Si tu as l’occasion…(2)

En même temps que je commandais sur recyclivre, j’en profitais pour tester un autre site de vente de livres d’occasion Momox.

Là aussi, j’ai préféré jeter un coup d’œil aux avis et retours sur le net étant donné que je n’en avais pas de mon entourage. A vrai dire, ils étaient plutôt mauvais mais cela concernait surtout la revente de livres. De ce que j’ai pu voir, les particuliers qui décidaient de se débarrasser de leurs livres faisaient face au même problème. Le premier envoi se passe toujours bien, Momox est satisfait donc les vendeurs sont heureux de percevoir leur argent en retour. Ce sont les envois suivant qui sont embêtant, si l’on réitère l’expérience. Plusieurs revendeurs se sont plaint d’envoyer à l’entreprise des livres dans un état impeccable ou quasi mais Momox trouvait toujours à redire sur l’état, ce que contestaient les propriétaires des livres. Et là, le site de leur laisser par le choix (ou un choix très restreint) de leur laisser les livres pour rien -Momox dit qu’il va s’en débarrasser mais beaucoup n’y croit pas-, soit les reprendre en échange de 15€ (je ne sais plus si c’est par livre n’ayant pas réussi le teste). L’entreprise étant en Allemagne, parait-il que son service client est déplorable, les interlocuteurs ne comprenant pas grand chose. Evidemment, beaucoup de revendeurs abandonnent finalement la partie et ne retrouvent pas leurs livres.

Dans le cas qui nous intéresse ici, il s’agit plutôt d’acheter des livres. Surtout que l’état des livres proposé va jusqu’à « comme neuf – à offrir », ce qui était encourageant. J’en ai donc profité pour compléter les collections non finies et celles que j’avais commandé sur recyclivre. Le site promettait une livraison entre 4 et 6 jours ouvrés. Une semaine plus tard, je n’avais toujours pas mes livres et je commençais à m’inquiéter. Il sont finalement arrivés 3-4 jours après ceux de recyclivre.

Premier bon point, ils sont arrivés dans une enveloppe matelassée. Les livres étaient bien empaquetés et de manière compacte.

Deuxième point, tous les livres étaient bien là. Pas un ne manque à l’appel et pas de livre de bibliothèque.

Troisième point, ils n’ont pas souffert du voyage et sont en excellent état, surtout ceux pris à un stade en dessous de « comme neuf ». SAUF QUE. (il y a toujours un mais) Parmi eux, 2 livres (mangas) commandés dans un état « à offrir » possédaient des signes manifeste d’usure (coin abîmés, trace de pliure et de déchirure sur la couverture) et surtout des traces de stylo sur la couverture. Navré mais c’est non. Deux fois que je commande des livres d’occasions, deux fois que certains livres arrivent dans un état autre que celui indiqué.

Tome présenté comme étant « à offrir ».
Je ne crois pas non.

J’ai donc pris mon courage à deux mains et ai écrit au service après-vente en croisant les doigts. J’ai eu une réponse très rapidement, m’indiquant qu’ils étaient désolés et procédaient immédiatement au remboursement des livres abîmés. J’ai été surpris qu’ils ne m’aient pas demandé des photos ou de preuves de me dire mais comme le remboursement a été quasi immédiat je vais pas me plaindre.
Par contre, pas de remplacement de livres et je suis invité à repasser commande sur leur site. J’avoue avoir été dubitatif au niveau de la tournure de la réponse. Je ne savais pas si ils n’avaient pas les livres en stock mais m’indiquaient de passer commande sur le site si je voyais quelque chose d’autre qui m’intéressait ou si je devais repasser commande pour acheter les mêmes livres (même joueur joue encore).

BREF. Une expérience plus concluante que reclyclivre de part la qualité de l’envoi et des livres de manière générale mais un peu gâchée par le fait que j’ai une collection complétée mais avec des tomes trop disparates.
Moralité, je vais commander à nouveau les mangas en mauvais état mais cette fois-ci en neuf. En priant que je les trouve encore.

Si tu as l’occasion…

Ouh mais c’est qu’on frôlerait presque le surmenage avec tous ces articles…

Bon, je me dois d’avouer quelque chose. J’ai, comme beaucoup avant moi, une modeste collection de manga que j’entretien depuis plusieurs années. Parmi les objets que compose cette collection, beaucoup sont d’occasions. Il faut comprendre que mon budget ne me permets pas d’acheter beaucoup de livres et que malheureusement, je ne peux pas acheter et soutenir toute les séries que je souhaite à l’heure de leur sortie. Qui puis est, les manga c’est plus qu’un loisir, c’est véritablement un budget. Il est fini le temps des manga à 4€5 ou 5€5, avec 20€ je m’achète 2, voir 3 manga tout au plus (j’ai dépensé 50€ pour 4 manga la dernière fois). De plus, les séries que j’apprécie sont chers, parce que ce sont des séries qui visent un public plus mature qui j’imagine doit avoir plus de moyens (MOUAHAHAHA). De ce fait, pour toutes ces raisons (manque d’argent, cher, BD plus dispo), j’achète régulièrement en occasion.

De manière générale, je préfère flâner dans les boutiques à la recherche de la perle rare (le numéro ou la série manquante). Ca me permet de constater l’état dans lequel se trouve la BD et aussi de voir si le revendeur essaie pas de me vendre la dite BD à des prix défiant toute concurrence. C’est pas rare de tomber sur le net sur des volumes de manga recherchés par les connaisseurs vendus autour de la centaine d’euros, voire plus. Sérieusement qui va acheter ça ?

J’ai déjà eu l’occasion de tester l’occasion sur des sites comme amazon ou rakuten, sans soucis. Dernièrement, j’ai voulu tester d’autres boutiques dont recyclivre.

Le principe de recyclivre me brossait dans le sens du poil, l’impression de faire une bonne action et de plus écolo. Bref tout bénéf. J’avais quelques connaissances qui avaient acheté chez eux et avaient été satisfait du résultat.
Déjà, les prix sont attractifs puisque le montant de base est de 3€99 (jamais plus bas, mais peut aller plus haut…beaucoup plus haut) et que la livraison est gratuite. J’ai donc pu acheter une dizaine de BD pour une quarantaine d’euros. Il faut savoir que dans le lot des livres/mangas proposés certains sont indiqués comme étant des ouvrages de bibliothèques. Généralement, je préfère éviter de les prendre mais parfois on a pas trop le choix, comme on dit, faute de grives…
Un autre point, les ouvrages du site sont classés en 3 catégories : acceptable, bon état, très bon état (pas de comme neuf). Là aussi, je fais en sorte de prendre le mieux malgré le fait que je ne puisse pas constater moi-même l’état des objets que j’achète. Je ne sais pas pourquoi, je le sentais moyen…que j’avais raison.

