Zetsubou Baby : le harcèlement c’est cool

Derrière ce titre quelque peu putassier, veuillez me pardonner, se cache une réflexion de fond sur des pratiques et des comportements que je retrouve régulièrement chez des personnages de manga, généralement masculins, fortement discutable, voire carrément nauséabond.

Quand j’étais ado, je lisais beaucoup de shonen mais pas tellement de shojo. C’était pas vraiment ma tasse de thé (exceptés les mangas de Yuu Watase) et le magazine de prépublication français Magnolia orienté « filles » n’aidait pas non plus avec ses rubriques beauté/cuisine entre deux chapitres. Néanmoins, mon goût pour le shojo manga est venue petite à petit, sans doute parce que je suis tombé en amour avec les adaptations des années 70/80 qui étaient rediffusées sur nos écrans. Quoiqu’il en soit, j’en suis venu aux mangas, malgré le fait que j’ai finie par apprécie le genre, j’ai fini par devenir très critique en même temps que mes goûts évolués. Bien que certains titres soient très sympas, je trouve que ce que l’on nous propose en shojo manque cruellement de diversité -alors qu’il en existe- mais surtout recyclent les mêmes clichés. Certains fonctionnent encore sur moi, parce que je dois sans doute être au fond un coeur d’artichaut, mais d’autres me semblent provenir d’un autre siècle complètement rétrograde. Je vois le manga, et par extension le shojo, comme un loisir, tout comme un divertissement et une passion. Cependant, le manga a montré qu’il pouvait être plus que cela, il pouvait ouvrir à la culture au sens large et inculquer aux gens de valeurs comme l’amitié, le courage, l’entraide etc…

Néanmoins, j’éprouve des doutes face à certaines œuvres dont les personnages ou l’histoire me font plus que tiquer. Parfois, je pardonne à un personnage ses défauts parce que je suis faible ou que l’auteur sait si prendre pour me faire croire que c’est pas si grave et que dans ce contexte ci, ça passe. Toutefois, il y a des cas où cela n’est pas pardonnable. Comme je l’ai évoqué plus haut, le manga peut inculquer, influencer, volontairement ou non. Sans aller jusqu’à dire que les ados sont des êtres décérébrés, je pense que certains sont capable de recul et de faire preuve de jugement, certains sont influençables. Le fait qu’un comportement « anormal » soit jugé acceptable et normal par l’auteur, peut être ensuite perçu et assimilé comme normal et acceptable par le lecteur. Dans le cas du shojo, il existe plusieurs clichés et je ne vais pas tous les détaillés. Il y  en a un qui revient souvent c’est celui de l’odieux connard populaire. Vous savez le type qui traite l’héroïne comme de la merde, voire comme d’un objet dont il dispose, qui parfois par un twist scénaristique fumé en fait son « esclave » ? Mais comme apparemment l’adage nous dit que les femmes aiment les connards, l’héroïne finira par en tomber amoureuse et révéler la couche de guimauve qui se cache sous le pervers narcissique. Je suis sure que chacun de vous à un exemple qui lui vient en tête….

Bref, cette longue introduction pour dire qu’un beau jour, je suis tombé sur Zetsubou Baby et que c’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase.

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En même temps, la couv’ du 1er volume m’avait prévenu du contenu…

Mais de quoi ça parle au juste ?

Zetsubou baby est un shojo manga bouclé en 2 tomes et dessiné par Hina Sakurada. L’héroïne de l’histoire, Kasumi, est une jeune fille tout ce qu’il y a de plus banal qui n’a pas vraiment d’amis et, HORREUR, pas de copain. Bref, elle vivait tranquillement dans sa solitude jusqu’au jour où elle ramasse le mouchoir du beau gosse ultra riche et populaire  et accessoirement odieux connard, de sa classe ce qui attirera l’attention de ce dernier pour la pauvre malheureuse. A partir de là, il va se mettre à la poursuivre de ses assiduités. Et quand je dis poursuivre, c’est vraiment poursuivre, partout, où qu’elle aille….

Je crois que je n’ai jamais vu héroïne plus effrayée et le regard figé dans l’horreur à chaque case que celle-ci. Nous avons droit à tout les clichés : baiser forcé, plaquage contre le mur, menace, chantage, kidnapping, tentative de viol….la totale. Mais vous comprendrez chers lecteurs que tout ceci est normal car fait au nom de l’amour. L’amour c’est très pratique.

Kasumi n’a au départ pas grand chose pour elle. Elle est banale, jolie mais sans plus. On ne l’a remarque pas. Apparemment mise au placard par ses petits camarades au collège, elle a vite développé des difficultés à se faire des amis et a sociabiliser. Le lycée est pour elle l’occasion d’un nouveau départ, qu’elle rate malheureusement. Son manque cruel de confiance en soi, la fait se mettre à l’écart volontairement et ce ne sont pas ses camarades qui iront l’aider à sortir de sa coquille car ils sont inexistants dans l’histoire. Jusqu’à ce que « boum » entre le personnage masculin. Tout les clichés sont réunis : beau gosse (l’auteur aimera nous montrer ses pec’ de bel éphèbe), riche à un point où s’en est ridicule (je prend mon petit déj’ en Corée et j’arrive avec mon jet privé pour la 1h de cours), les filles qui lui bavent dessus parce que…euh…voilà, un sens des valeurs qui n’est pas celui du commun des mortels (un kebab foie gras à 1300€ c’est donné) et un comportement égoïste justifié parce que le pauvre il est riche et les enfants riches c’est forcément pourri gâtés.

A peine le premier chapitre entamé que l’on nous présente ce beau jeune homme comme imbuvable et imbu de sa personne. Juste parce que l’héroïne lui a rendu son mouchoir plié (geste fait par pur automatisme) sans ce soucier de qui il est, il décide qu’elle sera sienne. Sa « femme », la manière dont la scène est décrite ne permet pas de tendre le terme vers le sens d’épouse mais plus celui d’objet : « you will become my woman ». Juste avant que cette dernière s’enfuit de peur et qu’il la poursuive en parlant d’elle comme d’une « cible » qu’il ne faut pas laisser échapper et qu’il faille capturer. Il est d’ailleurs près à envoyer une 50taine d’hommes à sa poursuite -ce qui lui vaut quand même un reproche sur le fait qu’il risque de se faire arrêter avec de telles pratiques- (Non tu crois ?! et dire que ce passage est traité sur le ton de l’humour, un peu par dessus la jambe).

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Il passe son temps à l’insulter, la traiter d’idiote et autres joyeusetés. Décide à sa place : il décide unilatéralement qu’elle sera sa copine car elle est sa femme idéale -alors qu’il ne la connait même pas et qu’elle n’est pas spécialement pour-, lui achète des vêtements, décide de ce qu’elle va porter, lui dit quoi faire….

Sans oublier toutes les belles phrases qu’il lui sort, censées être d’un romantisme profond…

« Même si je meurs tu ne t’échapperas pas. Sors avec moi et je te rendrai heureuse. » : Tu as deux options mais en réalité je ne t’en laisse qu’une seule. Tu resteras enfermée jusqu’à ce que tu dises oui.

« Si tu essaies de t’échapper je t’enfermerai ici, peu importe combien je t’aime » : Rends-toi compte de ce que je suis obligé de faire par amour, ça me fait mal, c’est de ta faute.

La raison pour laquelle il s’intéresse à elle, est parce qu’elle ressemble à son héroïne de drama préféré et qu’il aime les femmes douces et calmes (pures et naïves). Le personnage « l’aime » non pas pour elle, pour sa personnalité mais pour l’image qu’il s’en fait, l’image qu’il lui plaque dessus alors qu’elle essaie désespérément de le convaincre qu’elle n’est pas cette personne.

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Il y a, à partir de là, tout un paradoxe : il dit l’aimer parce qu’elle représente un idéal de beauté féminin douce et docile, tout en lui reprochant son manque de confiance en elle et le fait qu’elle ne s’affirme pas assez, en la dévalorisant. On sait tous qu’insulter les gens les aide à se sentir mieux….

C’est lui qui l’a harcèle, c’est elle qui s’excuse de ne pas être plus sympa, plus ouverte, plus compréhensive…un comble. L’auteur tente dans chaque chapitre, l’espace de quelques cases de nous faire croire que le personnage masculin est au fond un mec sympa qui n’attend seulement qu’on le comprenne. Il aide l’héroïne à s’occuper des plantes du lycée, il aime donc les plantes, les plantes c’est sympa, il est donc sympa CQFD.

Sans oublier le harcèlement sexuel et la tentative de viol. Ah cet instant classique dans le shojo où un garçon et une fille se retrouve seuls et où, par un malencontreux hasard, ils se retrouvent l’un sur l’autre. L’instant sexy par excellence, sensé émoustiller les lectrices et lecteurs. C’est tellement excitant quand un homme qui vous fait peur vous tombe dessus et vous dit qu’il va vous faire des choses en se passant négligemment la langue sur les lèvres de manière pas du tout entendu.

En passant par l’épisode où l’héroïne se retrouve déshabillée de force par un méchant qui en veut au « héros » et à décider de s’en prendre à sa copine qui n’a rien demandé… Je n’aime pas du tout que le viol soit utilisé comme une facilité scénaristique qui tient plus ici de la paresse et du cliché que d’un véritable choix de la part de l’auteur. Cette scène n’a pas d’incidence, à part celle de mettre l’héroïne en position de faiblesse et de demoiselle en détresse et de valoriser le protagoniste masculin qui vole à son secours. Le viol ou toutes agressions sexuelles, ce n’est pas quelque chose d’anecdotique qu’on met dans une histoire l’espace d’un chapitre sans plus jamais y revenir plus tard. Ce n’est pas non plus quelque chose qui doit être là pour émoustiller le lecteur/rice.

Les sentiments les plus souvent exprimés de la part de l’héroïne envers le personnage masculin sont la peur, le stress et non l’amour. Hina Sakurada la dessine comme ça presque tout le temps, presque toute les fois où elle est en contact avec lui. Résultat, je me demande quel est le but de la manoeuvre. Tout ces passages m’ont mise mal à l’aise et il semblerait que cela soit le cas d’autres personnes qui ont lu ces passages. Pour moi, ces expressions n’ont rien de drôle, elles ne participent pas au comique de situation. Elles ne la rendent pas non plus attrayante. Pourtant, tout le reste est caractéristique du shojo. Seulement les phrases sonnent creux dans la bouche des personnages.

La gestuelle du héros n’aide pas non plus. Nous avons droit au fameux trope du Kabe don, vous savez ce moment où le garçon plaque la fille au mur…

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Mais au final, je ne sais pas ce qui fait le plus peur : que ce titre compile tout ce que j’exècre ou que les gens qui ont lu ce titre le trouve bien ? Parce que oui,  des gens amateurs de shojo ont lu et aimé cette histoire. En fouillant sur le net pour avoir des avis, ce que j’ai pu voir c’est que globalement : le titre est trop court (encore heureux une douzaine de tomes comme ça n’aurait été idéal que pour une flambée dans une cheminée un long soir d’hiver), l’histoire est romantique, les personnages mignons, ils vont bien ensemble et sont fait pour l’un pour l’autre. Allo ??? On a bien lu la même histoire avec du harcèlement sexuelle à chaque page ? c’est justement le problème que je soulevais en début d’article : le fait que les gens trouvent ces comportement normaux et les cautionnent parce que c’est une histoire d’amour. Je ne sais pas si c’est la vision réelle de l’auteur, si elle dessine ce que le lectorat souhaitent voir ou ce que son éditeur lui demande mais une chose est sur Zetsubou Baby n’est en aucun cas une histoire d’amour. En tout les cas, ce n’est pas une relation romantique saine.

