Check please

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Aujourd’hui je vais parler d’un  webcomic que j’apprécie (pour changer) dont le titre est : check please !*applaudissement*  Plus sérieusement, si j’en parle ce n’est pas uniquement parce que c’est un sympathique comic mais aussi parce qu’il fait marcher le transmedia storytelling, mais j’y reviendrai. Commençons par le début : de quoi ça parle ?

Check please ! est donc un webcomic sur tumblr (mais qui a désormais son site) écrit et dessiné par Ngozi Ukazu. Dans cette série nous suivons Eric Bittle, aka Bitty, aka Bits, lors de ses 4 années à l’université (fictive) de Samwell  à Samwell dans le Massachusetts et surtout au sein de l’équipe universitaire de hockey. Globalement, ça va parler sport, amitié, amour et cuisine.

 

Avant ça, l’autrice/auteuse

Pour parler de l’auteuse je dois dire que je connaissais rien d’elle avant de tomber sur Check Please. Ce que je sais d’elle vient quasi uniquement du tumblr où elle précise être d’origine nigérienne, avoir été diplômée de Yale en 2013 et qu’elle a un Master of Fine Art en art séquentiel (en BD quoi…) du Savannah College of Art and Design. Même si Check Please ! parle de  hockey, Ngozi, de son propre aveux, ne sait pas en faire -elle ne sait pas patiner- et n’était en rien spécialiste avant de commencer l’histoire (sauf si on considère ses recherches pour Hardy). Faut-il être fan de hockey pour lire ce comic ? Heureusement non, l’histoire se lit sans peine. Le lecteur à droit à quelques explications sur certaines pratiques qui tournent autour du monde du hockey (le concours des plus belles paires de fesses ! Très important!). Donc si vous aimez le hockey ou si vous vous y connaissez, cela ne peut qu’augmenter votre plaisir de lecture dès qu’on évoquera la NLH (ou vous pourrez noter les erreurs de l’auteure…).
Avant de créer Check Please !, l’autrice avait écrit une courte fiction en 15 pages, jamais finit (Ngozi ne sait d’ailleurs pas si elle la finira un jour), intitulée Hardy (toujours trouvable) que l’on peut considérer comme les prémisses de Check Please. L’histoire se passe toujours à Samwell dans l’équipe de hockey mais les personnages y sont complètement différents, bien que l’on puisse voir certaines caractéristiques  qui se retrouveront chez les personnages de Check Please !. C’est surtout à cette période que l’auteuse c’est intéressée au hockey et a avalé tout ce qu’elle a pu trouver sur le sujet. Hardy est d’abord différent car ce n’est que du texte mais la différence se ressent aussi dans l’atmosphère dégagée, beaucoup plus anxiogène et homophobique que ne l’est sa version 2.0. Mais comme je l’ai lu à plusieurs reprises : sans Hardy (qui est aussi le nom du personnage principal) pas de Eric Bittle. Les deux personnages sont aux antipodes mais la création de l’un a permis la maturation de l’autre et la volonté de créer ce comic.
L’autre point à souligner, c’est la forme du texte en elle même. Un format scénario avec des indications sur les personnages, leurs actions, les plans voulus…un peu comme si nous étions au cinéma. Une volonté de mise en scène que l’on retrouve également dans Check Please avec l’effet « face caméra », les ralentis (enfin surtout un ralenti), les choix de cadrages, les découpages de scènes…

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Pour en revenir à l’histoire…
Nous allons suivre le personnage principal, Eric donc, à travers ses 4 années de collège (pas le collège français hein). Ce qu’il faut savoir sur Eric, c’est qu’avant d’entrée dans l’équipe de hockey de Samwell, il était champion de patinage artistique et a été capitaine de son équipe de hockey dans le sud (et qu’il adore cuisiner…surtout des pies). Seulement voilà, malgré un talent certain sur la glace, il est rapide et précis, jouer avec une équipe de jeunes hommes plus grands et plus costauds n’est pas une mince affaire surtout que le hockey peut être un sport violent. Jusqu’à présent Bitty avait toujours pu échapper au « checking », technique de hockey qui consiste à désarçonner l’adversaire en possession du palet et le sort du jeu. D’où le titre du comics. La première année de Bitty va donc d’être de surmonter sa peur et son angoisse du contact physique pour pouvoir pleinement faire partie de l’équipe alors que certains membres, notamment le capitaine Jack Zimmermman, ne voient pas d’un très bon œil l’arrivée de ce freluquet, qui, pour eux, n’a rien à faire sur la glace. C’est donc une première lecture que l’on peut faire de ce comics : comment faire ses preuves dans un sport « viril » alors que l’on est gaulé comme une crevette ?
Le comic ne s’arrête pas là puisque le lecteur apprend rapidement que Bitty est gay. Il faut dire que Bitty adore faire la cuisine (il parle même au four qu’il a appelé Betsy !) surtout les pies, pies EVERYWHERE, est tout le temps fourré sur les réseaux sociaux (mais j’y reviendrai j’ai dit), adore la pop musique, chante Beyoncé sous la douche, décide de remettre de l’ordre dans cette porcherie pour garçons qu’est « The Haus » (là où les divers membres de l’équipe de Hockey résident), est conseiller vestimentaire pour l’équipe lors de grande occasion, crée les goodies de l’équipe (avec des minies pies !!), etc…je pourrais presque dire que l’auteuse pousse au cliché. Cette partie a son importance car même si l’histoire se passe de nos jours, il s’agit aussi pour Bitty de s’assumer, d’être pleinement lui même et d’être accepter par les autres surtout quand on pratique un sport réputé assez machiste. Et puis il y a aussi en filigrane les relations humaines et les histoires d’amuuuur.
Pour être honnête l’orientation sexuel ne Bitty n’est pas importante en soi, ce n’est pas ce qui le défini principalement dans le groupe, et les révélations sur ses préférences n’ont pas d’incidence majeur sur le scénario. Pour preuve, quand il l’annonce à Ransom et Holster, qui lui cherchent désespéramment un rencard, ça ne changent rien à leur plan, de plus ce passage ne fait pas partie du scénario principal (contrairement à la première fois où il l’annonce tout haut à Shitty) mais est juste une image annexe trouvable sur le tumblr. Bien que la question de l’homosexualité (comment vivre au grand jour, comment être un sportif professionnel et assumer ouvertement son homosexualité) sera remise plusieurs fois sur le devant de la scène à partir d’un certain moment du comics, elle ne fait pas tout le comics. Mais tout cela rejoins des questionnements et des problématiques plus « globales » comme le fait de gérer une relation longue distance, gérer une relation avec une « star »….

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Passons aux autres personnages sans qui check please ne serait pas check please… évidemment une équipe de hockey possède plusieurs membres mais le webcomic se contente de n’en développer que quelques uns (et les oubliés viendront se manifester d’une manière assez comique).

Jack Zimmermann aka Jack. Le capitaine de l’équipe de hockey de Samwell. Il est important d’en parler car la personnalité de Jack va évoluer au fur et à mesure, ses problèmes faisant partie de l’histoire. Jack a des « daddy »s issues » comme on dit. C’est le fils d’un ancien champion de hockey dont il essaie de suivre les traces et a donc un lourd héritage à supporter (en plus c’est le portrait cracher de son père version jeune). Jack c’est l’archétype du mec marié à son boulot : il vit hockey, il pense hockey, il respire hockey. Toute sa vie tourne quasiment autour de ce sport, ce qui fait que ses centres d’intérêts sont limités (bon il aime la seconde guerre mondiale…avec un major en histoire c’est normal aussi) et qu’il est une quiche en ce qui concerne la pop culture. A priori, il n’est pas quelqu’un de très amical, ni très social (il n’est pas très porté sur l’alcool et les soirées), ce qui lui vaut le surnom de « robot ».  Il est pro, s’entraîne comme un dingue, et prend ce sport très au sérieux. Pour lui, l’université de Samwell est l’occasion de faire ses preuves et de rentrer à la NLH, alors voir Bitty débarquer dans son équipe ne lui fait pas plaisir car ça risque de gâcher toutes ses chances. Leur relation de départ est assez houleuse, Jack ne cachant pas son animosité envers Bitty. Néanmoins, ce n’est pas quelqu’un de méchant. Il est très exigeant envers les autres mais surtout envers lui même. Sa relation avec Bitty est importante et nous allons la voir évoluer au fil du temps, pas forcément directement à travers les vlogs de Bitty mais aussi en arrière plan lorsque l’autrice met en éclairage certains personnages. Et c’est aussi en ça que Check please est intéressant, car même si nous faisons des bons dans le temps, l’auteuse ne lâche pas ses personnages et ses cases fourmillent de détails qui en disent longs.
J’avoue que je n’aimais pas spécialement Jack au départ, pas forcément à cause de son attitude mais surtout à cause de son design. J’ai une sainte horreur des yeux qui tombent c’est plus fort que moi…c’est également le seul personnage à avoir des pupilles et parfois il donne l’impression de regarder dans le vide. Bref pour moi c’était une tête à claque. Heureusement c’est passé…un peu.

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B. »Shitty » Knight aka Shitty. Je ne sais pas trop par où commencer… Shitty c’est un personnage qui a de la présence alors qu’il n’est même pas au premier plan et qui mériterait une BD pour lui tout seul. A première vu, on se retrouve avec un moustachu (il en prend grand soin de sa pornstache) aux allures de bûcheron qui jure, aime faire la fête, fume pas mal (et pas du tabac), souvent stone et à poil (oui shitty est très à l’aise avec son corps). Sauf que s’arrêtait à cela ce serait rater tout un autre versant du personnage. Shitty est un bon joueur sans être exceptionnel, c’est surtout un bon copain, quelqu’un qui écoute, ne juge pas, intelligent, très cultivé, qui s’intéresse à tout un tas de choses, c’est le seul du groupe à avoir un double major ( s’il avait pu, il en aurait pris un 3ème). C’est le seul personnage masculin que j’ai vu, pour l’instant, impliqué dans les questions de genres et qui se définit comme féministe. Shitty c’est simple, on aimerait l’avoir comme pote, c’est déconne assurée mais pas que. On sent qu’il est possible d’avoir de looooongues conversations passionnantes avec lui. Citer Shitty sans Lardo ça serait aussi oublier une partie importante. Quand les autres joueurs parlent de Lardo, on se dit qu’on affaire à un bonhomme, un « vrai » et au final c’est un petit bout de bonne femme qui débarque. Lardo n’apparaît pas au début du comic mais est importante dans le sens où c’est la manager de l’équipe. Un peu comme dans Haikyuu, elle ne pratique pas le sport qu’elle encadre et on sait pas trop en quoi consiste exactement son rôle de manager mais c’est un des rares éléments féminins régulier du webcomic, alors autant le noter. Sa dynamique avec Shitty est juste magique.  Elle ne parle pas beaucoup mais a aussi une certaine présence. Je suis partagée entre voir ce « couple » comme une super paire de bros (c’est la plus « bro » de tout les « bros » de moins d’1m) ou deux personnes qui n’osent aller plus loin (cf Lardo lors de son exposition de fin d’année). Le comic se chargera de répondre plus ou moins à cette épineuse question…
A part ça, Shitty prend un malin plaisir à ne pas répondre aux questions concernant son vrai prénom et surtout d’où lui vient ce surnom. Mais au final on s’en fout, sans ça Shitty ne serait pas Shitty (à cause de lui j’ai du Miley Cyrus dans la tête…wrecking ball!)