Mon colis a mis 6 jours pour arriver. J’avoue avoir été étonné de l’emballage. En général, quand je commande des livres, ils arrivent au choix dans une enveloppe matelassée ou parfaitement coincé dans une boîte en carton ou emballés dans quelque chose de protecteur. Ici rien. Juste une enveloppe plastique. Etant donné le soin dont la poste ou certains livreurs font preuves autant dire que j’ai manqué l’arrêt cardiaque. Là les livres avaient eu le temps de bien marquer l’enveloppe et de percer des trous dans les angles. Les dégâts à l’intérieur étaient moins pire qu’imaginés.

Seconde surprise, je me retrouve avec la méthode sociologique de Emile Durkheim que je n’ai absolument pas commandé. Alors je n’ai rien contre Durkheim et le livre ne dépaillera pas au côté du Suicide dans ma biblio mais tout de même. Evidemment, qui dit livre en plus, dit aussi livre en moins. Ce cher mimile avait donc pris la place d’un manga, qui après vérification avait le même numéro de référence. J’ai fait remonter en haut lieu. Bien sûr le manga commandé n’est plus dispo, à la place on m’a proposé un avoir. On ne m’a rien demandé concernant le livre « non voulu ». J’imagine qu’il va falloir que je trouve une place à mimile.

Troisième surprise, des mangas commandés en état « acceptable », se sont révélés être plutôt en bon état. A part le papier jauni, RAS. Par contre, des mangas présentés comme étant en bon état ou en très bon état n’avaient clairement pas ce statut. Autant j’accepte les pages jaunies (usure naturelle), les couvertures un peu salies (ça arrive) mais les jaquettes aux coins abîmés dont certaines déchirées, non. Donc ça fait chier.
De plus, j’ai bien fait attention lors de mon achat de ne pas prendre de livres qui auraient appartenu à une bibliothèque (excepté un). Problème, lors de la réception il y avait deux livres issus de bibliothèques. Le soucis est que, à part l’état des livres, on ne peut pas vérifier s’ils viennent d’une bibli ou pas quand on regarde sa facture. J’ai quand même l’impression que c’est eux qui se sont plantés mais malheureusement je ne peux pas vérifier.

En parallèle, j’ai aussi remarqué une chose. J’avais repéré un manga qui m’intéressait sur le site de recyclivre mais dont le prix était un peu élevé par rapport à celui que je m’étais fixé. J’ai donc décidé de ne pas le prendre. Je le retrouve par la suite 2€ moins cher sur le site de rakuten (livraison gratuite) vendu par….je vous laisse deviner…recyclivre. J’avoue être un peu déstabilisé de retrouver le même article à des prix différents alors que c’est le même organisme derrière la vente.

Conclusion, j’ai testé et je ne suis pas entièrement convaincu. Je ne pense pas retenter dans l’immédiat.

La rose de Versailles, suite et fin ?

Lorsque Kana a annoncé la publication de la suite de La rose de Versailles, j’avoue avoir été partagée entre joie et appréhension. Il y a effectivement de quoi s’interroger sur l’utilité d’une « suite » 40 ans après la fin de la publication, tout en sachant que l’autrice, Riyoko Ikeda, avait lâché le crayon et la plume pour se reconvertir vers une carrière musicale.

Sa venue à Angoulême, il y a quelques années, démontrée qu’elle n’avait jamais complètement tourné la page et était toujours prompt à évoquer sa carrière et ses œuvres.
Néanmoins, La rose de Versailles était une oeuvre conclue et terminée sans fin ouverte. La dernière édition en date fut publiée chez nous en deux gros pavés, avec un troisième en bonus qui possédait un ton plus bon enfant et humoristique, en partie dû à la nièce de Oscar : Loulou. Un dernier tome qui se lisait sans déplaisir et dont le ton changeait radicalement des drames vécus par les personnages précédemment. C’était aussi l’occasion de finir sur une note plus joyeuse et optimiste.

Une suite utile ?

A partir de là que vaut ce quatrième tome et où se situe-t-il ? Le contexte nous est donné rapidement en introduction, quand Ryoko Ikeda explique qu’il est question d’histoires qu’elle a toujours souhaitaient racontées. Il s’agit là d’un élément commun à chaque auteur, vouloir raconter les petites histoires qui ont accompagné la grande, nous dire ce que sont devenus tous ces personnages (secondaires) auxquelles nous nous sommes attachés.
Oscar et André ne sont donc plus au centre de l’attention, leur histoire ayant été racontée, de même pour Marie-Antoinette. Néanmoins, ces derniers restent présent puisqu’ils nous aient montré comment ceux-ci ont marqué la vie des personnes qu’ils ont pu côtoyer. A l’exception d’une histoire qui revient sur les conflits d’Oscar, oscillant entre son statut de femme du XVIIIe et de militaire. Ainsi donc, nous verrons Girodelle, Axel de Fersen et sa sœur, les parents d’Oscar, Rosalie et Bernard, Alain, ou encore Marie-Thérèse de France. tous ces personnages s’entrecroisent et se mêlent à la grande Histoire qui parfois les dépasse.

Un style graphique reconnaissable

Au niveau du style, je dirais que l’on sent toujours la pâte « old school », néanmoins, j’ai pu constater à la première lecture que le style de l’autrice avait changé. Loin d’être maladroit, je dirais qu’il est plus pausé, plus fin, plus précis. Il y a moins cet effet froufrouteux et 70′ que l’on pouvait ressentir dans l’oeuvre d’époque (ça a aussi son charme). Je dirais également que la mise en page est plus carrée. Là où, dans ces précédents travaux, notamment Très cher frère, chaque page était une recherche graphique qui mettait en avant les sentiments des personnages et les exacerbés, ici l’ensemble est beaucoup plus sobre. Les cases sont moins déstructurées, les décors plus présents et fournis. Les personnages pleurent toujours mais de manière digne, discrète. Si la lecture est toujours plaisante, on sent moins l’ardeur de la passion romantique qui animait les personnages. Fini également les petites scénettes humoristiques et les petits effets de styles de l’époque. Même Loulou, qui en était pourtant l’essence même, passe aux cribles de la maturité sans se départir de son franc parler. Certaines scènes sont mêmes reprises mais offrent un sentiment plus nostalgique et mélancolique.
J’avoue avoir eu cependant quelques difficultés, à certains moments, pour différencier les personnages (entre le Général de Jarjayes jeune et François 1er, à part les sourcils….), les dames notamment arborant souvent les mêmes toilettes et coiffures. Il reste néanmoins un petit côté Candy lorsque nous voyons Marie-Antoinette jeune.

