Check please

tumblr_mr89f8x2zb1szaospo1_400

Aujourd’hui je vais parler d’un  webcomic que j’apprécie (pour changer) dont le titre est : check please !*applaudissement*  Plus sérieusement, si j’en parle ce n’est pas uniquement parce que c’est un sympathique comic mais aussi parce qu’il fait marcher le transmedia storytelling, mais j’y reviendrai. Commençons par le début : de quoi ça parle ?

Check please ! est donc un webcomic sur tumblr (mais qui a désormais son site) écrit et dessiné par Ngozi Ukazu. Dans cette série nous suivons Eric Bittle, aka Bitty, aka Bits, lors de ses 4 années à l’université (fictive) de Samwell  à Samwell dans le Massachusetts et surtout au sein de l’équipe universitaire de hockey. Globalement, ça va parler sport, amitié, amour et cuisine.

 

Avant ça, l’autrice

Pour parler de l’auteuse je dois dire que je connaissais rien d’elle avant de tomber sur Check Please. Ce que je sais d’elle vient quasi uniquement du tumblr où elle précise être d’origine nigérienne, avoir été diplômée de Yale en 2013 et qu’elle a un Master of Fine Art en art séquentiel (en BD quoi…) du Savannah College of Art and Design. Même si Check Please ! parle de  hockey, Ngozi, de son propre aveux, ne sait pas en faire -elle ne sait pas patiner- et n’était en rien spécialiste avant de commencer l’histoire (sauf si on considère ses recherches pour Hardy). Faut-il être fan de hockey pour lire ce comic ? Heureusement non, l’histoire se lit sans peine. Le lecteur à droit à quelques explications sur certaines pratiques qui tournent autour du monde du hockey (le concours des plus belles paires de fesses ! Très important!). Donc si vous aimez le hockey ou si vous vous y connaissez, cela ne peut qu’augmenter votre plaisir de lecture dès qu’on évoquera la NLH (ou vous pourrez noter les erreurs de l’auteure…).
Avant de créer Check Please !, l’autrice avait écrit une courte fiction en 15 pages, jamais finit (Ngozi ne sait d’ailleurs pas si elle la finira un jour), intitulée Hardy (toujours trouvable) que l’on peut considérer comme les prémisses de Check Please. L’histoire se passe toujours à Samwell dans l’équipe de hockey mais les personnages y sont complètement différents, bien que l’on puisse voir certaines caractéristiques  qui se retrouveront chez les personnages de Check Please !. C’est surtout à cette période que l’auteuse c’est intéressée au hockey et a avalé tout ce qu’elle a pu trouver sur le sujet. Hardy est d’abord différent car ce n’est que du texte mais la différence se ressent aussi dans l’atmosphère dégagée, beaucoup plus anxiogène et homophobique que ne l’est sa version 2.0. Mais comme je l’ai lu à plusieurs reprises : sans Hardy (qui est aussi le nom du personnage principal) pas de Eric Bittle. Les deux personnages sont aux antipodes mais la création de l’un a permis la maturation de l’autre et la volonté de créer ce comic.
L’autre point à souligner, c’est la forme du texte en elle même. Un format scénario avec des indications sur les personnages, leurs actions, les plans voulus…un peu comme si nous étions au cinéma. Une volonté de mise en scène que l’on retrouve également dans Check Please avec l’effet « face caméra », les ralentis (enfin surtout un ralenti), les choix de cadrages, les découpages de scènes…

8528ef42ab3df0eda0188739f8c7bcb0_original

Pour en revenir à l’histoire…
Nous allons suivre le personnage principal, Eric donc, à travers ses 4 années de collège (pas le collège français hein). Ce qu’il faut savoir sur Eric, c’est qu’avant d’entrée dans l’équipe de hockey de Samwell, il était champion de patinage artistique et a été capitaine de son équipe de hockey dans le sud (et qu’il adore cuisiner…surtout des pies). Seulement voilà, malgré un talent certain sur la glace, il est rapide et précis, jouer avec une équipe de jeunes hommes plus grands et plus costauds n’est pas une mince affaire surtout que le hockey peut être un sport violent. Jusqu’à présent Bitty avait toujours pu échapper au « checking », technique de hockey qui consiste à désarçonner l’adversaire en possession du palet et le sort du jeu. D’où le titre du comics. La première année de Bitty va donc d’être de surmonter sa peur et son angoisse du contact physique pour pouvoir pleinement faire partie de l’équipe alors que certains membres, notamment le capitaine Jack Zimmermman, ne voient pas d’un très bon œil l’arrivée de ce freluquet, qui, pour eux, n’a rien à faire sur la glace. C’est donc une première lecture que l’on peut faire de ce comics : comment faire ses preuves dans un sport « viril » alors que l’on est gaulé comme une crevette ?
Le comic ne s’arrête pas là puisque le lecteur apprend rapidement que Bitty est gay. Il faut dire que Bitty adore faire la cuisine (il parle même au four qu’il a appelé Betsy !) surtout les pies, pies EVERYWHERE, est tout le temps fourré sur les réseaux sociaux (mais j’y reviendrai j’ai dit), adore la pop musique, chante Beyoncé sous la douche, décide de remettre de l’ordre dans cette porcherie pour garçons qu’est « The Haus » (là où les divers membres de l’équipe de Hockey résident), est conseiller vestimentaire pour l’équipe lors de grande occasion, crée les goodies de l’équipe (avec des minies pies !!), etc…je pourrais presque dire que l’auteuse pousse au cliché. Cette partie a son importance car même si l’histoire se passe de nos jours, il s’agit aussi pour Bitty de s’assumer, d’être pleinement lui même et d’être accepter par les autres surtout quand on pratique un sport réputé assez machiste. Et puis il y a aussi en filigrane les relations humaines et les histoires d’amuuuur.
Pour être honnête l’orientation sexuel ne Bitty n’est pas importante en soi, ce n’est pas ce qui le défini principalement dans le groupe, et les révélations sur ses préférences n’ont pas d’incidence majeur sur le scénario. Pour preuve, quand il l’annonce à Ransom et Holster, qui lui cherchent désespéramment un rencard, ça ne changent rien à leur plan, de plus ce passage ne fait pas partie du scénario principal (contrairement à la première fois où il l’annonce tout haut à Shitty) mais est juste une image annexe trouvable sur le tumblr. Bien que la question de l’homosexualité (comment vivre au grand jour, comment être un sportif professionnel et assumer ouvertement son homosexualité) sera remise plusieurs fois sur le devant de la scène à partir d’un certain moment du comics, elle ne fait pas tout le comics. Mais tout cela rejoins des questionnements et des problématiques plus « globales » comme le fait de gérer une relation longue distance, gérer une relation avec une « star »….