Et enfin la crème de la crème… je ne pouvais pas évoquer check please sans parler d’eux : Ransom et Holster ! Des bros, des vrais de vrais, des partenaires à vie, jamais l’un sans l’autre. C’est juste un plaisir de les voir déblatérer de tout et de rien. C’est une vrai alchimie qui fait plaisir à voir. Ils sont aussi cons que sérieux avec chacun une personnalité bien distincte qui se complète avec l’autre. Ils interviennent régulièrement dans une sorte de side comic explicatif sur le vocabulaire du monde du hockey, toujours ludique avec de la bonne humeur. Pour le coup, rien que pour eux je vous encourage à lire Check please et à voir par vous même, si vous êtes en mal de bromance.

Il y a bien sur d’autre personnages, je ne pourrais pas tous les citer évidemment (le reste du casting est restreint, certains on ne les voit que très peu), comme Chowder que j’apprécie pour ça bonne humeur et son « sourire d’enfer ».

 

Le transmedia storytelling

Je vais enfin aborder un point qui me semble central dans Check please et que j’évoque depuis le début : Le transmedia storytelling (Il y a même eu un MOOC sur le sujet).

Bon déjà, je vais commencer par définir ce que c’est pour ceux qui ne savent pas (les autres vous pouvez passer au paragraphe suivant). Alors grosso modo, le mot transmedia storytelling a été amené par Henry Jenkins en 2003. Il le définit comme suit :

“un processus à travers lequel les éléments d’une fiction sont dispersés sur plusieurs plateformes médiatiques dans le but de créer une expérience de divertissement coordonnée et unifiée”

Pour donner des exemples, le premier qui me vient en tête est celui de The Matrix. The Matrix (pour ceux qui sortiraient d’un sac de congélation) est une trilogie de films se passant dans un futur dystopique où les machines ont pris le pouvoir. En plus de ces films, vient « Animatrix » qui regroupaient plusieurs courts métrages d’animation permettant de compléter l’univers et d’apporter des réponses à certains passages présent dans les films (et qui à l’époque m’avait fait tilté parce que j’avais l’impression d’avoir raté des épisodes). Les deux se complétaient (film et série d’animation). C’est un peu le même principe qui c’est retrouvé avec certaines séries comme Heroes qui se complétait avec les comics en ligne, Lost et ses jeux de pistes…je suis sûre que vous avez quelques exemples en têtes.

Check Please n’a évidemment pas le monopole de cette pratique. J’ai croisé plusieurs webcomics qui laissaient la part belle à leurs personnages en leurs créant des blogs, twitter ou autres réseaux sociaux fictifs. Seulement dans les cas rencontrés, cela n’affecte en rien l’histoire principale. Les personnages se contentent de répondre à des questions de fans,  de reposter des choses qu’ils aiment, en gros on en apprend plus sur les personnages et leurs goûts mais ça s’arrête globalement là. Check please prend un autre niveau. Déjà un seul twitter, celui de Bittle, régulièrement envahie par ses co-équipiers. Tous répondent à des questions réelles posées par des gens comme vous et moi, ce qui rejoint les cas précédents. Les followers fictifs du twitter deviennent alors réels puisque c’est vous et moi qui posons ces questions. Seulement, à part Johnson, aucun n’agit comme s’il était un personnage. De plus, le twitter de Bittle est animé comme le ferait quelqu’un qui utilise twitter régulièrement. C’est simple, Bitty commente sa vie quotidienne, poste des photos de ses amis, commente, re-twitte et tout ça en temps réel (alors que certains blogs de persos ne sont plus mis à jours pendant des semaines, voire des mois). Si bien que l’on en oublie que c’est un personnage.
De plus, les interactions sur twitter permettent d’en apprendre plus sur les personnages mais aussi des événements cités ou qui se sont déroulés entre deux interludes. Nous pouvons y voir les soirées de la bande, ainsi que d’autres personnages comme la copine de Chowder…Ici le twitter est un complément du vlog fictif que tient Bitty. En effet, l’histoire de Check Please démarre au moment au notre héros s’adresse à ses followers via un vlog (fictif). Le premier panel dessiné de chaque entrée est donc, les 3/4 du temps, Bitty s’adressant directement à nous, face caméra et nous faisant un rapide résumé de sa vie à Samwell, des derniers événements, de ses impressions…les panneaux suivant se contentant de développer ce qu’il nous raconte en nous l’illustrant – alors que nous ne sommes pas supposés voir – et inclus en ce sens diverses choses comme des sauts dans le temps, des raccourcis… Bitty nous raconte certains événements important de l’histoire principale mais pas tous et surtout c’est raconté de son point de vue.
Pour donner un exemple concret : Le 6ème vlog de sa seconde année (Sophomore) à Samwell intitulé « WGSS120 / HIST376: Women, Food, & American Culture« . Ici Bitty nous raconte un peu sa vie en classe en dehors du hockey et comment il s’est retrouvé dans le même cours de cuisine que son capitaine Jack. Nous avons d’un côté les images qui défilent avec des encarts de textes rectangulaires (ce que Bitty dit aux personnes suivant son vlog) et de l’autre, les images présentes nous montrent ce qui s’est réellement passé et qui voient une interprétation toute différente. Quand à la fin Bitty nous parle de sa vie amoureuse et nous dit qu’il vaut mieux pour un gay de ne jamais tomber amoureux d’un garçon hétéro, si nous étions de simple « viewers », pour nous il parlerait d’une généralité, d’un conseil qu’il donne, hors en tant que lecteur, nous savons ce qu’il en est réellement et cela renforce l’impact, l’empathie et la peine que l’on peut ressentir pour le personnage à ce moment là.
Pour dire l’importance du twitter de Bitty qui n’est pas là comme simple accessoire : l’auteure a décidé de le passer en mode privé car il contient désormais des spoilers sur ce qui se passe ou va se passer. Elle le remettra en public après un certain temps et des passages importants de l’histoire passé, puisque l’histoire se déroule en temps réelle sur 4 ans. L’histoire se terminera en 2017, une fois que Bitty aura fini ses études. A l’instant où je vous parle, il vient de finir sa seconde année.

Je tiens également à évoquer toute la fanbase de ce webcomic. Quand on lit Check Please, on ne s’en rend pas forcément compte mais cet oeuvre brasse un public assez important. Il suffit de voir le nombre de fanfiction qui circule sur AO3, soit plus de 5400 fanfics…. c’est juste énorme. De même que le Kicktstarter lancé pour l’édition papier de la 2nd année des aventures de Bitty et son équipe a récolté pas moins de 398 520 $ dont 100 000$ en seulement 1 heure.

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le 4ème mur
Ah ce fameux brisage de 4ème mur….je ne vous ferai pas une comparaison à la dead pool mais en plus de ce qui a été dit plus haut, rajoutez la destruction de ce mur. Oui, je vous ai dit que les personnages agissaient comme de vrais personnes et n’avaient pas consciences d’êtres des personnages. C’est oublié Johnson ! Johnson est un personnage que l’on ne voit pas, où juste de très loin, de dos, en arrière plan…en réalité il s’agit du gardien de but de l’équipe de hockey avant que Chowder ne prenne sa place. C’est le seul à être conscient de son statut de personnage et surtout de personnage insignifiant qui va se faire remplacer par un nouveau venu sous peu. Il semble aussi être au courant de ce qui va se passer dans le comics et des projets de l’auteure. C’est peut être pour ça qu’il a donné sa chambre à Bitty en partant car elle est pile en face de celle de Jack….Il est pragmatique mais pas cynique, bizarre pour les autres, il déclare même que briser le 4ème mur est un de ses hobbies et à l’air de prendre les choses « à la cool » de manière très philosophique. Ce n’est pas pour rien qu’il est surnommé l' »existential goalie ». Bien qu’il soit conscient de ce qu’il est, ça ne l’empêche pas d’avoir une vie et un background (une copine et des ambitions). Sa présence, bien que brève, apporte un peu d’humour et de fraîcheur. D’ailleurs, il enverra à Chowder, qui le remplace désormais, une lettre contenant une pilule rouge et une bleu en référence à The Matrix. Pour le coup on ne sait pas si c’est un trait d’humour ou s’il propose réellement à Chowder la possibilité d’avoir conscience de son statut de personnage. Il permet aussi de nous rappeler que, aussi bien écrit et touchant que soit ces personnages, ils ne restent que des personnages à qui on donne un semblant de vie et avec lesquels on nous fait croire qu’ils vivent en dehors du comics. Johnson permet de prendre un peu de recul sur tout ça, est-ce qu’en savoir plus sur un personnage fictif nous rend plus proche de lui ? c’est en cela que le personnage est intéressant et mérite ça place parce qu’il pousse le questionnement loin et permet une nouvelle lecture du webcomic.
Ceci dit mes propos sont à nuancer étant donner que Ransom et Holster ont leur propre comic dans lequel tout est scripté et dans lequel donc ils jouent un rôle.

 

Un peu de surnaturel

Cela peut paraître incongru mais oui il y a des éléments surnaturels. Il s’agit des fantômes de Jenny et Mandy qui hantent the Haus. Toujours fourrées ensemble, si bien que l’on ne sait pas qui est qui. C’est comme cela que nous apprenons que the Haus, avant d’être le QG et dortoir de l’équipe de hockey, était une sororité (Theta Alpha Theta) à laquelle appartenaient les deux fantômes. D’ailleurs, ça semble assez logique puisque le bâtiment se trouve au beau milieu de tout un tas de confréries. Les raisons du décès de Jenny et Mandy sont assez obscures et je doute qu’on le sache un jour. Quoiqu’il en soit, il semble que leur mort soit la raison de l’abandon du bâtiment pendant 10 ans avant d’être racheté par l’équipe de hockey.
Bien que personnes ne puissent les voir, enfin techniquement car elles peuvent apparaître sur les photos, elles aiment bien se faire remarquer. Leur hobby est d’embêter Ransom (qui ne croit pas aux fantômes), voire de le rendre complètement chèvre et accessoirement de le mater sous la douche. Ces deux personnages n’ont aucune incidence sur l’histoire et sont plus là pour donner un peu d’humour ainsi que remonter le quota féminin (ceci dit pour le peu qu’on les voit…). Ransom est leur victime préférée mais ce n’est pas la seule, après elles aiment bien regarder des romcom avec Holster ou écouter de la musique avec Bitty. Nos deux acolytes auraient pu, même avec leurs brèves apparitions, casser l’ambiance du récit avec cette entrée du surnaturel mais au final ça ajoute au charme. Ce n’est pas très présent, nous pouvons y croire ou non et puis ça apporte là aussi une petite touche d’humour.

