Bienvenue à Austenland… l’insulte ?

Quand est sorti le film Austenland, lui-même adapté d’un livre, je n’ai pas été surprise. Je me demandais combien de temps il faudrait pour que nous voyions l’ouvrage sur grand écran. Austenland n’est pas une énième adaptation d’une de des œuvres de Austen mais bien une adaptation du phénomène et de ce qu’elle (Austen) représente.

Les premières images que j’ai pu voir laisser croire à une comédie romantique légère et distrayante et  honnêtement, je ne lui en demandé pas plus. Nous avions JJ Feild, qui avait déjà incarné le parfait Mr Tilney dans un téléfilm consacré à Northanger Abbey, (et que j’apprécie beaucoup) jouait ici les Mr Darcy (ou s’approchant). Finalement, on reprend les mêmes grosses ficelles et on recommence…dans un contexte plus contemporain et qui se veut plus méta.

Cependant, une inquiétude me taraude, compte tenu du sujet. Comment allait être traité les fans de Jane Austen ?  De manière sérieuse ? Humoristique ? Semi-sérieuse ?  A quelle sauce allait être mangé les janéites, ses fans féminines de Jane Austen ? On est tout à fait en droit de se moquer d’un univers  ou encore de la manière dont cet univers est traité par les fans, du moment que cela est bien fait.

Les premiers retours que j’ai pu lire décrivaient une histoire sympathique, bonne enfant. Un bon délire, pour certaines c’était déjà un film culte. J’ai donc regardé le film et que dire….à part que c’est mauvais…très mauvais. Voir pire. Insultant.

Je ne pourrais pas parler de la fidélité au livre d’origine car à l’heure où j’écris ses lignes, je ne l’ai pas lu. A priori, si l’histoire de base est la même : une jeune femme complètement dingue de Jane Austen et de ses adaptations (et surtout de Mr Darcy) se rend dans un parc à thème consacrée à son autrice préférée (où plutôt un parc sur le thème de la régence), plusieurs petits changements sont opérés. Ici c’est l’héroïne qui se paie son voyage en cassant sa tirelire et non une grande tante qui lui offre en héritage. De même, il n’y a pas d’histoire de forfait qui fait que l’héroïne n’a pas le droit à toutes les prestations.

Quoiqu’il en soit ce qui m’a marqué c’est notre héroïne a dès le début du film 5 minutes d’exposition, pas plus. 5 minutes c’est très court, surtout pour ne montrer que des clichés et de la caricatures sans subtilités ni humour. Notre héroïne est fan de Jane Austen. En réalité je dirais qu’elle est surtout fan de la série de 95 puisque nous ne verrons rien d’autre des œuvres de Jane Austen. Qu’une personne adore cette autrice et la série de 95, aucun soucis, que notre héroïne se trimballe avec un sac I love Darcy, qu’elle est étudiée Austen en cours, qu’elle aime se repasser régulièrement la série, qu’elle ait une version grandeur nature de Colin Firth en carton chez elle, aucun problème. Mais pourquoi avoir tout un intérieur vieillot tapissé de fleurs ? Pourquoi collectionner des poupées anciennes (qui font peur) ? Quel est le rapport avec Austen ? Notre héroïne a même indiqué au-dessus de son lit « M. Darcy est passé par ici », elle a même une poupée hideuse de Darcy qu’elle qualifie de collector (j’en ai jamais vu des comme cela) à ce niveau-là, ce n’est pas être fan, c’est être dérangée. Cela soulève donc un problème majeur qui va teinter tout le film : le traitement des fans de Austen. Les 3 femmes clientes du parc à thème sont des caricatures très peu flatteuses car montrées comme des femmes en manque (d’amour ou de sexe). Notre héroïne Jane est la plus équilibrée du lot car étant capable de se tenir convenablement sans se jeter comme une bête en rut sur le premier mâle venu.

Mon premier soucis vient de Jennifer Coolidge qui nous joue toujours des rôles de quadra vulgaire et sans cervelle, croqueuse d’hommes au point d’en devenir une prédatrice sexuelle. Son personnage n’a a priori aucune idée de qui est Jane Austen et de comment se conduisaient les gens durant cette période (on se demande ce qu’elle fait là), est riche à millions (on se demande comment) et a pour seul objectif de s’amuser  (et d’assouvir ses pulsions sexuelles)

La seconde femme du trio de clientes, nous l’apprendrons sur la fin, est une américaine ayant épousée un homme riche, vieux et impotent. Aller dans ce parc à thème est un moyen pour elle de se défouler.

Quant à notre héroïne, sa seule présence dans le parc est de pouvoir enfin faire de son rêve une réalité. Sauf qu’il nous est clairement expliqué, à grand renfort de son amie dont on ne connait pas le nom, qu’assouvir son rêve lui permettra peut-être de revenir à la réalité. De là à en conclure que les fans (femmes) de Jane Austen vivent dans une  bulle loin de la vrai vie véritable, il n’y a qu’un pas. Sauf que l’univers qu’on leur présente dans ce parc à thème, fait toc de bout en bout. Tout fait bas de gamme et faux. Bien sûr, on peut se douter qu’on ne pourra jamais faire revivre l’époque telle quelle et personne ne le souhaite (il n’y a qu’à voir le passage sur les toilettes).

Je vois souvent une petite pique humoristique sur le fait que Darcy (ou Jane Austen) a rendu les attentes des femmes en matière d’hommes très hautes, voire impossible. Cependant, lorsque nous voyons les deux spécimens masculins qu’a fréquenté l’héroïne : un qui la traite de cinglée lorsqu’elle essaie de lui faire partager sa passion et l’autre à son travail qui ne lui montre que du mépris et lui claque une règle sur les fesses, nous pouvons penser qu’elle a raison de vouloir mieux.

La vision des femmes et de l’univers de Austen me pose problème. J’ai lu quelque part que le film se moquer d’un certain type de fans américaines. J’en conclue que ce sont des femmes vulgaires, pas très cultivées qui comprennent de Jane Austen que l’aspect romantique (qui n’existe pas) en voyant le film. D’ailleurs l’aspect romantique est transformé ici en aspect sexuel puisque chaque cliente se voit attitré un homme (sans qu’elle le sache) avec lequel assouvir ses fantasmes. Ceci dit, le ton est donné dès le début quand l’opérateur nous vend le voyage en montrant que le parc est peuplé exclusivement de beaux mecs bien fichus, qui aiment les balades au grand air et les bébés animaux. Déjà quelque part, il y a tromperie sur la marchandise puisque ça ne représente pas du tout un univers début XIXe. Cela sera d’autant plus marquant quant à la fin l’une des clientes fortunées achètera le lieu pour en faire un parc d’attractions rose bonbon avec des rubans et des bulles partout, sur le thème de Jane Austen qu’elle n’a toujours pas lu. Je crois qu’on ne peut pas faire pire…

Dans le cas de Jane, le rapport fantasme/réalité est tronqué. Jane n’est pas venue dans le but de se trouver un Darcy mais de vivre une aventure sous le signe de la régence. Toutefois, les dessous du parc c’est d’assigner un gentleman à chaque cliente. Evidemment se sont des acteurs qui jouent un rôle et donc séduisent ces dames de manière plus ou moins subtile. Dans ce mode, à part Nobley, tous les autres en font trop. Evidemment on vise la caricature et l’humour, sauf qu’ici c’est infiniment lourd. Ca a aussi quelque chose de dérangeant. Nous avons donc des acteurs (enfin pas tous) payés pour séduire des femmes afin qu’elle passe un séjour agréable et assouvissent leurs fantasmes. Ce qui me gêne c’est que ces dames ne savent pas qu’un homme leur a été attribué, ce qui fausse la relation qui est tout sauf naturel. Pour moi c’est donc un rapport très ambiguë et malaisant qui s’instaure. Cela est d’autant plus vrai pour Jane puisqu’elle « sort du jeu » et s’attache au palefrenier/homme à tout faire avec qui elle a des discussions sur le monde moderne.

