Le fil de la vie

Après quelques mois d’absence, je reviens vers ce blog pour parler film. Il y a quelque temps déjà, j’avais lancé une rubrique sur les films d’animation oubliés ou presque (Chat c’est Paris, La dernière licorne, les films d’animations russes, etc.) mais qui méritent qu’on y jettent un œil.
Aujourd’hui je vais donc évoquer un film que j’avais malheureusement raté à sa sortie et dont il est difficile d’avoir des informations. Entendez par là, que si vous tapez son titre dans votre moteur de recherche peu de choses en sortirons et que je vous souhaite bien du courage pour trouver une version DVD avec du français dedans.

Je vais donc parler du film « Le fil de la vie« , de son vrai nom « strings », (moins poétique mais tout aussi évocateur) sorti en 2005 chez nous. Ce film a donc plus de 10 ans (déjà!).
Je tiens à en parler pour deux choses : la première c’est qu’il est -il me semble- un peu passé aux oubliettes et qu’il mérite un peu plus de reconnaissance, la seconde pour sa technique d’animation.

L’affiche est quelque peu mensongère : Zita n’est pas l’héroïne et il n’est pas question d’épée

J’avais déjà écrit un billet à chaud après mon visionnage de la série Thunderbolt Fantasy (qui a eu droit à un film et aura une seconde saison mais j’y reviendrai dans un prochain billet) qui utilisait des marionnettes, ce qui avait engendré un débat sur le fait de savoir si c’était de l’animation ou non. Ici, nous nous retrouvons peu ou prou avec la même choses : des marionnettes. Sauf qu’ici leur fonctionnement est un peu différent puisqu’elles ont des fils. C’est à la fois la force et la faiblesse du film mais j’y reviendrai. Mais d’abord un peu plus de détail sur le film en lui même.

Il s’agit donc d’un film d’animation sorti en 2005 en France avec une version française -que je n’ai malheureusement pas pu voir- et réalisé par Anders Ronnow-Klarlund. C’est une coproduction danoise, norvégienne, suédoise et britannique.

L’histoire débute au moment où le roi s’apprête à s’ôter la vie. Avant cela, il écrit une lettre à son fils Hal afin de lui expliquer son geste, ainsi que de le mettre en garde contre son oncle Nezo et l’acolyte de celui-ci, Ghrak. Il lui demande également de prendre soin de sa sœur Jhinna et de rétablir la paix entre leur peuple et les Zeriths. Malheureusement, Nezo trouve la lettre et fait passer le suicide en assassinat commis par leurs ennemis, lançant le fils dans une quête vengeresse pendant qu’il prend le pouvoir et déclare la guerre aux Zeriths.

 

L’intrigue du film est en somme très classique et aura un arrière goût de déjà vu. Néanmoins, c’est aussi cette inspiration des classiques gréco-romain (trahison, meurtre, vengeance, amour, rédemption, etc.) qui font aussi partie de son charme. L’histoire amène une certaine esthétique antique dans les décors, l’atmosphère et les tenus des personnages.
L’autre point fort et d’intégrer ces fameux fils qui servent à faire évoluer les marionnettes comme de véritable éléments de l’intrigue. C’est grâce à elles que les personnages vivent et bougent, et les protagonistes en sont conscients. Couper son fil de vie c’est mourir, de même que couper le fil d’une articulation revient à une amputation – remplacer un membre revient à prendre celui de quelqu’un dont les fils ne seraient pas coupés-. Le film arrive à construire, avec plus ou moins de cohérence, tout un univers autour des fils. Etant donné que les fils montent jusqu’au ciel, sans qu’on en voit la fin, les personnages croient en une forme de force divine qui les relient tous les un aux autres (« je commence là où tu finis »). Ces fils ne semblant pas avoir de fin, une porte fortifiée n’est donc pas nécessaire pour protéger la ville, une simple barre placée en hauteur suffit -puisque les gens ne peuvent passer en dessous-. Il en va de même pour les prisons : les gens sont confinés dans les interstices d’une grille. Les naissances sont aussi des moments particulier puisque comme il s’agit de marionnettes, les nouveaux nés sont sculptés dans le bois avant que des fils ne se détachent de la mère pour ensuite être relier manuellement au corps. De part leurs corps aux pièces remplaçables, il y a un commerce d’esclaves qui servent à la fois de main d’oeuvre comme de pièces de rechange.

Toutefois quelques questions subsistent : comment les hommes de Ghrak n’arrivent-ils pas à trouver les Zériths alors même qu’il est possible de repérer les gens grâce à leurs fils ? Comment se fait-il que les personnages puissent se noyer alors même qu’ils sont fait de bois (ça flotte) et qu’ils ne semblent pas avoir besoin de respirer (un bébé n’a ni nez, ni bouche par exemple) ? Comment peuvent-ils traverser des grottes ? Pourquoi avoir des toits et des murs ?  De même, je trouve un peu idiot d’aller mettre le feu à une forêt alors que votre corps est en bois et que vos fils prennent feu comme de la paille…
Du détail certes, qui ne m’ont pas empêchée d’apprécier le film.

De très beaux effets de lumière et des environnements variés

Les mouvements des personnages sont très fluides et harmonieux, on est loin des sentinelles de l’espace ou de team america. Il y a juste les scènes de combats qui manquent parfois de dynamisme et on peut se perdre visuellement à cause des nombreux fils. Les marionnettes partagent quelques points communs avec celles de Thunderbolt fantasy, à savoir que l’essence de leur expressivité faciale se résume surtout aux clignements des yeux. Personnellement ça ne me dérange pas puisque l’empathie passe par le mouvement et le doublage. Cependant, j’ai pu voir des commentaires de personnes que cela gêné pour l’immersion. Parlons-en du doublage, en version anglaise on retrouve du beau linge avec James McAvoy dans le rôle de Hal, Derek Jacobi (Feodor Atkine en VF) dans celui de Nezo, Ian Hart en Ghrak ou encore David Harewood en Erito.

Le film ne souffrent d’aucun temps mort et aurait mérité selon moi d’un peu plus de temps -le film fait 1h30- pour permettre de plus développer ses personnages qui restent très basiques. Cette impression d’aller droit au but sans traîner à aussi ses inconvénients puisqu’on comprend rapidement ce qui va se passer et les relations se font et se défont très vites (Hal et Zita). Jhinna sert majoritairement à apporter les éléments poétiques du film et aurait mérité un peu plus que d’être une jeune fille à sauver. De même tout le passage dans le désert aurait mérité d’être plus long et développé. Surtout le moment où Hal retrouve l’esclave à qui il a pris la main, puisque le héros le qualifiera plus tard d’ami à qui il fait une promesse alors que rien n’est montré en ce sens.

Pour conclure, Le fil de la vie est un film qui mérite qu’on s’y intéresse. Il est certes classique dans le fond et avec les défauts inhérents à ce genre de production mais change de ce qu’on a l’habitude de voir. De plus, il possède une belle mise en scène et de très belles musiques qui s’accordent parfaitement avec l’univers aux accents de tragédie antique.

 

Il est possible de voir le film gratuitement et en toute légalité sur le site médiathèque numérique, après inscription à la plateforme. Toutefois, le film n’est disponible qu’en version anglaise sous titrée français et qu’il n’est pas disponible en HD.

Herald : a period drama

Une fois n’est pas coutume, je vais parler d’un jeu qui -à l’heure où j’écris ces lignes- n’est pas terminé. J’entend par là  que sur les 4 livres prévus qui composent le jeu, seul les deux premiers sont sortis.
J’ai connu Herald sur steam et l’ensemble me plaisait bien, j’ai attendu une promo pour me le procurer. Il s’agit d’un jeu indépendant développé par Wispfire, un studio néerlandais, et sortie en 2017. Il est classé dans la catégorie point&click mais lorgne pas mal vers le visual novel.
Moi qui aime les point&click et les period drama, le jeu avait déjà une bonne base pour me séduire.

 

Bref de quoi ça parle…

Herald est le nom du bateau sur lequel le héros que vous incarné, Devan Rensburg, vient de s’embarquait en tant que marin pour aller vers les colonies en l’an de grâce 1857. En effet, le jeu nous propose un XIXe alternatif dans lequel le Protectorat  (qu’on peut assimiler à l’empire britannique) gouverne une grande partie du monde dont les colonies indiennes.
L’histoire commence après qu’on vous ait sauvé de la noyade, vous vous retrouvez nez à nez avec La Rani, une femme qui vous interroge sur votre passé au sein du protectorat mais également sur le déroulement des événements sur le Herald. Vous allez donc vous replonger, à l’aide de votre journal de bord, dans vos mésaventures sur le bateau, les personnes que vous avez rencontrés, les choses que vous avez faites (ou pas)….

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Différentes expressions de notre héros que nous pouvons voir à travers le jeu -j’ai un faible pour la mine boudeuse-. Même si personnellement j’ai plus eu la sensation de le voir surpris/effrayé une majorité du temps.

Il faut également savoir que Devan, bien qu’ayant grandi sous l’égide du protectorat, est un enfant adopté issu des colonies. Sa mère serait des Indes alors que son père viendrait du protectorat. Il est donc la somme d’un mélange culturel et devra sans doute faire un choix entre sa patrie d’adoption et celle qui l’a vue naître.

Le coeur du jeu en plus de l’aventure et d’évoquer les problèmes de racisme (entre autres) inhérent à l’époque. Il est ici assez subtile entre les remarques que vous pourriez avoir sur votre place à tenir, Aaron Ludlow -le second officier et la personne qui vous a recruté- qui vous indique que malgré les années passées les promotions se font attendre et qu’il n’attendra sans doute jamais certains hauts postes compte tenu de ses origines, etc…sans parler de l’histoire de La Rani ou encore de Daniel. La place de la femme est aussi évoqué dans une société où on attend d’elles rien de moins que de se montrer vertueuses et distinguées.
Il y ai également fait mention à mots couvert de pédophilie, quoique ce dernier point fait débat. Sans trop spoiler, le comportement/relation entre deux personnages peut être sujet à plusieurs interprétations. Personnellement, de ce que j’ai pu constater en jouant c’est que l’un des personnages essayait d’avoir une relation affective d’ordre paternel -parfois lourde et maladroite- avec une personne qui manifestement n’en veut pas et accessoirement semble en vouloir à la terre entière.
Le studio a d’ailleurs apporté un grand soin au doublage des différents personnages qui en disent long sur leur personnalité, leur culture et leurs origines. Il est très agréable d’entendre ces divers accents : anglais, indien, jamaïcain, brésilien

J’ai beaucoup aimé l’ensemble des personnages, mais de ce que j’ai pu voir, Ludlow semble être le moins apprécié à cause de son comportement qualifié souvent « d’idiot » par les joueurs. Cependant, plusieurs choses prennent sens au regard des révélations à la fin du livre II. J’en suis même devenu à me demander si Caleb n’était pas au courant depuis le départ, aux vues de certaines remarques…
Il n’y pas réellement de méchant dans le jeu car même Morton, aussi désagréable qu’il puisse être avec son air de méchant Disney, possède des points sensibles. Il s’agit plus de notre capacité en tant que joueur à savoir jouer de ses relations pour se faire des amis et/ou des ennemis des personnes à bord.

 

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La mystérieuse Rani à qui vous contait votre histoire. La fin du livre II vous laisse le soin de choisir si vous souhaitez être dans son camps ou non.