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Au final pourquoi je parle de cette série… j’avoue que j’ai rencontré check please à plusieurs reprises lors de pérégrinations de blogs en blogs, je tombais régulièrement dessus. Pourtant, j’ai eu du mal à rentrer dedans à la fois par flemme mais aussi face au format proposé. En effet, lorsqu’on tombe sur le tumblr de check please, la mise en page et agencement des diverses pages changent de ce que j’ai eu l’habitude de voir. J’avais du mal avec l’effet vlog et je me retrouvais avec une certaine frustration d’avoir loupée des épisodes ou qu’il manquait des choses entre chaque chapitre. Puis je ne sais comment, j’ai eu le déclic. Je me suis posée et j’ai décidé de m’y atteler. Depuis, j’explore le tumblr de fond en comble pour trouver ce que je peux car ce dernier fourmille de petites choses : commentaires de l’auteure, réponses des personnages, points sur certains passages, anecdotes, détails sur les décors…on peut même trouver le plan du campus universitaire ou le plan de the Haus. Bref, il y a de quoi faire pour compléter votre soif d’en savoir plus sur l’univers et l’ambiance de check please afin de la rendre plus crédible.
Au final des matchs de hockey vous n’en verrez pas ou peu mais vous pouvez tâter des ambiances d’avant et d’après matchs.
Ce qui me plait également, c’est que j’ai l’impression de retrouver certaines ambiances vécues. Je pense que c’est la première fois que des personnages sonnent « vrais ». J’ai déjà plusieurs comics/webcomics où les personnages ont des caractères et des réactions réalistes avec lesquels on peut s’identifier ou qui à nos yeux sonnent juste parce que nous avons éventuellement vécus ça. Dans le cas de check please, je ne me suis jamais retrouvée dans les situations des personnages, aucun ne me ressemble spécifiquement et pourtant, ils sonnent « vrais ». Sans doute parce qu’on ne sait rien d’eux, ou pas grand chose et que nous pouvons imaginer tout le reste, que l’on suit une époque importante de leur vie sans être trop focalisés dessus, que l’on ne retrouve avec des petits trucs du quotidien. Il n’y a pas de grande envolée, pas de grande aventure… juste des potes et du hockey et c’est à nous de combler les vides entre les vlogs avec le twitter en imaginant les images et le calquant sur nos années universitaires. Je dirais que c’est un ensemble de petites choses chez Check please qui réveille ma madeleine de Proust, que c’est l’ambiance globale qui a un air de vécu. Ngozi arrive à créer un univers qui nous fait oublier parfois que ce sont des personnages qui évoluent dans un univers fictif.

 

Bref, je ne peux que vous conseiller de lire et de vous immerger dans check please. Je ne vous garantie pas le coup de foudre, il se peut même que vous n’accrochiez pas mais je pense que ça serait dommage ne passer à côté d’un webcomic qui vaut le détour. Pour ma part, j’attends impatiemment la suite et je pense que quand le comic se finira je serai à la fois triste mais aussi comblée d’avoir passée un aussi bon moment.

 

Et vive Tango \o/

ps : toutes les images proviennent du tumblr de l’artiste ainsi que du kick starter (et bien sur je n’en suis pas propriétaire)

 

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Zetsubou Baby : le harcèlement c’est cool

Derrière ce titre quelque peu putassier, veuillez me pardonner, se cache une réflexion de fond sur des pratiques et des comportements que je retrouve régulièrement chez des personnages de manga, généralement masculins, fortement discutable, voire carrément nauséabond.

Quand j’étais ado, je lisais beaucoup de shonen mais pas tellement de shojo. C’était pas vraiment ma tasse de thé (exceptés les mangas de Yuu Watase) et le magazine de prépublication français Magnolia orienté « filles » n’aidait pas non plus avec ses rubriques beauté/cuisine entre deux chapitres. Néanmoins, mon goût pour le shojo manga est venue petite à petit, sans doute parce que je suis tombé en amour avec les adaptations des années 70/80 qui étaient rediffusées sur nos écrans. Quoiqu’il en soit, j’en suis venu aux mangas, malgré le fait que j’ai finie par apprécie le genre, j’ai fini par devenir très critique en même temps que mes goûts évolués. Bien que certains titres soient très sympas, je trouve que ce que l’on nous propose en shojo manque cruellement de diversité -alors qu’il en existe- mais surtout recyclent les mêmes clichés. Certains fonctionnent encore sur moi, parce que je dois sans doute être au fond un coeur d’artichaut, mais d’autres me semblent provenir d’un autre siècle complètement rétrograde. Je vois le manga, et par extension le shojo, comme un loisir, tout comme un divertissement et une passion. Cependant, le manga a montré qu’il pouvait être plus que cela, il pouvait ouvrir à la culture au sens large et inculquer aux gens de valeurs comme l’amitié, le courage, l’entraide etc…

Néanmoins, j’éprouve des doutes face à certaines œuvres dont les personnages ou l’histoire me font plus que tiquer. Parfois, je pardonne à un personnage ses défauts parce que je suis faible ou que l’auteur sait si prendre pour me faire croire que c’est pas si grave et que dans ce contexte ci, ça passe. Toutefois, il y a des cas où cela n’est pas pardonnable. Comme je l’ai évoqué plus haut, le manga peut inculquer, influencer, volontairement ou non. Sans aller jusqu’à dire que les ados sont des êtres décérébrés, je pense que certains sont capable de recul et de faire preuve de jugement, certains sont influençables. Le fait qu’un comportement « anormal » soit jugé acceptable et normal par l’auteur, peut être ensuite perçu et assimilé comme normal et acceptable par le lecteur. Dans le cas du shojo, il existe plusieurs clichés et je ne vais pas tous les détaillés. Il y  en a un qui revient souvent c’est celui de l’odieux connard populaire. Vous savez le type qui traite l’héroïne comme de la merde, voire comme d’un objet dont il dispose, qui parfois par un twist scénaristique fumé en fait son « esclave » ? Mais comme apparemment l’adage nous dit que les femmes aiment les connards, l’héroïne finira par en tomber amoureuse et révéler la couche de guimauve qui se cache sous le pervers narcissique. Je suis sure que chacun de vous à un exemple qui lui vient en tête….

Bref, cette longue introduction pour dire qu’un beau jour, je suis tombé sur Zetsubou Baby et que c’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase.

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En même temps, la couv’ du 1er volume m’avait prévenu du contenu…

Mais de quoi ça parle au juste ?

Zetsubou baby est un shojo manga bouclé en 2 tomes et dessiné par Hina Sakurada. L’héroïne de l’histoire, Kasumi, est une jeune fille tout ce qu’il y a de plus banal qui n’a pas vraiment d’amis et, HORREUR, pas de copain. Bref, elle vivait tranquillement dans sa solitude jusqu’au jour où elle ramasse le mouchoir du beau gosse ultra riche et populaire  et accessoirement odieux connard, de sa classe ce qui attirera l’attention de ce dernier pour la pauvre malheureuse. A partir de là, il va se mettre à la poursuivre de ses assiduités. Et quand je dis poursuivre, c’est vraiment poursuivre, partout, où qu’elle aille….

Je crois que je n’ai jamais vu héroïne plus effrayée et le regard figé dans l’horreur à chaque case que celle-ci. Nous avons droit à tout les clichés : baiser forcé, plaquage contre le mur, menace, chantage, kidnapping, tentative de viol….la totale. Mais vous comprendrez chers lecteurs que tout ceci est normal car fait au nom de l’amour. L’amour c’est très pratique.

Kasumi n’a au départ pas grand chose pour elle. Elle est banale, jolie mais sans plus. On ne l’a remarque pas. Apparemment mise au placard par ses petits camarades au collège, elle a vite développé des difficultés à se faire des amis et a sociabiliser. Le lycée est pour elle l’occasion d’un nouveau départ, qu’elle rate malheureusement. Son manque cruel de confiance en soi, la fait se mettre à l’écart volontairement et ce ne sont pas ses camarades qui iront l’aider à sortir de sa coquille car ils sont inexistants dans l’histoire. Jusqu’à ce que « boum » entre le personnage masculin. Tout les clichés sont réunis : beau gosse (l’auteur aimera nous montrer ses pec’ de bel éphèbe), riche à un point où s’en est ridicule (je prend mon petit déj’ en Corée et j’arrive avec mon jet privé pour la 1h de cours), les filles qui lui bavent dessus parce que…euh…voilà, un sens des valeurs qui n’est pas celui du commun des mortels (un kebab foie gras à 1300€ c’est donné) et un comportement égoïste justifié parce que le pauvre il est riche et les enfants riches c’est forcément pourri gâtés.

A peine le premier chapitre entamé que l’on nous présente ce beau jeune homme comme imbuvable et imbu de sa personne. Juste parce que l’héroïne lui a rendu son mouchoir plié (geste fait par pur automatisme) sans ce soucier de qui il est, il décide qu’elle sera sienne. Sa « femme », la manière dont la scène est décrite ne permet pas de tendre le terme vers le sens d’épouse mais plus celui d’objet : « you will become my woman ». Juste avant que cette dernière s’enfuit de peur et qu’il la poursuive en parlant d’elle comme d’une « cible » qu’il ne faut pas laisser échapper et qu’il faille capturer. Il est d’ailleurs près à envoyer une 50taine d’hommes à sa poursuite -ce qui lui vaut quand même un reproche sur le fait qu’il risque de se faire arrêter avec de telles pratiques- (Non tu crois ?! et dire que ce passage est traité sur le ton de l’humour, un peu par dessus la jambe).

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Il passe son temps à l’insulter, la traiter d’idiote et autres joyeusetés. Décide à sa place : il décide unilatéralement qu’elle sera sa copine car elle est sa femme idéale -alors qu’il ne la connait même pas et qu’elle n’est pas spécialement pour-, lui achète des vêtements, décide de ce qu’elle va porter, lui dit quoi faire….

Sans oublier toutes les belles phrases qu’il lui sort, censées être d’un romantisme profond…

« Même si je meurs tu ne t’échapperas pas. Sors avec moi et je te rendrai heureuse. » : Tu as deux options mais en réalité je ne t’en laisse qu’une seule. Tu resteras enfermée jusqu’à ce que tu dises oui.

« Si tu essaies de t’échapper je t’enfermerai ici, peu importe combien je t’aime » : Rends-toi compte de ce que je suis obligé de faire par amour, ça me fait mal, c’est de ta faute.

La raison pour laquelle il s’intéresse à elle, est parce qu’elle ressemble à son héroïne de drama préféré et qu’il aime les femmes douces et calmes (pures et naïves). Le personnage « l’aime » non pas pour elle, pour sa personnalité mais pour l’image qu’il s’en fait, l’image qu’il lui plaque dessus alors qu’elle essaie désespérément de le convaincre qu’elle n’est pas cette personne.

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Il y a, à partir de là, tout un paradoxe : il dit l’aimer parce qu’elle représente un idéal de beauté féminin douce et docile, tout en lui reprochant son manque de confiance en elle et le fait qu’elle ne s’affirme pas assez, en la dévalorisant. On sait tous qu’insulter les gens les aide à se sentir mieux….

C’est lui qui l’a harcèle, c’est elle qui s’excuse de ne pas être plus sympa, plus ouverte, plus compréhensive…un comble. L’auteur tente dans chaque chapitre, l’espace de quelques cases de nous faire croire que le personnage masculin est au fond un mec sympa qui n’attend seulement qu’on le comprenne. Il aide l’héroïne à s’occuper des plantes du lycée, il aime donc les plantes, les plantes c’est sympa, il est donc sympa CQFD.

Sans oublier le harcèlement sexuel et la tentative de viol. Ah cet instant classique dans le shojo où un garçon et une fille se retrouve seuls et où, par un malencontreux hasard, ils se retrouvent l’un sur l’autre. L’instant sexy par excellence, sensé émoustiller les lectrices et lecteurs. C’est tellement excitant quand un homme qui vous fait peur vous tombe dessus et vous dit qu’il va vous faire des choses en se passant négligemment la langue sur les lèvres de manière pas du tout entendu.

En passant par l’épisode où l’héroïne se retrouve déshabillée de force par un méchant qui en veut au « héros » et à décider de s’en prendre à sa copine qui n’a rien demandé… Je n’aime pas du tout que le viol soit utilisé comme une facilité scénaristique qui tient plus ici de la paresse et du cliché que d’un véritable choix de la part de l’auteur. Cette scène n’a pas d’incidence, à part celle de mettre l’héroïne en position de faiblesse et de demoiselle en détresse et de valoriser le protagoniste masculin qui vole à son secours. Le viol ou toutes agressions sexuelles, ce n’est pas quelque chose d’anecdotique qu’on met dans une histoire l’espace d’un chapitre sans plus jamais y revenir plus tard. Ce n’est pas non plus quelque chose qui doit être là pour émoustiller le lecteur/rice.