Notre héroïne n’avait aucune idée qu’on l’avait « associé » avec le palefrenier dont le rôle était de la séduire. Le souci c’est que de un, Jane n’était pas vraiment là pour ça puisqu’elle souhaite vivre une aventure dans l’univers Jane Austen ou au moins vivre comme au temps de la régence. Elle s’attendait donc à des dîners mondains où l’on échange de bons mots et des répartis cinglantes sauf que non. Le film part dans une toute direction au lieu d’aller dans celle qui me semble être la plus intéressante et la plus intelligente. Non il préfère aller se vautrer dans le gras et le vulgaire.

Le second souci, c’est le palefrenier. Pas forcément le personnage en lui-même, on essaie tout de même de nous le présenter comme sympathique, mais ce que le film en fait. Déjà, le fait qu’on est associé le palefrenier et la jeune orpheline dans le scénario renvoie plus à de la regency romance qu’à véritablement une histoire de Austen.

L’autre point le concernant c’est son traitement, pas en tant que personnage en lui-même mais de ce qu’il dit des femmes et de l’héroïne. Au départ, nous avons juste l’impression que Bret Mckenzie est véritablement un homme à tout faire à qui on a demandé d’enfiler le costume de palefrenier pour le décorum. Sauf que finalement on se rend compte que c’est un acteur qui doit faire semblant de jouer les palefreniers. Ce qui change la donne. En effet, il n’est de ce fait pas considéré par l’héroïne (comme par le spectateur) comme faisant partie du lot de ceux jouant la comédie pour le plaisir de ces dames. Jane et le spectateur sont donc tout deux dupés. Jane ne joue pas le jeu avec lui, elle lui parle et échange avec lui comme avec une personne du XXe et Bret fait exactement la même chose. Discuter avec le palefrenier est pour Jane un moyen de s’évader de cet univers factice, d’avoir pied avec la réalité. Nous voyons donc que c’est une femme rationnelle, avec les pieds sur terre qui ne tombe pas à pied joint dans le fantasme. Elle n’est pas là pour séduire ou se laisser séduire. Bret, de son côté, nous convainc qu’il est différent des autres du groupe de par son statut d’homme à tout faire et le fait qu’il ne vit pas avec les autres acteurs dans leur bungalow. Il dit à notre héroïne qu’elle n’est pas comme les autres et qu’elle est différente de ces femmes (en manque) qui viennent habituellement dans le parc. Sur ce point, j’ai quelque peu tiqué. Le personnage exprime clairement une forme de dégoût et de réprobation pour les clientes qui viennent dans ce parc. Le film fait en sorte de ne pas lui donner tort vu leurs comportements. Et si j’ai moi-même exprimé une certaine aversion pour elles, c’est plus pour la manière dont elles sont traitées et de comment le film les traite. Finalement Bret montre le même mépris que les quelques ex de Jane que nous avons aperçu.

L’autre point que j’ai évoqué plus haut et qui me gêne, c’est que leur relation est fondée sur un mensonge. Si Bret avait joué un personnage Austenien, tel un Darcy,  et que Jane s’était laissée prendre au jeu ne sachant plus distinguer le vrai du faux, j’aurais dit « pourquoi pas ? ».

Ici c’est plus vicieux car elle tombe amoureuse du seul acteur qui joue à ne pas être l’acteur, qui fait semblant de ne pas jouer. Dans le premier cas, on aurait pu dire qu’elle se serait prise à son propre jeu, dans le second on la dupe de bout en bout puisqu’il lui promet même se la revoir après et de continuer leur relation hors cadre alors qu’il n’en a aucune intention. Ce qui me gêne c’est que Jane n’est pas volontaire dans cette mascarade, on la manipule. La fille avec un brin de jugeote devient une jeune femme romantique et naïve prête à croire le premier type qui se montre un tant soit peu sympa avec elle.

Sa relation avec Jane n’a pas vraiment de sens. La fin nous montre qu’il n’a jamais eu aucun intérêt réel pour Jane et que sa drague était sur demande de sa patronne. Dans ce cas, pourquoi nous montrer des moments où il se montre jaloux alors que personne ne le regarde ? Dans le contexte, ça n’a pas de sens.

Le pire, c’est que pendant un instant je me suis fait avoir car le début du film nous laissait penser que l’histoire aller se passer avec Nobley. Sauf que le film se tourne vers le palefrenier. Je me suis dit « ah tiens, ça change pour une fois ! ». Sauf que au final « Hey non ! ». J’ai même cru un instant que pour une fois, l’héroïne allait repartir sans personne, sans mâle ou amour sortir par magie du chapeau. Mais non. Le film va passer du temps sur la relation entre Jane et le palefrenier et pas du tout sur Jane/Nobley qui vont se retrouver finalement ensemble parce que…magie du scénario.

Et si les personnages féminins ne sont pas glorieux, autant les clientes que la gérante, une ex actrice en manque de reconnaissance qui traite Jane comme une moins que rien parce qu’elle n’a pas assez payé pour son séjour, parlons des personnages masculins.

Nous avons le mari ( ?) de la gérante, un alcoolique qui harcèle sexuellement les clientes qui reprend en quelque sorte son rôle de poivrot qu’il était dans P&P95 avec Mr Hurst.

Le capitaine de navire tout droit sortie d’une romance bas de gamme, ancien acteur de série Z (ou de porno on ne sait pas trop), pas bien malin et qui passe son temps à regarder les séries où il apparait. Il n’est donc,  malgré les apparences, absolument pas sûr de lui.

Le colonel qui en fait également des caisses pour cirer les pompes de ses dames mais essaie tout de même de rendre leur séjour agréable. Le film te crie qu’il est gay quand bien même il se fait littéralement harceler sexuellement par Jennifer Coolidge (gros moment de malaise).

Et nous avons le pauvre Nobley, sorte de Darcy du pauvre qui fait la gueule tout le temps et on le comprend quand on sait qu’il a été trainé dans ce parc pour faire plaisir à sa tante qui n’est autre que la directrice. J’ai eu mal pour ce pauvre JJ Field comment a-t-il pu finir dans un truc pareil ?

Sa relation avec Jane aurait été intéressante si elle n’avait pas été non existante. Je n’ai pas du tout sentie d’alchimie entre eux. Nobley tombe sous le charme de Jane on ne sait trop comment et je regrette que nous n’en apprenions pas d’avantage sur lui. Nous savons juste qu’il n’est pas acteur mais prof d’histoire, qu’il est le neveu de celle qui dirige le parc et qu’il sort d’une rupture amoureuse difficile. Point. Jusqu’à la quasi fin, Nobley joue Nobley parce qu’au final, contrairement aux autres il n’a jamais caché son identité, il s’appelle vraiment Nobley.

Ce qui me chagrine c’est que le triangle amoureux est mal géré, entre Jane, Nobley et Bret. Entre l’héroïne, celui dont on ne sait pas s’il fait semblant d’être amoureux (le mec normal qui joue à l’acteur) et celui dont on pense qu’il est vraiment amoureux (l’acteur qui joue le mec normal).