Sur le jeu

Les deux premiers livres sont très courts (3/4h max) et le livre I n’est pas très intéressant. Il vous permet juste de vous familiariser avec le jeu et ses différents personnages. Le II a son lot de rebondissement et de mystères. Compte tenu de la fin du II, j’attends beaucoup de la suite et les choix pour Devan s’annoncent difficiles.
Globalement le jeu est assez simple : pas d’inventaire, pas de tâches ardues ou d’énigmes à vous retourner le cerveau -c’est simple il n’y a pas-. L’important se trouve surtout dans les dialogues et les interactions avec les personnages. Dans une conversation, chaque fois que ce sera au tour de Devan il aura le choix entre plusieurs réponses. Si certains choix se ressemblent ou mènent à la même conclusion, d’autres seront décisif pour la suite du jeu concernant le destin de certains personnages. Mais comme j’ai pu le lire de la part des auteurs, ce n’est pas tant les choix de Devan qui seront important que la réaction des autres personnages face à ces choix. Il y a donc un petit côté walking dead puisque vos choix ont des conséquences pour la suite de l’intrigue. A la différence que vous n’êtes pas limité dans le temps pour faire ces choix mais vous pouvez mûrement les réfléchir. Le héros peut donc s’impliquer d’avantage dans les problèmes des autres, se montrer à l’écoute et diplomate ou au contraire se rebeller contre l’ordre établie, faire en sorte qu’on ne lui marche pas sur les pieds, voire provoquer les incidents. Le personnage de Devan n’est pas pour autant dépourvu de personnalité, c’est un garçon intelligent et cultivé comme le montre sa grande connaissance des objets sur le Herald.

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Exemple de choix multiples. J’aime beaucoup l’aspect journal de bord donné à la boîte de dialogues.

Néanmoins, le seul reproche qu’on pourrait faire au jeu c’est son côté linéaire. On ne s’éparpille pas en différentes sous intrigues puisqu’en général nous avons une chose à faire à la fois et le jeu nous conduit en ligne droite pour y parvenir. Certaines pièces ne s’ouvriront donc que lorsque que cela sera nécessaire.

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Le mélancolique Daniel au passé amoureux tragique.

Comme je le disais en amont, le studio a fourni de gros effort concernant l’immersion dans le jeu. Outre les voix, c’est aussi tout l’univers de la marine qui nous est dévoilé :  détails du navire, son plan et une encyclopédie à compléter en fouillant un peu partout sur les objets cliquables histoire d’avoir un petit topo dessus.
L’autre gros effort concerne l’ambiance et le réalisme des personnages. Si les costumes des membres d’équipage font effectivement référence à la marine britannique, Tabatha et Morton tiennent plus des hollandais du XVIIe. Il en va de même avec le Herald qui apparemment serait plus du XVIIIe que du XIXe. Certains personnages ont été créés à partir de personnes réelles telle La Rani qui est directement inspirée de Lakshmi Bai.Evidemment tout ceci est voulu mais on pourrait néanmoins trouvé l’ensemble ambiguë. Pour un jeu qui souhaite parler de colonialisme, tout en rendant l’ensemble historiquement inclassable, c’est étrange. Idem concernant l’identité culturelle face au multiculturalisme. Quoique en même temps, l’univers nous semble familier, tout en étant étrange, nous sommes donc entre deux mondes un peu comme certains personnages.

A part cela, le grand point fort vient des personnages ou du moins des illustrations de ceux-ci pendant les dialogues. En effet, ils ne sont pas statiques. Nous les voyons respirer, cligner des yeux, sourire, soupirer, se mettre en colère, être étonné…On est loin des yeux qui roulent de droite à gauche de chez Cinders. Cela donne un vrai plus aux personnages qui les rend vivant. Apparemment les créateurs ont utilisé le programme Live2D qui permet de rendre un effet 3D aux illustrations 2D, sans avoir besoin de passer par la conception d’un modèle 3D ou d’animer image par image. Programme utilisé d’ailleurs par plusieurs jeux japonais : fire emblem, yumeiro cast, akiba beat, black rose valkyrie…notamment pendant les phases de dialogues.


Cependant le jeu n’est pas exempte de défault et, à part le côté linéaire, il a été critiqué pour ses arrières plans 3D. Si ces derniers sont plutôt lumineux et colorés, la 3D est assez anguleuse et m’a donné un effet un peu « old school ». Au départ, les personnages, notamment leurs proportions, m’ont paru étranges, comme leur façon de se déplacer un peu raide mais j’ai fini par m’y faire.
Après la caméra n’est pas toujours agréable. On tient plus de la « CCTV camera » comme l’a fait remarquer quelqu’un . Les angles sont souvent pris de haut et de biais et n’aident parfois pas à avoir une bonne visibilité des pièces étroites du bateau.

Sinon, la musique est plutôt discrète mais agréable. Il y a juste la chanson de Tabatha qui reste en tête.

 

Pour conclure

J’ai essayé d’en dire le moins possible au sujet de l’histoire, des choix et des révélations. Dans l’ensemble Herald a reçu des critiques plutôt positives ainsi que plusieurs nominations et prix comme jeu indépendant.

En plus de la qualité artistique, il y a un mon sens une vrai volonté de raconter quelque chose d’important de la part des auteurs. Car, bien que l’histoire se déroule au XIXe, les questions autour de l’identité et l’héritage culturelles, les problèmes sociaux, le racisme sont toujours d’actualité.

Globalement Herald a period drama est un jeu très agréable dont j’attends la suite avec impatience. Malheureusement, ça ne sera pas pour de suite puisque les développeurs ont annoncé que le jeu ne s’était pas vendu comme ils l’espéraient et que par conséquent ils travailleraient sur Herald quand le temps et l’argent le leur permettaient. En espérant que le studio et le jeu ne subissent pas le même sort que Lostwood avec Leviathan.

 

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Gray Matter : entre science et magie

Le point& click a toujours été une catégorie de jeux vidéos que j’apprécie, autant pour les univers visuels qu’ils peuvent apporter que le temps à passer à se creuser la cervelle devant certaines énigmes.
Je venais de finir toute une série de jeu dans le genre (7) quand je décidais de me lancer dans Gray Matter. J’avais vu plusieurs fois ce dernier sur la plateforme steam et bien que n’ayant jamais entendu parler de ce jeu, je décidais d’en faire l’acquisition. J’avoue que le jeu est resté quelque temps dans les cartons avant de me lancer dans l’aventure. Après une quinzaine d’heures passées dessus -que je n’ai pas vu filer-, l’expérience s’avère concluante même si j’aurais quelques reproches.

Comme je l’expliquais en amont, je n’avais jamais entendu parler de ce titre avant de tomber par hasard dessus. Il faut dire que je ne me tenais pas au fait de l’actualité dans le monde du jeu d’aventure et du point&click. Apparemment ce qui a surtout attiré l’œil de connaisseurs, c’est qu’à la barre de ce jeu se tient Jane Jensen responsable de la saga des Gabriel Knight (auquel j’ai pu un peu toucher). Il semblerait que certains joueurs attendaient le retour de la dame comme le messie.

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De quoi ça parle ?
Nous suivons les aventures de Sam Everett, jeune femme apprentie magicienne, en route pour Londres afin d’entrer dans un club de magiciens très sélect et secret : le Daedalus club. Sauf que par le hasard des choses, elle se trompe de route et tombe en panne pas loin du manoir d’un certain Dr David Styles. Elle tombe sur la futur assistante de ce dernier qui fuit les lieux et décide de prendre sa place le temps de se retourner. Sam, en plus de travailler désormais pour le mystérieux docteur, doit résoudre des énigmes laisser par le Daedalus Club pour pouvoir entrer chez eux.
Sauf que d’étranges événements commencent à se produire sur le campus de l’université après qu’elle ait recruté plusieurs étudiants pour une expérience du Dr Styles.
Le but du jeu sera donc de résoudre à la fois les bizarreries du campus et les énigmes du Daedalus en incarnant à tour de rôle Sam et David.

Choix intéressant entre une Sam magicienne mais qui croit qu’il y a toujours une explication rationnelle et un David neurobiologiste reconnu mais qui, lui, croit au paranormal.

 

Que dire de Gray Matter ?
Il s’agit globalement pour moi d’une agréable surprise avec un univers et des personnages intéressants. J’ai beaucoup apprécié le soin apporté aux décors du jeu, vraiment très lumineux et qui me rappelaient un peu ceux de Black Mirror (le jeu, pas la série TV), notamment le grand manoir mais en moins sinistre cependant. Je regrette d’ailleurs qu’on ne puisse pas visiter plus de pièces. A part ça, l’espace des pièces dans ce château me semble disproportionné. Sérieux la cave est plus grande que le manoir et on pourrait installer un bowling dans les couloirs !
Certains angles de vues ne sont pas agréables pour chercher/repérer et on peut passer à côté d’éléments, quand d’autres plans sont un peu forcés niveau contre plongée (l’entrée du parc).

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Les différentes vues d’Oxford sont agréables, bien que je n’ai pas souvenir de ces endroits précis dans la ville et de rues beaucoup plus bondées. Le jeu est aussi parsemé de petites références : Harry Potter (on est à Oxford!), Alice au pays des merveilles (on est à Oxford bis!), sans oublier Gabriel Knight et sa créatrice.
Le choix des cinématiques comme des peintures animées ou typées « visual novel » a aussi ses qualités et défauts. Certaines scènes sont très agréables à regarder et vieilliront sans doute mieux qu’une 3D de l’époque mais rendent le tout parfois confus (j’ai cru que l’assistante c’était fait enlever alors qu’elle a juste fui) dans les actions et donne par moment l’impression d’un ensemble un peu pauvre. Si le visage de Sam reste le même dans toutes les séquences où elle apparaît, ce n’est pas toujours le cas de David qui un coup parait plus jeune, plus vieux, plus fin ou plus carré. D’ailleurs, j’ai eu du mal à m’habituer à sa voix. Certes c’est sensé être le docteur mystérieux avec une voix profonde et grave, mais sans doute un peu trop…je trouvais que si la voix correspondait aux critères, elle lui allait assez mal. Sans parler des personnages secondaires, « le club des agneaux », dont la plupart n’ont pas grand chose à voir avec leur version 3D moche (coucou Harvey!).
En parlant de 3D, les créateurs du jeu ont eu l’idée de mettre le visage animé des personnages dans la boîte de dialogue chaque fois que ceci disent quelques choses. En soi ça n’a rien de condamnable, seulement ces têtes 3D sont affreuses et font peur. Il aurait mieux valu mettre des illustrations animées ou travaillées.
L’animation des personnages n’est pas forcément au top dans certaines scènes : ils effectuent des actions que l’on ne voit pas (Sam qui mange son petit déjeuner tout en restant debout devant la porte).

Au niveau de la musique, sans être marquante elle est agréable et sied bien au jeu. Le reproche que je pourrais lui faire est que parfois les voix des personnages sont couvertes par la musique ou le son ambiant mais il y a les sous-titres pour palier à ça. C’est un problème que je retrouve souvent dans les point& click que j’ai fait dernièrement, notamment Black Mirror.