Les sentiments les plus souvent exprimés de la part de l’héroïne envers le personnage masculin sont la peur, le stress et non l’amour. Hina Sakurada la dessine comme ça presque tout le temps, presque toute les fois où elle est en contact avec lui. Résultat, je me demande quel est le but de la manoeuvre. Tout ces passages m’ont mise mal à l’aise et il semblerait que cela soit le cas d’autres personnes qui ont lu ces passages. Pour moi, ces expressions n’ont rien de drôle, elles ne participent pas au comique de situation. Elles ne la rendent pas non plus attrayante. Pourtant, tout le reste est caractéristique du shojo. Seulement les phrases sonnent creux dans la bouche des personnages.

La gestuelle du héros n’aide pas non plus. Nous avons droit au fameux trope du Kabe don, vous savez ce moment où le garçon plaque la fille au mur…

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Mais au final, je ne sais pas ce qui fait le plus peur : que ce titre compile tout ce que j’exècre ou que les gens qui ont lu ce titre le trouve bien ? Parce que oui,  des gens amateurs de shojo ont lu et aimé cette histoire. En fouillant sur le net pour avoir des avis, ce que j’ai pu voir c’est que globalement : le titre est trop court (encore heureux une douzaine de tomes comme ça n’aurait été idéal que pour une flambée dans une cheminée un long soir d’hiver), l’histoire est romantique, les personnages mignons, ils vont bien ensemble et sont fait pour l’un pour l’autre. Allo ??? On a bien lu la même histoire avec du harcèlement sexuelle à chaque page ? c’est justement le problème que je soulevais en début d’article : le fait que les gens trouvent ces comportement normaux et les cautionnent parce que c’est une histoire d’amour. Je ne sais pas si c’est la vision réelle de l’auteur, si elle dessine ce que le lectorat souhaitent voir ou ce que son éditeur lui demande mais une chose est sur Zetsubou Baby n’est en aucun cas une histoire d’amour. En tout les cas, ce n’est pas une relation romantique saine.

Comprenez moi bien, je n’ai rien contre les héroïnes lambda, en manque de confiance ou victime de harcèlement (Life). Je n’ai rien contre les beaux garçons ou les garçons avec un visage un peu effrayant, ceux avec un mauvais caractère (Takane & Hana) ou les personnages riches qui vivent dans un château doré loin des réalités (Takane & Hana, Ouran host club). Pas plus que pour les personnages qui tombent amoureux au premier regard (Honey & Clover) ou qui décide de conquérir l’être aimé (Honey & clover, limited lovers). Je ne suis pas contre le fait qu’un personnage (masculin ou non) aide le personnage principal (homme ou femme) pour qu’il tente de s’affirmer, même s’il emploie des méthodes pas forcément douces.
Mais tout dans ce manga ne fonctionne pas sur moi. Pourtant Hina Sakurada semble respecter scrupuleusement le cahier des charges.

Non ce qui me gêne c’est la manière dont Zetsubou Baby est raconté au point de faire ressortir tous les défauts du shojo en pire. A tel point qu’on pourrait presque croire qu’il s’agit d’une parodie.

Ce n’est pas parce qu’on saupoudre de paillettes de la merde que ça en fait de la meringue aux éclats de caramels, ce n’est pas non plus parce que l’emballage est rose bonbon que ce qu’il contient est forcément génial.
Ceci pour dire que j’apprécie le shojo, vraiment, mais parfois certains titres me rappellent à la réalité. Notamment sur le fait que pour toutes ces héroïnes il y encore du chemin à parcourir, loin de tout ces tropes et clichés désastreux montrer comme des modèles d’amour.

Bref, je ne vous conseille pas cette lecture sauf si vous souhaitez vous faire un avis par vous même. Dans ce cas, revenez par ici dire ce que vous en avez pensé.

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Et ils vécurent heureux jusqu’à ce qu’elle aille porter plainte pour violence conjugale

 

Thunderbolt Fantasy

Je sais que plusieurs mois se sont écoulés depuis le dernier billet. Je n’ai malheureusement pas autant de temps libre que je le souhaite mais j’ai néanmoins quelques billets en réserve sous le capot qu’il reste encore à peaufiner. Avant cela une petit réaction à chaud sur une série que j’ai suivie avec beaucoup d’engouement tel que je n’en avais pas connu depuis longtemps.

Pour être honnête, je ne m’attendais pas à voir Thunderbolt Fantasy : les pérégrinations d’une épée en extrême orient débarquer chez nous en simulcast. L’annonce d’une série de fantasy avec des marionnettes avait déjà attisé ma curiosité alors la voir arriver chez nous, c’est un peu comme Noël avant l’heure.

Pour celles ou ceux qui n’en auraient pas entendu parler, il s’agit d’une série en 13 épisodes de 23 min environ qui narre les péripéties d’un groupe hétéroclite en quête d’une épée au pouvoir immense, dérobée dans un temple à une jeune prêtresse et son frère par un odieux vilain.

Apparemment, la série a beaucoup divisé. Déjà sur le plan de sa qualification : s’agit-il d’animation ou pas ? Je ne vais pas entrer dans le débat, bien que si on s’en tient au sens large du verbe animer il s’agit de « donner vie ». Pour ma part je suis habitué depuis l’enfance à divers techniques et procédés d’animation (2D,3D, rotoscopie, stop-motion, peinture, sable, papier découpé….) alors voir des poupées bouger grâce à l’aide d’un maître marionnettiste ne m’a pas choqué. Par contre pour certains animes fans, que j’ai pu croisé sur les forums, l’animation ça se résume à de l’animation japonaise en 2D, éventuellement 3D (ce qui est fort dommage). La série ne également m’a pas gêné car j’ai grandi en regardant les sentinelles de l’air aka Thunderbirds en VO (oui j’ai grandi dans les années 60′) et en regardant Team America (FUCK YEAH!! -ahem-).
L’autre point qui a fait beaucoup parlé de lui, semble-t-il, est l’animation même des marionnettes. Pour beaucoup ça n’est pas passé, souvent qualifié de moche ou de saccadé. Alors que pour d’autres, ça a été un vrai bonheur de voir quelque chose de différent.
Pour ma part, je salue la qualité de l’ensemble. Les marionnettes/poupées sont superbes tant au niveau de leurs costumes, que de leurs coiffures, leurs accessoires…et ces cils ! Mon dieu ces cils ! Je renomme officiellement Mie Tian Hai aka la mort rampante aka le grand vilain, Lord Maybelline. Les marionnettes n’ont au final que peu d’expressions faciales : elles peuvent ouvrir et fermer les yeux, et vaguement ouvrir la bouche. Tout tiens donc en 2 choses : la gestuelle, surtout des mains, pour ne pas paraitre trop statique (et elles bougent beaucoup) et la performance vocale qui arrive à très bien retranscrire les émotions des protagonistes.

Après le début de la série je me suis penché un peu plus sur les personnes derrières. Thunderbolt fantasy est une production née d’une collaboration japonaise et taïwanaise entre Pili (très connu apparemment chez eux) créateur de série wuxia avec poupées et Gen Urobuchi pour le scénario,  Nitroplus pour le design des personnages, Good smile company, à la musique Hiroyuki  Sawano et T.M.Revolution pour le générique.
Pili s’est apparemment chargé de toute la partie filmique et manipulation des marionnettes (puisque c’est leur fond de commerce). Pour le coup je suis allé voir ce qu’ils avaient fait précédemment. Visuellement leur style a évolué avec les années pour devenir plus fin et détaillé (même si certains personnages ont tendance à se ressembler selon moi). Je dois dire que comme je ne lis, ni ne comprends le chinois, je suis bien en mal de donner une liste concrète des séries produites par la firme de ce que j’ai lu il n’y a qu’une seule série « Pili puppet show » qui tourne depuis des années à la TV. C’est une sorte de plus belle la vie version arts martiaux et marionnettes.
A part PiLi Xia Ying: The Decisive Thunderbolt avec ses personnages bien classes, le film Legend of the Sacred Stone (qui est le plus connu car il semble avoir été projeté sur le sol américain), The ARTI: Enigma of the Ancient Lop, 3D PiLi Adventure: Agent 519 – The Young Swordsmen… je ne peux pas en dire grand chose et surtout je n’ai pas réussi  à trouver leur production en VOST. Je ne pourrais donc pas non plus commenter sur le contenu, bien que j’ai pu lire une fois que la présence de Gen Urobuchi sur Thunderbolt était la bienvenue car les productions de Pili était certes belles mais assez plates niveau contenu.

Enfin pour la blague Pili a eu droit à sa bouteille de beaujolais nouveau….

 

Shāng Bù Huàn héros malgré lui

*attention ce qui suit peut potentiellement contenir du spoiler*

Bien que la série laisse au début croire que nous allons suivre Dan Fei, c’est en réalité Shang le véritable personnage principal. Je dois avoué que l’intrigue est relativement simple puisqu’une bonne partie des épisodes est une ligne droite pour aller directement au manoir du grand vilain récupérer l’épée volée. On pourrait résumer simplement : formation du groupe en récupérant les divers protagonistes, traverser les 3 épreuves qui mènent au manoir, arriver au manoir tataner le méchant. Dans le fond, rien de nouveau sous le soleil niveau intrigue. Idem niveau personnages : la prêtresse douce et pure, la démone femme fatale, le petit jeune surexcité en quête de reconnaissance, son mentor calme et posé, le voleur qui en sait plus qu’il ne le dit, le guerrier en quête de l’adversaire ultime et pour finir le gars qui n’avait rien demandé et qui se retrouve embarqué bien malgré lui. En somme des personnages que l’on a pu croiser ailleurs, qui peuvent paraître caricaturaux, et dont le passé ne sera pas révélé parce que de toute façon on s’attardera pas beaucoup dessus.

Lin Xue l'insaisissable Je suis complètement amoureuse de sa coiffure

Lin Xue l’insaisissable. Je suis complètement amoureuse de sa coiffure

Pourquoi donc ai-je tant aimé cette série ? Car à part l’aspect visuel qui sort du lot habituel, le fond n’a rien d’original. Je dirais que la série à l’avantage d’être courte, d’avancer vite et de ne pas se perdre en cours de route, l’ensemble est bien rythmé (surtout les combats, très fluides) et chaque fin d’épisode est comme un cliffhanger qui donne envie de voir la suite. Les personnages ont certes un côté déjà vu mais sont attachant, ajoutez à cela qu’ils ont des mimiques que l’on retrouve dans l’animation japonaise classique (la façon dont ils sont gênés, se grattent la tête, râlent…) surtout Shāng Bù Huàn. Ce qui se développe surtout dans la seconde moitié de la série, c’est l’aspect psychologique. Les raisons qui poussent les personnages à faire ce qu’ils font. Dans le cas présent, la série se penche surtout sur Shāng Bù Huàn et Lǐn Xuě Yā. Le premier restera mystérieux jusqu’à la toute fin (les raisons de sa présence et ses véritables pouvoirs) puisque rien ne nous est dévoilé, à part via quelques phrases éparts ci et là émises par le personnage. Le second passe par diverses phrases : le bon samaritain qui en sait plus qu’il ne le dit, le salaud de traître voleur, le justicier sadique à la pensée tordue, le génie qui dépasse le commun des mortels…un personnage complexe en somme et fort intéressant. Il forme un duo complémentaire avec Shang, entre la force brute mais droit dans ses bottes à la moralité impeccable et le philanthrope amoral qui emprunte des voies détournées. Dualité bien marquée dès le générique que je ne me lasse pas d’écouter et de regarder alors que je ne suis pas fan de T.M Revolution. D’ailleurs le chanteur a même eu droit à sa marionnette spéciale pour la sortie du single RAIMEI qui sert de titre pour le générique d’ouverture.

