La rose de Versailles, suite et fin ?

Lorsque Kana a annoncé la publication de la suite de La rose de Versailles, j’avoue avoir été partagée entre joie et appréhension. Il y a effectivement de quoi s’interroger sur l’utilité d’une « suite » 40 ans après la fin de la publication, tout en sachant que l’autrice, Riyoko Ikeda, avait lâché le crayon et la plume pour se reconvertir vers une carrière musicale.

Sa venue à Angoulême, il y a quelques années, démontrée qu’elle n’avait jamais complètement tourné la page et était toujours prompt à évoquer sa carrière et ses œuvres.
Néanmoins, La rose de Versailles était une oeuvre conclue et terminée sans fin ouverte. La dernière édition en date fut publiée chez nous en deux gros pavés, avec un troisième en bonus qui possédait un ton plus bon enfant et humoristique, en partie dû à la nièce de Oscar : Loulou. Un dernier tome qui se lisait sans déplaisir et dont le ton changeait radicalement des drames vécus par les personnages précédemment. C’était aussi l’occasion de finir sur une note plus joyeuse et optimiste.

Une suite utile ?

A partir de là que vaut ce quatrième tome et où se situe-t-il ? Le contexte nous est donné rapidement en introduction, quand Ryoko Ikeda explique qu’il est question d’histoires qu’elle a toujours souhaitaient racontées. Il s’agit là d’un élément commun à chaque auteur, vouloir raconter les petites histoires qui ont accompagné la grande, nous dire ce que sont devenus tous ces personnages (secondaires) auxquelles nous nous sommes attachés.
Oscar et André ne sont donc plus au centre de l’attention, leur histoire ayant été racontée, de même pour Marie-Antoinette. Néanmoins, ces derniers restent présent puisqu’ils nous aient montré comment ceux-ci ont marqué la vie des personnes qu’ils ont pu côtoyer. A l’exception d’une histoire qui revient sur les conflits d’Oscar, oscillant entre son statut de femme du XVIIIe et de militaire. Ainsi donc, nous verrons Girodelle, Axel de Fersen et sa sœur, les parents d’Oscar, Rosalie et Bernard, Alain, ou encore Marie-Thérèse de France. tous ces personnages s’entrecroisent et se mêlent à la grande Histoire qui parfois les dépasse.

Un style graphique reconnaissable

Au niveau du style, je dirais que l’on sent toujours la pâte « old school », néanmoins, j’ai pu constater à la première lecture que le style de l’autrice avait changé. Loin d’être maladroit, je dirais qu’il est plus pausé, plus fin, plus précis. Il y a moins cet effet froufrouteux et 70′ que l’on pouvait ressentir dans l’oeuvre d’époque (ça a aussi son charme). Je dirais également que la mise en page est plus carrée. Là où, dans ces précédents travaux, notamment Très cher frère, chaque page était une recherche graphique qui mettait en avant les sentiments des personnages et les exacerbés, ici l’ensemble est beaucoup plus sobre. Les cases sont moins déstructurées, les décors plus présents et fournis. Les personnages pleurent toujours mais de manière digne, discrète. Si la lecture est toujours plaisante, on sent moins l’ardeur de la passion romantique qui animait les personnages. Fini également les petites scénettes humoristiques et les petits effets de styles de l’époque. Même Loulou, qui en était pourtant l’essence même, passe aux cribles de la maturité sans se départir de son franc parler. Certaines scènes sont mêmes reprises mais offrent un sentiment plus nostalgique et mélancolique.
J’avoue avoir eu cependant quelques difficultés, à certains moments, pour différencier les personnages (entre le Général de Jarjayes jeune et François 1er, à part les sourcils….), les dames notamment arborant souvent les mêmes toilettes et coiffures. Il reste néanmoins un petit côté Candy lorsque nous voyons Marie-Antoinette jeune.

Si l’on revient sur la jeunesse et le parcours de certains et certaines, comme Girodelle et les parents d’Oscar (où d’ailleurs on apprend que sa mère est affiliée au peintre De La Tour -Georges pas Quentin-), une grande partie de l’histoire se déroule après celle principale dans les tumultes de la terreur et l’arrivée de Napoléon.
J’ajouterais également que l’Histoire est également plus présente. De son poids, elle écrase les personnages qui sont ballottés par elles. Les souverains, les dirigeants, les guerres s’enchaînent sans qu’aucun n’ait vraiment d’emprise dessus. Des personnages comme Marie-Thérèse, le père d’Oscar ou encore Axel de Fersen subissent les événements et les conséquences de décisions qui ont été prises pour eux ou indépendamment d’eux. L’autrice prend néanmoins toujours soin d’insérer le contexte historique avec des personnages dont elle ne peut guère réinventer la vie.
Le drame n’est cependant jamais loin et certains personnages s’en iront vers la mort sans que l’on puisse rien pour eux.

Que dire donc pour conclure ? Ce quatrième tome, qui regroupe toutes les histoires publiées entre 2013 et 2018, n’était pas une suite attendue. D’ailleurs, il ne s’agit pas à proprement parler d’une suite et je serais plus enclin à qualifier ce tome de nostalgique que de purement fan service (au contraire du troisième tome). Toutefois, ce fut une belle surprise venue d’une oeuvre qui a garder tout son charme et sa force. Elle est sans doute plus assagie, mais La rose de Versailles est comme le bon vin qui se bonifie avec le temps. C’est donc un tome que j’apprécie et qui fait vibrer la fibre nostalgique et mon amour des « vieux » shojos, d’autant plus qu’il n’est pas certain que nous ayons le plaisir de voir Riyoko Ikeda dessiner à nouveau.

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