Si l’on revient sur la jeunesse et le parcours de certains et certaines, comme Girodelle et les parents d’Oscar (où d’ailleurs on apprend que sa mère est affiliée au peintre De La Tour -Georges pas Quentin-), une grande partie de l’histoire se déroule après celle principale dans les tumultes de la terreur et l’arrivée de Napoléon.
J’ajouterais également que l’Histoire est également plus présente. De son poids, elle écrase les personnages qui sont ballottés par elles. Les souverains, les dirigeants, les guerres s’enchaînent sans qu’aucun n’ait vraiment d’emprise dessus. Des personnages comme Marie-Thérèse, le père d’Oscar ou encore Axel de Fersen subissent les événements et les conséquences de décisions qui ont été prises pour eux ou indépendamment d’eux. L’autrice prend néanmoins toujours soin d’insérer le contexte historique avec des personnages dont elle ne peut guère réinventer la vie.
Le drame n’est cependant jamais loin et certains personnages s’en iront vers la mort sans que l’on puisse rien pour eux.

Que dire donc pour conclure ? Ce quatrième tome, qui regroupe toutes les histoires publiées entre 2013 et 2018, n’était pas une suite attendue. D’ailleurs, il ne s’agit pas à proprement parler d’une suite et je serais plus enclin à qualifier ce tome de nostalgique que de purement fan service (au contraire du troisième tome). Toutefois, ce fut une belle surprise venue d’une oeuvre qui a garder tout son charme et sa force. Elle est sans doute plus assagie, mais La rose de Versailles est comme le bon vin qui se bonifie avec le temps. C’est donc un tome que j’apprécie et qui fait vibrer la fibre nostalgique et mon amour des « vieux » shojos, d’autant plus qu’il n’est pas certain que nous ayons le plaisir de voir Riyoko Ikeda dessiner à nouveau.

Zetsubou Baby : le harcèlement c’est cool

Derrière ce titre quelque peu putassier, veuillez me pardonner, se cache une réflexion de fond sur des pratiques et des comportements que je retrouve régulièrement chez des personnages de manga, généralement masculins, fortement discutable, voire carrément nauséabond.

Quand j’étais ado, je lisais beaucoup de shonen mais pas tellement de shojo. C’était pas vraiment ma tasse de thé (exceptés les mangas de Yuu Watase) et le magazine de prépublication français Magnolia orienté « filles » n’aidait pas non plus avec ses rubriques beauté/cuisine entre deux chapitres. Néanmoins, mon goût pour le shojo manga est venue petite à petit, sans doute parce que je suis tombé en amour avec les adaptations des années 70/80 qui étaient rediffusées sur nos écrans. Quoiqu’il en soit, j’en suis venu aux mangas, malgré le fait que j’ai finie par apprécie le genre, j’ai fini par devenir très critique en même temps que mes goûts évolués. Bien que certains titres soient très sympas, je trouve que ce que l’on nous propose en shojo manque cruellement de diversité -alors qu’il en existe- mais surtout recyclent les mêmes clichés. Certains fonctionnent encore sur moi, parce que je dois sans doute être au fond un coeur d’artichaut, mais d’autres me semblent provenir d’un autre siècle complètement rétrograde. Je vois le manga, et par extension le shojo, comme un loisir, tout comme un divertissement et une passion. Cependant, le manga a montré qu’il pouvait être plus que cela, il pouvait ouvrir à la culture au sens large et inculquer aux gens de valeurs comme l’amitié, le courage, l’entraide etc…

Néanmoins, j’éprouve des doutes face à certaines œuvres dont les personnages ou l’histoire me font plus que tiquer. Parfois, je pardonne à un personnage ses défauts parce que je suis faible ou que l’auteur sait si prendre pour me faire croire que c’est pas si grave et que dans ce contexte ci, ça passe. Toutefois, il y a des cas où cela n’est pas pardonnable. Comme je l’ai évoqué plus haut, le manga peut inculquer, influencer, volontairement ou non. Sans aller jusqu’à dire que les ados sont des êtres décérébrés, je pense que certains sont capable de recul et de faire preuve de jugement, certains sont influençables. Le fait qu’un comportement « anormal » soit jugé acceptable et normal par l’auteur, peut être ensuite perçu et assimilé comme normal et acceptable par le lecteur. Dans le cas du shojo, il existe plusieurs clichés et je ne vais pas tous les détaillés. Il y  en a un qui revient souvent c’est celui de l’odieux connard populaire. Vous savez le type qui traite l’héroïne comme de la merde, voire comme d’un objet dont il dispose, qui parfois par un twist scénaristique fumé en fait son « esclave » ? Mais comme apparemment l’adage nous dit que les femmes aiment les connards, l’héroïne finira par en tomber amoureuse et révéler la couche de guimauve qui se cache sous le pervers narcissique. Je suis sure que chacun de vous à un exemple qui lui vient en tête….

Bref, cette longue introduction pour dire qu’un beau jour, je suis tombé sur Zetsubou Baby et que c’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase.

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En même temps, la couv’ du 1er volume m’avait prévenu du contenu…

Mais de quoi ça parle au juste ?

Zetsubou baby est un shojo manga bouclé en 2 tomes et dessiné par Hina Sakurada. L’héroïne de l’histoire, Kasumi, est une jeune fille tout ce qu’il y a de plus banal qui n’a pas vraiment d’amis et, HORREUR, pas de copain. Bref, elle vivait tranquillement dans sa solitude jusqu’au jour où elle ramasse le mouchoir du beau gosse ultra riche et populaire  et accessoirement odieux connard, de sa classe ce qui attirera l’attention de ce dernier pour la pauvre malheureuse. A partir de là, il va se mettre à la poursuivre de ses assiduités. Et quand je dis poursuivre, c’est vraiment poursuivre, partout, où qu’elle aille….

Je crois que je n’ai jamais vu héroïne plus effrayée et le regard figé dans l’horreur à chaque case que celle-ci. Nous avons droit à tout les clichés : baiser forcé, plaquage contre le mur, menace, chantage, kidnapping, tentative de viol….la totale. Mais vous comprendrez chers lecteurs que tout ceci est normal car fait au nom de l’amour. L’amour c’est très pratique.

Kasumi n’a au départ pas grand chose pour elle. Elle est banale, jolie mais sans plus. On ne l’a remarque pas. Apparemment mise au placard par ses petits camarades au collège, elle a vite développé des difficultés à se faire des amis et a sociabiliser. Le lycée est pour elle l’occasion d’un nouveau départ, qu’elle rate malheureusement. Son manque cruel de confiance en soi, la fait se mettre à l’écart volontairement et ce ne sont pas ses camarades qui iront l’aider à sortir de sa coquille car ils sont inexistants dans l’histoire. Jusqu’à ce que « boum » entre le personnage masculin. Tout les clichés sont réunis : beau gosse (l’auteur aimera nous montrer ses pec’ de bel éphèbe), riche à un point où s’en est ridicule (je prend mon petit déj’ en Corée et j’arrive avec mon jet privé pour la 1h de cours), les filles qui lui bavent dessus parce que…euh…voilà, un sens des valeurs qui n’est pas celui du commun des mortels (un kebab foie gras à 1300€ c’est donné) et un comportement égoïste justifié parce que le pauvre il est riche et les enfants riches c’est forcément pourri gâtés.