Comprenez moi bien, je n’ai rien contre les héroïnes lambda, en manque de confiance ou victime de harcèlement (Life). Je n’ai rien contre les beaux garçons ou les garçons avec un visage un peu effrayant, ceux avec un mauvais caractère (Takane & Hana) ou les personnages riches qui vivent dans un château doré loin des réalités (Takane & Hana, Ouran host club). Pas plus que pour les personnages qui tombent amoureux au premier regard (Honey & Clover) ou qui décide de conquérir l’être aimé (Honey & clover, limited lovers). Je ne suis pas contre le fait qu’un personnage (masculin ou non) aide le personnage principal (homme ou femme) pour qu’il tente de s’affirmer, même s’il emploie des méthodes pas forcément douces.
Mais tout dans ce manga ne fonctionne pas sur moi. Pourtant Hina Sakurada semble respecter scrupuleusement le cahier des charges.

Non ce qui me gêne c’est la manière dont Zetsubou Baby est raconté au point de faire ressortir tous les défauts du shojo en pire. A tel point qu’on pourrait presque croire qu’il s’agit d’une parodie.

Ce n’est pas parce qu’on saupoudre de paillettes de la merde que ça en fait de la meringue aux éclats de caramels, ce n’est pas non plus parce que l’emballage est rose bonbon que ce qu’il contient est forcément génial.
Ceci pour dire que j’apprécie le shojo, vraiment, mais parfois certains titres me rappellent à la réalité. Notamment sur le fait que pour toutes ces héroïnes il y encore du chemin à parcourir, loin de tout ces tropes et clichés désastreux montrer comme des modèles d’amour.

Bref, je ne vous conseille pas cette lecture sauf si vous souhaitez vous faire un avis par vous même. Dans ce cas, revenez par ici dire ce que vous en avez pensé.

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Et ils vécurent heureux jusqu’à ce qu’elle aille porter plainte pour violence conjugale

 

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Thunderbolt Fantasy

Je sais que plusieurs mois se sont écoulés depuis le dernier billet. Je n’ai malheureusement pas autant de temps libre que je le souhaite mais j’ai néanmoins quelques billets en réserve sous le capot qu’il reste encore à peaufiner. Avant cela une petit réaction à chaud sur une série que j’ai suivie avec beaucoup d’engouement tel que je n’en avais pas connu depuis longtemps.

Pour être honnête, je ne m’attendais pas à voir Thunderbolt Fantasy : les pérégrinations d’une épée en extrême orient débarquer chez nous en simulcast. L’annonce d’une série de fantasy avec des marionnettes avait déjà attisé ma curiosité alors la voir arriver chez nous, c’est un peu comme Noël avant l’heure.

Pour celles ou ceux qui n’en auraient pas entendu parler, il s’agit d’une série en 13 épisodes de 23 min environ qui narre les péripéties d’un groupe hétéroclite en quête d’une épée au pouvoir immense, dérobée dans un temple à une jeune prêtresse et son frère par un odieux vilain.

Apparemment, la série a beaucoup divisé. Déjà sur le plan de sa qualification : s’agit-il d’animation ou pas ? Je ne vais pas entrer dans le débat, bien que si on s’en tient au sens large du verbe animer il s’agit de « donner vie ». Pour ma part je suis habitué depuis l’enfance à divers techniques et procédés d’animation (2D,3D, rotoscopie, stop-motion, peinture, sable, papier découpé….) alors voir des poupées bouger grâce à l’aide d’un maître marionnettiste ne m’a pas choqué. Par contre pour certains animes fans, que j’ai pu croisé sur les forums, l’animation ça se résume à de l’animation japonaise en 2D, éventuellement 3D (ce qui est fort dommage). La série ne également m’a pas gêné car j’ai grandi en regardant les sentinelles de l’air aka Thunderbirds en VO (oui j’ai grandi dans les années 60′) et en regardant Team America (FUCK YEAH!! -ahem-).
L’autre point qui a fait beaucoup parlé de lui, semble-t-il, est l’animation même des marionnettes. Pour beaucoup ça n’est pas passé, souvent qualifié de moche ou de saccadé. Alors que pour d’autres, ça a été un vrai bonheur de voir quelque chose de différent.
Pour ma part, je salue la qualité de l’ensemble. Les marionnettes/poupées sont superbes tant au niveau de leurs costumes, que de leurs coiffures, leurs accessoires…et ces cils ! Mon dieu ces cils ! Je renomme officiellement Mie Tian Hai aka la mort rampante aka le grand vilain, Lord Maybelline. Les marionnettes n’ont au final que peu d’expressions faciales : elles peuvent ouvrir et fermer les yeux, et vaguement ouvrir la bouche. Tout tiens donc en 2 choses : la gestuelle, surtout des mains, pour ne pas paraitre trop statique (et elles bougent beaucoup) et la performance vocale qui arrive à très bien retranscrire les émotions des protagonistes.

Après le début de la série je me suis penché un peu plus sur les personnes derrières. Thunderbolt fantasy est une production née d’une collaboration japonaise et taïwanaise entre Pili (très connu apparemment chez eux) créateur de série wuxia avec poupées et Gen Urobuchi pour le scénario,  Nitroplus pour le design des personnages, Good smile company, à la musique Hiroyuki  Sawano et T.M.Revolution pour le générique.
Pili s’est apparemment chargé de toute la partie filmique et manipulation des marionnettes (puisque c’est leur fond de commerce). Pour le coup je suis allé voir ce qu’ils avaient fait précédemment. Visuellement leur style a évolué avec les années pour devenir plus fin et détaillé (même si certains personnages ont tendance à se ressembler selon moi). Je dois dire que comme je ne lis, ni ne comprends le chinois, je suis bien en mal de donner une liste concrète des séries produites par la firme de ce que j’ai lu il n’y a qu’une seule série « Pili puppet show » qui tourne depuis des années à la TV. C’est une sorte de plus belle la vie version arts martiaux et marionnettes.
A part PiLi Xia Ying: The Decisive Thunderbolt avec ses personnages bien classes, le film Legend of the Sacred Stone (qui est le plus connu car il semble avoir été projeté sur le sol américain), The ARTI: Enigma of the Ancient Lop, 3D PiLi Adventure: Agent 519 – The Young Swordsmen… je ne peux pas en dire grand chose et surtout je n’ai pas réussi  à trouver leur production en VOST. Je ne pourrais donc pas non plus commenter sur le contenu, bien que j’ai pu lire une fois que la présence de Gen Urobuchi sur Thunderbolt était la bienvenue car les productions de Pili était certes belles mais assez plates niveau contenu.

Enfin pour la blague Pili a eu droit à sa bouteille de beaujolais nouveau….

 

Shāng Bù Huàn héros malgré lui

*attention ce qui suit peut potentiellement contenir du spoiler*

Bien que la série laisse au début croire que nous allons suivre Dan Fei, c’est en réalité Shang le véritable personnage principal. Je dois avoué que l’intrigue est relativement simple puisqu’une bonne partie des épisodes est une ligne droite pour aller directement au manoir du grand vilain récupérer l’épée volée. On pourrait résumer simplement : formation du groupe en récupérant les divers protagonistes, traverser les 3 épreuves qui mènent au manoir, arriver au manoir tataner le méchant. Dans le fond, rien de nouveau sous le soleil niveau intrigue. Idem niveau personnages : la prêtresse douce et pure, la démone femme fatale, le petit jeune surexcité en quête de reconnaissance, son mentor calme et posé, le voleur qui en sait plus qu’il ne le dit, le guerrier en quête de l’adversaire ultime et pour finir le gars qui n’avait rien demandé et qui se retrouve embarqué bien malgré lui. En somme des personnages que l’on a pu croiser ailleurs, qui peuvent paraître caricaturaux, et dont le passé ne sera pas révélé parce que de toute façon on s’attardera pas beaucoup dessus.

Lin Xue l'insaisissable Je suis complètement amoureuse de sa coiffure

Lin Xue l’insaisissable. Je suis complètement amoureuse de sa coiffure

Pourquoi donc ai-je tant aimé cette série ? Car à part l’aspect visuel qui sort du lot habituel, le fond n’a rien d’original. Je dirais que la série à l’avantage d’être courte, d’avancer vite et de ne pas se perdre en cours de route, l’ensemble est bien rythmé (surtout les combats, très fluides) et chaque fin d’épisode est comme un cliffhanger qui donne envie de voir la suite. Les personnages ont certes un côté déjà vu mais sont attachant, ajoutez à cela qu’ils ont des mimiques que l’on retrouve dans l’animation japonaise classique (la façon dont ils sont gênés, se grattent la tête, râlent…) surtout Shāng Bù Huàn. Ce qui se développe surtout dans la seconde moitié de la série, c’est l’aspect psychologique. Les raisons qui poussent les personnages à faire ce qu’ils font. Dans le cas présent, la série se penche surtout sur Shāng Bù Huàn et Lǐn Xuě Yā. Le premier restera mystérieux jusqu’à la toute fin (les raisons de sa présence et ses véritables pouvoirs) puisque rien ne nous est dévoilé, à part via quelques phrases éparts ci et là émises par le personnage. Le second passe par diverses phrases : le bon samaritain qui en sait plus qu’il ne le dit, le salaud de traître voleur, le justicier sadique à la pensée tordue, le génie qui dépasse le commun des mortels…un personnage complexe en somme et fort intéressant. Il forme un duo complémentaire avec Shang, entre la force brute mais droit dans ses bottes à la moralité impeccable et le philanthrope amoral qui emprunte des voies détournées. Dualité bien marquée dès le générique que je ne me lasse pas d’écouter et de regarder alors que je ne suis pas fan de T.M Revolution. D’ailleurs le chanteur a même eu droit à sa marionnette spéciale pour la sortie du single RAIMEI qui sert de titre pour le générique d’ouverture.

La musique dans son ensemble n’est pas en reste. On a droit à de beaux morceaux bien épiques qui restent en tête et donne un côté grandiloquent aux combats.

J’ai un faible pour la 1ère (à vrai dire j’ai un faible pour tout ce qui contient des chœurs). Les voix des personnages sont aussi très bonnes, petit plus pour la présentation en chinois de chacun des personnages avec la petite phrase poétique qui va bien. J’avoue avoir été cependant perdu avec les noms. Ils sont en chinois et indiqués comme tels dans les sous-titres, seulement ils sont prononcé différemment en japonais et leur surnoms (les lamentations de la nuit, la mort rampante, le rapace hurlant, l’insaisissable…) sont traduit en français. De plus, les sous titres alternes entre noms et surnoms de quoi se perdre parfois…

Shā Wú Shēng, nous te promettons d'écrire des yaoï à ta gloire !

Shā Wú Shēng, nous te promettons d’écrire des yaoï à ta gloire !