La musique dans son ensemble n’est pas en reste. On a droit à de beaux morceaux bien épiques qui restent en tête et donne un côté grandiloquent aux combats.

J’ai un faible pour la 1ère (à vrai dire j’ai un faible pour tout ce qui contient des chœurs). Les voix des personnages sont aussi très bonnes, petit plus pour la présentation en chinois de chacun des personnages avec la petite phrase poétique qui va bien. J’avoue avoir été cependant perdu avec les noms. Ils sont en chinois et indiqués comme tels dans les sous-titres, seulement ils sont prononcé différemment en japonais et leur surnoms (les lamentations de la nuit, la mort rampante, le rapace hurlant, l’insaisissable…) sont traduit en français. De plus, les sous titres alternes entre noms et surnoms de quoi se perdre parfois…

Shā Wú Shēng, nous te promettons d'écrire des yaoï à ta gloire !

Shā Wú Shēng, nous te promettons d’écrire des yaoï à ta gloire !

Je pourrais râler sur les personnages pour les défauts (alors que j’ai dit que je les aimais). A savoir que certains sont partis trop vite sans avoir eu beaucoup de développement (je pleure encore Shā Wú Shēng) ou de combats épiques comme promis dans le générique (je pense à toi Charming huntress). Après vient Dan Fei la prêtresse. Non pas que je n’aime pas ce personnage mais au final elle restera très en retrait. Sa motivation première était de récupérer l’épée sacrée et de venger son frère. Au final elle ne fera ni l’un, ni l’autre. Toute vengeance semble l’avoir quittée. Ajoutez à cela, qu’il nous est montré à plusieurs reprises qu’elle est parfaitement capable de se battre et de se défendre toute seule, pour finir par rester derrière. A un moment Juan lui apprend à rectifier ses enchaînements pour les adapter à sa morphologie et être sur de ne pas manquer sa cible. J’ai vraiment cru que l’on allait retrouver cet élément plus tard dans la série pendant un combat épique où Dan Fei aurait finit par terrasser Mie Tian et au final…rien… Sur ce point là j’ai été très déçu série 😦

La série nous sort également presque de nul part une romance entre Juan et Dan Fei. Certes il la draguait lourdement au départ (pas très longtemps), nous les avons vu ensemble souvent par la suite mais la fin nous les montre main dans la main, s’entrainant ensemble pendant qu’elle lui parle de son futur fils…C’est mignon mais j’aurais voulu voir cela avant !
Après la série, bien qu’avec des personnages très beaux visuellement et des hommes qui portent très bien le mascara et le gloss, n’est pas sans violence. Nous avons rapidement droit à des têtes -et autres parties du corps- découpées quand ce ne sont pas des morceaux de cages thoraciques qui vous sortent de l’abdomen, sans oublier le sang. Bien sûr, lors des combats les héros vous sortiront tout un lot de techniques spéciales prononcées à voix hautes avec effets lumineux à la clé. J’avais peur de la 3D incluse dans la série car j’ai pu voir d’autres production de PILI (la compagnie qui crée les poupées) où cette dernière était présente et piquaient les yeux. Finalement le boss de fin « le démon des fours crématoires » est plutôt pas mal, sauf ses tentacules qui a rendu le dernier combat un peu tcheap.
Je pourrais reprocher aussi le fait de rendre les personnages trop « over the top » : entre Shang qui défonce les méchants avec un vulgaire bout de bois et bat le boss une main dans le dos (sans oublier qu’il s’est farcie les 3 épreuves à lui tout seul….à se demander à quoi servait les autres), Lin qui en plus d’être plus malin que tout le monde et un dieu de l’épée, Shòu Yún Xiāo qui lance ses flèches en plein ciel mais arrive toujours à les faire retomber pile au bon endroit après avoir calculer la vitesse du vent, la distance et le nombre de pas que fera l’adversaire…sans oublier les punchlines types du genre « je vais finir ce combat en 9 coups ». Ca pourrait faire trop mais ici, cela fonctionne complètement. Après quelques deux ex machina ici et là mais qui passe là aussi.

Xing Hai version 3D et 2D, moins de rouge plus de boobs

Xing Hai version 3D et 2D, moins de rouge plus de boobs

La fin du 13ème épisode annonce une séquelle. C’est à la fois une bonne surprise et un moment d’appréhension. Appréhension  parce que les 3/4 du cast actuel sont six pieds sous terre, bien que je prendrais plaisir à revoir Juan/Dan Fei ou Xing Hai (pour savoir ce qu’elle est advenue), et que je ne sais pas ce qu’on pourrait dire d’autre maintenant que tout a été révélé et que nos héros ont battu le démon ultime.
En attendant, on peut toujours écrire des fanfiction LinxShang.

*fin de la potentielle zone spoiler, vous pouvez reprendre une activité normale*

Il existe également 2 adaptations en manga de la série. Je n’en ai lu qu’une sur les deux (toujours en cours) dessinée par Yui Sakuma (auteur de Complex age série en 6 volumes), pour l’instant elle se contente de reprendre la série sous format papier. Je ne suis pas fan du dessin, après avoir été habitué à la beauté et la finesse des personnages de la série, ceux de la série manga sont dessinés de façon assez grossière. Pourtant, le dessin de complex age était assez plaisant. Quant à la seconde adaptation, Thunderbolt Fantasy – Sword Travels from the East – A Maiden’s Magical Journey, elle semble déjà beaucoup plus belle visuellement (c’est Kairi Shimotsuki qui est en charge du dessin, elle est connue chez nous pour  Brave 10 et Docteur Mephisto) et de ce que j’ai compris elle s’attardera sur le point de vue de Dan Fei.

J’ai aimé cette série car elle sortait du carcan habituel. L’aurais-je aimé tout autant si j’avais été habitué aux productions Pili classique ? Je ne sais pas. Tout ce que je peux espérer c’est de voir d’autres productions du même genre par ici. Je veux revoir Shang et Lin. J’ai bien conscience que la série n’est pas parfaite mais elle a été un énorme coup de coeur. J’attends avec impatience de voir ce que la suite de cette collaboration entre le Japon et Taiwan peut nous offrir.

Rendez nous les cils de Mie Tian Hai !

Rendez nous les cils de Mie Tian Hai !

 

Hanayome wa motodanshi, la mariée était un garçon

Je vais essayer d’alterner entre billets longs comme le bras et ceux un peu plus courts pour laisser respirer. Mais il faut savoir que c’est difficile pour moi d’écrire quelque chose de court sur certaines œuvres.

Derrière ce titre, ce cache un manga en un seul volume qui est la version papier d’un blog.
Il existe pléthores de manga et d’animes dans lesquels nous pouvons retrouver un garçon ou une fille habillé(e)s ou se revendiquant du sexe opposé pour des raisons scénaristiques diverses et variées, parfois comiques ou sujets à quiproquos. Tout ceci nous donne l’illusion que le Japon est un pays relativement cool et permissif qui autorise toutes les fantaisie et est très LGBT friendly. Je ne vais pas vous faire un topo sur le sujet, parce que ce serait long et complexe alors que je veux aller directement au but, en parlant de Hanayome wa motodanshi. Jusqu’à présent, je n’étais pas tombée sur des mangas parlant de manière sérieuse de la question trans au japon. Il y a bien Hourou Musuko (Wandering son) ou Bokura no hentai me direz-vous mais cela reste de l’ordre de la fiction, du romancé. J’ai trouvé Hanayome wa motodanshi complètement par hasard. Le titre, le style mignon et rondouillard, le 4-koma me laissait penser -à tort- qu’il s’agissait d’une énième BD comique.

En réalité, Hanayome wa motodanshi parle de la vie de Chii et de son expérience en tant que personne trans, le chemin parcouru pour devenir femme et épouser sa moitié. Le manga est découpé en plusieurs chapitres qui retrace le parcours de Chii : sa vie amoureuse, l’annonce de sa volonté de changer de sexe à ses parents, comment elle a rencontré son mari, son opération, la demande en mariage, la rencontre avec les parents, sa vie de couple marié….le tout entrecoupé d’anecdotes et d’informations sur la situation LGBT au japon.

Ce manga est la fois intéressant et rafraichissant, il aborde les choses de manières simples, sans en faire trop, parfois avec humour. On ne tombe jamais dans le pathos, le voyeurisme, ce n’est jamais « trop ».
Le personnage du mari est aussi délicieusement croqué. C’est quelqu’un de très gentil, complétement gaga de Chii qui l’accompagne et la supporte dans ses démarches, ne presse en rien les choses mais en même temps vit un peu dans sa bulle. Sa réaction lorsque Chii lui annonce qu’elle était un garçon (et qu’elle l’est toujours techniquement) est assez géniale (j’avoue que je m’y attendais). De même que la réaction des parents est pleine de compréhension (même si le père à l’air un peu à l’ouest).
Ici, le parcours de Chii nous est montré de manière très positive, l’auteure étant accompagnée par ses amis et sa famille dans ses démarches. A part le processus administratif pour légalement changer de sexe aux yeux de la loi qui est procédurier et long, et la douleur des opérations, Chii ne rencontre pas de réelles difficultés. Peut-être que certaines ont été occultées ou qu’il n’y en a eu vraiment aucune. A part le cas de Chii qui s’est bien passé, difficile de savoir s’il en est de même pour les autres personnes trans au japon (mais d’après les exemples donnés ça ne semble pas être simple pour tout le monde).
L’autre point intéressant, c’est qu’à chaque fin de chapitre, Chii développe une problématique sur la question LGBT (plutôt orientée trans) : qu’est-ce que le drapeau arc-en-ciel ? qu’est-ce que le SRS ? qu’est-ce qu’une personne transgenre ? comment transitionne-t-on ? Mais aussi toutes les problématiques associées aux changements de sexe, comme le fait que le mariage homosexuel ne soit pas reconnu au Japon à l’heure où j’écris et que donc certaines personnes soient obligées de divorcer ou d’abandonner l’idée de changement de sexe, ainsi que les autres problèmes légaux comme le « gender dysphoria special cases act ». A ce propos, comme je l’ai évoqué au départ, Chii tient un blog dans lequel nous pouvons retrouver ces thématiques qu’elle explique en dessin de la même manière que dans le manga, ainsi que des petits moments comiques.

 

En somme, je conseille ce manga car il est intéressant et instructif si vous décidez de vous pencher sur ces problématiques. C’est aussi une histoire rapide à lire, touchante et adorable. Chii et son mari sont vraiment mignons et le tout est raconté de manière à sortir de cette lecture le cœur léger.

Ces personnages qui ne devraient pas finir ensemble

Je poste ceci le jour de la saint Valentin, il fallait le faire. Le jour de l’ode à l’amour et au couple. Car oui, si vous n’êtes pas en couple vous ne valez pas grand chose puisque apparemment votre vie est forcément terne, ennuyeuse et vous êtes un/une dépressif/ve au bord du suicide. Passons.