6361019684172204171981635957_check20please2013

Passons aux autres personnages sans qui check please ne serait pas check please… évidemment une équipe de hockey possède plusieurs membres mais le webcomic se contente de n’en développer que quelques uns (et les oubliés viendront se manifester d’une manière assez comique).

Jack Zimmermann aka Jack. Le capitaine de l’équipe de hockey de Samwell. Il est important d’en parler car la personnalité de Jack va évoluer au fur et à mesure, ses problèmes faisant partie de l’histoire. Jack a des « daddy »s issues » comme on dit. C’est le fils d’un ancien champion de hockey dont il essaie de suivre les traces et a donc un lourd héritage à supporter (en plus c’est le portrait cracher de son père version jeune). Jack c’est l’archétype du mec marié à son boulot : il vit hockey, il pense hockey, il respire hockey. Toute sa vie tourne quasiment autour de ce sport, ce qui fait que ses centres d’intérêts sont limités (bon il aime la seconde guerre mondiale…avec un major en histoire c’est normal aussi) et qu’il est une quiche en ce qui concerne la pop culture. A priori, il n’est pas quelqu’un de très amical, ni très social (il n’est pas très porté sur l’alcool et les soirées), ce qui lui vaut le surnom de « robot ».  Il est pro, s’entraîne comme un dingue, et prend ce sport très au sérieux. Pour lui, l’université de Samwell est l’occasion de faire ses preuves et de rentrer à la NLH, alors voir Bitty débarquer dans son équipe ne lui fait pas plaisir car ça risque de gâcher toutes ses chances. Leur relation de départ est assez houleuse, Jack ne cachant pas son animosité envers Bitty. Néanmoins, ce n’est pas quelqu’un de méchant. Il est très exigeant envers les autres mais surtout envers lui même. Sa relation avec Bitty est importante et nous allons la voir évoluer au fil du temps, pas forcément directement à travers les vlogs de Bitty mais aussi en arrière plan lorsque l’autrice met en éclairage certains personnages. Et c’est aussi en ça que Check please est intéressant, car même si nous faisons des bons dans le temps, l’auteuse ne lâche pas ses personnages et ses cases fourmillent de détails qui en disent longs.
J’avoue que je n’aimais pas spécialement Jack au départ, pas forcément à cause de son attitude mais surtout à cause de son design. J’ai une sainte horreur des yeux qui tombent c’est plus fort que moi…c’est également le seul personnage à avoir des pupilles et parfois il donne l’impression de regarder dans le vide. Bref pour moi c’était une tête à claque. Heureusement c’est passé…un peu.

tumblr_inline_msbeadkhfo1qz4rgp

B. »Shitty » Knight aka Shitty. Je ne sais pas trop par où commencer… Shitty c’est un personnage qui a de la présence alors qu’il n’est même pas au premier plan et qui mériterait une BD pour lui tout seul. A première vu, on se retrouve avec un moustachu (il en prend grand soin de sa pornstache) aux allures de bûcheron qui jure, aime faire la fête, fume pas mal (et pas du tabac), souvent stone et à poil (oui shitty est très à l’aise avec son corps). Sauf que s’arrêtait à cela ce serait rater tout un autre versant du personnage. Shitty est un bon joueur sans être exceptionnel, c’est surtout un bon copain, quelqu’un qui écoute, ne juge pas, intelligent, très cultivé, qui s’intéresse à tout un tas de choses, c’est le seul du groupe à avoir un double major ( s’il avait pu, il en aurait pris un 3ème). C’est le seul personnage masculin que j’ai vu, pour l’instant, impliqué dans les questions de genres et qui se définit comme féministe. Shitty c’est simple, on aimerait l’avoir comme pote, c’est déconne assurée mais pas que. On sent qu’il est possible d’avoir de looooongues conversations passionnantes avec lui. Citer Shitty sans Lardo ça serait aussi oublier une partie importante. Quand les autres joueurs parlent de Lardo, on se dit qu’on affaire à un bonhomme, un « vrai » et au final c’est un petit bout de bonne femme qui débarque. Lardo n’apparaît pas au début du comic mais est importante dans le sens où c’est la manager de l’équipe. Un peu comme dans Haikyuu, elle ne pratique pas le sport qu’elle encadre et on sait pas trop en quoi consiste exactement son rôle de manager mais c’est un des rares éléments féminins régulier du webcomic, alors autant le noter. Sa dynamique avec Shitty est juste magique.  Elle ne parle pas beaucoup mais a aussi une certaine présence. Je suis partagée entre voir ce « couple » comme une super paire de bros (c’est la plus « bro » de tout les « bros » de moins d’1m) ou deux personnes qui n’osent aller plus loin (cf Lardo lors de son exposition de fin d’année). Le comic se chargera de répondre plus ou moins à cette épineuse question…
A part ça, Shitty prend un malin plaisir à ne pas répondre aux questions concernant son vrai prénom et surtout d’où lui vient ce surnom. Mais au final on s’en fout, sans ça Shitty ne serait pas Shitty (à cause de lui j’ai du Miley Cyrus dans la tête…wrecking ball!)