Le seul passage que j’ai véritablement apprécié et dont l’humour a fonctionné sur moi, c’est le moment à l’aéroport en fin de film. Je l’apprécie parce qu’il contient la seule blague méta du film où Bret révèle qu’il n’est pas anglais mais néo-zélandais et où JJ Field lui rappelle qu’il a joué dans le seigneur des anneaux (hello Figwit).

Un des rares bons passages du film

Pour conclure sur ce film dont j’ai, à mon sens, plus discouru qu’il ne le mérite, je n’ai pas trouvé que c’était un bon film. Je n’ai même pas trouvé que c’était un film distrayant dans le genre pas prise de tête. J’ai trouvé ce film, mal géré, mal écrit, pas drôle, lourd, vulgaire et pas subtil. Il y a cependant quelques bons mots ou scènes qui arrivent à se démarquer mais malheureusement ça ne sauve pas le reste.

Je trouve ce film problématique car je ne sais pas ce qu’il essaie de dire. Ce film ne parle clairement pas de Austen, ni de son univers mais est une caricature de caricature. Je ne sais pas ce qu’il essaie de dire au sujet des femmes qui sont dans ce film. Est-ce que c’est réveiller vous les filles le prince charmant n’existe pas ? Est-ce que c’est une manière condescendante de dire aux jeunes femmes célibataires qu’il faut qu’elles arrêtent de fantasmer et doivent revenir à la réalité dans laquelle on les traite comme de la merde ?

Ce film c’est du potentiel gâché sur la manière de traiter un univers et un phénomène avec des bons acteurs et que j’apprécie qui ici se retrouve dans un navet.

Très certainement que mon discours sur Austenland, ne va pas encourager les gens à aller le voir. Cependant, je pars du principe que vous faites ce que vous voulez de mon avis qu’il vous plaise ou non. Allez voir le film si vous le souhaitez et je serez ravie d’en discuter avec vous par la suite.

Sanditon, la plus mauvaise adaptation ?

En 2019 ITV décide d’adapter le roman inachevé de Jane Austen: Sanditon. Branle bas de combat chez les adeptes de period dramas et les fans de l’autrice. Depuis des décennies, les principaux romans de l’écrivaine anglaise sont mises en scène sous toutes les formes : films, séries, pièce de théâtre, j’en passe et des meilleurs. Cependant certains romans, notamment ceux inachevés ou trop courts n’ont jamais eu cet honneur. Et voilà qu’en 2016 un film reprenant le roman épistolaire Lady Susan qui arrive sous le nom de Love and Friendship, et en 2019 une série sur Sandition.
De plus, pour cette dernière, c’est Andrew Davies qui est aux commandes. Lui a qui nous devions la série culte d’Orgueil et préjugés de 1995 et qui est responsable d’une flopée d’autres adaptations de Jane Austen (Northanger Abbey, Raison et sentiments) et d’œuvres littéraires : La petite Dorrit, Guerre et paix, Avec vue sur l’Arno, Les misérables...Une série sur une oeuvre injustement boudée avec un spécialiste du genre dont le travail d’adaptation n’est plus à prouver, tout ne pouvait aller que pour le mieux, n’est-ce pas ?
Et bien oui….et non. Après avoir écumé, le web, il faut bien constater que Sanditon ne fait pas l’unanimité mais bénéficie tout de même d’une certaine aura.

Mais venons-en à l’essentiel, Sanditon la série est-elle une bonne adaptation du roman d’origine ? Non. Clairement non.
Mais comment puis-je juger ces qualités intrinsèques alors que je n’ai même pas lu le roman ? Je n’ai effectivement pas lu le roman car comme je l’expliquais, il y a fort longtemps, je prend mon temps. Toutefois, j’ai lu Jane Austen, j’ai étudié son style, je connais ses personnages et ses dérivés, je connais maintenant assez bien les period dramas anglais et ce qui touche de près ou de loin à la régence, je peux donc dire ce qui a mon sens fonctionne et ne fonctionne pas.
Cependant dire que c’est une mauvaise adaptation ne veut pas dire que c’est une mauvaise série, loin de là. Sanditon est une série correcte. Elle n’est pas parfaite, possède de nombreux défauts qui sont contrebalancés par une aura de sympathie et de bons acteurs. Cette aura elle l’a doit sans doute à sa diffusion le dimanche soir et au fait d’être devenue un plaisir coupable partagé par de nombreux internautes sur les réseaux sociaux. Toutefois, malgré l’engouement qu’elle a l’air de suscité, la série ne sera pas renouveler pour une seconde saison alors que ses auteurs en avaient prévu plusieurs. Prévoir plusieurs saisons pour une oeuvre qui, rappelons-le, ne fait que 11 chapitres et n’a jamais été terminée (même si plusieurs fois complétée par d’autres) est audacieux. Pour ma part, cela montre clairement une volonté de s’éloigné du matériau d’origine. Nous allons donc plus vers l’adaptation libre, voir d’inspiration régence que d’une véritable adaptation littérale.
Quoiqu’il en soit, Sanditon n’a pas su fédéré autant que ITV l’aurait souhaité, de ce fait elle n’a pas été reconduite et a laissé beaucoup de spectateurs sur le carreau. La fin n’étant pas vraiment une fin mais un cliffhanger, elle a brisé le coeur de nombreuses personnes. Cependant, les réalisateurs ne désespèrent pas de donner une suite à leur histoire et ce tourne désormais vers PBS (le réseau américain) comme potentiel nouveau partenaire. De leur côté les fans ont lancé une pétition et une vague de protestation sur les RS pour avoir le retour de leur série, au moins pour qu’elle ne finisse pas, comme le roman de Jane Austen, inachevée.

En 11 chapitres, Austen n’avait fait que poser les bases de son intrigue. Plusieurs personnages n’arrivaient malheureusement qu’à la fin et n’avait que quelques lignes pour brosser leurs caractères. De ce fait, cela laisse tout loisir à l’interprétation que cela soit des personnages, du décor ou de ce que Austen avait en tête.

De quoi parle Sanditon ?

Pour faire court, Sanditon est le nom d’une ville en bord de mer dans laquelle se rend la jeune Charlotte Heywood. Cette dernière après avoir porté secours à un couple (les Parker) après leur accident de voiture, se voit inviter par ses débiteurs à passer l’été dans la station balnéaire que Mr Parker essaie de faire prospérer. Là bas, Charlotte fera la rencontre de nouvelles personnes : la riche veuve Lady Denham, principal investisseur du projet de Tom Parker, les neveux de celles-ci Sir Edward Denham et sa soeur Esther, son autre nièce Clara Brereton, la jeune héritière Miss Lambe, le jeune Stringer travaillant comme ouvrier sur le chantier de Tom et enfin la famille de Tom Parker, notamment le frère de celui-ci, le jeune et ténébreux Sydney Parker.

Regency romance vs réalité

Nous pouvons pardonner à la série son aspect carton pâte. Les premières vues de la ville font très bon marché, de même que certains costumes et décors. Les décors d’intérieurs sont toujours les mêmes, à croire que les grands châteaux n’ont qu’une seule pièce. Et même ces intérieurs font vides et clinquant. Cependant, la série arrive à nous gratifier de beaux paysages et de belles scènes extérieures. Oui nous sommes bien sur les bordures de falaises, ballottés par le vent et les embruns.


