Taskmaster, la meilleure série ?

Avant de parler de la meilleure série/émission humoristique de tous les temps (selon moi), il faut revenir un peu en arrière. Je parle du temps où, mon colloc’ de l’époque m’avait fait découvrir une émission humoristique : Russell Howard’s Good News. Russell Howard est un humoriste et comédien qui tenait donc toutes les semaines une émission commentant l’actualité de manière humoristique entre la critique et le stand up, accompagnée de clip vidéos ou encore d’invités. La série s’est arrêtée en 2015 mais continue sous une autre forme (même principe) avec The Russell Howard Hour. J’apprécie énormément Russell Howard’s Good News, même si j’ai tendance à zapper la partie avec les invités que je trouve en deçà du reste, bien qu’elle soit la partie la plus représentative de la mentalité anglaise (les bons samaritains du jour). Bref, Russell Howard’s Good News est émission très sympa, drôle et surtout assez pédagogique/didactique si vous souhaitez vous former à la culture anglaise. Les blagues étant sur l’actualité, il faut donc avoir une bonne connaissance du paysage politique, économique, social, culturel etc. anglais pour pouvoir suivre.

La plupart de intervenants de Mock the week se retrouvent dans Taskmaster

Ce qui m’amène à une seconde émission auquel Howard a participé avant de lancer la sienne propre avec qui elle partage certains points communs : Mock the week. Ici, même principe, des comédiens/panélistes (6 en tout) commentent l’actualité sous la direction de Dara O’Brian. Les épisodes durent chacun une trentaine de minutes et comportent plusieurs « rounds » : « If this is the answer, what is the question? » qui comme son nom l’indique signifie que les participants doivent trouver la question associée à la réponse donnée sur un thème (généralement les suggestions sont toutes plus débiles les unes que les autres), Picture of the Week qui commente une image de l’actualité et Wheel of News, où deux comédiens se voient attribuer une thématique et doivent faire un court sketch dessus. Ma séquence préférée reste Scenes we’d like to see, où les comédiens enchaînent les blagues et les improvisations sur des thématiques données (« les trucs improbables à dire lors d’un premier rendez-vous », « les choses que l’on entendrait pas à la radio », « les pubs qui n’ont jamais été diffusées » etc.). Ce passage est l’occasion de voir les spécificités, mimiques, tics…de chaque humoriste (Frankie Boyle est l’humour noir, Milton Jones son humour absurde et ses chemises improbables, Hugh Denis son ton pince sans rire et ses chemises qu’il n’arrive jamais à boutonner…). Les blagues et les punchlines s’enchainent très vite et là aussi il faut avoir une bonne culture anglaise pour saisir les jeux de mots et les références.

A force d’enchainer les courtes séquences issues d’émission humoristiques anglaises, l’algorithme YouTube passait son temps à me proposer une vidéo avec une femme jouant à cache cache planquer dans une poubelle. Je me suis laissé tenter et j’ai fini par tomber sur la perle : Taskmaster. Le principe est simple : 5 comédiens (ou simplement des personnalités de la TV) sont amenés à réaliser des séries d’épreuves dans un temps imparti sous la supervision de Alex Horne, une fois la tâche accomplie, ils seront notés par le Taskmaster, Greg Davies. La série existe depuis 2015 et est passée de la chaîne Dave à Channel 4 en 2020. Nous en sommes actuellement à la 10ème saison et le cast de la 11ème vient d’être révélé. Les premières saisons avaient 5/6 épisodes de 45 min (60 avec la pub), avant de passer à 8, puis 10. Chaque épisode est calqué sur le même format. Lorsque l’émission commence chaque participant est sommé d’amener un prix à présenter au taskmaster selon une thématique (le truc le plus pointu, le meilleur bruit, le truc le plus bizarre à ramener chez soi…etc.) qui sont évalués par celui-ci en leur attribuant des points. Sachant qu’à la fin le gagnant de l’épisode (celui avec le plus de points) repartira avec l’ensemble des prix. Par la suite, les participants ont 3 tâches à accomplir individuellement (parfois en équipes) en un temps imparti qui peut aller de quelques secondes, minutes, heures…voire semaines. Le résultat est présenté à Greg Davies qui les note de la plus mauvaises à la meilleure exécution (selon lui). La dernière tâche est réalisée en direct devant le public et les comédiens la font tous en même temps. La personne qui a récolté le plus de points au cours des différents épisodes repart avec le trophée final : une sculpture de la tête de Greg Davies. Les gagnants des différentes saisons se retrouvent ensuite pour un affrontement au sommet dans le Champion of champions.

Pourquoi ça fonctionne ? Le principe est tout bête et pourrait sembler répétitif mais chaque défi arrive à se renouveler et cela tout au long des 10 saisons. De même, la série se déroule presque toujours au même endroit : une petite maison et son jardin dans l’ouest de Londres rempli de portrait de Greg Davies, ce qui donne l’impression que la série est à petit budget (apparemment elle l’est). C’est extrêmement drôle car les défis sont complètement farfelus et les réponses des candidats aux demandes peuvent être tout aussi débiles. Bien que la tricherie ne soit pas admise, il est tout à fait possible de détourner, subvertir les règles. Par exemple : s’il est demandé de remplir le plus de larmes possible dans un coquetier, rien n’indique que cela doit être nécessairement celles du candidat, de même s’il est indiqué que le candidat doit lancer un truc d’un tapis, il n’y a aucune contre indication au fait qu’il déplace le tapis. Rajoutez à cela des règles cachées (souvent fourbes) et vous obtenez un cocktail explosif. Nous voyons donc des personnes logiques et rationnelles qui devant des tâches absurdes se retrouvent à devoir penser autrement, paniquent souvent et finissent par faire n’importe quoi sous la pression.