A peine le premier chapitre entamé que l’on nous présente ce beau jeune homme comme imbuvable et imbu de sa personne. Juste parce que l’héroïne lui a rendu son mouchoir plié (geste fait par pur automatisme) sans ce soucier de qui il est, il décide qu’elle sera sienne. Sa « femme », la manière dont la scène est décrite ne permet pas de tendre le terme vers le sens d’épouse mais plus celui d’objet : « you will become my woman ». Juste avant que cette dernière s’enfuit de peur et qu’il la poursuive en parlant d’elle comme d’une « cible » qu’il ne faut pas laisser échapper et qu’il faille capturer. Il est d’ailleurs près à envoyer une 50taine d’hommes à sa poursuite -ce qui lui vaut quand même un reproche sur le fait qu’il risque de se faire arrêter avec de telles pratiques- (Non tu crois ?! et dire que ce passage est traité sur le ton de l’humour, un peu par dessus la jambe).

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Il passe son temps à l’insulter, la traiter d’idiote et autres joyeusetés. Décide à sa place : il décide unilatéralement qu’elle sera sa copine car elle est sa femme idéale -alors qu’il ne la connait même pas et qu’elle n’est pas spécialement pour-, lui achète des vêtements, décide de ce qu’elle va porter, lui dit quoi faire….

Sans oublier toutes les belles phrases qu’il lui sort, censées être d’un romantisme profond…

« Même si je meurs tu ne t’échapperas pas. Sors avec moi et je te rendrai heureuse. » : Tu as deux options mais en réalité je ne t’en laisse qu’une seule. Tu resteras enfermée jusqu’à ce que tu dises oui.

« Si tu essaies de t’échapper je t’enfermerai ici, peu importe combien je t’aime » : Rends-toi compte de ce que je suis obligé de faire par amour, ça me fait mal, c’est de ta faute.

La raison pour laquelle il s’intéresse à elle, est parce qu’elle ressemble à son héroïne de drama préféré et qu’il aime les femmes douces et calmes (pures et naïves). Le personnage « l’aime » non pas pour elle, pour sa personnalité mais pour l’image qu’il s’en fait, l’image qu’il lui plaque dessus alors qu’elle essaie désespérément de le convaincre qu’elle n’est pas cette personne.

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Il y a, à partir de là, tout un paradoxe : il dit l’aimer parce qu’elle représente un idéal de beauté féminin douce et docile, tout en lui reprochant son manque de confiance en elle et le fait qu’elle ne s’affirme pas assez, en la dévalorisant. On sait tous qu’insulter les gens les aide à se sentir mieux….

C’est lui qui l’a harcèle, c’est elle qui s’excuse de ne pas être plus sympa, plus ouverte, plus compréhensive…un comble. L’auteur tente dans chaque chapitre, l’espace de quelques cases de nous faire croire que le personnage masculin est au fond un mec sympa qui n’attend seulement qu’on le comprenne. Il aide l’héroïne à s’occuper des plantes du lycée, il aime donc les plantes, les plantes c’est sympa, il est donc sympa CQFD.

Sans oublier le harcèlement sexuel et la tentative de viol. Ah cet instant classique dans le shojo où un garçon et une fille se retrouve seuls et où, par un malencontreux hasard, ils se retrouvent l’un sur l’autre. L’instant sexy par excellence, sensé émoustiller les lectrices et lecteurs. C’est tellement excitant quand un homme qui vous fait peur vous tombe dessus et vous dit qu’il va vous faire des choses en se passant négligemment la langue sur les lèvres de manière pas du tout entendu.

En passant par l’épisode où l’héroïne se retrouve déshabillée de force par un méchant qui en veut au « héros » et à décider de s’en prendre à sa copine qui n’a rien demandé… Je n’aime pas du tout que le viol soit utilisé comme une facilité scénaristique qui tient plus ici de la paresse et du cliché que d’un véritable choix de la part de l’auteur. Cette scène n’a pas d’incidence, à part celle de mettre l’héroïne en position de faiblesse et de demoiselle en détresse et de valoriser le protagoniste masculin qui vole à son secours. Le viol ou toutes agressions sexuelles, ce n’est pas quelque chose d’anecdotique qu’on met dans une histoire l’espace d’un chapitre sans plus jamais y revenir plus tard. Ce n’est pas non plus quelque chose qui doit être là pour émoustiller le lecteur/rice.

Les sentiments les plus souvent exprimés de la part de l’héroïne envers le personnage masculin sont la peur, le stress et non l’amour. Hina Sakurada la dessine comme ça presque tout le temps, presque toute les fois où elle est en contact avec lui. Résultat, je me demande quel est le but de la manoeuvre. Tout ces passages m’ont mise mal à l’aise et il semblerait que cela soit le cas d’autres personnes qui ont lu ces passages. Pour moi, ces expressions n’ont rien de drôle, elles ne participent pas au comique de situation. Elles ne la rendent pas non plus attrayante. Pourtant, tout le reste est caractéristique du shojo. Seulement les phrases sonnent creux dans la bouche des personnages.

La gestuelle du héros n’aide pas non plus. Nous avons droit au fameux trope du Kabe don, vous savez ce moment où le garçon plaque la fille au mur…

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Mais au final, je ne sais pas ce qui fait le plus peur : que ce titre compile tout ce que j’exècre ou que les gens qui ont lu ce titre le trouve bien ? Parce que oui,  des gens amateurs de shojo ont lu et aimé cette histoire. En fouillant sur le net pour avoir des avis, ce que j’ai pu voir c’est que globalement : le titre est trop court (encore heureux une douzaine de tomes comme ça n’aurait été idéal que pour une flambée dans une cheminée un long soir d’hiver), l’histoire est romantique, les personnages mignons, ils vont bien ensemble et sont fait pour l’un pour l’autre. Allo ??? On a bien lu la même histoire avec du harcèlement sexuelle à chaque page ? c’est justement le problème que je soulevais en début d’article : le fait que les gens trouvent ces comportement normaux et les cautionnent parce que c’est une histoire d’amour. Je ne sais pas si c’est la vision réelle de l’auteur, si elle dessine ce que le lectorat souhaitent voir ou ce que son éditeur lui demande mais une chose est sur Zetsubou Baby n’est en aucun cas une histoire d’amour. En tout les cas, ce n’est pas une relation romantique saine.

Comprenez moi bien, je n’ai rien contre les héroïnes lambda, en manque de confiance ou victime de harcèlement (Life). Je n’ai rien contre les beaux garçons ou les garçons avec un visage un peu effrayant, ceux avec un mauvais caractère (Takane & Hana) ou les personnages riches qui vivent dans un château doré loin des réalités (Takane & Hana, Ouran host club). Pas plus que pour les personnages qui tombent amoureux au premier regard (Honey & Clover) ou qui décide de conquérir l’être aimé (Honey & clover, limited lovers). Je ne suis pas contre le fait qu’un personnage (masculin ou non) aide le personnage principal (homme ou femme) pour qu’il tente de s’affirmer, même s’il emploie des méthodes pas forcément douces.