Je pourrais râler sur les personnages pour les défauts (alors que j’ai dit que je les aimais). A savoir que certains sont partis trop vite sans avoir eu beaucoup de développement (je pleure encore Shā Wú Shēng) ou de combats épiques comme promis dans le générique (je pense à toi Charming huntress). Après vient Dan Fei la prêtresse. Non pas que je n’aime pas ce personnage mais au final elle restera très en retrait. Sa motivation première était de récupérer l’épée sacrée et de venger son frère. Au final elle ne fera ni l’un, ni l’autre. Toute vengeance semble l’avoir quittée. Ajoutez à cela, qu’il nous est montré à plusieurs reprises qu’elle est parfaitement capable de se battre et de se défendre toute seule, pour finir par rester derrière. A un moment Juan lui apprend à rectifier ses enchaînements pour les adapter à sa morphologie et être sur de ne pas manquer sa cible. J’ai vraiment cru que l’on allait retrouver cet élément plus tard dans la série pendant un combat épique où Dan Fei aurait finit par terrasser Mie Tian et au final…rien… Sur ce point là j’ai été très déçu série 😦

La série nous sort également presque de nul part une romance entre Juan et Dan Fei. Certes il la draguait lourdement au départ (pas très longtemps), nous les avons vu ensemble souvent par la suite mais la fin nous les montre main dans la main, s’entrainant ensemble pendant qu’elle lui parle de son futur fils…C’est mignon mais j’aurais voulu voir cela avant !
Après la série, bien qu’avec des personnages très beaux visuellement et des hommes qui portent très bien le mascara et le gloss, n’est pas sans violence. Nous avons rapidement droit à des têtes -et autres parties du corps- découpées quand ce ne sont pas des morceaux de cages thoraciques qui vous sortent de l’abdomen, sans oublier le sang. Bien sûr, lors des combats les héros vous sortiront tout un lot de techniques spéciales prononcées à voix hautes avec effets lumineux à la clé. J’avais peur de la 3D incluse dans la série car j’ai pu voir d’autres production de PILI (la compagnie qui crée les poupées) où cette dernière était présente et piquaient les yeux. Finalement le boss de fin « le démon des fours crématoires » est plutôt pas mal, sauf ses tentacules qui a rendu le dernier combat un peu tcheap.
Je pourrais reprocher aussi le fait de rendre les personnages trop « over the top » : entre Shang qui défonce les méchants avec un vulgaire bout de bois et bat le boss une main dans le dos (sans oublier qu’il s’est farcie les 3 épreuves à lui tout seul….à se demander à quoi servait les autres), Lin qui en plus d’être plus malin que tout le monde et un dieu de l’épée, Shòu Yún Xiāo qui lance ses flèches en plein ciel mais arrive toujours à les faire retomber pile au bon endroit après avoir calculer la vitesse du vent, la distance et le nombre de pas que fera l’adversaire…sans oublier les punchlines types du genre « je vais finir ce combat en 9 coups ». Ca pourrait faire trop mais ici, cela fonctionne complètement. Après quelques deux ex machina ici et là mais qui passe là aussi.

Xing Hai version 3D et 2D, moins de rouge plus de boobs

Xing Hai version 3D et 2D, moins de rouge plus de boobs

La fin du 13ème épisode annonce une séquelle. C’est à la fois une bonne surprise et un moment d’appréhension. Appréhension  parce que les 3/4 du cast actuel sont six pieds sous terre, bien que je prendrais plaisir à revoir Juan/Dan Fei ou Xing Hai (pour savoir ce qu’elle est advenue), et que je ne sais pas ce qu’on pourrait dire d’autre maintenant que tout a été révélé et que nos héros ont battu le démon ultime.
En attendant, on peut toujours écrire des fanfiction LinxShang.

*fin de la potentielle zone spoiler, vous pouvez reprendre une activité normale*

Il existe également 2 adaptations en manga de la série. Je n’en ai lu qu’une sur les deux (toujours en cours) dessinée par Yui Sakuma (auteur de Complex age série en 6 volumes), pour l’instant elle se contente de reprendre la série sous format papier. Je ne suis pas fan du dessin, après avoir été habitué à la beauté et la finesse des personnages de la série, ceux de la série manga sont dessinés de façon assez grossière. Pourtant, le dessin de complex age était assez plaisant. Quant à la seconde adaptation, Thunderbolt Fantasy – Sword Travels from the East – A Maiden’s Magical Journey, elle semble déjà beaucoup plus belle visuellement (c’est Kairi Shimotsuki qui est en charge du dessin, elle est connue chez nous pour  Brave 10 et Docteur Mephisto) et de ce que j’ai compris elle s’attardera sur le point de vue de Dan Fei.

J’ai aimé cette série car elle sortait du carcan habituel. L’aurais-je aimé tout autant si j’avais été habitué aux productions Pili classique ? Je ne sais pas. Tout ce que je peux espérer c’est de voir d’autres productions du même genre par ici. Je veux revoir Shang et Lin. J’ai bien conscience que la série n’est pas parfaite mais elle a été un énorme coup de coeur. J’attends avec impatience de voir ce que la suite de cette collaboration entre le Japon et Taiwan peut nous offrir.

Rendez nous les cils de Mie Tian Hai !

Rendez nous les cils de Mie Tian Hai !

 

Hanayome wa motodanshi, la mariée était un garçon

Je vais essayer d’alterner entre billets longs comme le bras et ceux un peu plus courts pour laisser respirer. Mais il faut savoir que c’est difficile pour moi d’écrire quelque chose de court sur certaines œuvres.

Derrière ce titre, ce cache un manga en un seul volume qui est la version papier d’un blog.
Il existe pléthores de manga et d’animes dans lesquels nous pouvons retrouver un garçon ou une fille habillé(e)s ou se revendiquant du sexe opposé pour des raisons scénaristiques diverses et variées, parfois comiques ou sujets à quiproquos. Tout ceci nous donne l’illusion que le Japon est un pays relativement cool et permissif qui autorise toutes les fantaisie et est très LGBT friendly. Je ne vais pas vous faire un topo sur le sujet, parce que ce serait long et complexe alors que je veux aller directement au but, en parlant de Hanayome wa motodanshi. Jusqu’à présent, je n’étais pas tombée sur des mangas parlant de manière sérieuse de la question trans au japon. Il y a bien Hourou Musuko (Wandering son) ou Bokura no hentai me direz-vous mais cela reste de l’ordre de la fiction, du romancé. J’ai trouvé Hanayome wa motodanshi complètement par hasard. Le titre, le style mignon et rondouillard, le 4-koma me laissait penser -à tort- qu’il s’agissait d’une énième BD comique.

En réalité, Hanayome wa motodanshi parle de la vie de Chii et de son expérience en tant que personne trans, le chemin parcouru pour devenir femme et épouser sa moitié. Le manga est découpé en plusieurs chapitres qui retrace le parcours de Chii : sa vie amoureuse, l’annonce de sa volonté de changer de sexe à ses parents, comment elle a rencontré son mari, son opération, la demande en mariage, la rencontre avec les parents, sa vie de couple marié….le tout entrecoupé d’anecdotes et d’informations sur la situation LGBT au japon.

Ce manga est la fois intéressant et rafraichissant, il aborde les choses de manières simples, sans en faire trop, parfois avec humour. On ne tombe jamais dans le pathos, le voyeurisme, ce n’est jamais « trop ».
Le personnage du mari est aussi délicieusement croqué. C’est quelqu’un de très gentil, complétement gaga de Chii qui l’accompagne et la supporte dans ses démarches, ne presse en rien les choses mais en même temps vit un peu dans sa bulle. Sa réaction lorsque Chii lui annonce qu’elle était un garçon (et qu’elle l’est toujours techniquement) est assez géniale (j’avoue que je m’y attendais). De même que la réaction des parents est pleine de compréhension (même si le père à l’air un peu à l’ouest).
Ici, le parcours de Chii nous est montré de manière très positive, l’auteure étant accompagnée par ses amis et sa famille dans ses démarches. A part le processus administratif pour légalement changer de sexe aux yeux de la loi qui est procédurier et long, et la douleur des opérations, Chii ne rencontre pas de réelles difficultés. Peut-être que certaines ont été occultées ou qu’il n’y en a eu vraiment aucune. A part le cas de Chii qui s’est bien passé, difficile de savoir s’il en est de même pour les autres personnes trans au japon (mais d’après les exemples donnés ça ne semble pas être simple pour tout le monde).
L’autre point intéressant, c’est qu’à chaque fin de chapitre, Chii développe une problématique sur la question LGBT (plutôt orientée trans) : qu’est-ce que le drapeau arc-en-ciel ? qu’est-ce que le SRS ? qu’est-ce qu’une personne transgenre ? comment transitionne-t-on ? Mais aussi toutes les problématiques associées aux changements de sexe, comme le fait que le mariage homosexuel ne soit pas reconnu au Japon à l’heure où j’écris et que donc certaines personnes soient obligées de divorcer ou d’abandonner l’idée de changement de sexe, ainsi que les autres problèmes légaux comme le « gender dysphoria special cases act ». A ce propos, comme je l’ai évoqué au départ, Chii tient un blog dans lequel nous pouvons retrouver ces thématiques qu’elle explique en dessin de la même manière que dans le manga, ainsi que des petits moments comiques.

 

En somme, je conseille ce manga car il est intéressant et instructif si vous décidez de vous pencher sur ces problématiques. C’est aussi une histoire rapide à lire, touchante et adorable. Chii et son mari sont vraiment mignons et le tout est raconté de manière à sortir de cette lecture le cœur léger.

Undead Lovers, peut-on aimer mille fois une personne ?

Un beau jour (en fait je n’en sais rien il pleuvait peut-être) où je traînais mes guêtres comme d’habitude dans l’infini de l’Internet, je suis tombée sur ce manga tout juste entamé qu’est Fujimi lovers ou undead lovers. Le pitch de départ, quelque peu intriguant, m’a attiré et je me retrouvée face à un manga qui ne paye pas de mine, avec un dessin qui change un peu du lot mais très pêchu dans l’ensemble.

Mais de quoi ça parle ?

C’est l’histoire de Kouno Jun et de son amour pour Hasebe Rino. Alors qu’il n’est encore qu’à l’école primaire, Jun tombe amoureux de Rino, la plus jolie fille de sa classe, et décide de lui faire sa déclaration. A l’instant même où elle lui donne sa réponse elle disparaît devant ses yeux, littéralement. L’étrangeté ne s’arrête pas là, puisqu’en enquêtant sur ce qui a pu arriver à Hasebe, il se rend compte que personne n’a souvenir de la jeune fille, comme si elle n’avait jamais existé. Tout le monde a oublié Hasebe sauf lui. Les années passent et voilà notre héros au collège. Quelle n’est pas sa surprise quand il tombe nez à nez avec une fille qui s’appelle Hasebe et qui lui ressemble comme deux gouttes d’eau. Sauf que cette Hasebe n’est pas tout à fait la même que celle qu’il a connu.

Si vous ne voulez pas en savoir plus, arrêtez vous là.