Et enfin la crème de la crème… je ne pouvais pas évoquer check please sans parler d’eux : Ransom et Holster ! Des bros, des vrais de vrais, des partenaires à vie, jamais l’un sans l’autre. C’est juste un plaisir de les voir déblatérer de tout et de rien. C’est une vrai alchimie qui fait plaisir à voir. Ils sont aussi cons que sérieux avec chacun une personnalité bien distincte qui se complète avec l’autre. Ils interviennent régulièrement dans une sorte de side comic explicatif sur le vocabulaire du monde du hockey, toujours ludique avec de la bonne humeur. Pour le coup, rien que pour eux je vous encourage à lire Check please et à voir par vous même, si vous êtes en mal de bromance.

Il y a bien sur d’autre personnages, je ne pourrais pas tous les citer évidemment (le reste du casting est restreint, certains on ne les voit que très peu), comme Chowder que j’apprécie pour ça bonne humeur et son « sourire d’enfer ».

 

Le transmedia storytelling

Je vais enfin aborder un point qui me semble central dans Check please et que j’évoque depuis le début : Le transmedia storytelling (Il y a même eu un MOOC sur le sujet).

Bon déjà, je vais commencer par définir ce que c’est pour ceux qui ne savent pas (les autres vous pouvez passer au paragraphe suivant). Alors grosso modo, le mot transmedia storytelling a été amené par Henry Jenkins en 2003. Il le définit comme suit :

“un processus à travers lequel les éléments d’une fiction sont dispersés sur plusieurs plateformes médiatiques dans le but de créer une expérience de divertissement coordonnée et unifiée”

Pour donner des exemples, le premier qui me vient en tête est celui de The Matrix. The Matrix (pour ceux qui sortiraient d’un sac de congélation) est une trilogie de films se passant dans un futur dystopique où les machines ont pris le pouvoir. En plus de ces films, vient « Animatrix » qui regroupaient plusieurs courts métrages d’animation permettant de compléter l’univers et d’apporter des réponses à certains passages présent dans les films (et qui à l’époque m’avait fait tilté parce que j’avais l’impression d’avoir raté des épisodes). Les deux se complétaient (film et série d’animation). C’est un peu le même principe qui c’est retrouvé avec certaines séries comme Heroes qui se complétait avec les comics en ligne, Lost et ses jeux de pistes…je suis sûre que vous avez quelques exemples en têtes.

Check Please n’a évidemment pas le monopole de cette pratique. J’ai croisé plusieurs webcomics qui laissaient la part belle à leurs personnages en leurs créant des blogs, twitter ou autres réseaux sociaux fictifs. Seulement dans les cas rencontrés, cela n’affecte en rien l’histoire principale. Les personnages se contentent de répondre à des questions de fans,  de reposter des choses qu’ils aiment, en gros on en apprend plus sur les personnages et leurs goûts mais ça s’arrête globalement là. Check please prend un autre niveau. Déjà un seul twitter, celui de Bittle, régulièrement envahie par ses co-équipiers. Tous répondent à des questions réelles posées par des gens comme vous et moi, ce qui rejoint les cas précédents. Les followers fictifs du twitter deviennent alors réels puisque c’est vous et moi qui posons ces questions. Seulement, à part Johnson, aucun n’agit comme s’il était un personnage. De plus, le twitter de Bittle est animé comme le ferait quelqu’un qui utilise twitter régulièrement. C’est simple, Bitty commente sa vie quotidienne, poste des photos de ses amis, commente, re-twitte et tout ça en temps réel (alors que certains blogs de persos ne sont plus mis à jours pendant des semaines, voire des mois). Si bien que l’on en oublie que c’est un personnage.
De plus, les interactions sur twitter permettent d’en apprendre plus sur les personnages mais aussi des événements cités ou qui se sont déroulés entre deux interludes. Nous pouvons y voir les soirées de la bande, ainsi que d’autres personnages comme la copine de Chowder…Ici le twitter est un complément du vlog fictif que tient Bitty. En effet, l’histoire de Check Please démarre au moment au notre héros s’adresse à ses followers via un vlog (fictif). Le premier panel dessiné de chaque entrée est donc, les 3/4 du temps, Bitty s’adressant directement à nous, face caméra et nous faisant un rapide résumé de sa vie à Samwell, des derniers événements, de ses impressions…les panneaux suivant se contentant de développer ce qu’il nous raconte en nous l’illustrant – alors que nous ne sommes pas supposés voir – et inclus en ce sens diverses choses comme des sauts dans le temps, des raccourcis… Bitty nous raconte certains événements important de l’histoire principale mais pas tous et surtout c’est raconté de son point de vue.
Pour donner un exemple concret : Le 6ème vlog de sa seconde année (Sophomore) à Samwell intitulé « WGSS120 / HIST376: Women, Food, & American Culture« . Ici Bitty nous raconte un peu sa vie en classe en dehors du hockey et comment il s’est retrouvé dans le même cours de cuisine que son capitaine Jack. Nous avons d’un côté les images qui défilent avec des encarts de textes rectangulaires (ce que Bitty dit aux personnes suivant son vlog) et de l’autre, les images présentes nous montrent ce qui s’est réellement passé et qui voient une interprétation toute différente. Quand à la fin Bitty nous parle de sa vie amoureuse et nous dit qu’il vaut mieux pour un gay de ne jamais tomber amoureux d’un garçon hétéro, si nous étions de simple « viewers », pour nous il parlerait d’une généralité, d’un conseil qu’il donne, hors en tant que lecteur, nous savons ce qu’il en est réellement et cela renforce l’impact, l’empathie et la peine que l’on peut ressentir pour le personnage à ce moment là.
Pour dire l’importance du twitter de Bitty qui n’est pas là comme simple accessoire : l’auteure a décidé de le passer en mode privé car il contient désormais des spoilers sur ce qui se passe ou va se passer. Elle le remettra en public après un certain temps et des passages importants de l’histoire passé, puisque l’histoire se déroule en temps réelle sur 4 ans. L’histoire se terminera en 2017, une fois que Bitty aura fini ses études. A l’instant où je vous parle, il vient de finir sa seconde année.