Mais tout dans ce manga ne fonctionne pas sur moi. Pourtant Hina Sakurada semble respecter scrupuleusement le cahier des charges.

Non ce qui me gêne c’est la manière dont Zetsubou Baby est raconté au point de faire ressortir tous les défauts du shojo en pire. A tel point qu’on pourrait presque croire qu’il s’agit d’une parodie.

Ce n’est pas parce qu’on saupoudre de paillettes de la merde que ça en fait de la meringue aux éclats de caramels, ce n’est pas non plus parce que l’emballage est rose bonbon que ce qu’il contient est forcément génial.

Ceci pour dire que j’apprécie le shojo, vraiment, mais parfois certains titres me rappellent à la réalité. Notamment sur le fait que pour toutes ces héroïnes il y encore du chemin à parcourir, loin de tout ces tropes et clichés désastreux montrer comme des modèles d’amour.

Bref, je ne vous conseille pas cette lecture sauf si vous souhaitez vous faire un avis par vous même. Dans ce cas, revenez par ici dire ce que vous en avez pensé.

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Et ils vécurent heureux jusqu’à ce qu’elle aille porter plainte pour violence conjugale

Tu n’as rien vu à Fukushima

Il y a quelques mois, je présentais un travail consacré aux mangas évoquant la catastrophe du 11 mars 2011.
Pour cela j’ai dû faire un long travail de recherche en amont afin de ne pas partir de rien et d’avoir un matériau de base solide. S’en est suivi une longue liste de ce qui avait été publié sur le sujet : romans, essais, poésies, témoignages, rapport de commission d’enquêtes…en plus des mangas publiés par chez nous. Je me suis surtout concentrée sur qui avait été publié en France, en français. Au moment où j’écrivais il n’y avait en parution mangas que :

  • Je reviendrais vous voir
  • Japon 1 an après
  • Les cerisiers fleurissent malgré tout
  • Santetsu – 11 mars 2011 – Après le cataclysme
  • Daisy lycéennes à Fukushima

Depuis se sont rajoutés :

  • Colère nucléaire
  • 1F au coeur de Fukushima

Je mettrai donc ces deux derniers de côtés, ainsi que Santetsu car je ne l’ai pas lu. En lisant ces ouvrages je me suis rendue compte d’une chose : à part Daisy, dont c’est le thème principal et brièvement dans Les cerisiers fleurissent malgré tout, pas de mention de Fukushima, pas de mention du nucléaire. Une seule histoire l’aborde dans Japon 1 an après, une autre aborde le nucléaire dans ce même ouvrage mais seulement la bombe d’Hiroshima.

Daisy a ses postfaces rédigées par, des français. Japon 1 an après est une collaboration franco-japonaise, Les cerisiers fleurissent malgré tout est dessiné par une mangaka vivant et travaillant en Europe depuis plusieurs années.

Il en va de même pour les livres : Le dernier homme de Fukushima est écrit par Antonio Pagnotta, Fukushima : récit d’un désastre est la retranscription de ce que Michaël Ferrier a vécu, nous trouvons aussi Daniel de Roulet avec Tu n’as rien vu à Fukushima ou encore Fukushima mon amour de Gérard Raynal, Un pompier français à Fukushima de Sébastien Donner, Fukushima les cerisiers en pleurs de Yann Lemah, Malgré Fukushima : Journal japonais d’Eric Faye….une grande partie des ouvrages parus en français sont écrit par des européens (français). Ceux-ci s’attardent sur Fukushima, la catastrophe et parfois le nucléaire. De plus, une majorité d’articles que j’ai pu lire, et qui traitent du 11 mars, ont été écrits par des européens.
Je ne dis pas que rien n’a été écrit par les japonais à ce sujet en littérature, on peut trouver par exemple : ô chevaux, la lumière est pourtant innocente de Hideo Furukawa, Journal des jour tremblants de Yoko Tawada, Mille cercueils : à Kamaishi, après le tsunami du 11 mars 2011 de Ishii Kota…mais la production d’ouvrages écrit par des japonais, traduit et publiés en français est moindre.

Dans le cas d’un travail de recherche, cela posait problème car il fallait avoir le point de vue des 1er concernés à savoir : les japonais. De plus, il me semblait plus judicieux d’avoir un regard moins « européano-centré », même si cela peut être intéressant d’avoir une vision occidentale sur un sujet qui ne l’est pas (on est en plein orientalisme).

Plusieurs questions sont donc naturellement venues : Où sont donc les japonais ? N’ont-ils rien écrit sur le sujet ? N’ont-ils rien à dire ?
Pour en revenir aux mangas étudiés, ces derniers m’ont aussi montré qu’il n’y aucun avis ou critique personnelle : Daisy est une histoire fictive basée sur les témoignages de lycéens rencontrés par l’autrice, Je reviendrai vous voir n’est pas l’histoire de George Morikawa (alors qu’il est lui aussi allé en zone sinistré) mais celle de Nobumi, aucune histoire de Japon 1 an après ne sont des histoires que les auteurs ont personnellement vécues (à part la 1ère qui retrace vaguement ce que l’auteur a ressentie lors du tremblement). Mais tous semblaient mettre un point d’honneur à dire que ce n’était pas eux dans leurs histoires, bien que les courts textes qui accompagnent souvent celles-ci dévoilent ce qui les a marqués. Généralement, il s’agit du tremblement de terre, peu de trace du nucléaire. A croire qu’il n’y a que les européens que le nucléaire intéressent, alors qu’on parle bien d’une « triple catastrophe ».

Néanmoins, lors de ma recherche je suis tombé sur L’archipel des séismes, un recueil dans lequel on y trouve des intellectuels, aussi bien français que japonais, évoquer la catastrophe sous ses divers aspects. Il est intéressant du fait que les textes ne s’arrêtaient pas juste au vécu/ressenti du 11 mars mais se penchait sur tout ce qu’il y avait autour.

J’ai eu l’occasion de discuter avec Cécile Sakai qui est une des personnes qui s’est chargée de réunir ces textes afin de publier l’ensemble chez nous. Elle m’expliquait que les SHS* au Japon ne sont pas abordées de la même manière qu’en France et que contrairement à ce qu’on pourrait croire, beaucoup de choses ont été écrites sur ce qui s’est passé le 11 mars et sur les problématiques liées au nucléaire. Si nous ne les voyons pas en France c’est pour plusieurs raisons :