Pourquoi est-ce que je poste ceci ? Pour être honnête c’est une réflexion qui me trotte dans la tête depuis un petit moment et qui a fait son bout de chemin.  Voyez-vous, j’aime bien les comédies romantiques, j’en ai quelques unes au compteur. Jusqu’à présent le schéma « ils finirent ensemble et vécurent très heureux » ne m’avait jamais gênée. Nous connaissons tout le schéma de ces comédies, nous savons que les personnages vont finir ensemble bien qu’ils se détestent cordialement au départ (ou pas), ce qui nous intéresse c’est ce qui se passe entre avec quelques dialogues bien sentis. Bref. Un beau jour je regardais Le témoin amoureux, comédie romantique gentillette sans prétention avec le beau Patrick Dempsey (aka docteur mamour de Grey’s anatomy).

L’histoire était celle de deux amis (un homme et une femme)  qui se connaissent depuis la fac. Tout le début nous démontre qu’ils se connaissent parfaitement l’un, l’autre, avec leurs qualités et défauts, qu’il y a une parfaite alchimie entre eux et qui pour le coup n’est pas amoureuse. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes jusqu’à ce que la jeune femme ramène un bel écossais avec lequel elle annonce vouloir se marier. Et là notre beau héro se rend compte qu’en réalité il l’aime d’amour vrai et va tout faire pour la conquérir. Je vais spoilée (quoi, sincèrement quand on connait le schéma de ces comédies, est-ce que c’est vraiment du spoil ?), mais je pense que tout le monde s’en doute, ils finissent ensemble après s’être rendue compte que son/sa meilleur(e) ami(e) était l’amour de sa vie.

Je vais passer outre l’aspect parfois cliché -surtout sur les gays-, cul-cul et déjà vu, ce qui m’avait surtout ennuyée c’est qu’une fois le couple principal ensemble, je n’ai pas sauté de joie, je n’ai pas été attendri, je ne me suis pas dit enfin…en réalité, c’était plutôt un « Meh ». Pas vraiment de la déception mais certainement pas de la satisfaction. Comme une bonne partie des comédies romantiques, le film m’avait promis de voir finir le couple principal ensemble après bien des péripéties et j’y ai eu effectivement droit. Comme le film avait tout mis en oeuvre pour me montrer que ça ne sortait pas de nul part. Mais rien à faire, je ne voyais pas ce couple comme un couple. Leur relation était fusionnelle, il y avait bien de l’amour mais pas de sens là.

Ce film m’a donc posé problème :

  • déjà parce que ça donne l’impression qu’une amitié h/f n’est pas possible. Je ne dis pas que dans la réalité ça n’existe pas ou bien qu’il n’existe pas des gens aillant épousés leurs meilleurs ami(e)s.
  • ensuite parce que ça m’a fait comprendre que beaucoup de gens ont une vision binaire de l’amour : soit on est amis, soit on est amoureux. Rien entre les deux. Hors l’amour est un sentiment complexe qui ne peut pas toujours se résumer à on s’aime/on s’aime pas.

S’en est suivi plusieurs œuvres, où les personnages que je voyais finir ensemble ne me convenait pas, parce qu’à mon sens les mettre en couple était réducteur, voire manquait de subtilité ou d’effort en cédant à une certaine forme de facilité. En gros, ça venait gâcher du potentiel.

George et Yukari instant de bonheur dans le marasme du drama

J’ai eu aussi l’inverse, voire des couples ne pas finir ensemble (pour le mieux et la suite logique des choses) mais voir des gens presque râler parce que X finissait pas avec Y alors qu’ils allaient trop bien ensemble ( alors que non…). Dans ce cas précis, je citerai le cas de Georges et Yukari dans Paradise Kiss dont j’ai vu beaucoup de personnes regretter qu’ils ne soient pas ensemble à la fin alors que tout avait été mis en oeuvre pour montrer que ce couple n’était pas fonctionnel. Parce que oui, s’aimer ne fait pas tout dans un couple. Un peu comme avec les personnages de Kimi wa pet. Enfin l’une comme l’autre de ces œuvres il faudra vraiment que j’en parle un jour (c’est au fond des tiroirs depuis des lustres, il faudrait que je peaufine ça un jour).

Ou au contraire, un auteur ou une auteure peut vous décevoir complètement en mettant certains personnages ensemble. Au point d’avoir l’impression que l’auteur lui-même n’a pas compris son oeuvre, voire de se sentir floué en tant que lecteur comme si nous avions été trompé sur la marchandise. Je pense à toi Usagi drop, aka un drôle de père en français, qui m’avait vendu une relation mignonne avec un célibataire endurcie qui se retrouve à élever une petite qui est sa tante. Que l’histoire fasse un bon de dix ans dans le futur…pourquoi pas…c’est toujours intéressant de voir comme gérer une ado mais s’il ne s’agissait que de ça. Non seulement, nous lecteurs avions raté des moments important de la vie des personnages mais j’ai aussi eu l’impression que l’auteure s’évertuait à mettre en pièce tout ce qu’elle avait construit jusque là dans les relations entre ses personnages. Et le pire, c’est de faire finir Daikichi avec Rin, il finit avec la petite qu’il a élevé comme sa fille et qui veut même un enfant de lui. Sauf que ! Twist plot à la japonaise, on nous dit que finalement ils n’ont pas de lien de parenté. Ouf tout va bien ! Merveilleux ! Ça change tout ! Sauf que non! Non, non et re-non ! Sérieusement, je ne savais pas si je devais vomir devant une fin pareille.

Daikichi et sa future femme, tu le sens venir le gros malaise ?

Là s’est posé une autre question : est-ce qu’une oeuvre appartient toujours à son auteur ? Je sais qu’une oeuvre appartient à son auteur, au sens de la propriété intellectuelle, mais il arrive que les lecteurs, les fans, en se la rappropriant font des choses parfois plus intéressante et bien meilleures. A l’inverse, l’auteur écrit quelque chose que les lecteurs et fans vont interpréter de mille manières et parfois -à mon sens- complètement à côté de la plaque, à vous demandez si vous avez bien lu la même chose. Il est tout à fait possible qu’un auteur ai mis de choses dans son oeuvre de manière inconsciente (coucou Freud!) et que les lecteurs le remarquent. Néanmoins, j’ai parfois l’impression que les gens vont chercher midi à quatorze heures. Parfois, c’es drôle, barré….et parfois c’est juste, non.

Bref, cette longue introduction pour parler de quoi au final…et bien du duo formé par de One day de Old Xian. Je ne fais pas spécialement une fixette dessus (quoique), je pourrais tout aussi bien vous parler des personnages de BFF (c’est en prévision avec plusieurs autres choses entre autres). Si j’en parle c’est que le duo cristallise certains points cités plus haut.

Jian Yi (celui qui bave) et Zhan Zhengxi (celui qui supporte)

Revenons donc à l’histoire, pour re-contextualiser. Old Xian dessinatrice chinoise travaillant au studio Mosspaca a créé une histoire pour la compile 19 days : One day. Pourquoi ce titre, je ne saurais vous dire, les histoires commencent par « one day » sans réel contexte chronologique mais passons. Au départ, One day (connu aussi sous le nom de 19 days donc si vous voyez ce nom ne paniquez pas) était un récit court de 8 pages, qui fut suivi par une mêlée en vrac d’illustrations (amusantes ou suggestives) et des strips comiques dans lesquels nous retrouvions deux jeunes hommes sans nom -au départ-, dont l’un semblait avoir un gros faible pour son camarade qui répondait à tout cet amour par des lattes dans la gueule. Le tout dans des situations du quotidien. Bien que tout ceci était en vrac, il apparaissait déjà qu’ils étaient amis de longue date, Zhan Zhengxi (un des personnages principaux masculin) nous en faisant un bref résumé. Petit à petit il est possible de retrouver une certaine chronologie au travers de divers chapitres qui arrivent au fur et à mesure :

Nos deux personnages se sont connus pendant l’enfance. Avant cela, il semble que le père de Jian Yi soit partie pour des raisons obscures (un crime ? un problème avec la mafia ?) et que la mère du jeune garçon soit au abonnée absente. Notre pauvre Jian Yi se retrouve sans amis et souffre douleur de la classe jusqu’à ce qu’arrive , Zhan Zhengxi qui décide de lui tendre la main. Les deux deviennent amis, notre petit « orphelin » prend de l’assurance alors que Zhan Zhengxi commence à prendre ses distances avec son ami, sans doute trop bizarre et excentrique à son goût mais reste toujours avec lui. Puis Jian Yi se fait kidnapper par des hommes de mains sous l’ordre de son père (?) et ne réapparaît que quelques années plus tard, obligé de se retaper le lycée qu’il a loupé tout en squattant chez son pote qui lui est désormais à l’université.

C’est ce que nous pouvions établir à partir des premiers strips. (NB: je me base sur la numérotation des chapitres donné par les traducteurs anglophones qui prennent en compte le récit de 19 days + les illustrations de One Day. Il ne s’agit pas de celle de l’auteure.) Depuis le chapitre 55 environ, l’auteur se consacre à écrire une histoire cohérente et qui se suit, alternant les débilités de Jian Yi sur l’impassible Zhan Zhengxi (qui ont depuis acquis un nom : Jian Yi au chapitre 105 et Zhan Zhengxi au chapitre suivant). Leur relation est plus ou moins la même que dans les premiers chapitres montrés, quoique Jian Yi est moins rentre dedans (sans mauvais jeu de mot). C’est là qu’on apprend leur amitié de longue date.

Petite aparté car il y a je trouve une petite incohérence chronologique.
Puisqu’il nous est expliqué dans les premiers chapitres que Jian Yi a disparu le 2ème jour de son entrée au lycée, pour ne revenir que quelques années plus tard alors que Xi est à l’université, quand se passe tout les récents chapitres ?  Tout ce qui se passe actuellement, se passe avant que Xi ne soit à l’université. Ce qui invalide certaines théories qui pense que le comportement de Xi est basé sur la peur de perdre « encore » son ami, sauf que ce n’est pas encore arrivé. Hors, lorsque Xi est à l’université leur relation est au même point que quand ils se sont quittés (je t’aime, je te baffe).  Alors, soit tout ce qui se passe actuellement remplace en partie ce qui a été  dit précédemment, soit leur relation ne va pas évoluer des masses, vu qu’au moment du retour de Jian Yi, c’est la même routine.
J’ajouterai que les actuels chapitres ont l’air de se passer au lycée alors que Jian Yi est censé ne pas y être.
Fin de l’aparté.

Si je vous parle d’eux, c’est pour une simple raison : l’ambiguïté. Jusqu’à un certain point, il était possible de se dire que l’auteur aller éternellement faire fonctionner ces deux là en une sorte de duo comique où le rôle de chacun était assez clair et défini.  Jian Yi l’adorkable garçon amoureux de son meilleur ami Zhan Zhengxi qui lui est un archétype de tsundere. Une sorte de statu quo. Les gens qui lisaient pouvaient monter des théories sans que celle-ci ne me gêne. Il y avait une certaine mélancolie dans cet amour à sens unique, Jian Yi pouvant se montrer retord et possessif (Cf les chapitres avec la stalkeuse de Xi et RedHead « twist the balls! ») comme complètement crétin. C’est en ça que le personnage est intéressant, il nous laisse à penser qu’il est sur la brèche, qu’il a un côté plus que retord et peut passer du côté obscure. En réalité, Jian Yi n’est pas un mauvais bougre, oui il est pervers,  a des idées bizarres, se montre parfois imprévisible, crétin, très gamin…mais il n’est pas complètement tordu.
Xi au contraire, est un cas plus classique : pas bavard en extérieur mais qui tient à ses (enfin SON) amis et peut se montrer impitoyable envers ceux qui leurs font du tord au point d’agir impulsivement. Pour raccourcir : un nounours en guimauve dans une carapace de glace mais avec des gants de boxe.