Je tiens également à évoquer toute la fanbase de ce webcomic. Quand on lit Check Please, on ne s’en rend pas forcément compte mais cet oeuvre brasse un public assez important. Il suffit de voir le nombre de fanfiction qui circule sur AO3, soit plus de 5400 fanfics…. c’est juste énorme. De même que le Kicktstarter lancé pour l’édition papier de la 2nd année des aventures de Bitty et son équipe a récolté pas moins de 398 520 $ dont 100 000$ en seulement 1 heure.

tumblr_inline_msselwrokq1qz4rgp

le 4ème mur
Ah ce fameux brisage de 4ème mur….je ne vous ferai pas une comparaison à la dead pool mais en plus de ce qui a été dit plus haut, rajoutez la destruction de ce mur. Oui, je vous ai dit que les personnages agissaient comme de vrais personnes et n’avaient pas consciences d’êtres des personnages. C’est oublié Johnson ! Johnson est un personnage que l’on ne voit pas, où juste de très loin, de dos, en arrière plan…en réalité il s’agit du gardien de but de l’équipe de hockey avant que Chowder ne prenne sa place. C’est le seul à être conscient de son statut de personnage et surtout de personnage insignifiant qui va se faire remplacer par un nouveau venu sous peu. Il semble aussi être au courant de ce qui va se passer dans le comics et des projets de l’auteure. C’est peut être pour ça qu’il a donné sa chambre à Bitty en partant car elle est pile en face de celle de Jack….Il est pragmatique mais pas cynique, bizarre pour les autres, il déclare même que briser le 4ème mur est un de ses hobbies et à l’air de prendre les choses « à la cool » de manière très philosophique. Ce n’est pas pour rien qu’il est surnommé l' »existential goalie ». Bien qu’il soit conscient de ce qu’il est, ça ne l’empêche pas d’avoir une vie et un background (une copine et des ambitions). Sa présence, bien que brève, apporte un peu d’humour et de fraîcheur. D’ailleurs, il enverra à Chowder, qui le remplace désormais, une lettre contenant une pilule rouge et une bleu en référence à The Matrix. Pour le coup on ne sait pas si c’est un trait d’humour ou s’il propose réellement à Chowder la possibilité d’avoir conscience de son statut de personnage. Il permet aussi de nous rappeler que, aussi bien écrit et touchant que soit ces personnages, ils ne restent que des personnages à qui on donne un semblant de vie et avec lesquels on nous fait croire qu’ils vivent en dehors du comics. Johnson permet de prendre un peu de recul sur tout ça, est-ce qu’en savoir plus sur un personnage fictif nous rend plus proche de lui ? c’est en cela que le personnage est intéressant et mérite ça place parce qu’il pousse le questionnement loin et permet une nouvelle lecture du webcomic.
Ceci dit mes propos sont à nuancer étant donner que Ransom et Holster ont leur propre comic dans lequel tout est scripté et dans lequel donc ils jouent un rôle.

 

Un peu de surnaturel

Cela peut paraître incongru mais oui il y a des éléments surnaturels. Il s’agit des fantômes de Jenny et Mandy qui hantent the Haus. Toujours fourrées ensemble, si bien que l’on ne sait pas qui est qui. C’est comme cela que nous apprenons que the Haus, avant d’être le QG et dortoir de l’équipe de hockey, était une sororité (Theta Alpha Theta) à laquelle appartenaient les deux fantômes. D’ailleurs, ça semble assez logique puisque le bâtiment se trouve au beau milieu de tout un tas de confréries. Les raisons du décès de Jenny et Mandy sont assez obscures et je doute qu’on le sache un jour. Quoiqu’il en soit, il semble que leur mort soit la raison de l’abandon du bâtiment pendant 10 ans avant d’être racheté par l’équipe de hockey.
Bien que personnes ne puissent les voir, enfin techniquement car elles peuvent apparaître sur les photos, elles aiment bien se faire remarquer. Leur hobby est d’embêter Ransom (qui ne croit pas aux fantômes), voire de le rendre complètement chèvre et accessoirement de le mater sous la douche. Ces deux personnages n’ont aucune incidence sur l’histoire et sont plus là pour donner un peu d’humour ainsi que remonter le quota féminin (ceci dit pour le peu qu’on les voit…). Ransom est leur victime préférée mais ce n’est pas la seule, après elles aiment bien regarder des romcom avec Holster ou écouter de la musique avec Bitty. Nos deux acolytes auraient pu, même avec leurs brèves apparitions, casser l’ambiance du récit avec cette entrée du surnaturel mais au final ça ajoute au charme. Ce n’est pas très présent, nous pouvons y croire ou non et puis ça apporte là aussi une petite touche d’humour.

checkplease_promo_firstsecond

Au final pourquoi je parle de cette série… j’avoue que j’ai rencontré check please à plusieurs reprises lors de pérégrinations de blogs en blogs, je tombais régulièrement dessus. Pourtant, j’ai eu du mal à rentrer dedans à la fois par flemme mais aussi face au format proposé. En effet, lorsqu’on tombe sur le tumblr de check please, la mise en page et agencement des diverses pages changent de ce que j’ai eu l’habitude de voir. J’avais du mal avec l’effet vlog et je me retrouvais avec une certaine frustration d’avoir loupée des épisodes ou qu’il manquait des choses entre chaque chapitre. Puis je ne sais comment, j’ai eu le déclic. Je me suis posée et j’ai décidé de m’y atteler. Depuis, j’explore le tumblr de fond en comble pour trouver ce que je peux car ce dernier fourmille de petites choses : commentaires de l’auteure, réponses des personnages, points sur certains passages, anecdotes, détails sur les décors…on peut même trouver le plan du campus universitaire ou le plan de the Haus. Bref, il y a de quoi faire pour compléter votre soif d’en savoir plus sur l’univers et l’ambiance de check please afin de la rendre plus crédible.
Au final des matchs de hockey vous n’en verrez pas ou peu mais vous pouvez tâter des ambiances d’avant et d’après matchs.
Ce qui me plait également, c’est que j’ai l’impression de retrouver certaines ambiances vécues. Je pense que c’est la première fois que des personnages sonnent « vrais ». J’ai déjà plusieurs comics/webcomics où les personnages ont des caractères et des réactions réalistes avec lesquels on peut s’identifier ou qui à nos yeux sonnent juste parce que nous avons éventuellement vécus ça. Dans le cas de check please, je ne me suis jamais retrouvée dans les situations des personnages, aucun ne me ressemble spécifiquement et pourtant, ils sonnent « vrais ». Sans doute parce qu’on ne sait rien d’eux, ou pas grand chose et que nous pouvons imaginer tout le reste, que l’on suit une époque importante de leur vie sans être trop focalisés dessus, que l’on ne retrouve avec des petits trucs du quotidien. Il n’y a pas de grande envolée, pas de grande aventure… juste des potes et du hockey et c’est à nous de combler les vides entre les vlogs avec le twitter en imaginant les images et le calquant sur nos années universitaires. Je dirais que c’est un ensemble de petites choses chez Check please qui réveille ma madeleine de Proust, que c’est l’ambiance globale qui a un air de vécu. Ngozi arrive à créer un univers qui nous fait oublier parfois que ce sont des personnages qui évoluent dans un univers fictif.