  • Déjà la traduction. Traduire un texte scientifique (ou non) demande du temps, à cause de la complexité des sujets que certains abordent. Comme indiqué plus haut, les SHS ne sont pas traitées de la même façon dans nos pays.
  • Réunir ces textes pour les sortir demande également du temps.
  • Le tri. A la foisonnante production japonaise que cela soit au niveau manga, roman, texte scientifique….la France a le loisir de pouvoir faire le tri. Si cela permet de séparer le bon grain de l’ivraie, de découvrir des perles, des auteurs qui méritent plus d’attention, on n’échappe pas à quelques bouses. Néanmoins, faire le tri permet également à la France de ne montrer que ce qu’elle veut bien montrer du Japon et de ne voir que ce qu’elle a envie de voir. Cela m’a rappelé une intervention à laquelle j’avais assisté qui évoquait le développement des arts venus d’Asie, l’Inde notamment, dans les biennales d’art contemporain. En gros, les pays européens n’achetaient que les œuvres qui leur plaisaient et qui partageaient leurs points de vus. C’était donc oublier toute une production -parfois majoritaire- de l’art dans certains pays d’Asie (ou d’ailleurs) qui traitent de sujets que l’Europe ne veut pas voir. En Inde, il s’agissait par exemple d’art qui valorise certaines coutumes ou systèmes qu’ici nous trouvons rétrograde comme les castes. Il en va de même avec la BD, lorsque j’ai vu un auteur parler de son voyage à Tchernobyl afin d’en tirer un album à la demande de son éditeur. Ce qu’il a vu là bas c’était des gens joyeux, une nature luxuriante…qu’il a retranscrit en couleur, une vision trop radieuse pour son éditeur qui voulait du gris. Certaines catastrophes doivent restées solennelles et graves. Pareil pour les mangas, personne ne veut d’œuvres révisionnistes, de manga qui nous disent que le nucléaire c’est pas si grave ou d’œuvres traitant du sujet avec ironie et humour noir. Pourtant ça existe.
    Qui a envie de voir Moto Hagio parler de Tchernobyl et le mettre au même niveau que Fukushima dans Nanohana ? Qui a envie de voir le Plutonium prendre forme humaine et parler de sa beauté rayonnante sur l’humanité dans Pluto Fujin ?

Bref, tout ça pour dire que si certains titres ont été publié en France (manga/roman), beaucoup de choses sur le sujet lié au 11 mars ne le seront jamais pour des raisons diverses. Il existe beaucoup de matériau sur le sujet mais encore une fois -et c’est regrettable- il faut maîtriser la langue japonaise, ce qui laisse l’accès à certaines informations qu’aux japanophones.

 

*SHS : Sciences Humaines et sociales

Crédit image de la une : Greg Webb / IAEA (photo prise le 17 avril 2013)

Thunderbolt Fantasy

Je sais que plusieurs mois se sont écoulés depuis le dernier billet. Je n’ai malheureusement pas autant de temps libre que je le souhaite mais j’ai néanmoins quelques billets en réserve sous le capot qu’il reste encore à peaufiner. Avant cela une petit réaction à chaud sur une série que j’ai suivie avec beaucoup d’engouement tel que je n’en avais pas connu depuis longtemps.

Pour être honnête, je ne m’attendais pas à voir Thunderbolt Fantasy : les pérégrinations d’une épée en extrême orient débarquer chez nous en simulcast. L’annonce d’une série de fantasy avec des marionnettes avait déjà attisé ma curiosité alors la voir arriver chez nous, c’est un peu comme Noël avant l’heure.

Pour celles ou ceux qui n’en auraient pas entendu parler, il s’agit d’une série en 13 épisodes de 23 min environ qui narre les péripéties d’un groupe hétéroclite en quête d’une épée au pouvoir immense, dérobée dans un temple à une jeune prêtresse et son frère par un odieux vilain.

Apparemment, la série a beaucoup divisé. Déjà sur le plan de sa qualification : s’agit-il d’animation ou pas ? Je ne vais pas entrer dans le débat, bien que si on s’en tient au sens large du verbe animer il s’agit de « donner vie ». Pour ma part je suis habitué depuis l’enfance à divers techniques et procédés d’animation (2D,3D, rotoscopie, stop-motion, peinture, sable, papier découpé….) alors voir des poupées bouger grâce à l’aide d’un maître marionnettiste ne m’a pas choqué. Par contre pour certains animes fans, que j’ai pu croisé sur les forums, l’animation ça se résume à de l’animation japonaise en 2D, éventuellement 3D (ce qui est fort dommage). La série ne également m’a pas gêné car j’ai grandi en regardant les sentinelles de l’air aka Thunderbirds en VO (oui j’ai grandi dans les années 60′) et en regardant Team America (FUCK YEAH!! -ahem-).
L’autre point qui a fait beaucoup parlé de lui, semble-t-il, est l’animation même des marionnettes. Pour beaucoup ça n’est pas passé, souvent qualifié de moche ou de saccadé. Alors que pour d’autres, ça a été un vrai bonheur de voir quelque chose de différent.
Pour ma part, je salue la qualité de l’ensemble. Les marionnettes/poupées sont superbes tant au niveau de leurs costumes, que de leurs coiffures, leurs accessoires…et ces cils ! Mon dieu ces cils ! Je renomme officiellement Mie Tian Hai aka la mort rampante aka le grand vilain, Lord Maybelline. Les marionnettes n’ont au final que peu d’expressions faciales : elles peuvent ouvrir et fermer les yeux, et vaguement ouvrir la bouche. Tout tiens donc en 2 choses : la gestuelle, surtout des mains, pour ne pas paraitre trop statique (et elles bougent beaucoup) et la performance vocale qui arrive à très bien retranscrire les émotions des protagonistes.

Après le début de la série je me suis penché un peu plus sur les personnes derrières. Thunderbolt fantasy est une production née d’une collaboration japonaise et taïwanaise entre Pili (très connu apparemment chez eux) créateur de série wuxia avec poupées et Gen Urobuchi pour le scénario,  Nitroplus pour le design des personnages, Good smile company, à la musique Hiroyuki  Sawano et T.M.Revolution pour le générique.
Pili s’est apparemment chargé de toute la partie filmique et manipulation des marionnettes (puisque c’est leur fond de commerce). Pour le coup je suis allé voir ce qu’ils avaient fait précédemment. Visuellement leur style a évolué avec les années pour devenir plus fin et détaillé (même si certains personnages ont tendance à se ressembler selon moi). Je dois dire que comme je ne lis, ni ne comprends le chinois, je suis bien en mal de donner une liste concrète des séries produites par la firme de ce que j’ai lu il n’y a qu’une seule série « Pili puppet show » qui tourne depuis des années à la TV. C’est une sorte de plus belle la vie version arts martiaux et marionnettes.
A part PiLi Xia Ying: The Decisive Thunderbolt avec ses personnages bien classes, le film Legend of the Sacred Stone (qui est le plus connu car il semble avoir été projeté sur le sol américain), The ARTI: Enigma of the Ancient Lop, 3D PiLi Adventure: Agent 519 – The Young Swordsmen… je ne peux pas en dire grand chose et surtout je n’ai pas réussi  à trouver leur production en VOST. Je ne pourrais donc pas non plus commenter sur le contenu, bien que j’ai pu lire une fois que la présence de Gen Urobuchi sur Thunderbolt était la bienvenue car les productions de Pili était certes belles mais assez plates niveau contenu.

Enfin pour la blague Pili a eu droit à sa bouteille de beaujolais nouveau….

