pas à faire la même chose avec Yori. Pourtant ce mariage reste un obstacle à leur union. Makoto disant clairement à Yori qu’il ne peut lui parler d’avenir et encore moins lui promettre certaines choses (comme quitter sa femme). Alors pourquoi lorsque les deux parties se trompent mutuellement et ne forment qu’un couple en apparence, ne pas se séparer ? Parce que pour l’un comme l’autre, c’est un contrat qu’ils ont décidé d’honorer, surtout Rie. Pour elle, ce mariage est une assurance, une garantie, qui la protège aux yeux de la loi et de la société. Elle ne peut épouser l’homme qu’elle aime depuis des années car il est lui même marié et ne quittera pas sa femme. Se marier est comme une équivalence dans la balance mais lui assure également un stabilité sociale et financière. Si elle le pouvait, elle courait épouser cette amant mais c’est impossible. Pourtant elle soupire, elle rêve, elle espère que cela soit possible…un jour. En attendant Makoto est là, elle n’hésite pas à lui rappeler sans cesse qu’ils sont mari et femme, en toute circonstances. Liés par un contrat, un engagement mutuelle que Makoto tenterait de fuir. Il serait capable de demandait le divorce pour courir vers Yori, mais sans arrêt il se remémore qu’il a fait un choix et qu’il doit s’y tenir, même si ce choix n’a pas fonctionné. Car il avait espérer un temps que cela pouvait fonctionner mais le cœur de sa femme était déjà pris depuis longtemps. Un mariage ce n’est pas juste un long fleuve tranquille où tout n’est qu’amour et volupté, il est parcouru d’embûches, de choix, de disputes et de réconciliations, de moments difficiles et douloureux. Jusqu’à ce que la mort vous sépare.

Pour finir…
Il y aurait encore des choses à dire et à analyser bien plus en profondeur pour ses deux oeuvres mais je vais m’arrêter là. En espérant que Ane no Kekkon reprendra par chez nous, et que d’autres oeuvres de Nishi (notamment Otoko no Ishou) viendront fouler le sol français. Pour celles et ceux qui aiment les mangas, je ne peux que vous conseiller d’y jeter un oeil que vous aimiez ou pas les personnages.