Toutefois, il a des éléments dans la série qui sont plus présent et plus discutables, notamment le traitement de l’aspect romantique. Il s’agit sans doute d’un des reproches que j’ai le plus vu parmi les critiques françaises. Sanditon ne serait pas inspiré de Jane Austen mais bien plus des regency romance. Vous voyez le héro ténébreux avec un passé douloureux, sans doute causé par une femme, qui s’adonne à la boisson et au plaisir du jeu ? Vous voyez la jeune ingénue débarquée de sa campagne avec une certaine vision de la vie et de l’amour ? Vous voyez toute cette tension amoureuse et sexuelle qui n’ira jamais plus loin qu’un baiser et dont on ne saura rien une fois la porte close ? Vous avez là les ingrédients principaux d’une romance régence. Pourquoi régence ? Parce que cela se déroule durant cette période, par contre cela a été écrit par des autrices plus contemporaines pour un public principalement féminin. Celles et ceux qui ont déjà lu du Georgette Heyer ou sa copie Barbara Cartland doivent voir de quoi je parle.
C’est en partie pour cela que certains ont criés au scandale : le non respect de tout un tas de règles de bienséances et d’étiquettes qui ne sont pas respectées. Sydney Parker se balade toujours avec une barbe de 3 jours, Charlotte est toujours échevelée en balade et sans chaperon, les personnages se connaissent à peine mais parlent plus ou moins ouvertement de sexe ou de leurs problèmes amoureux.

Cette couverture manque d’épaule dénudée et de torse musclé.


J’ai même eu l’impression de voir une Mary Sue avec Charlotte. Charlotte sait chasser, ramer, jouer au cricket, n’a pas peur de déchirer sa robe et de jouer les infirmières, est une parfaite secrétaire, s’y connait en architecture, peut aller à Londres toute seule et n’est pas plus choquer que cela de rentrer dans une maison close. Oui Charlotte sait quasiment tout faire. Cependant, cela est contrebalancé par quelques défauts, que je qualifierais d’artificiels par leurs côtés forcés.
Rappelons que Charlotte a toujours vécu à la campagne avec sa famille (pour se qu’on en sait) et qu’elle découvre la mer et sa faune. Notre héroïne pose donc des yeux nouveaux sur tout un tas de choses, un regard émerveillé, bienveillant, parfois naïf. Toutefois, l’histoire et le contexte nous montre que Charlotte et une jeune femme indépendante, équilibrée et tout à fait capable de penser et de faire les choses par elle même. Pourtant à plusieurs reprises elle sera accusée de jugement hâtif, de préjugés, de naïveté. Il suffit de prendre la scène du bal à la fin du premier épisode. Charlotte s’accorde une pause et regarde l’ensemble du bal du haut d’un balcon à côté de Sydney Parker, s’engage alors une discussion entre eux. Celle-ci admet aimer observer les gens et dessiner leur caractère à partir de ce qu’elle voit (des interactions qu’elle a eu avec ces personnes ainsi que de ce qu’on lui a dit). Sydney lui demande alors son avis sur sa famille, notre héroïne lui donne avec un certain enthousiasme, sans arrière pensée, sans médisance. Elle donne une définition qui sonne à mes oreilles plutôt juste, pour se faire rabrouer de manière la plus désagréable qui soit et de façon qui est, selon moi, totalement gratuite. Si Sydney ne voulait pas de son avis pourquoi l’avoir sollicité ? Et c’est quelque chose que nous retrouvons par la suite à plusieurs reprises. Charlotte devra plusieurs fois s’excuser de ses préjugés, notamment à l’égard de Sydney qui se montre dans la première moitié de la série assez odieux avec elle. Cela m’a donné une impression d’artificialité dans leur relation dans le sens où les deux doivent forcément se détester avant de tomber dans les bras l’un de l’autre. Chacun accuse l’autre de quelque chose : Sydney accuse Charlotte d’être une pauvre fille de la campagne qui ne connait rien du monde et elle l’accuse en retour d’être une personne sans coeur, raciste, en plus d’être esclavagiste. Du côté de Sydney, je trouve que ses accusations sont de mauvaise foi car il a pu voir à plusieurs reprises que Charlotte était plus que cela. Dans le cas de cette dernière, compte tenu du contexte de l’époque, de ce que lui disent ses amis et du comportement de Sydney, elle est en droit de croire à ce qu’elle dit. Personnellement, j’aurais tendance à me ranger de son côté que du sien à lui. Sydney va donc devenir un personnage que le spectateur, et surtout la spectatrice, va adorer détester tout en nous le rendant sexy. Car s’il fait mal, c’est parce qu’il a de bonnes raisons.

Que serait une adaptation de Austen sans ses scènes de bal ?


Ces interactions démontrent une mécanique qui est loin de la critique minutieuse et des petites piques ironiques de Austen. Les sentiments sont plus exacerbés, on parle avec moins de retenue, les grosses ficelles sont montrées. Non nous sommes effectivement loin de Austen, mais plus près de tempéraments mille fois esquissés mais dont la recette fonctionne toujours. Il a été remarqué à plusieurs reprises que leur relation faisait écho à celle de Darcy et d’Elizabeth. Encore une fois, je dirais que dans cette optique de « on se déteste d’abord avant de s’apprécier ». La relation dans P&P reste surtout verbal, Darcy ne crache pas sa rage à la face d’Elizabeth à la moindre occasion et même lorsqu’ils se disputent cela reste polie et contenue. Non, chez Sydney, c’est de la rage bouillonnante prête à exploser au moindre instant. Charlotte le fait sortir de ses gongs, au point qu’on a l’impression qu’il est à la limite d’en venir aux mains. Dans la réalité, personne ne dirait que c’est une relation saine. Oui Sydney est très dévoué à ses amis et sa famille, oui il deviendra un homme meilleur, plus calme, en se confrontant à Charlotte. Cependant, il n’en demeure pas moins que nous pouvons nous demander si la méthode est bonne. Ce n’est pas parce que la série nous le montre en tenue d’Adam qu’il est soudainement plus sympathique. Peut-on encore écrire un personnage comme cela en 2019 ? Sydney fonctionnerait sur moi si j’étais encore ado mais ce n’est plus le cas.

Sanditon est donc un lieu, où sous se calme apparent, règne complot, manipulation, enlèvement, amour contrarié…dans lequel des personnages de Austen semblent s’être perdus notamment le couple d’hypocondriaques formé par le frère et la soeur Parker.

Sea, sex and sun

Apparemment, les coins d’eau en Angleterre, comme Bath ou Brighton, sont des lieux où relâcher la tension, faire de nouvelles rencontres (pas forcément bonnes), se trouver un époux ou une épouse et où la mixité sociale serait plus forte. En somme, là bas, tout peut arriver. C’est amusant de penser que c’est encore le cas aujourd’hui d’une certaine façon (surtout Brighton, Bath est plus familiale). Sanditon est donc une ville en pleine expansion, où du moins elle essaie, autour de laquelle gravite plusieurs personnages et intrigues. Ce qui fait que Andrew Davies nous a rajouté plusieurs scènes à caractère sexuel. Scandale chez les fans purs et durs de Jane Austen pour qui ont dénature l’oeuvre d’une grande autrice. Entre ceux qui ont lâchés au bout de quelque épisodes, trop dégoûtés pour continuer, et ceux qui ont eu l’impression d’avoir perdu 8h de leur vie qui ne reviendront jamais. Il y a évidemment d’autres éléments qui ont joué sur ce désamour qui ne sont pas liés aux scènes sexuelles mais j’y reviendrais.

Non, rien de rien…les fesses de Sydney ne me font rien.