 

Bref, je ne peux que vous conseiller de lire et de vous immerger dans check please. Je ne vous garantie pas le coup de foudre, il se peut même que vous n’accrochiez pas mais je pense que ça serait dommage ne passer à côté d’un webcomic qui vaut le détour. Pour ma part, j’attends impatiemment la suite et je pense que quand le comic se finira je serai à la fois triste mais aussi comblée d’avoir passée un aussi bon moment.

 

Et vive Tango \o/

ps : toutes les images proviennent du tumblr de l’artiste ainsi que du kick starter (et bien sur je n’en suis pas propriétaire)

 

Publicités

Ces personnages qui ne devraient pas finir ensemble

Je poste ceci le jour de la saint Valentin, il fallait le faire. Le jour de l’ode à l’amour et au couple. Car oui, si vous n’êtes pas en couple vous ne valez pas grand chose puisque apparemment votre vie est forcément terne, ennuyeuse et vous êtes un/une dépressif/ve au bord du suicide. Passons.

Pourquoi est-ce que je poste ceci ? Pour être honnête c’est une réflexion qui me trotte dans la tête depuis un petit moment et qui a fait son bout de chemin.  Voyez-vous, j’aime bien les comédies romantiques, j’en ai quelques unes au compteur. Jusqu’à présent le schéma « ils finirent ensemble et vécurent très heureux » ne m’avait jamais gênée. Nous connaissons tout le schéma de ces comédies, nous savons que les personnages vont finir ensemble bien qu’ils se détestent cordialement au départ (ou pas), ce qui nous intéresse c’est ce qui se passe entre avec quelques dialogues bien sentis. Bref. Un beau jour je regardais Le témoin amoureux, comédie romantique gentillette sans prétention avec le beau Patrick Dempsey (aka docteur mamour de Grey’s anatomy).

L’histoire était celle de deux amis (un homme et une femme)  qui se connaissent depuis la fac. Tout le début nous démontre qu’ils se connaissent parfaitement l’un, l’autre, avec leurs qualités et défauts, qu’il y a une parfaite alchimie entre eux et qui pour le coup n’est pas amoureuse. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes jusqu’à ce que la jeune femme ramène un bel écossais avec lequel elle annonce vouloir se marier. Et là notre beau héro se rend compte qu’en réalité il l’aime d’amour vrai et va tout faire pour la conquérir. Je vais spoilée (quoi, sincèrement quand on connait le schéma de ces comédies, est-ce que c’est vraiment du spoil ?), mais je pense que tout le monde s’en doute, ils finissent ensemble après s’être rendue compte que son/sa meilleur(e) ami(e) était l’amour de sa vie.

Je vais passer outre l’aspect parfois cliché -surtout sur les gays-, cul-cul et déjà vu, ce qui m’avait surtout ennuyée c’est qu’une fois le couple principal ensemble, je n’ai pas sauté de joie, je n’ai pas été attendri, je ne me suis pas dit enfin…en réalité, c’était plutôt un « Meh ». Pas vraiment de la déception mais certainement pas de la satisfaction. Comme une bonne partie des comédies romantiques, le film m’avait promis de voir finir le couple principal ensemble après bien des péripéties et j’y ai eu effectivement droit. Comme le film avait tout mis en oeuvre pour me montrer que ça ne sortait pas de nul part. Mais rien à faire, je ne voyais pas ce couple comme un couple. Leur relation était fusionnelle, il y avait bien de l’amour mais pas de sens là.

Ce film m’a donc posé problème :

  • déjà parce que ça donne l’impression qu’une amitié h/f n’est pas possible. Je ne dis pas que dans la réalité ça n’existe pas ou bien qu’il n’existe pas des gens aillant épousés leurs meilleurs ami(e)s.
  • ensuite parce que ça m’a fait comprendre que beaucoup de gens ont une vision binaire de l’amour : soit on est amis, soit on est amoureux. Rien entre les deux. Hors l’amour est un sentiment complexe qui ne peut pas toujours se résumer à on s’aime/on s’aime pas.

S’en est suivi plusieurs œuvres, où les personnages que je voyais finir ensemble ne me convenait pas, parce qu’à mon sens les mettre en couple était réducteur, voire manquait de subtilité ou d’effort en cédant à une certaine forme de facilité. En gros, ça venait gâcher du potentiel.

George et Yukari instant de bonheur dans le marasme du drama

J’ai eu aussi l’inverse, voire des couples ne pas finir ensemble (pour le mieux et la suite logique des choses) mais voir des gens presque râler parce que X finissait pas avec Y alors qu’ils allaient trop bien ensemble ( alors que non…). Dans ce cas précis, je citerai le cas de Georges et Yukari dans Paradise Kiss dont j’ai vu beaucoup de personnes regretter qu’ils ne soient pas ensemble à la fin alors que tout avait été mis en oeuvre pour montrer que ce couple n’était pas fonctionnel. Parce que oui, s’aimer ne fait pas tout dans un couple. Un peu comme avec les personnages de Kimi wa pet. Enfin l’une comme l’autre de ces œuvres il faudra vraiment que j’en parle un jour (c’est au fond des tiroirs depuis des lustres, il faudrait que je peaufine ça un jour).