Au final il y a peu de véritables énigmes ou puzzles, peu d’objets à combiner et les choix de dialogues n’influencent en rien la suite.
Les énigmes du Daedelus club que doit résoudre Sam ne sont pas compliquées, sauf celles de la fin au club. En général, le plus handicapant c’est que je connaissais la réponse finale mais qu’avant d’y accéder il fallait passer par toutes les étapes. Tant que celles-ci ne sont pas résolues vous ne pouvez pas débloquer l’énigme finale.

L’intégration de tours de magie est une bonne idée même si je trouve que parfois la réalisation des tours fait un peu grossière et qu’il n’y ait pas possibilité de combiner plusieurs tours ou d’en apprendre de nouveaux (hors ceux du livret). Surtout quand on voit les tours de Sam lors de son show qui sont d’un tout autre niveau. La réalisation des tours par étapes est agréable en début de jeu pour bien comprendre les termes et arriver à ses fins mais gêne un peu sur la fin. Après ça reste une question de goût.

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Ce que je trouve vraiment dommageable en revanche c’est les personnages peu développés. Certes on alterne entre Sam et David, ce qui permet de mieux les connaître. On en apprend plus sur le passé de David et l’amour qu’il voue à sa défunte femme Laura lorsqu’il essaie de recréer les moments qu’ils ont passé ensemble. Pour Sam, on comprend son enthousiasme pour la magie mais finalement peu sur sa vie d’avant. Détail amusant c’est l’écran de chargement qui nous donne des infos sur elle. Non ce qui est vraiment dommage c’est au sujet du club des agneaux. Sam est chargée de recruter des étudiants pour une expérience scientifique. Chacun d’entre eux est un peu cliché : la bimbo fille à papa, le garçon timide dans les jupes de sa mère, la fille romantique coincée, le lourdaud, le scientifique rationnel.

*attention ce qui suit contient des spoilers*
En tant que Sam, on interagie finalement assez peu avec eux en dehors de l’expérience, on a pas de long dialogue pour en apprendre plus sur eux. Le seul moment qui permet d’en apprendre d’avantage, c’est quand on visite leurs chambres. Ce qui est d’autant plus dommage qu’à plusieurs reprises dans le jeu, ils diront qu’ils sont les amis de Sam et qu’ils sont là pour l’aider (alors que chacun était prêt à accuser l’autre). Rappelons que le tout le jeu se déroule seulement sur quelques jours -même si nous n’avons pas vraiment d’indices temporel-. Ce qui fait que certains passages sont mal traités : Sam ne se sent pas vraiment concernée alors qu’elle vient de faire perdre son boulot à Malik ou lorsqu’elle accuse Harvey sans vergogne par exemple.
Sam sera d’ailleurs présentée comme une jeune femme brillante, dégourdie, au dessus de la moyenne alors que pendant toute l’enquête elle tire des conclusions hâtives, menace ouvertement et parfois avec des preuves faiblardes et questionne peu habilement les suspects.

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De plus, certains passages flous ou laissés en suspend sont indiqués comme « véridique » dans les critiques : le fait que se soit Angela qui aurait tué Laura alors que je n’ai pas souvenir que quoi que se soit l’indique dans le jeu.
Comme j’ai du mal à comprendre « l’amour » d’Angela pour David, qu’elle soit furieuse qu’il ait refusé de l’aider ok, qu’elle soit obsédé par lui et ses recherches pourquoi pas, mais j’ai du mal à comprendre pourquoi et comment elle en est venue à vouloir prendre la place de sa femme.
Le fait que certains disent que c’est Angela qui aurait sans le vouloir tué son père avec ses pouvoirs me laisse dubitative…sans doute parce que je trouve la fin quelque peu précipitée. En effet, le passé d’Angela, son père, les pouvoirs de ceux-ci ne sont jamais vraiment développés. Tout s’enchaîne très vite sur la fin, certaines conclusions ne m’ont pas parues évidentes et les problèmes de David ne sont pas réglés (je doute qu’il ait tourné la page avec sa femme).
En ce qui concerne le « coupable » des événements, comme nous avons suivi en parallèle Sam et David qui ont enquêté chacun à leur manière, nous avons deux résolutions différentes. Autant celle de David fait sens avec son passé, et j’avoue ne pas très bien comprendre pourquoi une fois qu’il voit qui et quoi n’est pas « normal » il n’agit pas, autant je ne comprends pas très bien comment Sam fait le lien avec la personne responsable (juste en voyant la photo d’Enigma ?).
On ne sait pas non plus pourquoi Helene a des seringues dans sa chambre (est-ce que c’est vraiment de la drogue ?), Sam qui enquêtait pour David ne lui a pas remis les photos de la piscine, comment Helena a réussi à rentrer dans le Daedelus club alors que Sam a du faire tout un parcours du combattant pour y parvenir ? etc…plein de petites choses qui font tiquer même si elles n’ont pas d’importance dans le scénario.
Sans oublier l’histoire d’amour…qui se sentait venir à des km. Notre héroïne commence à passer du « Dr Styles » à « David » et devient hyper protectrice à son égard, veut plus que tout résoudre le mystère pour lui et est convaincue que quelqu’un lui en veut …On peut comprendre que Sam soit touchée par la détresse de quelqu’un qui a perdu un être cher, qu’elle commence à se sentir impliquée dans les recherches de Styles mais au final tout ce qu’elle sait de lui, c’est pas grand chose. Elle a finalement eu peu de contact et de conversation avec ce dernier, tout ce qu’elle connait de lui c’est par les autres : le directeur de la fac, les infos de la bibliothèque, Malik, la femme en charge du manoir….normal qu’elle se monte des films toute seule alors que la cuisinière la met en garde sur le fait qu’elle ne sait pas grand chose de Styles.
En parlant de ce dernier, outre le fan service à son encontre (ce qui n’est que justice quand on voit la démarche de Sam en parallèle), c’est un vieux garçon avant l’heure, un vieux ronchon de 35 balais qui rouspète plus qu’il ne mort. Certes il y a du cliché en lui : homme devenu amer suite à la mort de sa bien aimé qui a en réalité un cœur d’or sous une attitude de vieux con. Nous le voyons évoluer pour sortir de l’enfermement de son labo et aller se confronter un peu plus au monde. La seule grande révélation à son sujet -mais qu’on sentait venir- vient de son visage et du fait d’avoir transposé les souffrances de Laura et sa culpabilité d’avoir survécu sur sa façon de se percevoir.
On peut supposer que Styles a commencé à s’attacher à Sam, malgré des accusations hâtives à son encontre, de l’avoir virée comme une malpropre et de jamais s’être excusé auprès d’elle. Certes, il avait le droit d’être en colère qu’elle ait menti sur le fait d’être étudiante et d’avoir été envoyé par la fac mais en même temps, je n’ai pas souvenir qu’il s’en souciait, voire qu’il se soit intéressé un minimum à elle. De plus, elle n’a jamais menti sur le reste (à supposer qu’il ait demandé quoi que se soit) donc l’un dans l’autre…

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Au final, malgré tout ce que je cite, Gray matter est un jeu sympathique qui laisse sur un bon souvenir. Il n’est pas trop prise de tête, a des décors et une musique agréable et possède une fin qui a fait débat (fiancée de Frankenstein).
J’espère juste une suite pour continuer de voir évoluer le duo Sam/David dans des enquêtes ayant trait au paranormal.

Check please

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Aujourd’hui je vais parler d’un  webcomic que j’apprécie (pour changer) dont le titre est : check please !*applaudissement*  Plus sérieusement, si j’en parle ce n’est pas uniquement parce que c’est un sympathique comic mais aussi parce qu’il fait marcher le transmedia storytelling, mais j’y reviendrai. Commençons par le début : de quoi ça parle ?

Check please ! est donc un webcomic sur tumblr (mais qui a désormais son site) écrit et dessiné par Ngozi Ukazu. Dans cette série nous suivons Eric Bittle, aka Bitty, aka Bits, lors de ses 4 années à l’université (fictive) de Samwell  à Samwell dans le Massachusetts et surtout au sein de l’équipe universitaire de hockey. Globalement, ça va parler sport, amitié, amour et cuisine.

 

Avant ça, l’autrice

Pour parler de l’auteuse je dois dire que je connaissais rien d’elle avant de tomber sur Check Please. Ce que je sais d’elle vient quasi uniquement du tumblr où elle précise être d’origine nigérienne, avoir été diplômée de Yale en 2013 et qu’elle a un Master of Fine Art en art séquentiel (en BD quoi…) du Savannah College of Art and Design. Même si Check Please ! parle de  hockey, Ngozi, de son propre aveux, ne sait pas en faire -elle ne sait pas patiner- et n’était en rien spécialiste avant de commencer l’histoire (sauf si on considère ses recherches pour Hardy). Faut-il être fan de hockey pour lire ce comic ? Heureusement non, l’histoire se lit sans peine. Le lecteur à droit à quelques explications sur certaines pratiques qui tournent autour du monde du hockey (le concours des plus belles paires de fesses ! Très important!). Donc si vous aimez le hockey ou si vous vous y connaissez, cela ne peut qu’augmenter votre plaisir de lecture dès qu’on évoquera la NLH (ou vous pourrez noter les erreurs de l’auteure…).
Avant de créer Check Please !, l’autrice avait écrit une courte fiction en 15 pages, jamais finit (Ngozi ne sait d’ailleurs pas si elle la finira un jour), intitulée Hardy (toujours trouvable) que l’on peut considérer comme les prémisses de Check Please. L’histoire se passe toujours à Samwell dans l’équipe de hockey mais les personnages y sont complètement différents, bien que l’on puisse voir certaines caractéristiques  qui se retrouveront chez les personnages de Check Please !. C’est surtout à cette période que l’auteuse c’est intéressée au hockey et a avalé tout ce qu’elle a pu trouver sur le sujet. Hardy est d’abord différent car ce n’est que du texte mais la différence se ressent aussi dans l’atmosphère dégagée, beaucoup plus anxiogène et homophobique que ne l’est sa version 2.0. Mais comme je l’ai lu à plusieurs reprises : sans Hardy (qui est aussi le nom du personnage principal) pas de Eric Bittle. Les deux personnages sont aux antipodes mais la création de l’un a permis la maturation de l’autre et la volonté de créer ce comic.
L’autre point à souligner, c’est la forme du texte en elle même. Un format scénario avec des indications sur les personnages, leurs actions, les plans voulus…un peu comme si nous étions au cinéma. Une volonté de mise en scène que l’on retrouve également dans Check Please avec l’effet « face caméra », les ralentis (enfin surtout un ralenti), les choix de cadrages, les découpages de scènes…