 

Shāng Bù Huàn héros malgré lui

*attention ce qui suit peut potentiellement contenir du spoiler*

Bien que la série laisse au début croire que nous allons suivre Dan Fei, c’est en réalité Shang le véritable personnage principal. Je dois avoué que l’intrigue est relativement simple puisqu’une bonne partie des épisodes est une ligne droite pour aller directement au manoir du grand vilain récupérer l’épée volée. On pourrait résumer simplement : formation du groupe en récupérant les divers protagonistes, traverser les 3 épreuves qui mènent au manoir, arriver au manoir tataner le méchant. Dans le fond, rien de nouveau sous le soleil niveau intrigue. Idem niveau personnages : la prêtresse douce et pure, la démone femme fatale, le petit jeune surexcité en quête de reconnaissance, son mentor calme et posé, le voleur qui en sait plus qu’il ne le dit, le guerrier en quête de l’adversaire ultime et pour finir le gars qui n’avait rien demandé et qui se retrouve embarqué bien malgré lui. En somme des personnages que l’on a pu croiser ailleurs, qui peuvent paraître caricaturaux, et dont le passé ne sera pas révélé parce que de toute façon on s’attardera pas beaucoup dessus.

Lin Xue l'insaisissable Je suis complètement amoureuse de sa coiffure

Lin Xue l’insaisissable. Je suis complètement amoureuse de sa coiffure

Pourquoi donc ai-je tant aimé cette série ? Car à part l’aspect visuel qui sort du lot habituel, le fond n’a rien d’original. Je dirais que la série à l’avantage d’être courte, d’avancer vite et de ne pas se perdre en cours de route, l’ensemble est bien rythmé (surtout les combats, très fluides) et chaque fin d’épisode est comme un cliffhanger qui donne envie de voir la suite. Les personnages ont certes un côté déjà vu mais sont attachant, ajoutez à cela qu’ils ont des mimiques que l’on retrouve dans l’animation japonaise classique (la façon dont ils sont gênés, se grattent la tête, râlent…) surtout Shāng Bù Huàn. Ce qui se développe surtout dans la seconde moitié de la série, c’est l’aspect psychologique. Les raisons qui poussent les personnages à faire ce qu’ils font. Dans le cas présent, la série se penche surtout sur Shāng Bù Huàn et Lǐn Xuě Yā. Le premier restera mystérieux jusqu’à la toute fin (les raisons de sa présence et ses véritables pouvoirs) puisque rien ne nous est dévoilé, à part via quelques phrases éparts ci et là émises par le personnage. Le second passe par diverses phrases : le bon samaritain qui en sait plus qu’il ne le dit, le salaud de traître voleur, le justicier sadique à la pensée tordue, le génie qui dépasse le commun des mortels…un personnage complexe en somme et fort intéressant. Il forme un duo complémentaire avec Shang, entre la force brute mais droit dans ses bottes à la moralité impeccable et le philanthrope amoral qui emprunte des voies détournées. Dualité bien marquée dès le générique que je ne me lasse pas d’écouter et de regarder alors que je ne suis pas fan de T.M Revolution. D’ailleurs le chanteur a même eu droit à sa marionnette spéciale pour la sortie du single RAIMEI qui sert de titre pour le générique d’ouverture.

La musique dans son ensemble n’est pas en reste. On a droit à de beaux morceaux bien épiques qui restent en tête et donne un côté grandiloquent aux combats.

J’ai un faible pour la 1ère (à vrai dire j’ai un faible pour tout ce qui contient des chœurs). Les voix des personnages sont aussi très bonnes, petit plus pour la présentation en chinois de chacun des personnages avec la petite phrase poétique qui va bien. J’avoue avoir été cependant perdu avec les noms. Ils sont en chinois et indiqués comme tels dans les sous-titres, seulement ils sont prononcé différemment en japonais et leur surnoms (les lamentations de la nuit, la mort rampante, le rapace hurlant, l’insaisissable…) sont traduit en français. De plus, les sous titres alternes entre noms et surnoms de quoi se perdre parfois…

Shā Wú Shēng, nous te promettons d'écrire des yaoï à ta gloire !

Shā Wú Shēng, nous te promettons d’écrire des yaoï à ta gloire !

Je pourrais râler sur les personnages pour les défauts (alors que j’ai dit que je les aimais). A savoir que certains sont partis trop vite sans avoir eu beaucoup de développement (je pleure encore Shā Wú Shēng) ou de combats épiques comme promis dans le générique (je pense à toi Charming huntress). Après vient Dan Fei la prêtresse. Non pas que je n’aime pas ce personnage mais au final elle restera très en retrait. Sa motivation première était de récupérer l’épée sacrée et de venger son frère. Au final elle ne fera ni l’un, ni l’autre. Toute vengeance semble l’avoir quittée. Ajoutez à cela, qu’il nous est montré à plusieurs reprises qu’elle est parfaitement capable de se battre et de se défendre toute seule, pour finir par rester derrière. A un moment Juan lui apprend à rectifier ses enchaînements pour les adapter à sa morphologie et être sur de ne pas manquer sa cible. J’ai vraiment cru que l’on allait retrouver cet élément plus tard dans la série pendant un combat épique où Dan Fei aurait finit par terrasser Mie Tian et au final…rien… Sur ce point là j’ai été très déçu série 😦

La série nous sort également presque de nul part une romance entre Juan et Dan Fei. Certes il la draguait lourdement au départ (pas très longtemps), nous les avons vu ensemble souvent par la suite mais la fin nous les montre main dans la main, s’entrainant ensemble pendant qu’elle lui parle de son futur fils…C’est mignon mais j’aurais voulu voir cela avant !
Après la série, bien qu’avec des personnages très beaux visuellement et des hommes qui portent très bien le mascara et le gloss, n’est pas sans violence. Nous avons rapidement droit à des têtes -et autres parties du corps- découpées quand ce ne sont pas des morceaux de cages thoraciques qui vous sortent de l’abdomen, sans oublier le sang. Bien sûr, lors des combats les héros vous sortiront tout un lot de techniques spéciales prononcées à voix hautes avec effets lumineux à la clé. J’avais peur de la 3D incluse dans la série car j’ai pu voir d’autres production de PILI (la compagnie qui crée les poupées) où cette dernière était présente et piquaient les yeux. Finalement le boss de fin « le démon des fours crématoires » est plutôt pas mal, sauf ses tentacules qui a rendu le dernier combat un peu tcheap.
Je pourrais reprocher aussi le fait de rendre les personnages trop « over the top » : entre Shang qui défonce les méchants avec un vulgaire bout de bois et bat le boss une main dans le dos (sans oublier qu’il s’est farcie les 3 épreuves à lui tout seul….à se demander à quoi servait les autres), Lin qui en plus d’être plus malin que tout le monde et un dieu de l’épée, Shòu Yún Xiāo qui lance ses flèches en plein ciel mais arrive toujours à les faire retomber pile au bon endroit après avoir calculer la vitesse du vent, la distance et le nombre de pas que fera l’adversaire…sans oublier les punchlines types du genre « je vais finir ce combat en 9 coups ». Ca pourrait faire trop mais ici, cela fonctionne complètement. Après quelques deux ex machina ici et là mais qui passe là aussi.