Entre une masturbation en pleine forêt (j’avoue que la première fois le « handjob » m’avait échappé), un couple qui s’adonnent au plaisir de la chair à même le sol marbré, le héros ténébreux de la série qui surgit de l’eau en tenu d’Adam, les relations sulfureuses entre des frères et sœurs (non liés par le sang)…Pour certains c’étaient « too much », en inadéquation avec l’esprit de Austen, ou encore vulgaire…pour d’autres c’était un souffle bienvenue. Cette présence de sexe tant décriée est du à plusieurs choses. Déjà Davies serait connu pour rendre plus sexy certaines adaptations littéraires. On se souviendra longtemps de la chemise mouillée de Mr. Darcy qui a tant fait chavirer les coeurs au point d’être devenue culte et d’être repris dans Bridget Jones et Lost in Austen. Par la suite, Davies a rajouté une relation incestueuse dans son adaptation de Guerre et Paix, non présente dans le roman. Le hic c’est que ça sent le recyclage dans Sanditon : un beau brun ténébreux qui sort de l’eau ? Check. Un relation scandaleuse entre membre d’une même famille ? Check. Sauf que dans le cas de la fameuse chemise mouillée de 95, si on met de côté l’aspect fan service de la chose, cela permettait également d’avoir un des rares moments où l’on pouvait rentrer dans l’intimité de Darcy. Nous le retrouvons sans sa carapace, mis à nu pour ainsi dire, et en proie à ses désirs, tentant d’oublier Elizabeth. Ici Sydney Parker est nu parce que…euh..il voulait prendre l’air. Mais là où nous avions un Darcy déconfit et mal à l’aise quand il tombe nez à nez avec justement la personne qu’il voulait éviter, Parker affiche pleinement sa nudité sans gêne et semble même s’en amuser. J’imagine que c’est pour marquer le côté mauvais garçon.
Davies aurait souhaiter montrer que derrière cette façade guindée se cache la luxure et le vice. Certes, personne n’est dupe que cela existait, cependant c’est tellement mal amené, tellement peu subtil. Actuellement il semblerait qu’il y ait un vent de changement dans les period dramas : l’ajout de personnages plus diversifiés et surtout le fait que cela commence à se décoincer. Des critiques ont pointé les nouvelles approches de ce qui touche à la chair dans un monde post #metoo. Tout n’y es pas forcément érotique et glamour. Et des séries arrivent à parler intelligemment de la chose.
Parler de sexe et de sexualité n’a jamais été un soucis pour moi, mais tout dépend de comment on le fait. Je pense que beaucoup de personnes en ont assez de voir des femmes nues pour le plaisir de mettre des femmes nues sans que cela n’apportent rien à l’intrigue, à l’univers, aux personnages. Toutefois, j’ai appris avec le temps qu’il n’y a rien de plus sexy qu’une cravate savamment décravatée et qu’une simple caresse du bout des doigts pouvait exprimer bien plus que des gens s’envoyant en l’air en gros plan. C’est un fait connu que suggérer plutôt que montrer s’avère souvent plus efficace à faire travailler l’imagination du spectateur.

Une bonne louche de modernité

On ne demande jamais vraiment à une adaptation d’être 100% littérale. Soyons honnête cela serait très ennuyeux. Il est plus intéressant d’apporter un autre éclairage sur le texte ou encore sur la période. C’est ce que fait Sanditon au départ avant de laisser quelque peut l’aspect social.
En effet, Miss Lambe était le premier personnage métissé apparu dans une oeuvre de Austen, malheureusement nous ne serons jamais ce que l’autrice avait prévu de faire de ce personnage. Cependant, avec Mansfield Park, cela a permis d’extrapoler sur la position de Austen concernant l’esclavage. De ce fait, la série prend le partie de rendre Miss Lambe noire, fille qu’un gentleman ami de Sydney a eu avec une esclave. Le soupirant de Miss Lambe est lui-même un esclave affranchi tentant de faire fortune et militant pour la libération de ses frères africains. Car, comme il nous le sera expliquer dans la série, ce n’est pas parce que la traite des noirs est désormais interdite que l’esclavage et le racisme ont disparu. Charlotte apprendra donc d’où vient, en partie, la fortune de tous ces riches messieurs et sur quelles vies sacrifiées reposent le sucre qu’elle met dans son thé et le coton qui sert à fabriquer ses robes.

Miss Lambe, véritable touche de modernité ?


En plus de poser les bases d’un contexte historique et social spécifique, Sanditon s’aventure sur les activités de plein air de l’époque. Outre les éternelles balades de bord de mer, nous voyons des piques-niques, des concours de châteaux de sable, des courses de bateaux, des matchs de cricket et des baignades. La série essaie donc d’apporter un fond « réaliste », de donner une consistance à son univers, là où Austen restait souvent vague.
Il en va de même en ce qui concerne la ville et son expansion qui est, en quelque sorte, le fil conducteur de la série. Sanditon doit devenir une ville balnéaire à la mode. Comment faire pour attirer les gens ? Il faut faire venir des touristes fortunés, construire des résidences, organiser des fêtes, des activités, il faut faire en sorte que jamais les gens ne s’ennuient. Sydney Parker le londonien, avec ses contacts et donc celui chargé de ramener tout ce beau monde, même si au final il ramène toujours les deux mêmes clampins. On nous montre, de manière que je qualifierais d’un peu simpliste parfois, tout ce qui peut être mis en oeuvre en terme de communication à l’époque.
Sanditon met aussi en scène les changements sociaux qui s’opèrent dans l’Angleterre du XIXe. Nous voyons des ouvriers dont certains essaient de s’extraire de leur condition par la force de leur poignée et leur talent. Des travailleurs prêt à se mettre en grève pour de meilleur condition de travail, fatigués de promesses de gentlemen qui ne valent plus rien à leurs yeux. Des gentlemen d’ailleurs montrés la plupart du temps comme oisifs. Sanditon c’est la mention de cette Angleterre industrielle montante que nous retrouverons dans des oeuvres comme Nord et Sud. C’est aussi l’occasion de voir apparaître de nouvelles inventions (même furtivement) comme la douche et les avancées de la médecine.

Néanmoins, richesse et classe sociale restent encore très présente et se jouent sur des éléments qui peuvent nous paraître insolite aujourd’hui. En effet, un épisode se pose sur une réception en l’honneur de Miss Lambe et sur l’achat d’un ananas. Cela peut sembler ridicule de mettre en avant ce fruit, certes maturé en serres, mais livré dans un coffret comme s’il s’agissait de diamants. Il trône fièrement au milieu de la table et sa découpe sera le clou final du dîner.

L’ananas de la discorde.