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Pour en revenir à l’histoire…
Nous allons suivre le personnage principal, Eric donc, à travers ses 4 années de collège (pas le collège français hein). Ce qu’il faut savoir sur Eric, c’est qu’avant d’entrée dans l’équipe de hockey de Samwell, il était champion de patinage artistique et a été capitaine de son équipe de hockey dans le sud (et qu’il adore cuisiner…surtout des pies). Seulement voilà, malgré un talent certain sur la glace, il est rapide et précis, jouer avec une équipe de jeunes hommes plus grands et plus costauds n’est pas une mince affaire surtout que le hockey peut être un sport violent. Jusqu’à présent Bitty avait toujours pu échapper au « checking », technique de hockey qui consiste à désarçonner l’adversaire en possession du palet et le sort du jeu. D’où le titre du comics. La première année de Bitty va donc d’être de surmonter sa peur et son angoisse du contact physique pour pouvoir pleinement faire partie de l’équipe alors que certains membres, notamment le capitaine Jack Zimmermman, ne voient pas d’un très bon œil l’arrivée de ce freluquet, qui, pour eux, n’a rien à faire sur la glace. C’est donc une première lecture que l’on peut faire de ce comics : comment faire ses preuves dans un sport « viril » alors que l’on est gaulé comme une crevette ?
Le comic ne s’arrête pas là puisque le lecteur apprend rapidement que Bitty est gay. Il faut dire que Bitty adore faire la cuisine (il parle même au four qu’il a appelé Betsy !) surtout les pies, pies EVERYWHERE, est tout le temps fourré sur les réseaux sociaux (mais j’y reviendrai j’ai dit), adore la pop musique, chante Beyoncé sous la douche, décide de remettre de l’ordre dans cette porcherie pour garçons qu’est « The Haus » (là où les divers membres de l’équipe de Hockey résident), est conseiller vestimentaire pour l’équipe lors de grande occasion, crée les goodies de l’équipe (avec des minies pies !!), etc…je pourrais presque dire que l’auteuse pousse au cliché. Cette partie a son importance car même si l’histoire se passe de nos jours, il s’agit aussi pour Bitty de s’assumer, d’être pleinement lui même et d’être accepter par les autres surtout quand on pratique un sport réputé assez machiste. Et puis il y a aussi en filigrane les relations humaines et les histoires d’amuuuur.
Pour être honnête l’orientation sexuel ne Bitty n’est pas importante en soi, ce n’est pas ce qui le défini principalement dans le groupe, et les révélations sur ses préférences n’ont pas d’incidence majeur sur le scénario. Pour preuve, quand il l’annonce à Ransom et Holster, qui lui cherchent désespéramment un rencard, ça ne changent rien à leur plan, de plus ce passage ne fait pas partie du scénario principal (contrairement à la première fois où il l’annonce tout haut à Shitty) mais est juste une image annexe trouvable sur le tumblr. Bien que la question de l’homosexualité (comment vivre au grand jour, comment être un sportif professionnel et assumer ouvertement son homosexualité) sera remise plusieurs fois sur le devant de la scène à partir d’un certain moment du comics, elle ne fait pas tout le comics. Mais tout cela rejoins des questionnements et des problématiques plus « globales » comme le fait de gérer une relation longue distance, gérer une relation avec une « star »….

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Passons aux autres personnages sans qui check please ne serait pas check please… évidemment une équipe de hockey possède plusieurs membres mais le webcomic se contente de n’en développer que quelques uns (et les oubliés viendront se manifester d’une manière assez comique).

Jack Zimmermann aka Jack. Le capitaine de l’équipe de hockey de Samwell. Il est important d’en parler car la personnalité de Jack va évoluer au fur et à mesure, ses problèmes faisant partie de l’histoire. Jack a des « daddy »s issues » comme on dit. C’est le fils d’un ancien champion de hockey dont il essaie de suivre les traces et a donc un lourd héritage à supporter (en plus c’est le portrait cracher de son père version jeune). Jack c’est l’archétype du mec marié à son boulot : il vit hockey, il pense hockey, il respire hockey. Toute sa vie tourne quasiment autour de ce sport, ce qui fait que ses centres d’intérêts sont limités (bon il aime la seconde guerre mondiale…avec un major en histoire c’est normal aussi) et qu’il est une quiche en ce qui concerne la pop culture. A priori, il n’est pas quelqu’un de très amical, ni très social (il n’est pas très porté sur l’alcool et les soirées), ce qui lui vaut le surnom de « robot ».  Il est pro, s’entraîne comme un dingue, et prend ce sport très au sérieux. Pour lui, l’université de Samwell est l’occasion de faire ses preuves et de rentrer à la NLH, alors voir Bitty débarquer dans son équipe ne lui fait pas plaisir car ça risque de gâcher toutes ses chances. Leur relation de départ est assez houleuse, Jack ne cachant pas son animosité envers Bitty. Néanmoins, ce n’est pas quelqu’un de méchant. Il est très exigeant envers les autres mais surtout envers lui même. Sa relation avec Bitty est importante et nous allons la voir évoluer au fil du temps, pas forcément directement à travers les vlogs de Bitty mais aussi en arrière plan lorsque l’autrice met en éclairage certains personnages. Et c’est aussi en ça que Check please est intéressant, car même si nous faisons des bons dans le temps, l’auteuse ne lâche pas ses personnages et ses cases fourmillent de détails qui en disent longs.
J’avoue que je n’aimais pas spécialement Jack au départ, pas forcément à cause de son attitude mais surtout à cause de son design. J’ai une sainte horreur des yeux qui tombent c’est plus fort que moi…c’est également le seul personnage à avoir des pupilles et parfois il donne l’impression de regarder dans le vide. Bref pour moi c’était une tête à claque. Heureusement c’est passé…un peu.

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B. »Shitty » Knight aka Shitty. Je ne sais pas trop par où commencer… Shitty c’est un personnage qui a de la présence alors qu’il n’est même pas au premier plan et qui mériterait une BD pour lui tout seul. A première vu, on se retrouve avec un moustachu (il en prend grand soin de sa pornstache) aux allures de bûcheron qui jure, aime faire la fête, fume pas mal (et pas du tabac), souvent stone et à poil (oui shitty est très à l’aise avec son corps). Sauf que s’arrêtait à cela ce serait rater tout un autre versant du personnage. Shitty est un bon joueur sans être exceptionnel, c’est surtout un bon copain, quelqu’un qui écoute, ne juge pas, intelligent, très cultivé, qui s’intéresse à tout un tas de choses, c’est le seul du groupe à avoir un double major ( s’il avait pu, il en aurait pris un 3ème). C’est le seul personnage masculin que j’ai vu, pour l’instant, impliqué dans les questions de genres et qui se définit comme féministe. Shitty c’est simple, on aimerait l’avoir comme pote, c’est déconne assurée mais pas que. On sent qu’il est possible d’avoir de looooongues conversations passionnantes avec lui. Citer Shitty sans Lardo ça serait aussi oublier une partie importante. Quand les autres joueurs parlent de Lardo, on se dit qu’on affaire à un bonhomme, un « vrai » et au final c’est un petit bout de bonne femme qui débarque. Lardo n’apparaît pas au début du comic mais est importante dans le sens où c’est la manager de l’équipe. Un peu comme dans Haikyuu, elle ne pratique pas le sport qu’elle encadre et on sait pas trop en quoi consiste exactement son rôle de manager mais c’est un des rares éléments féminins régulier du webcomic, alors autant le noter. Sa dynamique avec Shitty est juste magique.  Elle ne parle pas beaucoup mais a aussi une certaine présence. Je suis partagée entre voir ce « couple » comme une super paire de bros (c’est la plus « bro » de tout les « bros » de moins d’1m) ou deux personnes qui n’osent aller plus loin (cf Lardo lors de son exposition de fin d’année). Le comic se chargera de répondre plus ou moins à cette épineuse question…
A part ça, Shitty prend un malin plaisir à ne pas répondre aux questions concernant son vrai prénom et surtout d’où lui vient ce surnom. Mais au final on s’en fout, sans ça Shitty ne serait pas Shitty (à cause de lui j’ai du Miley Cyrus dans la tête…wrecking ball!)

Et enfin la crème de la crème… je ne pouvais pas évoquer check please sans parler d’eux : Ransom et Holster ! Des bros, des vrais de vrais, des partenaires à vie, jamais l’un sans l’autre. C’est juste un plaisir de les voir déblatérer de tout et de rien. C’est une vrai alchimie qui fait plaisir à voir. Ils sont aussi cons que sérieux avec chacun une personnalité bien distincte qui se complète avec l’autre. Ils interviennent régulièrement dans une sorte de side comic explicatif sur le vocabulaire du monde du hockey, toujours ludique avec de la bonne humeur. Pour le coup, rien que pour eux je vous encourage à lire Check please et à voir par vous même, si vous êtes en mal de bromance.

Il y a bien sur d’autre personnages, je ne pourrais pas tous les citer évidemment (le reste du casting est restreint, certains on ne les voit que très peu), comme Chowder que j’apprécie pour ça bonne humeur et son « sourire d’enfer ».

 

Le transmedia storytelling

Je vais enfin aborder un point qui me semble central dans Check please et que j’évoque depuis le début : Le transmedia storytelling (Il y a même eu un MOOC sur le sujet).

Bon déjà, je vais commencer par définir ce que c’est pour ceux qui ne savent pas (les autres vous pouvez passer au paragraphe suivant). Alors grosso modo, le mot transmedia storytelling a été amené par Henry Jenkins en 2003. Il le définit comme suit :

“un processus à travers lequel les éléments d’une fiction sont dispersés sur plusieurs plateformes médiatiques dans le but de créer une expérience de divertissement coordonnée et unifiée”

Pour donner des exemples, le premier qui me vient en tête est celui de The Matrix. The Matrix (pour ceux qui sortiraient d’un sac de congélation) est une trilogie de films se passant dans un futur dystopique où les machines ont pris le pouvoir. En plus de ces films, vient « Animatrix » qui regroupaient plusieurs courts métrages d’animation permettant de compléter l’univers et d’apporter des réponses à certains passages présent dans les films (et qui à l’époque m’avait fait tilté parce que j’avais l’impression d’avoir raté des épisodes). Les deux se complétaient (film et série d’animation). C’est un peu le même principe qui c’est retrouvé avec certaines séries comme Heroes qui se complétait avec les comics en ligne, Lost et ses jeux de pistes…je suis sûre que vous avez quelques exemples en têtes.