L’autre atout charme de Taskmaster est le duo Alex Horne/Greg Davies. Alex joue l’arbitre et le trouffion, tout en se faisant malmener par Greg et les candidats. Si bien qu’on fini par se demander si Alex Horne n’aurait pas une certain penchant fétichiste pour l’humiliation quand on voit ce qu’il est obligé d’avaler ou de faire et qu’il s’exécute sans broncher toujours avec une forme de candeur mélangée à de la gêne. Si nous avons droit à des moments d’anthologie, il y aussi de grands moments de solitude et de malaise dans Taskmaster.
Greg Davies joue le Taskmaster, le maître des tâches, qui aime malmener le petit Alex Horne et les candidats en attribuant, de manière plus ou moins juste, les fameux points qui permettent à la fin de gagner un trophée -qui est la tête de Greg Davies-. Davies n’hésite pas à dire aux candidats que leur prestation est à chier, que leurs cadeaux sont nuls ou à les enfoncer. Si c’est parfois injuste (je pense notamment au traitement de Hugh Denis dans la saison 4), ce n’est jamais complètement méchant (quoique). L’ironie étant que le cerveau derrière la série n’est pas Davies mais Horne. C’est le pauvre gars qui joue les arbitres, fait le cobaye, s’exécute quand on lui donne certains ordres et fait le laquais qui est en réalité le créateur de la série.
Cette dynamique maître/valet (alpha/bêta, persécuteur/persécuté) est parfois mêlée d’homoérotisme un peu bizarre. Et ce n’est pas un fantasme de ma part, car beaucoup de gens se posent la question et vont même jusqu’à écrire des fanfictions. Sans doute parce que pour pas mal de personnes, d’une façon qu’elles ont elles-mêmes du mal à expliquer, trouvent Greg Davies attirant. D’ailleurs celui-ci n’a aucun soucis à prendre dans ses bras et à embrasser des hommes. Malgré ses piques aux candidats, ses touches sarcastiques et ironiques, Greg Davies garde une aura de sympathie (en vrai c’est un mec sympa). Et puis mince quoi…ce sourire !

Sorti de nul part, l’instant que tout le monde attendait (ou pas)

C’est aussi une série typiquement anglaise. Certains des candidats sont habillés de manière complètement inattendue et sans aucune raison spécifique que celle d’être anglais et d’aimer les déguisements (en squelette, en ouvrier de chantier, en super héroïne, en Bruce Lee, en mode safari…). Et puis il y a se flegme anglais d’arriver devant les enveloppes contenant les missions avec une tasse de thé à la main d’un air détaché. Les explications sur pourquoi ils ont fait les choses d’une manière et pas d’une autre sont souvent foireuses. Il y a beaucoup d’injures, de gens qui râlent et pestent mais aussi énormément de bonne humeur. Taskmaster possèdent des moments d’anthologies (« bastard’s crying innit » ou encore « I’m always seeing you (do cool stuff) »). Le but au final n’est pas tant de gagner que de passer du bon temps et les comédiens restent dans leur personnage (en particulier James Acaster).

Taskmaster a aussi trouvé un moyen de fédérer les gens et de leur apporter un peu d’amusement pendant cette période de confinement. En effet, quand les anglais étaient enfermés chez eux, l’émission proposait des mini défis à réaliser chez soi (Home Tasking) et c’était très sympa de voir l’inventivité des gens. Après le confinement, l’émission a repris le chemin des studios. Cependant, l’effet COVID se fait sentir avec des comédiens à plusieurs mètres les uns des autres et une salle désormais vidée de son public lors de la présentation des différentes tâches. Le fait de ne plus avoir la réaction de l’audience, qui faisait aussi parti du charme, est un vrai manque.

Taskmaster a su trouver sa place parmi les comédies britanniques et dans le cœur de gens car l’émission a gagné un BAFTA en 2020 dans la catégorie « meilleure série comique ». Prix amplement mérité. Le succès est tel qu’une adaptation américaine a vu le jour mais comme beaucoup d’adaptations américaines de comédies britanniques le résultat n’est pas probant (voir nul). Il existe également une adaptation en Norvège, qui a apparemment eu pas mal de succès, mais également en Finlande, Suède, Nouvelle Zélande, Espagne et Belgique (!). Il existe également des goodies en lien avec la série comme un jeu de plateau avec des missions amusantes à faire entre amis.
La musique de la série est aussi partie prenante de son identité, en particulier son générique et ses petites musiques pour les missions qui sont assez prenantes et restent bien en tête.

Si vous êtes déprimé, si vous vous ennuyez, si vous ne savez pas quoi faire…si vous voulez voir des gens jouer à cache-cache, commander une pizza sans employer le mot pizza (ou ses ingrédients), jeter des sachets de thé dans un mug, faire rougir un suédois, détruire un gâteau à la perfection, faire d’une noix de coco un homme d’affaires, regardez Taskmaster.