Voilà donc la base de l’histoire qui va être en réalité une compilation de l’histoire d’amour en spiral de Kouno et Hasebe. A chaque chapitre l’histoire se répète : Kouno rencontre Hasebe (enfin une Hasebe) différente de la précédente, qu’il va tenter d’aider tout en s’en rapprochant, leurs sentiments finissent par être réciproque et c’est à ce moment là que Hasebe disparaît à nouveau jusqu’à ce qu’une autre réapparaisse. Kouno rencontre donc presque une dizaine d’Hasebe différentes : une en primaine, une au collège membre du club de calligraphie, au lycée membre du club de musique, une qui donne des cours privés, une pendant ses cours de soutient, une à l’université qui perd la mémoire toute les 24h, une collégienne amoureuse d’un autre garçon, une de l’école primaire qui essaie de monter un spectacle de fin d’année, une Hasebe rat de bibliothèque avec des difficultés pour s’exprimer, une Hasebe plus âgée et veuve, et enfin une Hasebe qui est en réalité UN Hasebe.

Toutes les histoires avec des Hasebe ne seront pas explorées, certaines ne seront montrées ou évoquées brièvement. Evidemment l’oeuvre n’est pas sans défaut, il faut déjà apprécié le style de dessin de l’auteur qui peut sembler brouillon et pas très fin, de même que son style narratif. De même, si vous voulez connaître le secret de Hasebe (qui est-elle réellement ? Pourquoi disparaît-elle ?), vous pouvez vous asseoir dessus. L’histoire avance certes, mais pas à ce niveau là et vous n’en saurez pas plus qu’au début. D’où la frustration de certains…

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On peut se demander pourquoi notre héros n’abandonne pas, pourquoi continuer à courir après Hasebe alors que d’avance il sait comment chaque histoire va se finir ? Tout le monde autour de lui lui conseille d’abandonner de courir après Hasebe. Mais pour Jun abandonner ou non n’entre pas en compte, l’amour n’est pas une question de logique. Son amour pour Hasebe n’est pas logique parce qu’il le ressent de tout son être. Certes, comme il le dit lui même, il n’a rien pour lui : il n’est pas bon en sport, pas le plus doué ou le plus intelligent mais il est travailleur et déterminé (il a aussi un léger grain de folie) et c’est ça qui a plu à la première Hasebe. Notre héros est déterminé à faire en sorte que la prochaine fois qu’il rencontre Hasebe et qu’ils tombent amoureux, celle-ci ne disparaisse pas. Nous verrons donc dans chaque chapitre sa motivation mise à rude épreuve, nous le verrons pleurer, suer sang et eau, se remettre en question, sur le point d’abandonner…. Jun au delà de la voir tomber amoureuse de lui, veut voir Hasebe heureuse, et va tout faire pour l’aider, la comprendre. Tout les états d’âme de notre protagoniste sont décrit, et son auteur Takagi Yuna arrive à rendre tout les conflits et frustrations du personnage. On ressent son désarroi, sa peine mais aussi sa folie amoureuse.

Le fait est là : Kouno aime Hasebe, quelque soit sa forme. Toutes les Hasebe, différentes sur la forme, sont au fond la même Hasebe. L’essence même d’Hasebe. Jun l’aime de tout son être et reconnait Hasebe entre mille. Preuve en est, lorsqu’il rencontre une fille identique à Hasebe physiquement mais qu’il ne reconnait pas en tant que telle puisque la vrai Hasebe est cette fois… un garçon. On pourrait évoquer l’hypothèse que Hasebe met à l’épreuve Jun, s’il l’aime vraiment alors il la retrouvera où qu’elle soit et l’aimera quelque soit sa forme. La première Hasebe, au moment de lui donner la réponse à sa déclaration, lui a demandé s’il l’aimera pour toujours en lui faisant promettre avant de disparaître. C’est peut-être à ce moment précis, à cause de cette promesse, que Jun est condamné à aimer Hasebe le reste de sa vie.

Alors oui c’est une histoire frustrante qui ne finit pas toujours bien mais la détermination de son héros fait le sel de l’histoire.

Cependant une autre frustration s’ajoute au lot : l’histoire fait 3 volumes et le dernier chapitre annonçait la fin de la première partie depuis…plus rien. Doit-on y voir la fin pure et simple de l’histoire de Hasebe et Jun ? La fin de cette partie était d’ailleurs prévisible dans on retournement de situation (en tout les cas pour moi) et laissait la porte ouverte à de nouvelles aventures rocambolesques cette fois du côté de Hasebe.

Fujimi/undead lovers nous montre que l’amour est immortel.

Ane no Kekkon, Otoko no isshou… l’obsession de la femme

Keiko Nishi est une auteur de manga très prolifique dont une grande partie des œuvres sont des séries courtes. Elle n’avait jamais été publié en France jusqu’à ce que Panini décide de sortir dans notre belle contrée Ane no Kekkon. J’ai découvert l’auteur avec Otoko no isshou, une autre de ses œuvres, publiée juste avant Ane no Kekkon. Si j’en parle c’est que j’apprécie son style, son découpage, sa narration et ses personnages. Bien que je n’ai pas lu toutes ses œuvres, il y a certaines choses qui m’ont marqué.

Ici je vais m’attarder les deux œuvres citées, celle qui est sortie en France (mais se vend assez mal) : ane no kekkon (le mariage de ma grande sœur) et Otoko no isshou (approx la vie d’un homme)

La première c’est terminé au japon depuis peu et compte 8 volumes (3 en France), la seconde 4 (3 pour l’histoire principale, plus un volume composé d’histoires courtes spin-off).

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Ane no Kekkon nous raconte l’histoire de Yori Iwatani bibliothécaire célibataire approchant la quarantaine revenu vivre depuis peu dans sa ville natale de Nakazaki. Sa petite vie tranquille se trouve chamboulée quand sa petite sœur décide d’emménager chez elle après avoir rompu avec son copain, rajoutez à cela Makoto Maki, ancien ado moche et rondouillard éperdument amoureux d’elle au collège, devenu désormais un beau psychiatre riche et réputé, qui la poursuit de ses assiduités.

Dans la seconde, Otoko no isshou, Tsugumi Douzono, employée dans une grande compagnie électrique, célibataire dans la trentaine, passe ses vacances chez sa grand-mère à la campagne. Malheureusement, celle-ci décède peu de temps avant le début de l’histoire. L’héroïne décide de rester vivre dans la maison de la défunte mais c’est sans compter sur la présence d’un homme mystérieux. Il s’agit de Jun Kaieda, professeur de philosophie à l’université, la cinquantaine (51 pour être exact) qui a aussi décidé de vivre dans la maison, arguant que la grand-mère de Tsugumi lui a donné les clés pour qu’il puisse y venir quand il le voulait. Malgré une certaine hésitation de la part de Tsugumi, elle finit par le laisser vivre dans l’annexe et leur cohabitation commence.

Deux œuvres qui, a priori, n’ont rien à voir mais se ressemblent sur plusieurs points.

Dans les deux cas nous retrouvons des héroïnes dans la trentaine, célibataire, travaillant, menant une vie tranquille et qui ne cherchant pas forcément à se marier et fonder une famille. Et encore une fois dans les deux cas un événement, un personnage (masculin), vient chambouler tout ça en bousculant leurs habitudes de vie et en les poussant dans leur retranchement.

Attention ce qui va suivre dévoile une grande partie des histoires donc vous lisez ce qui suit en connaissance de cause.

Je tiens également à préciser que quand j’écris…il y a beaucoup de matière (non ne fuyez pas).

L’obsession

J’ai évoqué en titre la question de l’obsession, elle est présente dans les deux œuvres mais plus marquée dans le cas d’Ane no kekkon.

Dans Ane no kekkon l’obsession vient de Makoto. Au départ, l’héroïne ne le remet pas avant que celui ci ne lui fasse une piqûre de rappel. On aurait pu croire qu’en manipulant l’héroïne pour coucher avec elle, il prenait une revanche personnelle sur le passé, sauf que l’on se rend rapidement compte que cela va bien plus loin. Des flashs back nous montre cette période ingrate où Makoto, fils du médecin de l’île, suivait Yori comme son ombre et gardait comme un trésor précieux, jusqu’au fétichisme, tout ce qui était relié à elle. Et puis il y a la femme de Makoto, Rie, dont la ressemblance troublante avec Iwatani sera sources de quiproquos et de gags.

L’auteure nous montre rapidement que le mariage de Makoto n’est pas des plus heureux. Lui débordé de travail, elle toujours hors de la maison pour voir ses amies ou son amant. L’entente est cordiale mais pas chaleureuse. Se pourrait-il que Makoto poursuive Iwatani pour palier ce manque qu’il a avec sa femme ? En effet, à plusieurs reprises il nous est pointé la frustration sexuel de Makoto qui comble son manque d’une manière à faire flamber le cours des boîtes de mouchoirs.

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Le manga ne nous laisse voir les diverses séances de masturbation de Makoto (sous la douche, dans son lit, à son bureau, en face de Yori…)

Il est aussi probable qu’il sache que sa femme voit un autre homme, un homme qu’elle aime depuis des années. Encore une fois, c’est trompeur et le lecteur se rend bien compte -cela sera confirmé plus tard dans l’histoire- qu’il ne poursuit pas Yori parce qu’elle ressemble à sa femme mais qu’il a épousé sa femme parce qu’elle ressemble (physiquement) à Yori. Il faudra un certain temps à Yori pour comprendre cela, alors que le lecteur, lui, est complice dès le départ, puisqu’il a l’ensemble du tableau. Il assistera aux courses poursuites effrénées de Makoto qui harcèle Yori où qu’elle aille dans une mise en scène qui frôle le vaudeville et le marivaudage.

Makoto poursuit donc Yori, épouse une femme qui lui ressemble, garde tout les objets que Yori lui a donné (ou non -d’ailleurs il les fétichise-), possède une magnifique collection de photos d’elle prise en cachette « je possède bien plus de photos de toi que tes propres parents », la suivait où qu’elle aille quand ils étaient dans la même école, il connaît toutes ses habitudes et manies, il connaît même son cycle menstruel ! Et le pire dans tout ça, c’est qu’il ne s’en cache pas, il en est même fière ! Si Makoto est ce qu’il est aujourd’hui c’est aussi grâce à Yori, qui, excédait de le voir se faire martyriser lui a dit de devenir quelqu’un. Et c’est ce qu’il a fait… il a grandi, maigri, fait des études et est devenu un psychiatre reconnu.

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Yori donnant à Makoto (encore bouboule) les fameux coquillages qu’il conserve encore aujourd’hui

Yori est donc une femme qu’il n’a pu oublier et qui l’obsède toujours 20 ans après. Pourtant, s’il suit les demandes de Yori, s’il la connaît sur le bout des doigts, il n’a pas accès à son cœur. Et le cœur de Yori est bien indécis, chamboulé par des sentiments qui émergent et qu’elle voulait ne plus jamais avoir.