Check Please n’a évidemment pas le monopole de cette pratique. J’ai croisé plusieurs webcomics qui laissaient la part belle à leurs personnages en leurs créant des blogs, twitter ou autres réseaux sociaux fictifs. Seulement dans les cas rencontrés, cela n’affecte en rien l’histoire principale. Les personnages se contentent de répondre à des questions de fans,  de reposter des choses qu’ils aiment, en gros on en apprend plus sur les personnages et leurs goûts mais ça s’arrête globalement là. Check please prend un autre niveau. Déjà un seul twitter, celui de Bittle, régulièrement envahie par ses co-équipiers. Tous répondent à des questions réelles posées par des gens comme vous et moi, ce qui rejoint les cas précédents. Les followers fictifs du twitter deviennent alors réels puisque c’est vous et moi qui posons ces questions. Seulement, à part Johnson, aucun n’agit comme s’il était un personnage. De plus, le twitter de Bittle est animé comme le ferait quelqu’un qui utilise twitter régulièrement. C’est simple, Bitty commente sa vie quotidienne, poste des photos de ses amis, commente, re-twitte et tout ça en temps réel (alors que certains blogs de persos ne sont plus mis à jours pendant des semaines, voire des mois). Si bien que l’on en oublie que c’est un personnage.
De plus, les interactions sur twitter permettent d’en apprendre plus sur les personnages mais aussi des événements cités ou qui se sont déroulés entre deux interludes. Nous pouvons y voir les soirées de la bande, ainsi que d’autres personnages comme la copine de Chowder…Ici le twitter est un complément du vlog fictif que tient Bitty. En effet, l’histoire de Check Please démarre au moment au notre héros s’adresse à ses followers via un vlog (fictif). Le premier panel dessiné de chaque entrée est donc, les 3/4 du temps, Bitty s’adressant directement à nous, face caméra et nous faisant un rapide résumé de sa vie à Samwell, des derniers événements, de ses impressions…les panneaux suivant se contentant de développer ce qu’il nous raconte en nous l’illustrant – alors que nous ne sommes pas supposés voir – et inclus en ce sens diverses choses comme des sauts dans le temps, des raccourcis… Bitty nous raconte certains événements important de l’histoire principale mais pas tous et surtout c’est raconté de son point de vue.
Pour donner un exemple concret : Le 6ème vlog de sa seconde année (Sophomore) à Samwell intitulé « WGSS120 / HIST376: Women, Food, & American Culture« . Ici Bitty nous raconte un peu sa vie en classe en dehors du hockey et comment il s’est retrouvé dans le même cours de cuisine que son capitaine Jack. Nous avons d’un côté les images qui défilent avec des encarts de textes rectangulaires (ce que Bitty dit aux personnes suivant son vlog) et de l’autre, les images présentes nous montrent ce qui s’est réellement passé et qui voient une interprétation toute différente. Quand à la fin Bitty nous parle de sa vie amoureuse et nous dit qu’il vaut mieux pour un gay de ne jamais tomber amoureux d’un garçon hétéro, si nous étions de simple « viewers », pour nous il parlerait d’une généralité, d’un conseil qu’il donne, hors en tant que lecteur, nous savons ce qu’il en est réellement et cela renforce l’impact, l’empathie et la peine que l’on peut ressentir pour le personnage à ce moment là.
Pour dire l’importance du twitter de Bitty qui n’est pas là comme simple accessoire : l’auteure a décidé de le passer en mode privé car il contient désormais des spoilers sur ce qui se passe ou va se passer. Elle le remettra en public après un certain temps et des passages importants de l’histoire passé, puisque l’histoire se déroule en temps réelle sur 4 ans. L’histoire se terminera en 2017, une fois que Bitty aura fini ses études. A l’instant où je vous parle, il vient de finir sa seconde année.

Je tiens également à évoquer toute la fanbase de ce webcomic. Quand on lit Check Please, on ne s’en rend pas forcément compte mais cet oeuvre brasse un public assez important. Il suffit de voir le nombre de fanfiction qui circule sur AO3, soit plus de 5400 fanfics…. c’est juste énorme. De même que le Kicktstarter lancé pour l’édition papier de la 2nd année des aventures de Bitty et son équipe a récolté pas moins de 398 520 $ dont 100 000$ en seulement 1 heure.

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le 4ème mur
Ah ce fameux brisage de 4ème mur….je ne vous ferai pas une comparaison à la dead pool mais en plus de ce qui a été dit plus haut, rajoutez la destruction de ce mur. Oui, je vous ai dit que les personnages agissaient comme de vrais personnes et n’avaient pas consciences d’êtres des personnages. C’est oublié Johnson ! Johnson est un personnage que l’on ne voit pas, où juste de très loin, de dos, en arrière plan…en réalité il s’agit du gardien de but de l’équipe de hockey avant que Chowder ne prenne sa place. C’est le seul à être conscient de son statut de personnage et surtout de personnage insignifiant qui va se faire remplacer par un nouveau venu sous peu. Il semble aussi être au courant de ce qui va se passer dans le comics et des projets de l’auteure. C’est peut être pour ça qu’il a donné sa chambre à Bitty en partant car elle est pile en face de celle de Jack….Il est pragmatique mais pas cynique, bizarre pour les autres, il déclare même que briser le 4ème mur est un de ses hobbies et à l’air de prendre les choses « à la cool » de manière très philosophique. Ce n’est pas pour rien qu’il est surnommé l' »existential goalie ». Bien qu’il soit conscient de ce qu’il est, ça ne l’empêche pas d’avoir une vie et un background (une copine et des ambitions). Sa présence, bien que brève, apporte un peu d’humour et de fraîcheur. D’ailleurs, il enverra à Chowder, qui le remplace désormais, une lettre contenant une pilule rouge et une bleu en référence à The Matrix. Pour le coup on ne sait pas si c’est un trait d’humour ou s’il propose réellement à Chowder la possibilité d’avoir conscience de son statut de personnage. Il permet aussi de nous rappeler que, aussi bien écrit et touchant que soit ces personnages, ils ne restent que des personnages à qui on donne un semblant de vie et avec lesquels on nous fait croire qu’ils vivent en dehors du comics. Johnson permet de prendre un peu de recul sur tout ça, est-ce qu’en savoir plus sur un personnage fictif nous rend plus proche de lui ? c’est en cela que le personnage est intéressant et mérite ça place parce qu’il pousse le questionnement loin et permet une nouvelle lecture du webcomic.
Ceci dit mes propos sont à nuancer étant donner que Ransom et Holster ont leur propre comic dans lequel tout est scripté et dans lequel donc ils jouent un rôle.

 

Un peu de surnaturel

Cela peut paraître incongru mais oui il y a des éléments surnaturels. Il s’agit des fantômes de Jenny et Mandy qui hantent the Haus. Toujours fourrées ensemble, si bien que l’on ne sait pas qui est qui. C’est comme cela que nous apprenons que the Haus, avant d’être le QG et dortoir de l’équipe de hockey, était une sororité (Theta Alpha Theta) à laquelle appartenaient les deux fantômes. D’ailleurs, ça semble assez logique puisque le bâtiment se trouve au beau milieu de tout un tas de confréries. Les raisons du décès de Jenny et Mandy sont assez obscures et je doute qu’on le sache un jour. Quoiqu’il en soit, il semble que leur mort soit la raison de l’abandon du bâtiment pendant 10 ans avant d’être racheté par l’équipe de hockey.
Bien que personnes ne puissent les voir, enfin techniquement car elles peuvent apparaître sur les photos, elles aiment bien se faire remarquer. Leur hobby est d’embêter Ransom (qui ne croit pas aux fantômes), voire de le rendre complètement chèvre et accessoirement de le mater sous la douche. Ces deux personnages n’ont aucune incidence sur l’histoire et sont plus là pour donner un peu d’humour ainsi que remonter le quota féminin (ceci dit pour le peu qu’on les voit…). Ransom est leur victime préférée mais ce n’est pas la seule, après elles aiment bien regarder des romcom avec Holster ou écouter de la musique avec Bitty. Nos deux acolytes auraient pu, même avec leurs brèves apparitions, casser l’ambiance du récit avec cette entrée du surnaturel mais au final ça ajoute au charme. Ce n’est pas très présent, nous pouvons y croire ou non et puis ça apporte là aussi une petite touche d’humour.

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Au final pourquoi je parle de cette série… j’avoue que j’ai rencontré check please à plusieurs reprises lors de pérégrinations de blogs en blogs, je tombais régulièrement dessus. Pourtant, j’ai eu du mal à rentrer dedans à la fois par flemme mais aussi face au format proposé. En effet, lorsqu’on tombe sur le tumblr de check please, la mise en page et agencement des diverses pages changent de ce que j’ai eu l’habitude de voir. J’avais du mal avec l’effet vlog et je me retrouvais avec une certaine frustration d’avoir loupée des épisodes ou qu’il manquait des choses entre chaque chapitre. Puis je ne sais comment, j’ai eu le déclic. Je me suis posée et j’ai décidé de m’y atteler. Depuis, j’explore le tumblr de fond en comble pour trouver ce que je peux car ce dernier fourmille de petites choses : commentaires de l’auteure, réponses des personnages, points sur certains passages, anecdotes, détails sur les décors…on peut même trouver le plan du campus universitaire ou le plan de the Haus. Bref, il y a de quoi faire pour compléter votre soif d’en savoir plus sur l’univers et l’ambiance de check please afin de la rendre plus crédible.
Au final des matchs de hockey vous n’en verrez pas ou peu mais vous pouvez tâter des ambiances d’avant et d’après matchs.
Ce qui me plait également, c’est que j’ai l’impression de retrouver certaines ambiances vécues. Je pense que c’est la première fois que des personnages sonnent « vrais ». J’ai déjà plusieurs comics/webcomics où les personnages ont des caractères et des réactions réalistes avec lesquels on peut s’identifier ou qui à nos yeux sonnent juste parce que nous avons éventuellement vécus ça. Dans le cas de check please, je ne me suis jamais retrouvée dans les situations des personnages, aucun ne me ressemble spécifiquement et pourtant, ils sonnent « vrais ». Sans doute parce qu’on ne sait rien d’eux, ou pas grand chose et que nous pouvons imaginer tout le reste, que l’on suit une époque importante de leur vie sans être trop focalisés dessus, que l’on ne retrouve avec des petits trucs du quotidien. Il n’y a pas de grande envolée, pas de grande aventure… juste des potes et du hockey et c’est à nous de combler les vides entre les vlogs avec le twitter en imaginant les images et le calquant sur nos années universitaires. Je dirais que c’est un ensemble de petites choses chez Check please qui réveille ma madeleine de Proust, que c’est l’ambiance globale qui a un air de vécu. Ngozi arrive à créer un univers qui nous fait oublier parfois que ce sont des personnages qui évoluent dans un univers fictif.

 

Bref, je ne peux que vous conseiller de lire et de vous immerger dans check please. Je ne vous garantie pas le coup de foudre, il se peut même que vous n’accrochiez pas mais je pense que ça serait dommage ne passer à côté d’un webcomic qui vaut le détour. Pour ma part, j’attends impatiemment la suite et je pense que quand le comic se finira je serai à la fois triste mais aussi comblée d’avoir passée un aussi bon moment.

 

Et vive Tango \o/

ps : toutes les images proviennent du tumblr de l’artiste ainsi que du kick starter (et bien sur je n’en suis pas propriétaire)

 

Zetsubou Baby : le harcèlement c’est cool

Derrière ce titre quelque peu putassier, veuillez me pardonner, se cache une réflexion de fond sur des pratiques et des comportements que je retrouve régulièrement chez des personnages de manga, généralement masculins, fortement discutable, voire carrément nauséabond.