Instant de bonheur avant la cata

Mais au delà de ça, c’était surtout une belle amitié. Seulement voilà…le chapitre 142 est arrivé (pour le coup il va avec le 141 et le 143 qui poursuit directement). (NB: comme je l’ai indiqué en amont les chapitres ne sont pas numérotés par l’auteure puisque les illustrations comptent comme des chapitres, l’épisode du baiser devait être le chapitre 100)
Objectivement, il était très bon. Il était beau graphiquement, dans sa narration, dans la description des sentiments des personnages dont on sentait toute la peine, les doutes et les non-dits. Seulement voilà, ce passage a marqué une cassure dans l’atmosphère bien rodée de cette BD. Je n’ai rien contre le changement, peut être que dans quelques temps, avec beaucoup de recul, je dirais que la série en avait besoin car ça tournait en rond ou je ne sais quoi. Cruel changement d’ambiance avant le retour à la normale. Il y avait bien sur eu quelques changements auparavant avec l’apparition de nouveaux personnages : la soeur de Zhan Zhengxi, mais surtout la présence de deux autres garçons (He Tian et redhead -on ne connait pas encore son nom-)
Le rôle de He Tian était déjà assez ambigu en lui même : il console Jian Yi, se montre très amical voire plus…ce qu’il cherche n’est pas très claire. Rajoutez à cela qu’il est beau, riche, charismatique et que les filles se pressent au portillon.
Mais revenons à nos moutons… avant ce chapitre, les théories allées déjà bon train mais depuis j’ai l’impression que c’est pire. Les gens semblent vouloir absolument un Zhan Zhengxi x Jian Yi ou un Jian Yi x Zhan Zhengxi. Et c’est là que ça bloque pour moi car je pense, j’espère, je croise les doigts pour que ça n’ait pas lieu.
La relation entre nos deux héros est très belle en soi. Zhengxixi ou xi -je vais dire xi car je commence à fatiguer de l’écrire en entier- malgré une certaine distance, le fait qu’il parle peu et s’épanche peu, tient beaucoup à son ami. Il lui en colle une, il est agacé de son comportement mais il le connait bien, il arrive à cerner quand Jian Yi ne va pas bien. Bon par contre, il arrive moins à prédire ses futures conneries. Mais leur duo et le fait qu’ils soient toujours pris en flag’ dans les pires moment, me rappelle l’anime Daily Lives of High School Boys. Une amitié de longue date à la fois solide et fragile, immuable et changeante.

De mon point de vue, comme celui d’autres, Xi n’est pas complètement idiot et a bien vu l’hyper affection que lui porte Jian Yi. C’est après que les théories diverges : certains pensent que Xi ne veut pas s’avouer à lui même qu’il ressent plus que de l’amitié, d’autre qu’ils faisaient semblant de ne pas voir pour garder un statu quo…

miss-the-point1

Evidemment, tout le monde a bien compris que Xi était à côté de la plaque quand il demande à Yi s’il aime les garçons dans ce fameux chapitre 142. Non Yi n’a pas d’attirance spécifique pour les garçons (quoique), il aime Xi. Ce qui était également intéressant, c’est toute la discussion que certain(e)s ont eu suite à cette scène. Le fait que Yi pleurait parce qu’il pensait qu’il avait été très clair dans ses sentiments envers son ami depuis le début et pour finalement se rendre compte qu’en réalité celui-ci ne l’a jamais pris au sérieux. Ça se tient. Parce que l’équilibre délicat entre la blague et le sérieux a été brisé. Pour moi, les larmes étaient à la fois dû au fait que Xi se plante sur toute la ligne (donc ça fait mal) mais aussi que Yi s’en veut car il vient de briser ce train-train, cette routine qu’il avait tout les deux. La blague est allée trop loin pour ne pas être prise en compte et en révèle un peu trop. Donc ça fait peur.

Par contre, je ne suis pas en faveur des théories émises après qui évoquent la formation du couple entre eux. Genre c’est le matin, comme nous voyons du soleil, l’auteur veut nous dire qu’ils sont officiellement un couple. Parce que c’est officiel, ils viennent de dépasser le stade ami pour celui d’amoureux. NON. C’est ce qui rejoint ce dont je parlais plus haut : la binarité en amour. Au delà de l’amitié, c’est forcément un sentiment amoureux. Je ne sais pas si je dois être triste ou énervée par le manque d’imagination des gens et leur vision parfois très étroite.
Il y a déjà une retour à leur dynamique précédente dans les chapitres post 143, même si Xi essaie de discuter de quelque chose sans y parvenir (on peut penser qu’il veuille parler des précédents événements, logique).

Pourquoi je suis contre cette idée de couple ? Déjà parce que c’est trop simple, c’est mille fois vu et je trouve que ce qui a été mis en place entre eux ne va pas, ne doit pas, aller dans cette direction. Ne pourrions nous pas avoir une amitié entre garçons touchante, basée sur l’affection, la connerie ado, les malentendus, les ambiguïtés, la complicité, la compréhension de l’autre…sans rajouter tout ce fatras yaoïste. Un peu de shonen aï pour mousser pourquoi pas mais le reste…
J’ai l’impression que les gens tendent facilement aux relations amoureuses entre garçons car c’est plus facile à traiter et semble être une suite logique alors que non. Justement traiter d’une relation complexe qui ne soit pas amoureuse est -à mon sens- un vrai challenge. Je ne dis pas qu’une relation amoureuse ne peut pas être complexe et pleine d’ambiguïté  mais je pense que l’on peut traiter une histoire d’amour complexe sans forcément tomber dans le « Ah mais en fait on est amoureux l’un de l’autre ! ». Je pense que des gens peuvent partager des sentiments très fort, qui aillent au delà de l’amitié « classique », sans être amoureux.
Je pense que la volonté des gens à vouloir absolument du yaoï vient sans doute des premières illustrations qui nous vendaient de l’érotisme et des relations sulfureuses entre garçons plus que de l’amitié (et de l’appellation du comics). Evidemment, je peux me planter sur toute la ligne avec One day. Peut-être que l’auteur veut aller dans ce sens, peut-être qu’elle réussira à me faire changer d’avis ( ou presque) à la BFF.

Ce qu’on nous vendait…

Ce qu’on a eu…

Dans les derniers chapitres actuellement sorties, Xi nous fait une sorte de crise, qui vient en réalité d’un malentendu. Certains y verront de la jalousie amoureuse, moi j’y vois un garçon qui a toujours été le seul ami et seul soutient de Jian Yi qui voit ce dernier devenir soudain le centre d’attention et a une certaine peur de ce changement qu’il ne maîtrise pas. C’est surtout se rendre compte qu’une personne à laquelle on tient peut vivre sans vous et vous laissez tout seul en arrière. Mais également une autre preuve d’une amitié forte et sincère qui montre qu’il ne supporte pas qu’on se moque de Jian Yi, sauf que cette fois il le dit ouvertement.

Que les fans shippent des personnages en réalité ne me gêne pas (qui ne le fait pas ?), c’est juste que les théories de couple entre les deux personnages, après avoir décortiqué chaque parcelle du comics, image par image, me semblent aller un peu trop loin. Surtout si c’est pour annoncer ses conclusions comme des vérités absolues (et ça se passe encore plus mal si tu n’es pas d’accord).
« Regardez X regarde Y fixement à la 4ème case c’est une preuve du début de ses sentiments pour Y! »
Les lecteurs et lectrices sont libres de leurs interprétations, parfois c’est sensé, parfois ça me donne juste envie de balancer mon PC par la fenêtre. Parfois, je me demande si le lecteur n’est pas formaté après avoir lu/vu/englouti des tonnes d’œuvres qui se ressemblent plus ou moins, avec plus ou moins le même schéma. S’il n’est pas difficile, autant pour l’auteur que celui qui lit, d’imaginer autre chose que ce qui a été déjà mille fois vu et revu.

C’est à peu près la tête que je fais devant certaines analyses.

Ma relation avec les histoires d’amour ou le yaoï est assez particulière, j’en lis beaucoup, j’en vois beaucoup mais je ne suis pas fan pour autant, je ne cours pas non plus après.

En réalité, je pense que je suis contre les facilités scénaristiques, surtout si elles ne sont pas assumées. Je suis contre certains effets des auteurs qui sont juste là pour nous mettre de la poudre aux yeux pour cacher ce qui est, selon moi, creux et vide de sens. Je suis parfois énervée devant les élucubrations de certains fans, ou quand certains revendiquent de s’identifier complètement à tel ou tel personnage, de savoir parfaitement ce qu’il pense, de pouvoir se mettre à sa place. On parle souvent de la « psychologie des personnages » mais quelqu’un m’a dit un jour qu’un personnage n’a pas de psychologie, c’est juste un personnage fictif. Il ne pense ni ne vit qu’à travers son auteur ou son interprète, lui donner une « psychologie » c’est voir, ajouter des choses, là où il n’y a rien à voir.

Bref, que conclure de cette interminable note, qui de base devait être une analyse du traitement de deux personnages de One day à partir d’un champ du dictionnaire de l’amour peu exploré.
One day est une série que j’aime, que j’apprécie, que je suis religieusement ou presque (comme tant d’autres). J’aime les théories de toutes sortes mais quand cela touche des personnages que j’apprécie et des histoires de couples, je peux montrer au créneau.
Pour en revenir au titre, il y a, à mon sens, des personnages qui mériteraient de ne pas finir ensemble parce que l’amour est vaste et qu’il est dommage de se limiter à des structures binaires. Je souhaite une longue vie à One day, je souhaite de voir d’autres bons moments et rire encore de ces histoires.

L’amour à l’anglaise

Avant de partir en Angleterre pour une longue durée, j’ai voulu savoir comment draguaient nos amis outre-manche (histoire de rigoler mais aussi de savoir à quoi m’attendre). Pour être honnête c’est surtout du côté messieurs que mes recherches se tournaient mais j’avoue avoir fait un peu choux blanc de ce côté. Par contre côté féminin et surtout « comment draguer des anglaises », j’ai eu plus qu’il ne m’en fallait.

Avant de partir j’avais déjà rencontrer des personnes (plutôt des hommes) qui avaient vécu là bas pour de plus ou moins longues durées et qui m’avaient raconté leurs expériences. Comme moi, ils avaient été marqué par l’apparence des anglaises, surtout si vous sortez de Londres. Et en particulier le fait qu’elles n’aient pas froid aux yeux (et ailleurs), n’hésitant pas à venir vous draguer, voir vous filer leurs numéros sans aucune gêne. Je peux confirmer la véracité de ces propos pour l’avoir vécu : J’étais au bar avec un ami en train de discuter quand une fille blonde (quand je dis blonde j’entend coloré en blond) et venu directement mettre dans la main de mon ami une carte avec son numéro inscrit dessus juste avant de s’éclipser avec ses amies qui attendaient derrière. J’aurais pu être la copine ou la femme de N. (mon ami) que cela n’aurait rien changé. Il n’y a pas à dire en général les messieurs français ont la côte pour autant la plupart de trouve pas vraiment les anglaises à leur goût ou alors juste le temps d’une soirée, d’un été… histoire de tester.

Mais bref, je suis surtout là pour parler des hommes.