Dans Otoko no isshou, l’obsession a eu lieu, elle n’est plus vraiment là mais reste en filigrane comme une ombre. Jun Kaieda n’est pas juste une vague connaissance de la grand-mère de Tsugumi, c’est un homme qui a aimé sa grand-mère. Alors qu’il n’était qu’étudiant, il a été subjugué par une de ses œuvres et ce fût comme un coup de foudre. Il s’est mis à la suivre, à espérer la croiser dans les couloirs de la fac, ne serait ce que pour l’apercevoir. Il est comme un adolescent qui veut tout connaître de son objet de désir et d’amour. Pourtant il se rend vite compte qu’elle a deux facettes : celle de l’enseignante qu’il admire et celle de la banale femme au foyer une fois revenue chez elle. Le mythe s’écroule. S’il s’agit d’un amour à sens unique qui pourtant l’a profondément marqué et restera gravé en lui. Puis arrive Tsugumi. Bien que Kaieda dise que la grand-mère et la petite fille ne se ressemblent en aucun cas, ni physiquement, ni au niveau du caractère, on peut se demander s’il ne poursuit pas à travers elle cet amour qu’il avait pour son aïeule. Tsugumi ne serait qu’un remplacement, un sosie de cette grand-mère disparue. Les attentions de Kaieda serait donc motivées par l’idée de retrouver la femme aimer disparue à travers l’héroïne. Ou bien est-ce vraiment un autre coup de foudre pour un homme de cinquante ans, qui avait abandonné l’idée qu’un jour il puisse à nouveau ressentir cela ? Kaieda ne voudrait donc pas laisser filer une nouvelle fois cet amour, désormais il sait ce qu’il veut, la vie est trop courte pour avoir encore une autre chance.

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Et l’amour ?

Pour Yori dès le départ, c’est clair, l’amour elle a fait une croix dessus. Elle n’en veut plus, elle n’y croit plus. L’amour c’est des promesses vaines et des complications. Mieux vaut rester tranquille en vieillissant seule. C’est plus sûr. Et Makoto débarque, sûr de lui et de son amour. Il répond à ses moindres caprices, même les plus fous. Il ne fait pas de promesses vaines. Alors Yori, qui jusque là avait oublier ce que c’était d’aimer, aime à nouveau mais elle ne veut pas que cela soit avec Makoto. Surtout pas lui. Il n’y a pas d’avenir possible entre eux et puis il est plein de défauts. Si Yori se remet à croire en l’amour, le grand, le vrai, ça ne sera pas avec Makoto. Son grand amour est ailleurs, elle en est sûre, elle le trouvera, sinon tant pis, elle pourra toujours retourner à sa petite vie tranquille.

Yori se veut maîtresse de sa vie, de ses sentiments, c’est une femme moderne, forte. Elle maîtrise tout. Sauf qu’elle ne maîtrise pas Makoto, pas plus que ses ingérences dans sa vie, le fait qu’il leur programme des vacances, un nid d’amour et d’autres choses encore…et encore moins son amour grandissant pour lui. Notre héroïne veut donc reprendre le contrôle une première fois en acceptant d’être son amante, ils se voient pour le sexe et rien de plus. Elle instaure les règles : une fois par semaine, le vendredi et c’est elle qui l’appelle. En dehors de ça, elle ne veut rien savoir de la vie de Makoto. Mais il lui fera briser cette règle, alors elle en instaura une autre pour remettre une barrière, de la distance, pour se rappeler ses engagements envers elle-même. Cette fois il devra la payer. Elle devient une maîtresse que l’on paie pour ses services. Mais encore une fois, si Makoto accepte, il poussera le jeu plus loin et Yori se retrouvera dans ses derniers retranchements. Pourtant, elle continue de s’interdire d’avoir des sentiments pour cet homme que de toute évidence elle aime. Pour le fuir, elle décide de se marier, il le faut. Alors arrive Yoichiro Kawahara, journaliste, la trentaine comme elle, et toujours pas marié. Dès le départ il s’intéresse à elle, lui présente ses amis, l’invite au restaurant, se soucie de son bien être. Yori fait la liste dans sa tête, cet homme semble parfait sur tout les points, pourtant, elle ne peut s’empêcher d’essayer de lui trouver des défauts. Peut-être pour se rassurer ou bien pour mieux le repousser par la suite parce qu’il n’était pas si parfait. L’homme parfait n’existe pas. Et puis, l’image de Makoto est toujours dans un coin de son esprit. Non, c’est décidé, elle doit tout faire pour ne pas choisir le médecin. Après une nuit avec Yoichiro, celui ci la demandera en mariage et voudra une réponse de sa part quand il rentrera à Nakasaki. Mais voilà que le destin s’en mêle et il doit rester à Tokyo. Là bas d’ailleurs, il nouera une relation avec une de ses collègues.

Avec Yoichiro, Yori semble avoir tout ce qu’elle veut, pourtant elle hésite quand il la demande en mariage. Avec lui il ne s’agit pas d’amour mais de mariage. Elle ne saute pas de joie et fond presque en larmes. Elle qui venait justement de se proclamer femme libre et libérée.

Notre héroïne ne croit pas eu destin, ni aux coïncidences, ce qui arrive c’est parce qu’elle l’a décidé, voulu. Elle peut décider quand elle veut d’arrêter avec Makoto, elle peut partir quand elle veut. Et pourtant elle reste, pourtant il semblerait que des forces obscures s’emploient à les faire se retrouver, se croiser. Makoto est là et la fait douter. Elle se met de nouveau à croire en des choses absurdes ou bien alors elle n’avait jamais cesser d’y penser.

Elle ne croit pas en l’amour de Makoto, tout ça c’est pour de faux, ils ne font que jouer. Elle fait juste semblant, seulement voilà, elle a vraiment mal. Les rencontres avec son amant sont douloureuses. Tout cela ne peut que finir mal ou n’aboutir à rien, mais chacun d’eux revient. Et c’est le dilemme de Yori, doit-elle choisir entre la stabilité conjugale ou bien l’amour passionnel ?

Pour Makoto, tout cela n’a jamais été un jeu, il ne fait que jouer celui de Yori. Il semble manipulateur et s’amuse avec l’héroïne comme un chat avec sa proie mais tout ceci ne serait peut-être qu’une façade.

Il aime cette femme depuis longtemps et lui répète sans cesse, espérant sans doute qu’un jour ses mots l’atteignent. En attendant, il accepte ce que Yori lui demande, il la suit dans ses délires extravaguant tout en la mettant face à ses propres contradictions. Cet homme semble tout prendre à la légère, s’amuse de l’héroïne, il est calme en toutes circonstances. Mais cela ne veut pas forcément dire que les mots de Yori ne lui font pas mal, il est prêt à tout faire pour qu’elle reste. Et même s’il la veut tout entière, il ne veut pas que leur relation se résume à une histoire de sexe (il essaie de prolonger leurs rencontres en lui proposant des jeux de sociétés). On pourrait douter de ce dernier point, puisqu’il lui propose de coucher avec lui en dédommagement, qu’il fantasme sur tout les objets relatif à Yori (il en vient à se masturber en portant les lunettes de celle-ci), et que leurs rencontres se font dans le cadre d’une relation sexuelle (cadre instaurée par Yori).

En général, je n’aime pas les amours obsessionnels. Parce que je ne crois pas que harceler quelqu’un soit la meilleure façon de s’en faire aimer, pas plus que je n’aimes les personnages qui développent des syndromes de Stockholm. Cependant celui de Makoto ne me fait pas fuir, peut-être parce que j’y décèle une sincérité ou que j’ai une certaine empathie pour un homme qui court depuis autant de temps après la même femme. Son amour frôle le pathétique dans ce qu’il a de déchirant et de dramatique. Il est incapable de voir une autre femme que Yori, de se détacher d’elle, toutes ses pensées (ou presque) sont tournées vers elle. Il attend, il espère. Pour lui c’est une déesse. Aucun homme ne la connaît mieux que lui, aucun ne serait capable de la voir et de l’aimer comme lui l’aime. Il serait prêt à mourir pour elle et il chérit chaque instant en sa compagnie. Il cherche sans cesse à la convaincre de son amour, il ne veut pas acheter son affection. « Sinon, j’aurais aussi bien fait de faire l’amour à un mur » mais un mur n’aurait pas la chaleur de Yori. Et lorsque après tout ces tumultes, toutes ces épreuves et ces éloignements, elle lui dira enfin les mots qu’il attend, il sait qu’il a enfin atteint son cœur et qu’elle est désormais à lui. Il la marquera d’ailleurs symboliquement en la mordant sur l’ensemble du corps avant de pleurer (dans l’un des chapitres aux accents les plus shojo).

Du côté des autres personnages, chacun trouvera le bonheur à sa manière. Ruiko, la petite sœur de Yori se trouvera un gentil garçon qu’elle épousera et avec qui elle fondera une famille. D’ailleurs, pour Ruiko la famille c’est important, sans doute parce qu’elle se demande souvent si sa famille est bien la sienne. Elle qui a toujours eu l’impression d’être à part. C’est une fille gentille, toujours de bonne humeur, un rayon de soleil qui a décidé de prendre la vie de sa sœur en main et de l’aider dans sa quête pour se trouver un Jules.

Il y a les parents de Ruiko et Yori, un couple qui a vécu des hauts et des bas, des périodes difficiles dont Yori a été le témoin et Ruiko la conséquence.

Il y a Tomoko Shinkawa qui était dans le même collège que Yori, veuve depuis dix ans. Une femme qui hésite à se remarier, non pas par fidélité à son mari défunt mais parce qu’elle ne sait pas comment tourner la page de quelque chose qui n’a jamais vraiment commencé.

Puis il y a Rie la femme de Makoto. Elle pourrait paraître matérialiste et superficielle. Une femme qui tient aux apparences, surtout celui de son mariage. Elle apparaît comme la grande « méchante » de l’histoire qui empêche notre couple principal d’être ensemble par son refus de la séparation et le devoir des apparences. Néanmoins, c’est aussi une femme qui souffre. Elle ne peut être avec l’homme qu’elle aime depuis des années, un homme qui a préféré se marier et fonder une famille avec une autre. Un homme qu’elle ne voit qu’en cachette alors qu’il semble qu’elle aimerait étaler cet amour au grand jour. Elle paraît prendre plaisir à faire souffrir Makoto en lui rappelant leur contrat de mariage. Au final, si elle fait souffrir c’est parce qu’elle veut que d’autres souffre comme elle, qu’elle ne soit pas la seule dans l’histoire. Ne pouvant avoir ce qu’elle veut, pas question que son mari l’ait aussi. Mais là également, tout à une fin. Rie se rend compte qu’elle est enceinte et sans doute pas de Makoto. Son amant ne veut rien savoir, cet enfant c’est un encombrement. Elle est prête à avorter pour garder cet homme et retourner à sa vie de clandestinité. Sauf qu’elle se rend compte que cela ne rime à rien et qu’elle a espéré quelque chose qui jamais n’arrivera. Alors Rie lâche tout. Elle avoue à son mari, à sa famille. L’un accepte la situation, l’autre pas et la jette à la porte. Elle prend alors la décision de l’élever seule, cet enfant c’est le sien et celui de personne d’autre. Elle repart de rien, elle qui était la fille chérie et entretenue d’un directeur de clinique, la voilà travaillant dans une supérette. Pourtant elle n’est pas malheureuse, à sa façon elle a trouvé le bonheur. En retrouvant cette liberté, elle donne la sienne à Makoto qui peut enfin promettre quelque chose de concret à Yori.

Dans Ane no Kekkon, tout le monde trompe tout le monde. Ruiko est venue s’installer chez sa sœur après avoir quitté son copain qui l’avait trompé, Makoto trompe sa femme qui elle même le trompe avec un homme qui trompe lui aussi sa femme, la mère de Yori a trompé son mari, la mère adoptive de Makoto a quitté son précédent mari pour s’installer avec le père du beau psychiatre, et Yori a sans doute été la maîtresse d’autres hommes. Au final, chacun cherche l’amour.