Quand j’étais ado, je lisais beaucoup de shonen mais pas tellement de shojo. C’était pas vraiment ma tasse de thé (exceptés les mangas de Yuu Watase) et le magazine de prépublication français Magnolia orienté « filles » n’aidait pas non plus avec ses rubriques beauté/cuisine entre deux chapitres. Néanmoins, mon goût pour le shojo manga est venue petite à petit, sans doute parce que je suis tombé en amour avec les adaptations des années 70/80 qui étaient rediffusées sur nos écrans. Quoiqu’il en soit, j’en suis venu aux mangas, malgré le fait que j’ai finie par apprécie le genre, j’ai fini par devenir très critique en même temps que mes goûts évolués. Bien que certains titres soient très sympas, je trouve que ce que l’on nous propose en shojo manque cruellement de diversité -alors qu’il en existe- mais surtout recyclent les mêmes clichés. Certains fonctionnent encore sur moi, parce que je dois sans doute être au fond un coeur d’artichaut, mais d’autres me semblent provenir d’un autre siècle complètement rétrograde. Je vois le manga, et par extension le shojo, comme un loisir, tout comme un divertissement et une passion. Cependant, le manga a montré qu’il pouvait être plus que cela, il pouvait ouvrir à la culture au sens large et inculquer aux gens de valeurs comme l’amitié, le courage, l’entraide etc…

Néanmoins, j’éprouve des doutes face à certaines œuvres dont les personnages ou l’histoire me font plus que tiquer. Parfois, je pardonne à un personnage ses défauts parce que je suis faible ou que l’auteur sait si prendre pour me faire croire que c’est pas si grave et que dans ce contexte ci, ça passe. Toutefois, il y a des cas où cela n’est pas pardonnable. Comme je l’ai évoqué plus haut, le manga peut inculquer, influencer, volontairement ou non. Sans aller jusqu’à dire que les ados sont des êtres décérébrés, je pense que certains sont capable de recul et de faire preuve de jugement, certains sont influençables. Le fait qu’un comportement « anormal » soit jugé acceptable et normal par l’auteur, peut être ensuite perçu et assimilé comme normal et acceptable par le lecteur. Dans le cas du shojo, il existe plusieurs clichés et je ne vais pas tous les détaillés. Il y  en a un qui revient souvent c’est celui de l’odieux connard populaire. Vous savez le type qui traite l’héroïne comme de la merde, voire comme d’un objet dont il dispose, qui parfois par un twist scénaristique fumé en fait son « esclave » ? Mais comme apparemment l’adage nous dit que les femmes aiment les connards, l’héroïne finira par en tomber amoureuse et révéler la couche de guimauve qui se cache sous le pervers narcissique. Je suis sure que chacun de vous à un exemple qui lui vient en tête….

Bref, cette longue introduction pour dire qu’un beau jour, je suis tombé sur Zetsubou Baby et que c’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase.

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En même temps, la couv’ du 1er volume m’avait prévenu du contenu…

Mais de quoi ça parle au juste ?

Zetsubou baby est un shojo manga bouclé en 2 tomes et dessiné par Hina Sakurada. L’héroïne de l’histoire, Kasumi, est une jeune fille tout ce qu’il y a de plus banal qui n’a pas vraiment d’amis et, HORREUR, pas de copain. Bref, elle vivait tranquillement dans sa solitude jusqu’au jour où elle ramasse le mouchoir du beau gosse ultra riche et populaire  et accessoirement odieux connard, de sa classe ce qui attirera l’attention de ce dernier pour la pauvre malheureuse. A partir de là, il va se mettre à la poursuivre de ses assiduités. Et quand je dis poursuivre, c’est vraiment poursuivre, partout, où qu’elle aille….

Je crois que je n’ai jamais vu héroïne plus effrayée et le regard figé dans l’horreur à chaque case que celle-ci. Nous avons droit à tout les clichés : baiser forcé, plaquage contre le mur, menace, chantage, kidnapping, tentative de viol….la totale. Mais vous comprendrez chers lecteurs que tout ceci est normal car fait au nom de l’amour. L’amour c’est très pratique.

Kasumi n’a au départ pas grand chose pour elle. Elle est banale, jolie mais sans plus. On ne l’a remarque pas. Apparemment mise au placard par ses petits camarades au collège, elle a vite développé des difficultés à se faire des amis et a sociabiliser. Le lycée est pour elle l’occasion d’un nouveau départ, qu’elle rate malheureusement. Son manque cruel de confiance en soi, la fait se mettre à l’écart volontairement et ce ne sont pas ses camarades qui iront l’aider à sortir de sa coquille car ils sont inexistants dans l’histoire. Jusqu’à ce que « boum » entre le personnage masculin. Tout les clichés sont réunis : beau gosse (l’auteur aimera nous montrer ses pec’ de bel éphèbe), riche à un point où s’en est ridicule (je prend mon petit déj’ en Corée et j’arrive avec mon jet privé pour la 1h de cours), les filles qui lui bavent dessus parce que…euh…voilà, un sens des valeurs qui n’est pas celui du commun des mortels (un kebab foie gras à 1300€ c’est donné) et un comportement égoïste justifié parce que le pauvre il est riche et les enfants riches c’est forcément pourri gâtés.

A peine le premier chapitre entamé que l’on nous présente ce beau jeune homme comme imbuvable et imbu de sa personne. Juste parce que l’héroïne lui a rendu son mouchoir plié (geste fait par pur automatisme) sans ce soucier de qui il est, il décide qu’elle sera sienne. Sa « femme », la manière dont la scène est décrite ne permet pas de tendre le terme vers le sens d’épouse mais plus celui d’objet : « you will become my woman ». Juste avant que cette dernière s’enfuit de peur et qu’il la poursuive en parlant d’elle comme d’une « cible » qu’il ne faut pas laisser échapper et qu’il faille capturer. Il est d’ailleurs près à envoyer une 50taine d’hommes à sa poursuite -ce qui lui vaut quand même un reproche sur le fait qu’il risque de se faire arrêter avec de telles pratiques- (Non tu crois ?! et dire que ce passage est traité sur le ton de l’humour, un peu par dessus la jambe).

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Il passe son temps à l’insulter, la traiter d’idiote et autres joyeusetés. Décide à sa place : il décide unilatéralement qu’elle sera sa copine car elle est sa femme idéale -alors qu’il ne la connait même pas et qu’elle n’est pas spécialement pour-, lui achète des vêtements, décide de ce qu’elle va porter, lui dit quoi faire….

Sans oublier toutes les belles phrases qu’il lui sort, censées être d’un romantisme profond…

« Même si je meurs tu ne t’échapperas pas. Sors avec moi et je te rendrai heureuse. » : Tu as deux options mais en réalité je ne t’en laisse qu’une seule. Tu resteras enfermée jusqu’à ce que tu dises oui.

« Si tu essaies de t’échapper je t’enfermerai ici, peu importe combien je t’aime » : Rends-toi compte de ce que je suis obligé de faire par amour, ça me fait mal, c’est de ta faute.

La raison pour laquelle il s’intéresse à elle, est parce qu’elle ressemble à son héroïne de drama préféré et qu’il aime les femmes douces et calmes (pures et naïves). Le personnage « l’aime » non pas pour elle, pour sa personnalité mais pour l’image qu’il s’en fait, l’image qu’il lui plaque dessus alors qu’elle essaie désespérément de le convaincre qu’elle n’est pas cette personne.

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Il y a, à partir de là, tout un paradoxe : il dit l’aimer parce qu’elle représente un idéal de beauté féminin douce et docile, tout en lui reprochant son manque de confiance en elle et le fait qu’elle ne s’affirme pas assez, en la dévalorisant. On sait tous qu’insulter les gens les aide à se sentir mieux….

C’est lui qui l’a harcèle, c’est elle qui s’excuse de ne pas être plus sympa, plus ouverte, plus compréhensive…un comble. L’auteur tente dans chaque chapitre, l’espace de quelques cases de nous faire croire que le personnage masculin est au fond un mec sympa qui n’attend seulement qu’on le comprenne. Il aide l’héroïne à s’occuper des plantes du lycée, il aime donc les plantes, les plantes c’est sympa, il est donc sympa CQFD.

Sans oublier le harcèlement sexuel et la tentative de viol. Ah cet instant classique dans le shojo où un garçon et une fille se retrouve seuls et où, par un malencontreux hasard, ils se retrouvent l’un sur l’autre. L’instant sexy par excellence, sensé émoustiller les lectrices et lecteurs. C’est tellement excitant quand un homme qui vous fait peur vous tombe dessus et vous dit qu’il va vous faire des choses en se passant négligemment la langue sur les lèvres de manière pas du tout entendu.

En passant par l’épisode où l’héroïne se retrouve déshabillée de force par un méchant qui en veut au « héros » et à décider de s’en prendre à sa copine qui n’a rien demandé… Je n’aime pas du tout que le viol soit utilisé comme une facilité scénaristique qui tient plus ici de la paresse et du cliché que d’un véritable choix de la part de l’auteur. Cette scène n’a pas d’incidence, à part celle de mettre l’héroïne en position de faiblesse et de demoiselle en détresse et de valoriser le protagoniste masculin qui vole à son secours. Le viol ou toutes agressions sexuelles, ce n’est pas quelque chose d’anecdotique qu’on met dans une histoire l’espace d’un chapitre sans plus jamais y revenir plus tard. Ce n’est pas non plus quelque chose qui doit être là pour émoustiller le lecteur/rice.

Les sentiments les plus souvent exprimés de la part de l’héroïne envers le personnage masculin sont la peur, le stress et non l’amour. Hina Sakurada la dessine comme ça presque tout le temps, presque toute les fois où elle est en contact avec lui. Résultat, je me demande quel est le but de la manoeuvre. Tout ces passages m’ont mise mal à l’aise et il semblerait que cela soit le cas d’autres personnes qui ont lu ces passages. Pour moi, ces expressions n’ont rien de drôle, elles ne participent pas au comique de situation. Elles ne la rendent pas non plus attrayante. Pourtant, tout le reste est caractéristique du shojo. Seulement les phrases sonnent creux dans la bouche des personnages.

La gestuelle du héros n’aide pas non plus. Nous avons droit au fameux trope du Kabe don, vous savez ce moment où le garçon plaque la fille au mur…

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Mais au final, je ne sais pas ce qui fait le plus peur : que ce titre compile tout ce que j’exècre ou que les gens qui ont lu ce titre le trouve bien ? Parce que oui,  des gens amateurs de shojo ont lu et aimé cette histoire. En fouillant sur le net pour avoir des avis, ce que j’ai pu voir c’est que globalement : le titre est trop court (encore heureux une douzaine de tomes comme ça n’aurait été idéal que pour une flambée dans une cheminée un long soir d’hiver), l’histoire est romantique, les personnages mignons, ils vont bien ensemble et sont fait pour l’un pour l’autre. Allo ??? On a bien lu la même histoire avec du harcèlement sexuelle à chaque page ? c’est justement le problème que je soulevais en début d’article : le fait que les gens trouvent ces comportement normaux et les cautionnent parce que c’est une histoire d’amour. Je ne sais pas si c’est la vision réelle de l’auteur, si elle dessine ce que le lectorat souhaitent voir ou ce que son éditeur lui demande mais une chose est sur Zetsubou Baby n’est en aucun cas une histoire d’amour. En tout les cas, ce n’est pas une relation romantique saine.

Comprenez moi bien, je n’ai rien contre les héroïnes lambda, en manque de confiance ou victime de harcèlement (Life). Je n’ai rien contre les beaux garçons ou les garçons avec un visage un peu effrayant, ceux avec un mauvais caractère (Takane & Hana) ou les personnages riches qui vivent dans un château doré loin des réalités (Takane & Hana, Ouran host club). Pas plus que pour les personnages qui tombent amoureux au premier regard (Honey & Clover) ou qui décide de conquérir l’être aimé (Honey & clover, limited lovers). Je ne suis pas contre le fait qu’un personnage (masculin ou non) aide le personnage principal (homme ou femme) pour qu’il tente de s’affirmer, même s’il emploie des méthodes pas forcément douces.
Mais tout dans ce manga ne fonctionne pas sur moi. Pourtant Hina Sakurada semble respecter scrupuleusement le cahier des charges.

Non ce qui me gêne c’est la manière dont Zetsubou Baby est raconté au point de faire ressortir tous les défauts du shojo en pire. A tel point qu’on pourrait presque croire qu’il s’agit d’une parodie.