J’ai évoqué la présence de débauche et de sexe qui avait tellement rebuté nombre de spectateurs. Si effectivement la subtilité n’est pas de mise, elle a toutefois le mérite de montrer de manière très frontale l’amour comme « capital ». Généralement les gens confondent les oeuvres de Austen avec de la romance et mettent de côté tout ce microcosme passé au crible de la critique ironique. Cet aspect bluette, nous le devons beaucoup aux adaptations qui nous montrent des baisers, des mariages, des tensions sexuelles et romantiques aux travers d’échanges et de danses. Sanditon n’échappe évidemment pas à la règle mais met également sur le tapis la position des femmes dans la société. Que cela soit Charlotte, Georgiana Lambe, Esther Denham, ou encore Clara Brereton, toute montre un aspect de ce qui attend les femmes sous la régence.
Charlotte n’est pas riche, elle n’est pas à Sanditon en quête d’un mari, même si c’est ce que certaines femmes espèrent pour elle. Non Charlotte, si elle trouve quelqu’un se sera pour aimer dans un respect et une compréhension mutuelle.
Georgiana Lambe est l’héritière d’une grande fortune, ce qui fait d’elle une proie pour les chasseurs de dotes et autres prédateurs en tout genre. De ce fait, ses relations sont étroitement surveillées par son tuteur. Elle doit se marier avec quelqu’un qui égale son rang. Elle est par conséquent, comme le montrera son kidnapping, une femme qui se troque et se monnaye. L’important n’est pas qui elle est, mais ce qu’elle représente puisque sa fortuite passera directement sous la coup de son mari.
Esther Denham fait partie de la caste des gens de la haute désargentés qui n’ont rien d’autres que leur prestige à troquer. Cela est représenté par son château qui part à vau-l’eau. Elle, tout comme son frère, sont priés de se marier pour renflouer les caisses. Esther est donc une personne présentée comme froide et calculatrice, uniquement motivée par l’appât de l’argent. Bien qu’elle ne soit pas pressée de se marier, elle n’est pas aveugle aux effets qu’elle fait sur les hommes (un en particulier).
Clara Brereton est la parente pauvre et sans rang, obliger de jouer les dames de compagnie en espérant gagner les faveurs d’une vieille tante. Elle aussi est priée de se marier (mais moins prestement). Son comportement est moins motivé par l’argent que par un besoin de survie, quel qu’en soit les moyens.
Les deux premières cherchent l’amour mais pour l’une c’est sa pauvreté qui fait obstacle, pour l’autre c’est son argent. Les secondes cherchent l’argent mais pour l’une c’est l’amour qui fera obstacle, pour l’autre le sexe.
On regrettera cependant, qu’il y ait si peu d’amitié féminine saine au sein de la série. Certaines auraient pu être développées comme Charlotte/Esther/Clara, quand d’autres sont à peine esquissées (Charlotte/Mary), voir sorte de nulle part compte tenu du contexte (Charlotte/Lady Susan). Il n’y a qu’à voir les femmes entre elles. Lady Denham, aussi franche qu’elle soit, est un tyran.

Jane Austen montrait dans nombre de ses œuvres que le mariage et « l’amour » étaient mu par des échanges financiers. A moins d’être riche et bien lotie, le mariage était votre seul salut. Et même si vous étiez riche, un mariage ferait directement passer votre argent sous la responsabilité de votre mari. Chez Austen point de passion dévorante, de sentiments à fleur de peau, nous ne sommes pas chez les Brontë. Les héroïnes austenienne recherchent des partenaires, des personnes qui les respectent et qu’elles respecteront.
Le personnage de Clara est le plus ambiguë de part son traitement. Dans le roman c’est une belle et douce jeune femme. Dans la série, ces traits ne sont qu’apparent puisqu’il nous est rapidement révélé qu’elle est loin d’être une jeune oie blanche. Avec elle, la série évoque le traitement des femmes avec un regard post #metoo. Clara a été victime d’abus sexuelle et même d’inceste. Cependant, elle est loin d’être une victime larmoyante, repliée sur elle même à cause du traumatisme. Cette expérience l’a transformé en une personne différente. Clara n’aime pas les hommes, elle ne sait que trop bien ce dont ils sont capables. Elle a également bien vite compris qu’elle pouvait se servir de son corps et du sexe comme d’une arme pour obtenir ce qu’elle souhaite. Là où Esther malgré sa méchanceté, reste digne, Clara, elle, n’hésite pas à se salir les mains. Elle est déjà souillée alors quitte à l’être un peu plus. Comme dira la personnage à plusieurs reprises dans la série « Je n’ai rien à perdre ». Esther reste par son traitement une méchante plus classique. Elle ne sort sa langue de vipère que de manière calculée et réplique quand on s’attaque à elle. Esther ne minaude pas et son caractère reste entier. Clara, se son côté, attaque partout et tout le temps, même quand elle semble motivée par de bonnes intentions. Bizarrement je n’ai pas eu de sympathie pour se personnage que j’ai trouvé détestable. Sans doute parce que Clara continue de s’enfoncer, malgré qu’elle soit consciente de ses actes, trop motivée par la rancœur, alors que Esther a toujours été honnête quitte à paraître froide. Esther finira par jeter les armes fatiguée de jouer le jeu d’autres et de l’environnement dans lequel elle évolue gangrené par l’argent. Elle est, au final, également une victime, pas au sens sexuel et physique mais au sens psychologique. Victime d’un homme qu’elle aime dont elle verra finalement qu’il est plus touché par le cancer de l’argent qu’elle. Esther aura droit à la rédemption et à la récompense en s’amendant, en s’affranchissant des relations toxiques qu’elle entretient.

Jeune Stringer, tu étais trop bien pour cette série.

Les hommes n’ont pas contre pas vraiment le beau rôle dans la série. Il suffit de voir les frères Parker : l’aîné est un mauvais gestionnaire qui fuit ses responsabilités de patron et de père de famille, le second est froid, bourru et prompt à critiquer, le dernier est un hypocondriaque grassouillet (tendance bipolaire selon moi). Les amis de Sydney Parker ne pensent qu’à la boisson et au plaisir immédiat, même si l’un d’entre eux s’adoucira. Edward Denham, le frère d’Esther est calculateur et égoïste. Le seul qui s’en sort c’est le jeune Stringer. Personnage absent du roman (enfin présent sous une autre forme), c’est un ouvrier de Sanditon honnête, droit, travailleur, loyal envers ses amis, ses hommes et sa famille. Il aime son père qu’il respecte et tombe sous le charme de Charlotte. Il a de l’ambition mais ici cela est montré que c’est pour quelque chose qu’il a à coeur, pour lequel il travaille dur et qu’il ne magouille pas pour avoir. Les échanges entre Stringer et Charlotte font plaisir à voir car ils sont honnêtes, sans faux semblant et se font sur un pied d’égalité. Ils apprécient leur compagnie mutuelle (l’un plus que l’autre). Il est dommage que la série pousse Charlotte et le spectateur vers Sydney qui se montre, durant une grande partie des épisodes, détestable. Stringer est attiré par Charlotte mais ce sont leurs échanges (hélas pas assez nombreux) qui renforcent son affection. Il a conscience qu’elle est sans doute trop bien pour lui, dans le sens de « en dehors de sa classe sociale », mais il ne tombe pas dans le trope du « nice guy ». Lorsqu’il se rend compte que Charlotte en aime un autre, il préfère taire ses sentiments et lui souhaiter bonne chance.

Pour conclure

Sanditon part donc d’un matériau de base existant pour finalement s’en défaire, en ajoutant de la modernité mais hélas peu de subtilité. L’oeuvre devient donc un soap opera plaisant mais des plus banals, peu de temps et de subtilités sont accordés aux dialogues et on laisse fondre le spectateur dans le mélo.

Je peux donc comprendre la frustration des spectateurs qui après 8 épisodes de presque 1h se sentent flouées avec une série qui à l’audace de ne pas se terminer. Une série avec quelques bons passages qui, hélas, ne sauvent pas les facilités scénaristiques et la pauvreté de certains dialogues. Rien n’est à reprocher aux acteurs eux-mêmes qui sont tous très bons, les reproches sont plus à faire en coulisses. Beaucoup en veulent à Andrew Davies de finir la série de telle façon. Je comprends les gens tellement mécontent de la fin qu’ils ne souhaitent pas de seconde saison. A vrai dire si un jour une autre saison il y avait, que resterait-il à dire ? Outre la relation Sydney/Charlotte/Stringer ? Pour quels motifs Charlotte reviendrait-elle à Sandition maintenant que l’été est terminé ?

Au final, ce qui est bien avec Sanditon, c’est que l’on ait aimé ou pas la série, il y a quelque chose à en dire.

Orgueil, préjugés…et zombies.