Dans Otoko no isshou, l’amour est là, il s’insinue doucement et n’entre pas de suite en trombe comme aurait pu le faire celui de Makoto. Jun Kaieda est calme et détaché en toutes circonstances et d’un coup il annonce à la famille de Tsugumi son intention de l’épouser, il est sérieux, il l’aime. Comme notre héroïne, on peut douter de cet intérêt soudain, surtout venant de la part d’un homme qui pourrait presque être son père et qu’elle connaît à peine. A l’image de Yori, Tsugumi ne cherche pas l’amour, et même après la déclaration de Jun, elle ne le cherchera pas. Elle repousse gentiment tout ces hommes qui soudain s’intéressent à elle. Alors que l’héroïne d’Ane no Kekkon est prête à se marier à tout prix avec un homme bien sous tout rapport, tout ceci passe au dessus de la tête de celle de Otoko no Isshou. Elle repousse les avances de Kaieda, comme Yori tente de repousser celle de Makoto. Mais pour les deux c’est en vain.

Tsugumi sait combien l’amour fait mal, maintenant ça lui fait peur, elle ne veut pas revivre ça. Elle a vécu une histoire avec un collègue, un homme marié, et cela a finit sur une séparation douloureuse. Alors, elle ne veut pas d’une histoire avec un autre homme marié. Si Jun l’est, autant arrêter les frais de suite.

Si notre héroïne est douée dans son travail, elle est malchanceuse (et malheureuse) en amour. Comme dirait une de ses collègues et amies, Misaki Akimoto, c’est peut-être un juste retour des choses, qu’une femme comme elle, belle, intelligente et à qui tout réussi, se retrouve seule. Et comme certaines collègues de Sumire de Kimi wa Pet, elle ne peut s’empêcher de détester notre héroïne. Pourtant Misaki sait combien Tsugumi a travaillé dur pour en arriver là, sans pour autant prendre la grosse tête et regarder les gens de haut.

Les deux hommes nous montrent des héroïnes, qui au fond, n’ont pas confiance en elles. Makoto fera prendre conscience à Yori qu’elle a piètre image d’elle même, alors que c’est une belle femme et qu’elle pourrait se mettre plus en valeur autant physiquement qu’intérieurement (chose que Ruiko, la sœur de Yori, lui rappelle sans cesse). Ce n’est pas parce qu’elle couche avec un homme dès le premier soir que cela en fait une fille facile. C’est parce qu’elle se voit comme cela, qu’elle se sous estime, que les hommes la traite comme un mouchoir.

Idem pour Tsugumi, à qui Jun fera prendre conscience qu’elle n’a pas confiance en elle. Pas assez pour s’ouvrir à lui et l’aimer. Ceci est mis en avant dans un chapitre où l’héroïne décide de se faire plaisir en s’achetant un magnifique collier, mais le perd. En voulant se faire belle, non pas pour quelqu’un d’autre mais pour elle même, elle échoue, selon elle la perte du collier symbolise cela. C’était une idée idiote émise par une fille pathétique obligée de s’offrir ce qu’elle aurait du recevoir comme cadeau de la part d’un homme. Jun lui fera comprendre son erreur en retrouvant son collier (sa réaction est d’ailleurs ambiguë comme tout le reste chez le personnage). Après tout, il n’y a rien de mal à se faire belle pour soi. Cet épisode peut être mis en parallèle avec celui de Yori en visite à Tokyo, qui décide soudain de s’offrir un relooking complet pour elle même. Dans ce court passage, nous voyons une jeune femme sûre d’elle même et de son pouvoir de séduction, qu’elle emploiera sur Yoichiro, avant d’enlever tout les artifices le lendemain en revenant à la réalité de la demande en mariage. Pour Yori, mettre de beaux vêtements c’est comme se déguiser, elle se sent comme travestit, comme quelqu’un qui ne serait pas à sa place.

Tsugumi comme Yori sont des belles femmes qui ont renoncé à se faire plaisir et à faire plaisir aux autres. Au départ, tout ces impératifs sociétales leur passent au dessus. Pourtant au fond se sont des femmes qui ont du mal à s’aimer sous couvert d’un certain je-m’en-foutisme. Elles auraient certainement finis leurs vies seules et pépères, mais est-ce vraiment ça le bonheur ? Est-ce quelque chose qu’elles ont voulus ou bien qu’elles subissent par la force des choses ? A plusieurs reprises nous voyons Yori s’auto-convaincre qu’elle est ravie de son statut de célibataire presque vieille fille ou bien que de toutes les façons une fois qu’elle sera vieille et sénile, ça ne lui posera plus de problèmes. Elle essaie de prendre les choses avec philosophie et détachement, presque d’un haussement d’épaules ponctué d’un « C’est la vie, on y peut rien ». Tsugumi fait moins de bilan sur sa vie et son statut, son désir de vie tranquille se reflète plus dans ses actes : repousser ses prétendants en ne leur prêtant pas attention, aimer faire la sieste et se prélasser ainsi que les choses simples du quotidien. Elle aime la tranquillité, être loin de la ville, travailler de chez elle, ne pas être déranger.

Concernant les personnages masculins, c’est un peu la même chose dans le fond. Ces deux messieurs utilisent des méthodes presque similaires pour secouer nos héroïnes. Là où Makoto s’amuse à jouer des tours à Yori pour la mettre en face de ses contradictions, quand il ne la psychanalyse pas, Jun, lui, préfère observer de loin et sortir quelques phrases, que l’on ne sait jamais vraiment comment prendre, mais qui touchent directement le point sensible.

Pour ces deux héroïnes il suffit de si peu et pourtant le chemin est long. Deux femmes qui se sous estiment, qui ne veulent pas aimer et se faire aimer. Deux femmes qui ont mis de côté leur féminité (ce que je trouve très subjectif) : Yori est toujours les cheveux attachés, lunettes, et tailleur quand elle le troque pas contre un pantalon simple comme son maquillage, Tsugumi est toujours habillée de manière élégante mais sobre. Chacune semble croire qu’elles ont passé l’âge de vêtements jeunes et voyants, ainsi que d’attirer l’attention. Elles sont quand même loin du port du survêtement au travail. Elles prennent soin d’elles en faisant le minimum syndical. Le premier chapitre du premier volume de Ane no Kekkon donne d’ailleurs le ton avec son titre « Lorsqu’une femme cesse d’être une femme« .  Est-ce que l’on cesse d’être une femme quand on décide de ne plus faire la course à la séduction et au mariage ? Est-ce le point de vue de l’auteur ou de la société japonaise de manière générale ? Questions qui méritent réflexions mais qui pourraient laisser un amer goût à certaines personnes qui lisent cette oeuvre.

Dans le cas de Yori, ces questions trouveront leurs réponses à la fin d’Ane no Kekkon. Lorsque l’on ne s’aime pas soi même, difficile d’aimer les autres. C’est lorsque Yori acceptera sa vie et elle-même, qu’elle acceptera enfin son amour pour Makoto et d’avoir une chance de créer quelque chose avec lui qu’elle pourra enfin vivre pleinement sa vie de femme.

En face d’elles, des hommes sûrs de leur amour pour la femme qu’ils ont en face d’eux. A une différence près, Makoto n’est pas sûr des sentiments de Yori à son égard mais ne désespère pas qu’un jour elle s’ouvre à lui. Jun, quant à lui, est sûr de ses sentiments comme il est aussi sûr que Tsugumi l’aime (on se demande comment). Avec cette belle assurance, il l’a poursuit de ses assiduités mais de manière plus discrète que celle de Makoto mais tout aussi frontale. Le moment où il lui annonce qu’ils doivent « discuter », qu’il l’amène dans sa chambre d’hôtel avant de lui demander si elle ne veut pas prendre une douche en premier. Je dis que l’on peut douter pour ce dernier au vu de sa nonchalance et de ces quelques répliques parfois cinglantes envers l’héroïne. Kaieda est un homme de cinquante ans qui va droit au but et n’a pas de temps à perdre.

L’amour, en général, ça commence à deux. Ici les relations amoureuses sont compliquées et on peut se poser la question : qu’est-ce qu’un couple ?

Dans Ane no Kekkon, lorsque Rie avoue à ses parents que son mariage avec Makoto était vouait à l’échec dès le départ car sans amour, son père lui rétorque que deux personnes qui vivent sous le même toit, c’est un couple. Le reste n’a pas d’importance.
Vision tout à fait japonaise puisque avant que le certificat de mariage devienne obligatoire, le simple fait de vivre ensemble sous le même toit tenait lieu de chose officielle (et était fréquent).

Dans Otoko no isshou, Kaieda n’hésite pas à dire à l’ensemble du voisinage que Tsugumi et lui vont se marier, soit disant pour éviter les commérages sur deux personnes vivant sous le même toit. Plus tard il reviendra dessus, cette fois en faisant les choses de manières convenables, après tout ils vivent sous le même toit, mangent ensemble et elle fait la lessive pendant qu’il coupe du bois (n’est-ce pas le cliché même d’un couple?), c’est comme s’ils étaient déjà mariés.

Fuir le passé

Les deux femmes semblent avoir fuis quelque chose. Tsugumi était chez sa grand-mère depuis un bon mois avant que celle-ci ne décède et les raisons de ses « vacances » sont pour sa famille sources de questionnement. Si elle n’a pas été licenciée, pourquoi venir se réfugier à la campagne ? Fuirait elle quelque chose ? Si oui, quoi ? (elle semble avoir eu une/des relations avec des hommes mariés avec enfants,notamment un qui travaillait dans la même entreprise qu’elle)

Cette ombre de l’homme marié planera sur la jeune femme, comme un passé révolu mais pas toujours plaisant quand on s’en rappel. Si elle a tourné la page et qu’elle a la conscience tranquille, il lui arrive de suivre le parcours de cet homme de loin. Car pour Tsugumi ces instants passés, même s’ils ont finis dans la douleur, restent gravés. C’est un expérience qui fait partie de sa vie car selon elle, il n’y a pas de perte en amour. Son manque de chance avec les hommes, balance son poste haut placé dans son travail.

De même pour Yori, au début du manga, ses collègues se demandent comment et pourquoi cette femme compétente a fait le choix de quitter Tokyo pour revenir dans son ancien fief ? Se serait-il passé quelque chose ? Voire, ne se serait il rien passé ?

Le mystère demeure, d’autant plus que certaines pages nous montrent furtivement des silhouettes d’hommes, des visages masculins anonymes, qui ponctuent de bref souvenir des héroïnes. Ont-ils été des amants ? Des relations qui se sont terminées dans la douleur ? Des demandes en mariages avortées ? Il n’y aura pas vraiment de réponses.

Dans le cas de Tsugumi, son passé n’intéresse pas Kaieda, pour lui seul le présent compte. Tout deux ont faits des erreurs, des choix qu’ils regrettent, mais ce qui importe c’est eux deux maintenant. Il se fiche du passé de l’héroïne et ne veut rien savoir. Le lecteur donc ne saura rien ou si peu…Kaieda s’il ne veut rien savoir du passé de notre héroïne, ne nous donnera pas grand indice sur le sien. Sa relation avec la grand-mère de celle ci restera nébuleuse jusqu’au tome 4.