Ce n’est pas parce qu’on saupoudre de paillettes de la merde que ça en fait de la meringue aux éclats de caramels, ce n’est pas non plus parce que l’emballage est rose bonbon que ce qu’il contient est forcément génial.
Ceci pour dire que j’apprécie le shojo, vraiment, mais parfois certains titres me rappellent à la réalité. Notamment sur le fait que pour toutes ces héroïnes il y encore du chemin à parcourir, loin de tout ces tropes et clichés désastreux montrer comme des modèles d’amour.

Bref, je ne vous conseille pas cette lecture sauf si vous souhaitez vous faire un avis par vous même. Dans ce cas, revenez par ici dire ce que vous en avez pensé.

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Et ils vécurent heureux jusqu’à ce qu’elle aille porter plainte pour violence conjugale

 

Tu n’as rien vu à Fukushima

Il y a quelques mois, je présentais un travail consacré aux mangas évoquant la catastrophe du 11 mars 2011.
Pour cela j’ai dû faire un long travail de recherche en amont afin de ne pas partir de rien et d’avoir un matériau de base solide. S’en est suivi une longue liste de ce qui avait été publié sur le sujet : romans, essais, poésies, témoignages, rapport de commission d’enquêtes…en plus des mangas publiés par chez nous. Je me suis surtout concentrée sur qui avait été publié en France, en français. Au moment où j’écrivais il n’y avait en parution mangas que :

  • Je reviendrais vous voir
  • Japon 1 an après
  • Les cerisiers fleurissent malgré tout
  • Santetsu – 11 mars 2011 – Après le cataclysme
  • Daisy lycéennes à Fukushima

Depuis se sont rajoutés :

  • Colère nucléaire
  • 1F au coeur de Fukushima

Je mettrai donc ces deux derniers de côtés, ainsi que Santetsu car je ne l’ai pas lu. En lisant ces ouvrages je me suis rendue compte d’une chose : à part Daisy, dont c’est le thème principal et brièvement dans Les cerisiers fleurissent malgré tout, pas de mention de Fukushima, pas de mention du nucléaire. Une seule histoire l’aborde dans Japon 1 an après, une autre aborde le nucléaire dans ce même ouvrage mais seulement la bombe d’Hiroshima.

Daisy a ses postfaces rédigées par, des français. Japon 1 an après est une collaboration franco-japonaise, Les cerisiers fleurissent malgré tout est dessiné par une mangaka vivant et travaillant en Europe depuis plusieurs années.

Il en va de même pour les livres : Le dernier homme de Fukushima est écrit par Antonio Pagnotta, Fukushima : récit d’un désastre est la retranscription de ce que Michaël Ferrier a vécu, nous trouvons aussi Daniel de Roulet avec Tu n’as rien vu à Fukushima ou encore Fukushima mon amour de Gérard Raynal, Un pompier français à Fukushima de Sébastien Donner, Fukushima les cerisiers en pleurs de Yann Lemah, Malgré Fukushima : Journal japonais d’Eric Faye….une grande partie des ouvrages parus en français sont écrit par des européens (français). Ceux-ci s’attardent sur Fukushima, la catastrophe et parfois le nucléaire. De plus, une majorité d’articles que j’ai pu lire, et qui traitent du 11 mars, ont été écrits par des européens.
Je ne dis pas que rien n’a été écrit par les japonais à ce sujet en littérature, on peut trouver par exemple : ô chevaux, la lumière est pourtant innocente de Hideo Furukawa, Journal des jour tremblants de Yoko Tawada, Mille cercueils : à Kamaishi, après le tsunami du 11 mars 2011 de Ishii Kota…mais la production d’ouvrages écrit par des japonais, traduit et publiés en français est moindre.

Dans le cas d’un travail de recherche, cela posait problème car il fallait avoir le point de vue des 1er concernés à savoir : les japonais. De plus, il me semblait plus judicieux d’avoir un regard moins « européano-centré », même si cela peut être intéressant d’avoir une vision occidentale sur un sujet qui ne l’est pas (on est en plein orientalisme).

Plusieurs questions sont donc naturellement venues : Où sont donc les japonais ? N’ont-ils rien écrit sur le sujet ? N’ont-ils rien à dire ?
Pour en revenir aux mangas étudiés, ces derniers m’ont aussi montré qu’il n’y aucun avis ou critique personnelle : Daisy est une histoire fictive basée sur les témoignages de lycéens rencontrés par l’autrice, Je reviendrai vous voir n’est pas l’histoire de George Morikawa (alors qu’il est lui aussi allé en zone sinistré) mais celle de Nobumi, aucune histoire de Japon 1 an après ne sont des histoires que les auteurs ont personnellement vécues (à part la 1ère qui retrace vaguement ce que l’auteur a ressentie lors du tremblement). Mais tous semblaient mettre un point d’honneur à dire que ce n’était pas eux dans leurs histoires, bien que les courts textes qui accompagnent souvent celles-ci dévoilent ce qui les a marqués. Généralement, il s’agit du tremblement de terre, peu de trace du nucléaire. A croire qu’il n’y a que les européens que le nucléaire intéressent, alors qu’on parle bien d’une « triple catastrophe ».

Néanmoins, lors de ma recherche je suis tombé sur L’archipel des séismes, un recueil dans lequel on y trouve des intellectuels, aussi bien français que japonais, évoquer la catastrophe sous ses divers aspects. Il est intéressant du fait que les textes ne s’arrêtaient pas juste au vécu/ressenti du 11 mars mais se penchait sur tout ce qu’il y avait autour.

J’ai eu l’occasion de discuter avec Cécile Sakai qui est une des personnes qui s’est chargée de réunir ces textes afin de publier l’ensemble chez nous. Elle m’expliquait que les SHS* au Japon ne sont pas abordées de la même manière qu’en France et que contrairement à ce qu’on pourrait croire, beaucoup de choses ont été écrites sur ce qui s’est passé le 11 mars et sur les problématiques liées au nucléaire. Si nous ne les voyons pas en France c’est pour plusieurs raisons :

  • Déjà la traduction. Traduire un texte scientifique (ou non) demande du temps, à cause de la complexité des sujets que certains abordent. Comme indiqué plus haut, les SHS ne sont pas traitées de la même façon dans nos pays.
  • Réunir ces textes pour les sortir demande également du temps.
  • Le tri. A la foisonnante production japonaise que cela soit au niveau manga, roman, texte scientifique….la France a le loisir de pouvoir faire le tri. Si cela permet de séparer le bon grain de l’ivraie, de découvrir des perles, des auteurs qui méritent plus d’attention, on n’échappe pas à quelques bouses. Néanmoins, faire le tri permet également à la France de ne montrer que ce qu’elle veut bien montrer du Japon et de ne voir que ce qu’elle a envie de voir. Cela m’a rappelé une intervention à laquelle j’avais assisté qui évoquait le développement des arts venus d’Asie, l’Inde notamment, dans les biennales d’art contemporain. En gros, les pays européens n’achetaient que les œuvres qui leur plaisaient et qui partageaient leurs points de vus. C’était donc oublier toute une production -parfois majoritaire- de l’art dans certains pays d’Asie (ou d’ailleurs) qui traitent de sujets que l’Europe ne veut pas voir. En Inde, il s’agissait par exemple d’art qui valorise certaines coutumes ou systèmes qu’ici nous trouvons rétrograde comme les castes. Il en va de même avec la BD, lorsque j’ai vu un auteur parler de son voyage à Tchernobyl afin d’en tirer un album à la demande de son éditeur. Ce qu’il a vu là bas c’était des gens joyeux, une nature luxuriante…qu’il a retranscrit en couleur, une vision trop radieuse pour son éditeur qui voulait du gris. Certaines catastrophes doivent restées solennelles et graves. Pareil pour les mangas, personne ne veut d’œuvres révisionnistes, de manga qui nous disent que le nucléaire c’est pas si grave ou d’œuvres traitant du sujet avec ironie et humour noir. Pourtant ça existe.
    Qui a envie de voir Moto Hagio parler de Tchernobyl et le mettre au même niveau que Fukushima dans Nanohana ? Qui a envie de voir le Plutonium prendre forme humaine et parler de sa beauté rayonnante sur l’humanité dans Pluto Fujin ?

Bref, tout ça pour dire que si certains titres ont été publié en France (manga/roman), beaucoup de choses sur le sujet lié au 11 mars ne le seront jamais pour des raisons diverses. Il existe beaucoup de matériau sur le sujet mais encore une fois -et c’est regrettable- il faut maîtriser la langue japonaise, ce qui laisse l’accès à certaines informations qu’aux japanophones.

 

*SHS : Sciences Humaines et sociales

Crédit image de la une : Greg Webb / IAEA (photo prise le 17 avril 2013)

Thunderbolt Fantasy

Je sais que plusieurs mois se sont écoulés depuis le dernier billet. Je n’ai malheureusement pas autant de temps libre que je le souhaite mais j’ai néanmoins quelques billets en réserve sous le capot qu’il reste encore à peaufiner. Avant cela une petit réaction à chaud sur une série que j’ai suivie avec beaucoup d’engouement tel que je n’en avais pas connu depuis longtemps.

Pour être honnête, je ne m’attendais pas à voir Thunderbolt Fantasy : les pérégrinations d’une épée en extrême orient débarquer chez nous en simulcast. L’annonce d’une série de fantasy avec des marionnettes avait déjà attisé ma curiosité alors la voir arriver chez nous, c’est un peu comme Noël avant l’heure.

Pour celles ou ceux qui n’en auraient pas entendu parler, il s’agit d’une série en 13 épisodes de 23 min environ qui narre les péripéties d’un groupe hétéroclite en quête d’une épée au pouvoir immense, dérobée dans un temple à une jeune prêtresse et son frère par un odieux vilain.

Apparemment, la série a beaucoup divisé. Déjà sur le plan de sa qualification : s’agit-il d’animation ou pas ? Je ne vais pas entrer dans le débat, bien que si on s’en tient au sens large du verbe animer il s’agit de « donner vie ». Pour ma part je suis habitué depuis l’enfance à divers techniques et procédés d’animation (2D,3D, rotoscopie, stop-motion, peinture, sable, papier découpé….) alors voir des poupées bouger grâce à l’aide d’un maître marionnettiste ne m’a pas choqué. Par contre pour certains animes fans, que j’ai pu croisé sur les forums, l’animation ça se résume à de l’animation japonaise en 2D, éventuellement 3D (ce qui est fort dommage). La série ne également m’a pas gêné car j’ai grandi en regardant les sentinelles de l’air aka Thunderbirds en VO (oui j’ai grandi dans les années 60′) et en regardant Team America (FUCK YEAH!! -ahem-).
L’autre point qui a fait beaucoup parlé de lui, semble-t-il, est l’animation même des marionnettes. Pour beaucoup ça n’est pas passé, souvent qualifié de moche ou de saccadé. Alors que pour d’autres, ça a été un vrai bonheur de voir quelque chose de différent.
Pour ma part, je salue la qualité de l’ensemble. Les marionnettes/poupées sont superbes tant au niveau de leurs costumes, que de leurs coiffures, leurs accessoires…et ces cils ! Mon dieu ces cils ! Je renomme officiellement Mie Tian Hai aka la mort rampante aka le grand vilain, Lord Maybelline. Les marionnettes n’ont au final que peu d’expressions faciales : elles peuvent ouvrir et fermer les yeux, et vaguement ouvrir la bouche. Tout tiens donc en 2 choses : la gestuelle, surtout des mains, pour ne pas paraitre trop statique (et elles bougent beaucoup) et la performance vocale qui arrive à très bien retranscrire les émotions des protagonistes.