Ou au contraire, un auteur ou une auteure peut vous décevoir complètement en mettant certains personnages ensemble. Au point d’avoir l’impression que l’auteur lui-même n’a pas compris son oeuvre, voire de se sentir floué en tant que lecteur comme si nous avions été trompé sur la marchandise. Je pense à toi Usagi drop, aka un drôle de père en français, qui m’avait vendu une relation mignonne avec un célibataire endurcie qui se retrouve à élever une petite qui est sa tante. Que l’histoire fasse un bon de dix ans dans le futur…pourquoi pas…c’est toujours intéressant de voir comme gérer une ado mais s’il ne s’agissait que de ça. Non seulement, nous lecteurs avions raté des moments important de la vie des personnages mais j’ai aussi eu l’impression que l’auteure s’évertuait à mettre en pièce tout ce qu’elle avait construit jusque là dans les relations entre ses personnages. Et le pire, c’est de faire finir Daikichi avec Rin, il finit avec la petite qu’il a élevé comme sa fille et qui veut même un enfant de lui. Sauf que ! Twist plot à la japonaise, on nous dit que finalement ils n’ont pas de lien de parenté. Ouf tout va bien ! Merveilleux ! Ça change tout ! Sauf que non! Non, non et re-non ! Sérieusement, je ne savais pas si je devais vomir devant une fin pareille.

Daikichi et sa future femme, tu le sens venir le gros malaise ?

Là s’est posé une autre question : est-ce qu’une oeuvre appartient toujours à son auteur ? Je sais qu’une oeuvre appartient à son auteur, au sens de la propriété intellectuelle, mais il arrive que les lecteurs, les fans, en se la rappropriant font des choses parfois plus intéressante et bien meilleures. A l’inverse, l’auteur écrit quelque chose que les lecteurs et fans vont interpréter de mille manières et parfois -à mon sens- complètement à côté de la plaque, à vous demandez si vous avez bien lu la même chose. Il est tout à fait possible qu’un auteur ai mis de choses dans son oeuvre de manière inconsciente (coucou Freud!) et que les lecteurs le remarquent. Néanmoins, j’ai parfois l’impression que les gens vont chercher midi à quatorze heures. Parfois, c’es drôle, barré….et parfois c’est juste, non.

Bref, cette longue introduction pour parler de quoi au final…et bien du duo formé par de One day de Old Xian. Je ne fais pas spécialement une fixette dessus (quoique), je pourrais tout aussi bien vous parler des personnages de BFF (c’est en prévision avec plusieurs autres choses entre autres). Si j’en parle c’est que le duo cristallise certains points cités plus haut.

Jian Yi (celui qui bave) et Zhan Zhengxi (celui qui supporte)

Revenons donc à l’histoire, pour re-contextualiser. Old Xian dessinatrice chinoise travaillant au studio Mosspaca a créé une histoire pour la compile 19 days : One day. Pourquoi ce titre, je ne saurais vous dire, les histoires commencent par « one day » sans réel contexte chronologique mais passons. Au départ, One day (connu aussi sous le nom de 19 days donc si vous voyez ce nom ne paniquez pas) était un récit court de 8 pages, qui fut suivi par une mêlée en vrac d’illustrations (amusantes ou suggestives) et des strips comiques dans lesquels nous retrouvions deux jeunes hommes sans nom -au départ-, dont l’un semblait avoir un gros faible pour son camarade qui répondait à tout cet amour par des lattes dans la gueule. Le tout dans des situations du quotidien. Bien que tout ceci était en vrac, il apparaissait déjà qu’ils étaient amis de longue date, Zhan Zhengxi (un des personnages principaux masculin) nous en faisant un bref résumé. Petit à petit il est possible de retrouver une certaine chronologie au travers de divers chapitres qui arrivent au fur et à mesure :

Nos deux personnages se sont connus pendant l’enfance. Avant cela, il semble que le père de Jian Yi soit partie pour des raisons obscures (un crime ? un problème avec la mafia ?) et que la mère du jeune garçon soit au abonnée absente. Notre pauvre Jian Yi se retrouve sans amis et souffre douleur de la classe jusqu’à ce qu’arrive , Zhan Zhengxi qui décide de lui tendre la main. Les deux deviennent amis, notre petit « orphelin » prend de l’assurance alors que Zhan Zhengxi commence à prendre ses distances avec son ami, sans doute trop bizarre et excentrique à son goût mais reste toujours avec lui. Puis Jian Yi se fait kidnapper par des hommes de mains sous l’ordre de son père (?) et ne réapparaît que quelques années plus tard, obligé de se retaper le lycée qu’il a loupé tout en squattant chez son pote qui lui est désormais à l’université.

C’est ce que nous pouvions établir à partir des premiers strips. (NB: je me base sur la numérotation des chapitres donné par les traducteurs anglophones qui prennent en compte le récit de 19 days + les illustrations de One Day. Il ne s’agit pas de celle de l’auteure.) Depuis le chapitre 55 environ, l’auteur se consacre à écrire une histoire cohérente et qui se suit, alternant les débilités de Jian Yi sur l’impassible Zhan Zhengxi (qui ont depuis acquis un nom : Jian Yi au chapitre 105 et Zhan Zhengxi au chapitre suivant). Leur relation est plus ou moins la même que dans les premiers chapitres montrés, quoique Jian Yi est moins rentre dedans (sans mauvais jeu de mot). C’est là qu’on apprend leur amitié de longue date.