Pour Makoto, la question ne se pose même pas. Tout ce qui a pu se passer entre le moment où ils se sont quittés et celui où ils se sont retrouvés, ne compte pas. Pour lui, c’est comme reprendre au moment où cela c’est arrêté, on peut même pousser plus loin en disant que ça ne c’est pas arrêté pour lui. Comme s’ils s’étaient quittés la veille. Sans doute est-ce pour cette raison qu’il ne fait pas mention de sa femme, non parce qu’il tient absolument à le cacher à Yori mais parce que ça ne compte pas. Seule Yori compte. Eux deux maintenant.

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Cette fuite est d’ailleurs visible à travers les couvertures du manga. Yori commence sa route seule sur le premier volume, puis elle rencontre Makoto, à partir de là, ils ne se quitteront plus. Ils arpentent les couvertures, se fuient, se croisent…ils sont ensemble sans être ensemble, jusqu’au dernier volume où enfin ils se font face. D’ailleurs dans l’avant-dernier volume, nous les voyons arriver au sommet d’une bute, le regard tourné vers l’horizon, signe que le plus dur est sans doute derrière eux. Ils ont traversé les obstacles, gravis la montagne et peuvent désormais se tourner vers un avenir que l’on espère plus radieux.

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Yori et Makoto s’atteignant presque dans le volume 7

Amour, travail

Yori est bibliothécaire mais on apprend qu’elle a fait sa thèse (ce qui veut dire qu’elle est docteur) sur un éminent professeur (qui a aussi été celui de Makoto), elle a écrit des critiques sur les nouveautés littéraires quand elle travaillait à Tokyo (qui ont apparemment étaient remarquées) et d’autres publiés dans une revue locale, au début du manga elle organise même des lectures pour enfants à la bibliothèque et des événements autour de la lecture en partenariat avec des cafés.

Concernant Tsugumi, c’est une employée d’une importante compagnie électrique. Lors du premier chapitre ses parents parlent d’elle comme d’une bonne élève, studieuse, ayant fait de hautes études et surtout comme un pilier centrale de sa compagnie. Chose que nous pouvons comprendre indirectement, qu’elle entreprise laisserait plus d’un mois de vacances à un simple employé ? De même, il faut avoir certaines compétences (et importances) dans une entreprise pour que cette dernière accepte que vous travailliez de chez vous au lieu de venir au bureau. Notre héroïne est aussi débrouillarde, elle peut vivre toute seule et sait gérer une maison, à un moment elle se retrouvera même à réparer tout les appareils électriques du voisinage.

Les deux hommes ont une position dans la société. Tout les deux donnent des cours à l’université et écrivent régulièrement des articles, ils sont assez connus dans leur milieu et ne semble pas voir de quelconque problème financier.

Les deux hommes poursuivent de leurs assiduités une héroïne qui n’a rien demandé, et surtout pas de l’amour. Yori le dira elle même « les histoires d’amour ce n’est que sources de complications ». Pour Makoto son attirance est évidente dès le départ et il ne s’en cache pas (il poursuit même Yori alors que sa femme n’est pas loin). Il insiste, va la voir à son travail, veut savoir où elle habite, achète une maison pour eux deux, lui propose de passer leurs vacances ensemble…il la veut dans sa vie et cela dès le départ. Pourtant, même s’il ne lui avoue pas dès au début qu’il est marié, jamais il ne fait mention de sa femme devant elle, même après la découverte de Yori au sujet de Rie. Il ne lui parle ni de son mariage, ni de l’intention de quitter sa femme pour elle. Aucune promesse en somme. Il ne tient pas vraiment à ce qu’ils se voient vite fait dans des hôtels mais qu’ils aient un endroit bien à eux (d’où la maison).

Quand à Jun, s’il débarque dans la vie de Tsugumi comme un cheveux sur la soupe. Son attirance n’est pas manifeste, il n’hésite pas à lui faire remarquer qu’elle est encore jeune…pour une femme âgée ou encore qu’avec son isolement elle met un terme à la possibilité de se marier et lorsque Tsugumi, déprimée, dit vouloir sauter de l’arbre du jardin pour se tuer, il lui tend un sac poubelle pour qu’elle se mette dedans avant de sauter, autant faire sa proprement. Pourtant, il ne se gênera pas pour dire à tout le voisinage qu’ils prévoient de se marier, juste pour apaiser la curiosité des voisins et faire taire les mauvaises langues sur leur cohabitation (qu’il dit).

A la différence de Makoto dont l’insistance est telle, qu’on ne finit par ne plus le croire, la distance et la nonchalance de Jun font qu’on ne sait jamais s’il faut le croire, car on ne sait jamais s’il plaisante ou non.

Lorsque Tsugumi pleure, il la regarde de loin mais il n’est pourtant pas tout à fait indifférent à ses malheurs et est toujours près à l’écouter. Makoto, lui, prend plaisir à voir Yori pleurer, non pas par désir sadique mais parce qu’il la trouve sublime et peut voir différent aspect de sa personne. Il savoure cet instant privilégié.

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Makoto savourant le plaisir de faire pleurer Yori après lui avoir pris ses lunettes

Le mariage

Le mariage est au centre des deux histoires mais plus fortement dans Ane no kekkon (rien que dans le titre).

Les deux héroïnes n’ont pas l’intention de se marier ou du moins avec eu cette espoir abandonné depuis. Yori dès le départ a prévu de passer le reste de sa vie seule, elle veut vieillir tranquillement sans se compliquer la vie avec une autre personne.

D’ailleurs le titre (ane no kekkon) fait référence à la grande sœur, il s’agirait donc de Ruiko (la petite soeur) qui parle de Yori (la grande soeur). Cette petite sœur qui ne restera qu’à peine 2 volumes dans l’appartement de sa grande sœur chérie mais sera toujours là pour essayer de la faire sortir de ses habitudes en la faisant manger sainement, en lui donnant des conseils mode et en l’encourageant/soutenant dans sa vie amoureuse. Ruiko cette petite sœur pleine de vie se soucie vraiment du bien être de Yori. La relation entre les deux sœurs est d’ailleurs touchante. Ruiko regarde quand même de loin la vie de sa soeur, comme lorsqu’elle surprend cette dernière avec Makoto (il était en train de la poursuivre) sans vraiment comprendre l’ensemble de la scène. Elle cherche toujours à faire le bonheur des autres mais c’est le sien qu’elle comblera en premier en fondant une famille.

Ah le mariage de Yori ! C’est au fond toute la base de l’histoire, va-t-elle se marier ou pas ? Et si oui avec Makoto ? Et surtout trouvera-t-elle le bonheur ? Il faudra attendre le dernier volume et les toutes dernières pages pour avoir la réponse.

Dans le cas de Tsugumi la question de mariage n’est pas vraiment un abandon, disons qu’elle n’y pense pas ou plus, qu’elle arrive à un stade où ça ne lui traverse plus l’esprit. Mais avec l’arrivée de Jun Kaieda dans sa vie, les questions et les doutes reviennent. Lors d’une rencontre avec ses collègues, où ceux-ci s’interrogent et la charrient sur son choix de rester travailler à la campagne, il est avancé que si elle devait se marier, elle devrait forcément quitter son travail. Ce qui met en lumière ce fait qu’une femme qui se marie doit forcément quitter son travail pour s’occuper de son foyer. Tsugumi a l’air d’apprécier son travail et y est compétente, cela l’occupe pas mal et elle n’a pas de soucis financier donc autant ne pas se marier. De plus le travail l’empêche d’avoir des envies de mariage. Ce n’est pas le cas de sa collègue et amie, qui dira elle-même qu’elle est moins douée et compétente que Tsugumi et n’a aucune velléité d’ascension professionnelle. Et bien qu’elle n’est pas ce poste que l’on voit si souvent d’OL, son entrée dans l’entreprise n’était que pour trouver un mari. Ce qui sera le cas, elle épousera un de ses collègues et quittera son travail.

Dans le cas de Saionji, son mariage est à la fois source de bonheur et de tristesse. Une dernière fois elle s’élancera dans les bras du beau professeur. Épouse-t-elle Tetsushi par dépit amoureux, essaie-t-elle une dernière fois de convaincre l’homme après lequel elle court ou bien est-ce une façon de lui dire au revoir ? Peut-être une façon de lui faire comprendre qu’en se mariant avec un autre homme que celui avec lequel elle se destinait, on ne perd pas forcément quelque chose, on change juste un amour par un autre. Au final, elle semble avoir trouvée l’équilibre et le bonheur dans sa nouvelle vie maritale.

Les ressemblances

Beaucoup de personnages entres les deux œuvres se ressemblent. Surtout physiquement. Outre les deux héroïnes, auquel on peut rajouter Rie avant son changement de coupe de cheveux, il y a Akimoto Misaki et Tomoko Shinkawa, les amies. Saionji a quelque trait de caractère en commun Mlle Hanai : toutes deux travaillent avec le personnage masculin principal et chacune cherche à lui plaire, dans un amour qui frôle l’excessif. A Saionji on peut pardonner la jeunesse et lui souhaiter tout le bonheur du monde, autant Hanai personnage présent dans les premiers volumes d’Ane no kekkon bien qu’en retrait sera la « méchante » principale du dernier acte de ce manga. Alors que Rie avait enfin abandonné trouver sa propre voie, Hanai prend sa place, consciente du lien des deux amants, elle fera tout pour les séparer.

A ce sujet, je m’accorde une parenthèse sur le fait que j’ai eu du mal avec ce passage. Alors que Makoto et Yori sont enfin réunis, voilà le beau psychiatre obligé d’aller en Allemagne pour son travail et Hanai sa collègue l’accompagne. Nos deux tourtereaux sont encore éloignés l’un de l’autre alors qu’ils venaient ENFIN de se mettre ensemble pour de bon. Keiko Nishi a t-elle voulu rallonger son intrigue ? Ce dernier acte m’a paru forcé et en même temps digne d’un retournement shojoesque. Passe encore la distance comme ultime épreuve, ils ne sont plus à cela près, il y a comme une incohérence. Hanai cache les lettres que Yori envoie, elle interceptera même un appel téléphonique de cette dernière, ce qui obligera notre héroïne en panique à faire le voyage en catastrophe plus tôt que prévu en Allemagne pour essayer de voir son amant en vain, Hanai faisant barrage. Autant à une époque où les téléphones portables et les courriel peu courant, je veux bien concevoir Hanai est pu faire barrière. Mais elle ne peut pas faire barrière à tout les appels sur portable, ni aux e-mails, ni à skype, ni a…bref. Je trouve étrange que Yori n’est pas pu discuter avec Makoto sans avoir à se déplacer jusqu’en Allemagne, de même j’ai du mal à croire que Makoto n’est jamais contacté Yori entre temps. J’ai sans doute loupé une explication rationnelle à tout cela, alors si quelqu’un peut m’expliquer….

Fin de la grosse parenthèse.

Ce personnage (Akimoto Misaki) a une certaine ressemblance physique avec un autre de ane no kekkon (beaucoup de personnages dans les deux œuvres se ressemblent physiquement) Tomoko Shinkawa

Si l’héroïne se remet donc à croire à l’amour, mais aussi au mariage. Elle doit vite se marier avant de tomber vraiment complètement dans les bras de Makoto. Le mariage devient donc cette assurance d’une vie stable avec un homme bien. Une vie tranquille. C’est ce qu’elle a toujours voulu.