Après le début de la série je me suis penché un peu plus sur les personnes derrières. Thunderbolt fantasy est une production née d’une collaboration japonaise et taïwanaise entre Pili (très connu apparemment chez eux) créateur de série wuxia avec poupées et Gen Urobuchi pour le scénario,  Nitroplus pour le design des personnages, Good smile company, à la musique Hiroyuki  Sawano et T.M.Revolution pour le générique.
Pili s’est apparemment chargé de toute la partie filmique et manipulation des marionnettes (puisque c’est leur fond de commerce). Pour le coup je suis allé voir ce qu’ils avaient fait précédemment. Visuellement leur style a évolué avec les années pour devenir plus fin et détaillé (même si certains personnages ont tendance à se ressembler selon moi). Je dois dire que comme je ne lis, ni ne comprends le chinois, je suis bien en mal de donner une liste concrète des séries produites par la firme de ce que j’ai lu il n’y a qu’une seule série « Pili puppet show » qui tourne depuis des années à la TV. C’est une sorte de plus belle la vie version arts martiaux et marionnettes.
A part PiLi Xia Ying: The Decisive Thunderbolt avec ses personnages bien classes, le film Legend of the Sacred Stone (qui est le plus connu car il semble avoir été projeté sur le sol américain), The ARTI: Enigma of the Ancient Lop, 3D PiLi Adventure: Agent 519 – The Young Swordsmen… je ne peux pas en dire grand chose et surtout je n’ai pas réussi  à trouver leur production en VOST. Je ne pourrais donc pas non plus commenter sur le contenu, bien que j’ai pu lire une fois que la présence de Gen Urobuchi sur Thunderbolt était la bienvenue car les productions de Pili était certes belles mais assez plates niveau contenu.

Enfin pour la blague Pili a eu droit à sa bouteille de beaujolais nouveau….

 

Shāng Bù Huàn héros malgré lui

*attention ce qui suit peut potentiellement contenir du spoiler*

Bien que la série laisse au début croire que nous allons suivre Dan Fei, c’est en réalité Shang le véritable personnage principal. Je dois avoué que l’intrigue est relativement simple puisqu’une bonne partie des épisodes est une ligne droite pour aller directement au manoir du grand vilain récupérer l’épée volée. On pourrait résumer simplement : formation du groupe en récupérant les divers protagonistes, traverser les 3 épreuves qui mènent au manoir, arriver au manoir tataner le méchant. Dans le fond, rien de nouveau sous le soleil niveau intrigue. Idem niveau personnages : la prêtresse douce et pure, la démone femme fatale, le petit jeune surexcité en quête de reconnaissance, son mentor calme et posé, le voleur qui en sait plus qu’il ne le dit, le guerrier en quête de l’adversaire ultime et pour finir le gars qui n’avait rien demandé et qui se retrouve embarqué bien malgré lui. En somme des personnages que l’on a pu croiser ailleurs, qui peuvent paraître caricaturaux, et dont le passé ne sera pas révélé parce que de toute façon on s’attardera pas beaucoup dessus.

Lin Xue l'insaisissable Je suis complètement amoureuse de sa coiffure

Lin Xue l’insaisissable. Je suis complètement amoureuse de sa coiffure

Pourquoi donc ai-je tant aimé cette série ? Car à part l’aspect visuel qui sort du lot habituel, le fond n’a rien d’original. Je dirais que la série à l’avantage d’être courte, d’avancer vite et de ne pas se perdre en cours de route, l’ensemble est bien rythmé (surtout les combats, très fluides) et chaque fin d’épisode est comme un cliffhanger qui donne envie de voir la suite. Les personnages ont certes un côté déjà vu mais sont attachant, ajoutez à cela qu’ils ont des mimiques que l’on retrouve dans l’animation japonaise classique (la façon dont ils sont gênés, se grattent la tête, râlent…) surtout Shāng Bù Huàn. Ce qui se développe surtout dans la seconde moitié de la série, c’est l’aspect psychologique. Les raisons qui poussent les personnages à faire ce qu’ils font. Dans le cas présent, la série se penche surtout sur Shāng Bù Huàn et Lǐn Xuě Yā. Le premier restera mystérieux jusqu’à la toute fin (les raisons de sa présence et ses véritables pouvoirs) puisque rien ne nous est dévoilé, à part via quelques phrases éparts ci et là émises par le personnage. Le second passe par diverses phrases : le bon samaritain qui en sait plus qu’il ne le dit, le salaud de traître voleur, le justicier sadique à la pensée tordue, le génie qui dépasse le commun des mortels…un personnage complexe en somme et fort intéressant. Il forme un duo complémentaire avec Shang, entre la force brute mais droit dans ses bottes à la moralité impeccable et le philanthrope amoral qui emprunte des voies détournées. Dualité bien marquée dès le générique que je ne me lasse pas d’écouter et de regarder alors que je ne suis pas fan de T.M Revolution. D’ailleurs le chanteur a même eu droit à sa marionnette spéciale pour la sortie du single RAIMEI qui sert de titre pour le générique d’ouverture.

La musique dans son ensemble n’est pas en reste. On a droit à de beaux morceaux bien épiques qui restent en tête et donne un côté grandiloquent aux combats.

J’ai un faible pour la 1ère (à vrai dire j’ai un faible pour tout ce qui contient des chœurs). Les voix des personnages sont aussi très bonnes, petit plus pour la présentation en chinois de chacun des personnages avec la petite phrase poétique qui va bien. J’avoue avoir été cependant perdu avec les noms. Ils sont en chinois et indiqués comme tels dans les sous-titres, seulement ils sont prononcé différemment en japonais et leur surnoms (les lamentations de la nuit, la mort rampante, le rapace hurlant, l’insaisissable…) sont traduit en français. De plus, les sous titres alternes entre noms et surnoms de quoi se perdre parfois…

Shā Wú Shēng, nous te promettons d'écrire des yaoï à ta gloire !

Shā Wú Shēng, nous te promettons d’écrire des yaoï à ta gloire !

Je pourrais râler sur les personnages pour les défauts (alors que j’ai dit que je les aimais). A savoir que certains sont partis trop vite sans avoir eu beaucoup de développement (je pleure encore Shā Wú Shēng) ou de combats épiques comme promis dans le générique (je pense à toi Charming huntress). Après vient Dan Fei la prêtresse. Non pas que je n’aime pas ce personnage mais au final elle restera très en retrait. Sa motivation première était de récupérer l’épée sacrée et de venger son frère. Au final elle ne fera ni l’un, ni l’autre. Toute vengeance semble l’avoir quittée. Ajoutez à cela, qu’il nous est montré à plusieurs reprises qu’elle est parfaitement capable de se battre et de se défendre toute seule, pour finir par rester derrière. A un moment Juan lui apprend à rectifier ses enchaînements pour les adapter à sa morphologie et être sur de ne pas manquer sa cible. J’ai vraiment cru que l’on allait retrouver cet élément plus tard dans la série pendant un combat épique où Dan Fei aurait finit par terrasser Mie Tian et au final…rien… Sur ce point là j’ai été très déçu série 😦

La série nous sort également presque de nul part une romance entre Juan et Dan Fei. Certes il la draguait lourdement au départ (pas très longtemps), nous les avons vu ensemble souvent par la suite mais la fin nous les montre main dans la main, s’entrainant ensemble pendant qu’elle lui parle de son futur fils…C’est mignon mais j’aurais voulu voir cela avant !
Après la série, bien qu’avec des personnages très beaux visuellement et des hommes qui portent très bien le mascara et le gloss, n’est pas sans violence. Nous avons rapidement droit à des têtes -et autres parties du corps- découpées quand ce ne sont pas des morceaux de cages thoraciques qui vous sortent de l’abdomen, sans oublier le sang. Bien sûr, lors des combats les héros vous sortiront tout un lot de techniques spéciales prononcées à voix hautes avec effets lumineux à la clé. J’avais peur de la 3D incluse dans la série car j’ai pu voir d’autres production de PILI (la compagnie qui crée les poupées) où cette dernière était présente et piquaient les yeux. Finalement le boss de fin « le démon des fours crématoires » est plutôt pas mal, sauf ses tentacules qui a rendu le dernier combat un peu tcheap.
Je pourrais reprocher aussi le fait de rendre les personnages trop « over the top » : entre Shang qui défonce les méchants avec un vulgaire bout de bois et bat le boss une main dans le dos (sans oublier qu’il s’est farcie les 3 épreuves à lui tout seul….à se demander à quoi servait les autres), Lin qui en plus d’être plus malin que tout le monde et un dieu de l’épée, Shòu Yún Xiāo qui lance ses flèches en plein ciel mais arrive toujours à les faire retomber pile au bon endroit après avoir calculer la vitesse du vent, la distance et le nombre de pas que fera l’adversaire…sans oublier les punchlines types du genre « je vais finir ce combat en 9 coups ». Ca pourrait faire trop mais ici, cela fonctionne complètement. Après quelques deux ex machina ici et là mais qui passe là aussi.

Xing Hai version 3D et 2D, moins de rouge plus de boobs

Xing Hai version 3D et 2D, moins de rouge plus de boobs

La fin du 13ème épisode annonce une séquelle. C’est à la fois une bonne surprise et un moment d’appréhension. Appréhension  parce que les 3/4 du cast actuel sont six pieds sous terre, bien que je prendrais plaisir à revoir Juan/Dan Fei ou Xing Hai (pour savoir ce qu’elle est advenue), et que je ne sais pas ce qu’on pourrait dire d’autre maintenant que tout a été révélé et que nos héros ont battu le démon ultime.
En attendant, on peut toujours écrire des fanfiction LinxShang.

*fin de la potentielle zone spoiler, vous pouvez reprendre une activité normale*

Il existe également 2 adaptations en manga de la série. Je n’en ai lu qu’une sur les deux (toujours en cours) dessinée par Yui Sakuma (auteur de Complex age série en 6 volumes), pour l’instant elle se contente de reprendre la série sous format papier. Je ne suis pas fan du dessin, après avoir été habitué à la beauté et la finesse des personnages de la série, ceux de la série manga sont dessinés de façon assez grossière. Pourtant, le dessin de complex age était assez plaisant. Quant à la seconde adaptation, Thunderbolt Fantasy – Sword Travels from the East – A Maiden’s Magical Journey, elle semble déjà beaucoup plus belle visuellement (c’est Kairi Shimotsuki qui est en charge du dessin, elle est connue chez nous pour  Brave 10 et Docteur Mephisto) et de ce que j’ai compris elle s’attardera sur le point de vue de Dan Fei.

J’ai aimé cette série car elle sortait du carcan habituel. L’aurais-je aimé tout autant si j’avais été habitué aux productions Pili classique ? Je ne sais pas. Tout ce que je peux espérer c’est de voir d’autres productions du même genre par ici. Je veux revoir Shang et Lin. J’ai bien conscience que la série n’est pas parfaite mais elle a été un énorme coup de coeur. J’attends avec impatience de voir ce que la suite de cette collaboration entre le Japon et Taiwan peut nous offrir.

Rendez nous les cils de Mie Tian Hai !

Rendez nous les cils de Mie Tian Hai !