Oui vous avez bien lu. Zombies. Nous allons parler de Jane Austen une autrice anglaise début XIXe et de mort-vivant. Ne vous inquiétez pas, tout ceci est parfaitement logique cependant une petite explication s’impose.
Dans les années 90′ a débuté la darcymania (merci PP95) et surtout un regain d’intérêt pour Jane Austen qui entraîna dans les années 2000 plusieurs adaptations de ses oeuvres. Des adaptations plus ou moins libres on en connaissait. Certaines se situées dans des univers plus contemporain (Clueless), voire dans une autre culture (Bride and prejudice). Cependant, cela ne s’arrêtait pas à l’audiovisuel et les dérivés écrits anglais jusque là inédit on finit par arriver, notamment par le biais de Milady. Les anglais avaient donc un peu d’avance sur nous. Amourachés de l’oeuvre de Jane Austen et peut être lassé de lire ses oeuvres en boucles certaines (parce que se sont majoritairement des femmes) se sont lancées dans leurs versions des oeuvres de l’autrice avec plus ou moins de succès. Nous avons eu donc droit aux histoires racontées du point de vue des personnages masculins principaux (Le journal de…), aux histoires des potentiels descendants, aux récits de personnages secondaires, au livre dont vous êtes le héros, aux intrigues policières et évidemment au fantastique avec des vampires, des zombies et des monstres marins.

Nous avons donc vu débarqué en France Orgueil, préjugés et zombies. D’abord en roman, puis en roman graphique et en 2016 est arrivé le film. Toutefois, les versions zombies et monstres des mers restent inédites chez nous.
Le roman avec zombies a, semble-t-il, eu un certain succès un partout dans le monde même s’il recueille parfois des réactions très mitigées. Le film par contre a été un échec au box office. Je n’ai pas souvenir de l’avoir vu sur les écrans français (même s’il semble y avoir fait un séjour éclair).

Pour développer un peu plus mon avis sur cette version zombies, il faut remonter dans le temps pour arriver à la rencontre avec le phénomène. Au moment de la sortie en français, j’étais déjà au courant de ces adaptations très libre donc elles n’ont pas été une surprise en soi. J’étais par contre plus étonné par le fait de les voir publiées en français. C’est un pari risqué. Les personnes qui apprécient l’oeuvre de Jane Austen, et les auteurs anglais en général, sont très à cheval sur ce que l’on fait avec le matériau d’origine et il y a parfois des limites à ne pas dépasser. Certains avaient déjà du mal avec la version de P&P2005 alors imaginez avec des zombies…Pour ma part, je n’étais pas très emballé mais comme j’étais dans une période faste et que tout ce qui a trait de près ou de loin à une de mes oeuvres préférées m’attiraient autant essayer. J’ai donc acheté le roman de Seth Grahame-Smith peu après sa sortie chez Flammarion en 2009. Pour marquer le coup, une réédition de Orgueil et préjugés avait été publiée même format, même couverture mais les zombies en moins. A l’époque, j’avais entamé le livre version zombies pour finalement m’arrêter quelques pages plus loin et sans jamais avoir trouvé le courage de le reprendre par la suite. En toute honnêteté, c’est l’un des rares livres que j’ai arrêté en court de route et dont j’ai regretté l’achat au point d’avoir envie de le balancer à la poubelle et d’y mettre le feu. J’ai vraiment eu beaucoup de mal rien qu’avec le début de ce livre. C’est comme si quelqu’un avait fait un copié/collé du texte original en en enlevant toute la substantifique moelle. J’avais trouvé cela fade et plat. Certains passages étaient de mauvais goût, non pas gore, à cause du ton employé, parfois trop contemporain, qui dénotait avec le reste de l’oeuvre. En somme le livre était un mauvais collage. C’est cette impression que j’ai eu à ce moment là en lisant le livre et cela s’est imprimé dans ma tête au point de me dégoûter de cette adaptation.

Avec le recul, je pense que je n’étais pas prête. Il y a des œuvres qu’il ne faut pas se forcer à lire. Dans mon cas, c’est l’envie, parfois soudaine, de me plonger dans une oeuvre alors enfouie dans ma bibliothèque qui m’indique que c’est le bon moment. Quelques années plus tard alors que je flânais dans une rue de Paris, je tombais sur un marchand de livres d’occasions. Evidemment, je ne résiste pas à la tentation et entre dans son antre. Au fond de la boutique, dans une caisse je tombe sur Sense et sensibility et sea monsters. Après quelques hésitations, je finis par repartir avec. Cela marque pour moi le début d’une ouverture, d’un pas en direction vers se détournement fantastique. Je ne le lis pas mais le fait de l’avoir dans ma bibliothèque commence à apparaître comme une forme de fierté, déjà parce que j’apprécie la couverture. Fierté parce que c’est un livre en VO (ça fait toujours bien) et aussi parce que j’arrive à accepter cette dérision de l’oeuvre et de moi-même qui possède ça et ne s’en cache pas.

Quelques années plus tard encore, alors que j’avais une envie de compléter ma collection d’oeuvres en lien avec Austen, je tombais sur le film Orgueil, préjugés et zombies en DVD dans l’hexagone est décidé de l’acheter. C’est lorsque j’en parlais avec un ami, et que celui-ci intrigué avait exprimé le souhait de le visionner, que je décidais de déballer le DVD pour ne finalement le regarder quasiment un an plus tard. Et encore, il faut mettre en place d’autres paramètres. Notamment le confinement. A l’heure où tout le monde reste chez lui, comme beaucoup je me suis dit que j’allais enfin mettre de l’ordre dans mes affaires, lire et visionner tout ce qui s’entasse sur mes étagères et qui attendent depuis des années que je daigne y jeter un oeil. De plus, en ces temps d’isolement et de médias qui diffusent en boucles les mauvaises nouvelles et le nombre de morts, lire du Jane Austen (ou ses dérivés) est apparu comme une évidence. Une émission de France culture sur l’autrice et sa vie évoquait Churchill alité qui relisait du Austen en temps de guerre. C’est un des pouvoirs de Austen, nous faire revivre dans un monde aujourd’hui disparu. Sans être réac’ du « c’était mieux avant », le fait de se replonger dans ce microcosme de la campagne anglaise fait du bien. J’ai donc entamé quelques adaptations littéraires avant de visionner la version 2020 d‘Emma (j’en parlerai sans doute) qui m’a fait ressentir que j’étais prête à regarder le film de Orgueil et préjugés et zombies.

Bref, après cette longue introduction passons enfin au film. Globalement qu’est-ce que j’en retiens ? Pas grand chose. Soyons honnête, ce n’est pas un bon film. C’est un film correct et divertissant tout au plus. Cependant, il est moins déjanté que ce que j’attendais. Je ne sais pas si on peu le qualifier de nanard.

Le film reprend donc l’histoire de P&P mais en y ajoutant des zombies. Conséquences, les filles de bonnes familles apprennent les arts martiaux : japonais si vous êtes riches, chinois pour les autres (même si ça ne sert à rien dans l’intrigue). On se barricade chez soi (la maison des Bennett est une forteresse avec un Dojo) tout en organisant des bals et des dîners mondains. Londres s’est emmuré pour prévenir le reste du monde d’attaques de zombies. Bref la vie suit son cours et l’on fait bien attention lorsque l’on sort dans le Hertforshire.