Xing Hai version 3D et 2D, moins de rouge plus de boobs

Xing Hai version 3D et 2D, moins de rouge plus de boobs

La fin du 13ème épisode annonce une séquelle. C’est à la fois une bonne surprise et un moment d’appréhension. Appréhension  parce que les 3/4 du cast actuel sont six pieds sous terre, bien que je prendrais plaisir à revoir Juan/Dan Fei ou Xing Hai (pour savoir ce qu’elle est advenue), et que je ne sais pas ce qu’on pourrait dire d’autre maintenant que tout a été révélé et que nos héros ont battu le démon ultime.
En attendant, on peut toujours écrire des fanfiction LinxShang.

*fin de la potentielle zone spoiler, vous pouvez reprendre une activité normale*

Il existe également 2 adaptations en manga de la série. Je n’en ai lu qu’une sur les deux (toujours en cours) dessinée par Yui Sakuma (auteur de Complex age série en 6 volumes), pour l’instant elle se contente de reprendre la série sous format papier. Je ne suis pas fan du dessin, après avoir été habitué à la beauté et la finesse des personnages de la série, ceux de la série manga sont dessinés de façon assez grossière. Pourtant, le dessin de complex age était assez plaisant. Quant à la seconde adaptation, Thunderbolt Fantasy – Sword Travels from the East – A Maiden’s Magical Journey, elle semble déjà beaucoup plus belle visuellement (c’est Kairi Shimotsuki qui est en charge du dessin, elle est connue chez nous pour  Brave 10 et Docteur Mephisto) et de ce que j’ai compris elle s’attardera sur le point de vue de Dan Fei.

J’ai aimé cette série car elle sortait du carcan habituel. L’aurais-je aimé tout autant si j’avais été habitué aux productions Pili classique ? Je ne sais pas. Tout ce que je peux espérer c’est de voir d’autres productions du même genre par ici. Je veux revoir Shang et Lin. J’ai bien conscience que la série n’est pas parfaite mais elle a été un énorme coup de coeur. J’attends avec impatience de voir ce que la suite de cette collaboration entre le Japon et Taiwan peut nous offrir.

Rendez nous les cils de Mie Tian Hai !

Rendez nous les cils de Mie Tian Hai !

 

Hanayome wa motodanshi, la mariée était un garçon

Je vais essayer d’alterner entre billets longs comme le bras et ceux un peu plus courts pour laisser respirer. Mais il faut savoir que c’est difficile pour moi d’écrire quelque chose de court sur certaines œuvres.

Derrière ce titre, ce cache un manga en un seul volume qui est la version papier d’un blog.
Il existe pléthores de manga et d’animes dans lesquels nous pouvons retrouver un garçon ou une fille habillé(e)s ou se revendiquant du sexe opposé pour des raisons scénaristiques diverses et variées, parfois comiques ou sujets à quiproquos. Tout ceci nous donne l’illusion que le Japon est un pays relativement cool et permissif qui autorise toutes les fantaisies et est très LGBT friendly. Je ne vais pas vous faire un topo sur le sujet, parce que ce serait long et complexe alors que je veux aller directement au but, en parlant de Hanayome wa motodanshi. Jusqu’à présent, je n’étais pas tombée sur des mangas parlant de manière sérieuse de la question trans au japon. Il y a bien Hourou Musuko (Wandering son) ou Bokura no hentai me direz-vous mais cela reste de l’ordre de la fiction, du romancé. J’ai trouvé Hanayome wa motodanshi complètement par hasard. Le titre, le style mignon et rondouillard, le 4-koma me laissait penser -à tort- qu’il s’agissait d’une énième BD comique.

En réalité, Hanayome wa motodanshi parle de la vie de Chii et de son expérience en tant que personne trans, le chemin parcouru pour devenir femme et épouser sa moitié. Le manga est découpé en plusieurs chapitres qui retrace le parcours de Chii : sa vie amoureuse, l’annonce de sa volonté de changer de sexe à ses parents, comment elle a rencontré son mari, son opération, la demande en mariage, la rencontre avec les parents, sa vie de couple marié….le tout entrecoupé d’anecdotes et d’informations sur la situation LGBT au japon.

Ce manga est la fois intéressant et rafraichissant, il aborde les choses de manières simples, sans en faire trop, parfois avec humour. On ne tombe jamais dans le pathos, le voyeurisme, ce n’est jamais « trop ».
Le personnage du mari est aussi délicieusement croqué. C’est quelqu’un de très gentil, complétement gaga de Chii qui l’accompagne et la supporte dans ses démarches, ne presse en rien les choses mais en même temps vit un peu dans sa bulle. Sa réaction lorsque Chii lui annonce qu’elle était un garçon (et qu’elle l’est toujours techniquement) est assez géniale (j’avoue que je m’y attendais). De même que la réaction des parents est pleine de compréhension (même si le père à l’air un peu à l’ouest).
Ici, le parcours de Chii nous est montré de manière très positive, l’autrice étant accompagnée par ses amis et sa famille dans ses démarches. A part le processus administratif pour légalement changer de sexe aux yeux de la loi qui est procédurier et long, et la douleur des opérations, Chii ne rencontre pas de réelles difficultés. Peut-être que certaines ont été occultées ou qu’il n’y en a eu vraiment aucune. A part le cas de Chii qui s’est bien passé, difficile de savoir s’il en est de même pour les autres personnes trans au japon (mais d’après les exemples donnés ça ne semble pas être simple pour tout le monde).
L’autre point intéressant, c’est qu’à chaque fin de chapitre, Chii développe une problématique sur la question LGBT (plutôt orientée trans) : qu’est-ce que le drapeau arc-en-ciel ? qu’est-ce que le SRS ? qu’est-ce qu’une personne transgenre ? comment transitionne-t-on ? Mais aussi toutes les problématiques associées aux changements de sexe, comme le fait que le mariage homosexuel ne soit pas reconnu au Japon à l’heure où j’écris et que donc certaines personnes soient obligées de divorcer ou d’abandonner l’idée de changement de sexe, ainsi que les autres problèmes légaux comme le « gender dysphoria special cases act ». A ce propos, comme je l’ai évoqué au départ, Chii tient un blog dans lequel nous pouvons retrouver ces thématiques qu’elle explique en dessin de la même manière que dans le manga, ainsi que des petits moments comiques.

 

En somme, je conseille ce manga car il est intéressant et instructif si vous décidez de vous pencher sur ces problématiques. C’est aussi une histoire rapide à lire, touchante et adorable. Chii et son mari sont vraiment mignons et le tout est raconté de manière à sortir de cette lecture le cœur léger.