Les autres hommes

Dans les deux œuvres les héros sont courtisés des deux côtés, même s’il n’y a de la place que pour un/une élue(e).

Tsugumi entame avec la danse avec trois prétendants en plus de Kaieda. Il y a Tetsushi le garçon qui l’a connu enfant et en est tombé amoureux, la revoir n’a fait que faire resurgir ses sentiments. Alors le beau brun tente sa chance même si c’est voué à l’échec. Moins rentre dedans que ses concurrents, il reste un jeune homme charmant.

Pour Shinji, je dois dire que je ne sais pas trop d’où lui vient cet intérêt soudain pour l’héroïne. Il lui proposera plusieurs sorties, des repas, même de l’aider pour diverses tâches mais échouera à chaque fois. Tsugumi soit ne le remarque pas, soit le rembarque en lui montrant qu’elle n’a pas besoin de lui (ni pour vérifier la qualité de son eau -elle a le kit-, ni pour réparer son ventilo – elle le fait toute seule-).

Et puis, il y a Takahiro le postier, un jeune homme de vingts ans qui après avoir entendu qu’il y avait un jolie brin de fille dans les parages, se lance dans la drague assidue de notre trentenaire. Contrairement aux autres qui en restent à des propositions sans suite, lui n’hésite pas a y aller franco. Il embrasse l’héroïne sans préavis dans la cuisine (alors que les autres personnages masculins sont juste à côté) alors qu’il ne se voit que pour la seconde fois. Il n’hésite pas à lui proposer d’aller à l’hôtel.

Chacun d’eux a un runnin gag :

  • Tetsushi n’a jamais sa voiture qui démarre quand il essaie d’emmener Tsugumi en balade
  • Shinji est soit transparent, soit montrer comme inutile
  • Takahiro a toujours un plantage qui suit de près ses demandes.

Outre le fait qu’il habite la même ville et que notre héroïne est souvent amenée à travailler avec eux, c’est trois là sont souvent montrés ensemble et tente à chaque fois de surenchérir pour s’attirer les faveurs de la belle. Sans succès.

Dans Ane no Kekkon, les hommes sont plus éparpillés dans le manga. Ils sont tous présent dès le début mais ne seront développés que peu à peu chacun leur tour.

Il y a d’abord le collègue de Yori, un petit jeune, qui d’un coup se rend compte que celle-ci est loin d’être vilaine une fois mise en valeur et tente alors de l’inviter. Ses demandes n’aboutiront jamais vraiment et il restera dans le fond à faire tapisserie. Sans doute le personnage le moins développé, en même temps notre héroïne le remarque à peine.

Puis Yoichiro, comme je l’ai évoqué plus haut, il s’agit d’une première rencontre organisé (mis en scène) par l’ancien professeur de Makoto et surtout sujet de thèse de Yori. Comme quoi, il n’y a pas que Ruiko qui essaie de se mêler de sa vie sentimentale. Yoichiro s’intéresse de suite à notre héroïne, il l’invite à manger chez des amis et reste gentleman en toute circonstance, tout en ne cachant pas son trouble devant le sex-appeal de Yori. Troublé par ce changement vestimentaire qui met en valeur les atouts de la jeune femme, il fera un pas décisif. Quoique de mon point de vue, une demande en mariage après quelques rendez-vous et parce qu’ils sont concrétisés, c’est un peu brusque.. mais bon. Yoichiro continuera à être développé mais cette fois avec sa collègue de travaille. Exit Yori (cet homme est une girouette).

Ensuite vient l’écrivain…. un homme d’âge mûr que Yori admire (en tant qu’écrivain). Celui ci n’hésitera pas à lui faire du rentre dedans lors de leur première rencontre, la traînant presque dans sa chambre d’hôtel. Yori y échappera de justesse à son grand soulagement. Cet homme fera néanmoins son grand retour quelque volumes plus loin et réitérera ses avances avec un peu plus de succès. Il arrivera presque à ses fins avant que Yori ne se rende compte de ce qu’elle fait et changera d’avis (en s’enfermant dans la salle de bain). Encore heureux, notre écrivain sait quand il ne faut plus insister et la laissera tranquille.

On peut ainsi voir une différence à ce niveau entre les deux œuvres : les prétendants de Otoko no isshou sont surtout là dans un but comique alors que ceux dans Ane no kekkon sont mis en là dans un but plus sérieux. Ils servent d’épreuves, d’obstacles, à notre héroïne mais permettent aussi de développer (pour certains) certains aspects de l’amour et du mariage. C’est sans doute dans ce sens que leurs personnalités et leurs rôles sont développés.

Les autres femmes

Des femmes il y en a, surtout des femmes qui tournent autour du personnage principal masculin. Dans Otoko no Issho vu que l’oeuvre est plus courte le casting est moindre mais il a quand même son importance. Kaieda est un professeur réputé, ce qui lui amène beaucoup d’admirateurs et surtout d’admiratrices. Tsugumi aura l’occasion de le voir à l’oeuvre pendant une conférence, c’est un tout autre homme, loin de sa nonchalance habituelle, il dégage un certain charisme et charme sans problème son auditoire. Enseignant dans une université féminine, il connaît bien l’autre sexe et sait comment celui ci fonctionne. Dans son entourage on pourra surtout noter Saionji, fille du directeur de l’université où il travaillait avant. Rien que sa coupe et son style vestimentaire reflète son côté fille à papa qui a toujours obtenu ce qu’elle voulait sans faire trop d’effort et est habituée à une vie de luxe et de privilège. Engagée comme secrétaire de Kaieda (elle menaçait de se suicider si elle n’avait pas une lettre de recommandation pour bosser avec lui), elle gère son planning et sa vie d’une main de fer, allant même jusqu’à lui donner deux portables (un pour le travail et un exclusif pour ses appels à elle). Forcément elle apprécie mal l’entrée d’une autre femme (Tsugumi) dans la vie de l’homme qu’elle convoite. Parce que oui, elle court après ce charmant professeur qui l’a pourtant mise en garde : on ne mélange pas vie privé et personnelle. Si elle tombe amoureuse de lui, néglige son travail et le tire vers le bas, il n’hésitera pas à la mettre à la porte. Kaieda a donc parfaitement conscience de l’attention de Saionji à son égard mais passe son temps à la rembarrer quant il ne l’évite pas. Elle devra donc essayer de s’en détacher et ça tombe bien puisqu’elle finira avec Tetsushi. Comme quoi tout deux finiront par trouver le bonheur après avoir échouer avec l’élu de leur cœur.

En somme Jun Kaieda attire, mais il n’en a cure, ça lui passe au dessus, celle qu’il a dans sa ligne de mir c’est Tsugumi et personne d’autre. Certaines essaierons tant bien que mal de charmer le professeur de manière évidente ou en usant de subterfuge mais sans y parvenir.

Chez Makoto, le harem est plus grand. Il y a ses patientes, ses élèves, les femmes avec lesquelles il travaille…où qu’il aille il attire l’attention avec son charme et sa beauté (et le fait qu’il semble briller de partout). Si dans le cas de Kaieda, il n’y a pas de femme pour faire obstacle (ou en tout les cas, elle n’est plus), pour Makoto le problème est différent : il est marié. Makoto est parfaitement au courant que sa femme en aime un autre et qu’elle le trompe, lui même n’hésite pas à faire la même chose avec Yori. Pourtant ce mariage reste un obstacle à leur union. Makoto disant clairement à Yori qu’il ne peut lui parler d’avenir et encore moins lui promettre certaines choses (comme quitter sa femme). Alors pourquoi lorsque les deux parties se trompent mutuellement et ne forment qu’un couple en apparence, ne pas se séparer ? Parce que pour l’un comme l’autre, c’est un contrat qu’ils ont décidé d’honorer, surtout Rie. Pour elle, ce mariage est une assurance, une garantie, qui la protège aux yeux de la loi et de la société. Elle ne peut épouser l’homme qu’elle aime depuis des années car il est lui même marié et ne quittera pas sa femme. Se marier est comme une équivalence dans la balance mais lui assure également un stabilité sociale et financière. Si elle le pouvait, elle courait épouser cette amant mais c’est impossible. Pourtant elle soupire, elle rêve, elle espère que cela soit possible…un jour. En attendant Makoto est là, elle n’hésite pas à lui rappeler sans cesse qu’ils sont mari et femme, en toute circonstances. Liés par un contrat, un engagement mutuelle que Makoto tenterait de fuir. Il serait capable de demandait le divorce pour courir vers Yori, mais sans arrêt il se remémore qu’il a fait un choix et qu’il doit s’y tenir, même si ce choix n’a pas fonctionné. Car il avait espérer un temps que cela pouvait fonctionner mais le cœur de sa femme était déjà pris depuis longtemps. Un mariage ce n’est pas juste un long fleuve tranquille où tout n’est qu’amour et volupté, il est parcouru d’embûches, de choix, de disputes et de réconciliations, de moments difficiles et douloureux. Jusqu’à ce que la mort vous sépare.

Pour finir…
Il y aurait encore des choses à dire et à analyser bien plus en profondeur pour ses deux oeuvres mais je vais m’arrêter là. En espérant que Ane no Kekkon reprendra par chez nous, et que d’autres oeuvres de Nishi (notamment Otoko no Ishou) viendront fouler le sol français. Pour celles et ceux qui aiment les mangas, je ne peux que vous conseiller d’y jeter un oeil que vous aimiez ou pas les personnages.

life is shit

Suite au dossier sorti sur le site manga news, et à un article interressant sur l’ijime sur celui d’animeland, je me suis lancée dans l’introspection d’un manga qui me tient à coeur, et que je lis actuellement. Je veux parler de Life.

Life c’est un manga, plus exactement un shojo manga en 20 tomes, dont 9 sortis actuellemet en France chez Kurokawa.
Certes on retrouve le merveilleux univers du lycée, avec ses lycéens populaires, ses premiers de la classe, les grands émois de jeunes filles en fleur, et la grande vague de l’amitié indéfectible.
C’est justement sur une histoire d’amitié que Life commence, deux amies encore au collège, qui n’ont pour rêve que d’entrée dans le même lycée, réputé de préférence. Après plusieurs pages nous étalant la bonne humeur, et les belles promesses d’amitié éternelle, une ombre se profile au tableau. Ayumu l’héroïne de l’histoire est loin d’être une tête de classe comme son amie Shino à qui elle demande de l’aide, seulement voilà la tendance s’inverse et le drame se produit. C’est Ayumu qui est reçut et non Shino. En moins de deux la belle amitié éclate, et Shino lui vomit sa rancœur à la figure.
Ce qui aurait dû commencer comme un nouveau départ s’avère plein d’amertume. Se sentant coupable Ayumu commence à se mutiler à coup de cutter pour expier ses fautes, comprendre la douleur de son amie mais aussi soulager la sienne.
Puis arrive Manami, jolie jeune fille populaire, aux premiers abords superficiels et un peu cruche, qui n’a à la bouche que son chéri, le beau et populaire Katsumi. Ayumu commence à remonter la pente, jurant une nouvelle et belle amitié avec la nouvelle venue qui a crue en elle. Mais est ce une bonne chose ?

attention post long et subjectif