Petite aparté car il y a je trouve une petite incohérence chronologique.
Puisqu’il nous est expliqué dans les premiers chapitres que Jian Yi a disparu le 2ème jour de son entrée au lycée, pour ne revenir que quelques années plus tard alors que Xi est à l’université, quand se passe tout les récents chapitres ?  Tout ce qui se passe actuellement, se passe avant que Xi ne soit à l’université. Ce qui invalide certaines théories qui pense que le comportement de Xi est basé sur la peur de perdre « encore » son ami, sauf que ce n’est pas encore arrivé. Hors, lorsque Xi est à l’université leur relation est au même point que quand ils se sont quittés (je t’aime, je te baffe).  Alors, soit tout ce qui se passe actuellement remplace en partie ce qui a été  dit précédemment, soit leur relation ne va pas évoluer des masses, vu qu’au moment du retour de Jian Yi, c’est la même routine.
J’ajouterai que les actuels chapitres ont l’air de se passer au lycée alors que Jian Yi est censé ne pas y être.
Fin de l’aparté.

Si je vous parle d’eux, c’est pour une simple raison : l’ambiguïté. Jusqu’à un certain point, il était possible de se dire que l’auteur aller éternellement faire fonctionner ces deux là en une sorte de duo comique où le rôle de chacun était assez clair et défini.  Jian Yi l’adorkable garçon amoureux de son meilleur ami Zhan Zhengxi qui lui est un archétype de tsundere. Une sorte de statu quo. Les gens qui lisaient pouvaient monter des théories sans que celle-ci ne me gêne. Il y avait une certaine mélancolie dans cet amour à sens unique, Jian Yi pouvant se montrer retord et possessif (Cf les chapitres avec la stalkeuse de Xi et RedHead « twist the balls! ») comme complètement crétin. C’est en ça que le personnage est intéressant, il nous laisse à penser qu’il est sur la brèche, qu’il a un côté plus que retord et peut passer du côté obscure. En réalité, Jian Yi n’est pas un mauvais bougre, oui il est pervers,  a des idées bizarres, se montre parfois imprévisible, crétin, très gamin…mais il n’est pas complètement tordu.
Xi au contraire, est un cas plus classique : pas bavard en extérieur mais qui tient à ses (enfin SON) amis et peut se montrer impitoyable envers ceux qui leurs font du tord au point d’agir impulsivement. Pour raccourcir : un nounours en guimauve dans une carapace de glace mais avec des gants de boxe.

Instant de bonheur avant la cata

Mais au delà de ça, c’était surtout une belle amitié. Seulement voilà…le chapitre 142 est arrivé (pour le coup il va avec le 141 et le 143 qui poursuit directement). (NB: comme je l’ai indiqué en amont les chapitres ne sont pas numérotés par l’auteure puisque les illustrations comptent comme des chapitres, l’épisode du baiser devait être le chapitre 100)
Objectivement, il était très bon. Il était beau graphiquement, dans sa narration, dans la description des sentiments des personnages dont on sentait toute la peine, les doutes et les non-dits. Seulement voilà, ce passage a marqué une cassure dans l’atmosphère bien rodée de cette BD. Je n’ai rien contre le changement, peut être que dans quelques temps, avec beaucoup de recul, je dirais que la série en avait besoin car ça tournait en rond ou je ne sais quoi. Cruel changement d’ambiance avant le retour à la normale. Il y avait bien sur eu quelques changements auparavant avec l’apparition de nouveaux personnages : la soeur de Zhan Zhengxi, mais surtout la présence de deux autres garçons (He Tian et redhead -on ne connait pas encore son nom-)
Le rôle de He Tian était déjà assez ambigu en lui même : il console Jian Yi, se montre très amical voire plus…ce qu’il cherche n’est pas très claire. Rajoutez à cela qu’il est beau, riche, charismatique et que les filles se pressent au portillon.
Mais revenons à nos moutons… avant ce chapitre, les théories allées déjà bon train mais depuis j’ai l’impression que c’est pire. Les gens semblent vouloir absolument un Zhan Zhengxi x Jian Yi ou un Jian Yi x Zhan Zhengxi. Et c’est là que ça bloque pour moi car je pense, j’espère, je croise les doigts pour que ça n’ait pas lieu.
La relation entre nos deux héros est très belle en soi. Zhengxixi ou xi -je vais dire xi car je commence à fatiguer de l’écrire en entier- malgré une certaine distance, le fait qu’il parle peu et s’épanche peu, tient beaucoup à son ami. Il lui en colle une, il est agacé de son comportement mais il le connait bien, il arrive à cerner quand Jian Yi ne va pas bien. Bon par contre, il arrive moins à prédire ses futures conneries. Mais leur duo et le fait qu’ils soient toujours pris en flag’ dans les pires moment, me rappelle l’anime Daily Lives of High School Boys. Une amitié de longue date à la fois solide et fragile, immuable et changeante.

De mon point de vue, comme celui d’autres, Xi n’est pas complètement idiot et a bien vu l’hyper affection que lui porte Jian Yi. C’est après que les théories diverges : certains pensent que Xi ne veut pas s’avouer à lui même qu’il ressent plus que de l’amitié, d’autre qu’ils faisaient semblant de ne pas voir pour garder un statu quo…

miss-the-point1

Evidemment, tout le monde a bien compris que Xi était à côté de la plaque quand il demande à Yi s’il aime les garçons dans ce fameux chapitre 142. Non Yi n’a pas d’attirance spécifique pour les garçons (quoique), il aime Xi. Ce qui était également intéressant, c’est toute la discussion que certain(e)s ont eu suite à cette scène. Le fait que Yi pleurait parce qu’il pensait qu’il avait été très clair dans ses sentiments envers son ami depuis le début et pour finalement se rendre compte qu’en réalité celui-ci ne l’a jamais pris au sérieux. Ça se tient. Parce que l’équilibre délicat entre la blague et le sérieux a été brisé. Pour moi, les larmes étaient à la fois dû au fait que Xi se plante sur toute la ligne (donc ça fait mal) mais aussi que Yi s’en veut car il vient de briser ce train-train, cette routine qu’il avait tout les deux. La blague est allée trop loin pour ne pas être prise en compte et en révèle un peu trop. Donc ça fait peur.