Première chose. J’ai voulu regarder le film en VOSTFR et il s’est lancé en français. Dès la première phrase j’ai su que quelque chose clochait. Le film n’est pas doublé en français mais en canadien. Plus précisément le français canadien, sans avoir l’accent (sauf pour les noms anglais comme ceux de domaines), cela s’entend. J’ai grandi avec des vidéos avec ce type de doublage donc je les reconnais. J’ai beaucoup de mal avec car je trouve les voix souvent très plates et sans relief. Le fait que le film propose une version française canadienne, en générale, n’augure rien de bon sur la qualité et l’intérêt du film.

Au niveau du casting, il est pour moi 3 étoiles avec de bons acteurs que j’apprécie, que cela soit Matt Smith, Lily James, Charles Dance, Lena Headey…Hélas beaucoup d’entre eux seront sous exploités dans le film. J’avais lu quelque part que le film n’avait pas trop fonctionné notamment à cause de son casting plein de têtes inconnues alors que clairement non.

Concernant le contenu. Le film fait environ 1h45 et mine de rien tout passe très vite. Trop vite. J’ai eu l’impression que tout était expédié, que les répliques étaient débitées. Certes nous connaissons l’histoire et ses personnages mais un peu de construction n’aurait pas été du luxe. Franchement j’ai du mal à croire à l’attachement des personnages que cela soit en actes ou paroles. Ils passent si peu de temps ensemble, se parlent à peine comment y croire ? La déclaration de Darcy dans le roman d’origine et ses quelques adaptations pouvait surprendre mais au final nous lecteur/spectateur avions eu l’occasion d’observer quelques interactions entre eux. Que cela soit les regards que lançait Colin Firth à Jennifer Ehle, les moments de malaise de Matthew McFadyen face à Keira Knightley alors que la réalisation nous faisait ressentir leur attraction malgré eux. Ici rien. Notre Darcy, joué par Sam Riley, n’est ni ténébreux, ni charismatique, et sa voix est complètement éraillée (j’ai du mal). Après avoir dénigré l’héroïne durant le bal, il se montre impressionné et admiratif de son art martial et c’est tout. Sa demande en mariage tombe comme un cheveu sur la soupe et le revirement de Lizzie qui dit l’aimer (et même l’aimer depuis le début) n’a aucun sens. A quel moment s’est-elle mise à l’apprécier ? De même, à quel moment s’est-elle mise à le détester ? Oui il a été grossier une fois, de là à lui vouer une haine éternel…Les héros sont censés apprendre de leurs erreurs et dépasser leur orgueil et leurs préjugés, ce que nous ne voyons jamais dans le contexte de ce film. Sans doute parce que celui-ci ne s’offre aucun temps mort. Il y a bien des moments qui auraient pu, qui auraient du, être émouvant mais qui sont passés si vite (comme la mort du père de Darcy).
Les réalisateurs ont décidé d’aller à l’essentiel, dans ce cas pourquoi garder certains personnages ? Je pense notamment aux Hurst, ils n’ont aucune utilité (il n’en avait déjà pas beaucoup dans le roman), pourquoi s’embarrasser d’eux ? Il aurait plus logique de mettre le colonel Fitzwilliam qui est un militaire, c’est plus utile dans une guerre contre les zombies.

De même l’histoire introduit la notion d’apocalypse proche avec l’apparition des quatre cavaliers. Ces personnages ne servent finalement à rien puisqu’il n’apparaissent que 3 fois (4 à la rigueur).
Le fait que les zombies restent « humains » tant qu’ils ne goûtent pas de chaire humaine et donc que nous pouvons vivre potentiellement avec eux est une idée intéressante. D’autant plus que, comme le dit Wickham, il faut être réaliste, « ils se reproduisent plus vite que nous ». Ajouter ce dilemme était intéressant mais finalement des zombies resteront des zombies.
Le film se finit sans se finir. Je ne sais pas si la scène post-crédit devait annoncé une suite mais il y a peu de chance qu’elle voit le jour.

Le seul élément comique, c’est Collins jouait par Matt Smith, malheureusement sous exploité. Nous avons eu le Collins lourd et obséquieux, nous avons eu le Collins sentimentale et maladroit, ici il est un peu un mélange de tout ça. Il dénote par rapport aux restes par son enthousiasme et sa manière de parler dans laquelle il est dans un premier temps très polie avant de laisser tomber les masques. Il aurait pu être un Collins intéressant, à défaut, il reste sympathique.Lady Catherine en guerrière était quelque chose là aussi d’intéressant mais qui là aussi n’est jamais vraiment développé.
Et c’est sans doute un des problèmes de cette adaptations, le manque d’humour. Le roman d’origine se veut parodique, parfois de manière noire, cynique ou grinçante. C’est pour cela qu’à mon sens, le film aurait pu aller plus loin dans le délire. Certains trouvaient qu’il se prenait trop au sérieux. Déjà qu’il adapte une adaptation. Le film subit pas mal de coupures par rapport au roman pour aller à l’essentiel au point qu’on arrive à des incohérences. Ainsi c’est Wickham qui indique à Elizabeth que Darcy a éloigné Bingley. Les raisons évoquées sont les mêmes que dans le roman de Austen alors que dans le roman de Smith c’est parce qu’il croit Jane infectée, ce qui est plus logique dans le contexte. Au final ce n’est pas tant le fond qui pose problème que la manière dont cela est amené. Que cela soit par une autre personne pourquoi pas mais pas Wickham qui vient de se faire jeter de chez lady Catherine de Bourgh, l’endroit indiqué comme le plus sûr et le mieux gardé de toute l’Angleterre. Le gars retourne au château comme si de rien n’était. Il sort de nulle part au milieu de la nuit pour balancer deux-trois révélations à Lizzie et repartir. C’est incohérent dans le film.
Idem, pourquoi capturer Lydia ? Pourquoi faire ?

Le film souffre à mon sens de ne pas avoir su saisir l’opportunité qui s’offrait à lui en restant grand public dans un ton plus film d’aventure. Sans aller jusqu’à faire du Romero, les films de zombies ont permis par moment d’élaborer une critique de notre société. Jane Austen critique et caricature un microcosme. Sans nécessairement garder le côté guindé, il y avait matière à dire et à faire. Au final il ne ressort rien de ce film, même pas des combats intéressants (on attendait Lady Catherine et rien).

Le film possède quelques points positifs. La cinématique d’introduction qui explique comment l’infection est arrivée et s’est propagée. L’effet petit théâtre de dessin de caricatures animés est assez sympa et permet d’avoir le contexte.
La déclaration de Darcy à Elizabeth. C’est pas tant la déclaration en elle-même que la dispute qui s’en suit puisqu’ils en viennent au mains et éclatent les meubles. La touche sexy par contre était peut être en trop.

Le film est donc plein de petites incohérences avec son propre univers. Il essaie désespérément de se raccrocher à l’ouvrage d’origine de Austen et essaie entre deux passages du livre de coller des attaques zombies. C’est pour cela que le résultat final ressemble à un mauvais patchwork. Il aurait été plus judicieux à mon sens de ne pas tenter désespéramment de coller au récit. Faire quelque chose d’original quitte à délaisser complètement P&P mais garder cet univers régence et le ton austennien.
Je reste relativement bon public. Je pense que c’est un film à voir au moins une fois si on est amateur de Jane Austen ou de zombies. A mon sens, il ne faut rien attendre de particulier de la part du film. Il en révolutionne rien, n’apporte rien mais se laisse regarder.

Finalement, le fait d’avoir attendu aura été bénéfique puisque j’ai pu regarder le film dans de bonnes dispositions, sans a priori et avec du recul. Mes goûts évoluent et je me rends compte que je m’ouvre à de nouvelles choses. Ce que je trouvais rebutant hier, ne l’est plus aujourd’hui ou en tout les cas moins.