Par contre, je ne suis pas en faveur des théories émises après qui évoquent la formation du couple entre eux. Genre c’est le matin, comme nous voyons du soleil, l’auteur veut nous dire qu’ils sont officiellement un couple. Parce que c’est officiel, ils viennent de dépasser le stade ami pour celui d’amoureux. NON. C’est ce qui rejoint ce dont je parlais plus haut : la binarité en amour. Au delà de l’amitié, c’est forcément un sentiment amoureux. Je ne sais pas si je dois être triste ou énervée par le manque d’imagination des gens et leur vision parfois très étroite.
Il y a déjà une retour à leur dynamique précédente dans les chapitres post 143, même si Xi essaie de discuter de quelque chose sans y parvenir (on peut penser qu’il veuille parler des précédents événements, logique).

Pourquoi je suis contre cette idée de couple ? Déjà parce que c’est trop simple, c’est mille fois vu et je trouve que ce qui a été mis en place entre eux ne va pas, ne doit pas, aller dans cette direction. Ne pourrions nous pas avoir une amitié entre garçons touchante, basée sur l’affection, la connerie ado, les malentendus, les ambiguïtés, la complicité, la compréhension de l’autre…sans rajouter tout ce fatras yaoïste. Un peu de shonen aï pour mousser pourquoi pas mais le reste…
J’ai l’impression que les gens tendent facilement aux relations amoureuses entre garçons car c’est plus facile à traiter et semble être une suite logique alors que non. Justement traiter d’une relation complexe qui ne soit pas amoureuse est -à mon sens- un vrai challenge. Je ne dis pas qu’une relation amoureuse ne peut pas être complexe et pleine d’ambiguïté  mais je pense que l’on peut traiter une histoire d’amour complexe sans forcément tomber dans le « Ah mais en fait on est amoureux l’un de l’autre ! ». Je pense que des gens peuvent partager des sentiments très fort, qui aillent au delà de l’amitié « classique », sans être amoureux.
Je pense que la volonté des gens à vouloir absolument du yaoï vient sans doute des premières illustrations qui nous vendaient de l’érotisme et des relations sulfureuses entre garçons plus que de l’amitié (et de l’appellation du comics). Evidemment, je peux me planter sur toute la ligne avec One day. Peut-être que l’auteur veut aller dans ce sens, peut-être qu’elle réussira à me faire changer d’avis ( ou presque) à la BFF.

Ce qu’on nous vendait…

Ce qu’on a eu…

Dans les derniers chapitres actuellement sorties, Xi nous fait une sorte de crise, qui vient en réalité d’un malentendu. Certains y verront de la jalousie amoureuse, moi j’y vois un garçon qui a toujours été le seul ami et seul soutient de Jian Yi qui voit ce dernier devenir soudain le centre d’attention et a une certaine peur de ce changement qu’il ne maîtrise pas. C’est surtout se rendre compte qu’une personne à laquelle on tient peut vivre sans vous et vous laissez tout seul en arrière. Mais également une autre preuve d’une amitié forte et sincère qui montre qu’il ne supporte pas qu’on se moque de Jian Yi, sauf que cette fois il le dit ouvertement.

Que les fans shippent des personnages en réalité ne me gêne pas (qui ne le fait pas ?), c’est juste que les théories de couple entre les deux personnages, après avoir décortiqué chaque parcelle du comics, image par image, me semblent aller un peu trop loin. Surtout si c’est pour annoncer ses conclusions comme des vérités absolues (et ça se passe encore plus mal si tu n’es pas d’accord).
« Regardez X regarde Y fixement à la 4ème case c’est une preuve du début de ses sentiments pour Y! »
Les lecteurs et lectrices sont libres de leurs interprétations, parfois c’est sensé, parfois ça me donne juste envie de balancer mon PC par la fenêtre. Parfois, je me demande si le lecteur n’est pas formaté après avoir lu/vu/englouti des tonnes d’œuvres qui se ressemblent plus ou moins, avec plus ou moins le même schéma. S’il n’est pas difficile, autant pour l’auteur que celui qui lit, d’imaginer autre chose que ce qui a été déjà mille fois vu et revu.

C’est à peu près la tête que je fais devant certaines analyses.

Ma relation avec les histoires d’amour ou le yaoï est assez particulière, j’en lis beaucoup, j’en vois beaucoup mais je ne suis pas fan pour autant, je ne cours pas non plus après.

En réalité, je pense que je suis contre les facilités scénaristiques, surtout si elles ne sont pas assumées. Je suis contre certains effets des auteurs qui sont juste là pour nous mettre de la poudre aux yeux pour cacher ce qui est, selon moi, creux et vide de sens. Je suis parfois énervée devant les élucubrations de certains fans, ou quand certains revendiquent de s’identifier complètement à tel ou tel personnage, de savoir parfaitement ce qu’il pense, de pouvoir se mettre à sa place. On parle souvent de la « psychologie des personnages » mais quelqu’un m’a dit un jour qu’un personnage n’a pas de psychologie, c’est juste un personnage fictif. Il ne pense ni ne vit qu’à travers son auteur ou son interprète, lui donner une « psychologie » c’est voir, ajouter des choses, là où il n’y a rien à voir.

Bref, que conclure de cette interminable note, qui de base devait être une analyse du traitement de deux personnages de One day à partir d’un champ du dictionnaire de l’amour peu exploré.
One day est une série que j’aime, que j’apprécie, que je suis religieusement ou presque (comme tant d’autres). J’aime les théories de toutes sortes mais quand cela touche des personnages que j’apprécie et des histoires de couples, je peux montrer au créneau.
Pour en revenir au titre, il y a, à mon sens, des personnages qui mériteraient de ne pas finir ensemble parce que l’amour est vaste et qu’il est dommage de se limiter à des structures binaires. Je souhaite une longue vie à One day, je souhaite de voir d’autres bons moments et rire encore de ces histoires.