Je suppose que beaucoup de filles (dont moi même) ont été abreuvé aux comédies romantiques mettant en scène Hugh Grant, ne se sont toujours pas remise de la Darcymania et de sa chemise mouillée et se repasse Love actually à Noël. Bref vous attendez le beau british avec son accent du plus bel effet, son côté maladroit mais attendrissant, cet homme qui fera chavirer votre coeur. Et bien attendez vous à être déçue, ou alors armez vous de patiente, BEAUCOUP de patience. Parce que voyez vous l’anglais ne drague pas, ou rarement, et de manière un peu pathétique parfois.

Rassurez vous les comédies romantiques anglaises et les costumes drama ont autant fait de mal aux petites françaises qu’à ces messieurs anglais. Car comme dirait Stephen Clarke : « Fuck you, Mr Darcy, fuck you, Hugh Grant. » « Bloody English gentlemen ». Si vous pensez que les gentlemen anglais sont  » the not-wanting-to-sleep-with-you-immediately » vous vous plantez largement (ou alors vous visez les pré-ados mais ce n’est pas très légal).

Je disais donc que je cherchais à connaître les méthodes de drague de ces messieurs, dans un but purement culturel bien sûr. Et je suis tombée sur cet article. J’avoue, j’ai beaucoup ri et en même temps je n’ai pu m’empêcher de voir la vérité. Pendant des années on m’a rabâché -et encore avant que je parte- qu’en tant que française j’aurais un succès fou là bas. Mon petit accent frenchy so sexy les feraient tomber, la réputation des françaises classes et distinguées, pas farouches sur la chose, feraient le reste. En gros, je n’avais qu’à me baisser pour cueillir tout ces beaux mâles anglais. Imaginez la claque. Le désarroi. Comme beaucoup de filles françaises je ne drague pas, ou pour reprendre beaucoup d’entre elles  » je ne sais pas faire » attendant patiemment qu’un monsieur intéressé vienne faire sa court  ou alors j’envoie des messages subtils, tellement subtils d’ailleurs que l’intéressé ne les capte même pas. Bref, entre les anglais qui ne draguent pas, et les françaises qui draguent peu, nous étions bien partis.

Quand un charmant jeune homme anglais vous envoie un texto vous demandant si vous êtes partante pour « faire une promenade, boire un café ou autre… » attendez vous à faire une promenade, boire un café et rien d’autre. Ne passez pas 3h à vous arracher les cheveux sur la signification des « … », il n’y en a pas. Ou si,  c’est au cas où vous préféreriez aller plutôt au ciné, au resto, voir manger un flapjack à la place de la promenade. Vous allez passer un après-midi ou une soirée culturellement riche, aurez refait le monde autour d’un café mais si vous souhaitiez conclure, il va falloir repasser.

Mais quand un monsieur anglais a décidé de s’y mettre, sérieusement, vous aurez aucun doute sur ses intentions. Ca sera aussi subtil et visible qu’un éléphant dans un couloir, c’est simple ça clignote au dessus de sa tête qu’il s’intéresse à vous. Cela peut prendre différentes formes : parfois pathétique -à vous de voir si vous trouvez cela touchant-, parfois lourdes, parfois très insistantes -au point que ce que vous trouviez charmant au départ ne l’est plus du tout-, parfois subtiles….

En effet, les hommes rentrent dedans (sans jeux de mots vulgaires), c’est très rare. La seule fois où j’y ai eu droit, le monsieur en question avait quelque verres dans le nez pour se montrer très tactile sur la piste de dance et même dans ce cas là, il est resté plus soft et diplomate que certains messieurs français que j’ai pu croiser.

Si la personne en question ne vous intéresse pas, ne soyez pas subtile en étant gentille pour lui faire comprendre le « je préfère qu’on reste amis » ou en refusant poliment. La subtilité ne marche pas. Soyez franche et directe, sinon il risquerait de prendre cela pour un encouragement de votre part et vous serez dans le caca.

Parfois l’anglais mâle à l’apparence du cliché du gros beauf masculin : ça rit grassement, rote sans retenu, aime le foot et les jeux de foot en plus de la mal bouffe, ça sera parfois pas très malin…

Les coups de foudre réciproque ça existe aussi, j’en ai été témoin et tout c’est fait rapidement entre les deux parties et ça dure depuis….comme quoi l’espoir est permis…

Mais revenons à la drague de l’homme anglais…. comme je le disais, l’homme anglais peut vous inviter au restaurant, acheter une rose au marchand pakistanais qui passait justement par là pour vous l’offrir, payer votre repas en douce et…rien. Nada. Que dalle. Niente. C’est sur qu’il vous apprécie beaucoup…comme amie. Je ne dis pas que l’amitié h/f n’existe pas, je milite pour, mais si vous avez des espérances soyez prêtes à être frustrée ou à vous asseoir dessus. Ou alors ne vous décourageait pas et soyez plus explicites, parce que même si vous dites oui à tout, il pensera que c’est cool de trouver quelqu’un du sexe opposé qui s’intéresse aussi à ça et vous serez bien embêtée d’être empêtrer dans la fameuse friendzone.

 

Bref, la drague anglaise ça ressemble un  peu à chez nous, enfin chez certains messieurs mais de manière général ce n’est pas aussi visible et insistant qu’en France (où la drague lourde vire des fois au harcèlement). Les anglais en général sont plus tactiles que nous donc ne vous étonnez pas d’une main posez négligemment sur l’épaule, d’un câlin dans les bras ou tout autre contact furtif et non déplacé.

Parfois, tout se passera bien et de manière naturel dans accro, c’est le meilleur que je vous souhaite. Sinon…. et bien persistez, à force vous arriverez peut être à lui faire comprendre clairement vos intentions et à vous mettre en couple.

Joker Danny

Dans un précédent billet, j’avais parlé du studio Mosspaca, de leurs différentes œuvres et de tout l’amour que j’avais pour ce studio. J’avais été ravie lorsque Urban China avait annoncé la publication de Joker Danny qui était l’occasion de voir des auteurs que j’apprécie beaucoup publiés en France, avec l’espoir de voir d’autres de leurs travaux subir le même sort.

Après la lecture de ces deux tomes qu’en est-il ?

 

Présentation

Joker Danny est une bande dessinée chinoise scénarisé par Moss et dessinée par Old Xian du studio Mosspaca et éditée chez nous par Urban China.

Pour l’instant 2 tomes ont été publié, si la série est notée « en cours », ce qui serait logique vu la fin du tome 2, je suis sceptique quand à une éventuelle suite car les auteurs ont l’air d’avoir d’autres projets en cours.
Nous avons là deux grands tomes en couleurs, d’environ 150 pages chacun, avec des couvertures souples. Le moins que l’on puisse dire c’est que c’est beau avec des couleurs douces, une narration efficace pour une histoire quelque peu confuse au départ dont il est difficile de connaître les tenants et aboutissements.

 

Les tomes

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Le premier tome se divise en deux parties bien distinctes : la première est une compilation d’histoires courtes sans liens entre elles à part l’apparition d’un joker, que l’on suppose être le fameux clown/joker Danny, et qui intervient plus ou moins directement auprès des personnages. Ce genre de récit n’est pas nouveau et pourrait rappeler Angel et Angel Nest de Sakurasawa Erica par exemple. Ceci dit le tome 1 et 2 permettent de mettre en éclairage certains personnages, qui ils sont et leurs rapports avec Danny, et surtout permettent de situer l’action après les événements de la seconde partie. En effet, dans le tome 1 nous revoyons M.Charles le marionnettiste et sa création M.Clafoutis. Quand à la jeune fille de la première histoire, il est facile reconnaître qui elle est et qui sont ses parents et ce qu’il est advenu d’eux. Quand aux deux frères, j’étais tenté de voir en eux deux des orphelins visible dans la seconde partie mais il semble que cela ne soit pas ça…
Après un interlude, nous entrons dans la seconde partie en faisant connaissance avec Danny jeune orphelin avec une tâche de naissance en forme de larme sous l’œil gauche. Celui ci fait la rencontre de Aurèle Nold un grand peintre, à qui l’on prête des pouvoirs surnaturels, venu restaurer la fresque de l’église de la ville afin de protéger les habitants de la peste qui sévit et transforme les gens en végétaux. En parallèle, nous retrouvons les agents spéciaux Sean et Bellevue accompagné de Noah, un enfant particulier, qui sont à la recherche de quelque chose ou quelqu’un (Danny?).
Le premier tome se termine dans la joie et la bonne humeur mais annonce des événements plus grave qui auront lieu dans dix jours (seulement au vu du tome deux, ils se passent directement après donc….sauf s’il y a encore plus grave après…)
Le premier tome est sympathique et pose les bases mais reste néanmoins confus sur la direction que veut prendre l’histoire. Les deux parties ont des ambiances bien distinctes et assez différentes. Néanmoins, la seconde partie, si elle peut donner une impression de flou, laisse entendre que les auteurs savent où ils vont. En dehors de l’aspect narratif, ce premier tome est une entrée en matière dans l’univers du studio avec une postface sur la création de ce premier tome, suivi d’histoires farfelues comme Moss et Old Xian savent si bien les faire. D’ailleurs, la présentation des auteurs sur la couveture confirme que Old Xian est une dessinatrice, ce détail sera effacé dans le second tome.

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Le second tome commence part faire un bon d’un mois en arrière pour nous en apprendre plus sur Nold et la peste qui sévit. Une grande partie est ensuite consacrée à Noah (3 chapitres!), où nous apprenons qui il est, comment il a obtenu ses pouvoirs et pourquoi il est autant craint. Suivi de la quête des agents Sean et Bellevue pour arriver jusqu’au village du premier tome 1 bouclant ainsi la boucle.
Le second tome n’échappe pas aux interludes radiophonique et postfaces des auteurs, un peu plus nombreuses cette fois et qui sont toujours sans queue ni tête mais apportent une dose d’humour frais non négligeable compte tenu des événements.

Au final, ce second tome pose plus de questions qu’il n’y répond et met en place les bases d’un enjeux plus grand :
Qu’est ce que cette peste ? D’où vient-elle ? Comment l’attrape-t-on ?
Qui est le joker et quelles sont les règles et le but de son jeu ? Comment gagne-t-on des points pour augmenter sa puissance ? Qui sont les autres joueurs ? Gilot nous est présenté comme le 11e joueur, en plus de lui nous connaissons Tashia et Noah, et pouvons supposer que Bellevue en fait également partie. Ce qui fait 3-4 joueurs, il y en donc 7 autres, voir plus. J’aurais aimé en savoir plus sur Tashia, Gilot et les agents spéciaux. De même qu’est-ce que cette fameuse organisation dont ils font partie et quel est son but ?
Pourquoi cherchent-ils Danny ? Qu’a-t-il de particulier ? Étant donné qu’il possède lui aussi une marque comme les autres joueurs, on peut supposer qu’il a lui aussi été en contact avec le fameux Joker, quel serait donc ses pouvoirs et sa contrepartie ?
Concernant Noah, nous apprenons que grâce à ses pupilles il peut retrouver n’importe quoi mais qu’il a une contre partie : ça ne fonctionne que par nuit étoilée et il perd quelque chose qui lui est cher chaque fois qu’il s’en sert. Ajouter à cela qu’il a l’air d’avoir un odorat et une force sur-développés dès le départ en plus de sa super vu (dont il n’a pas l’air de beaucoup se servir), ce qui fait de lui un personnage assez cheaté… J’aurais aimé connaître le pouvoir de Tashia et celui éventuel de Bellevue. Pour la première, elle est nommée « mystificatrice » et Bellevue évoque ses mensonges sans être plus explicite. Quant au second, je me suis demandée s’il n’était pas responsable de la transformation en végétaux des gens qui différerait de l’actuelle épidémie qui sévit.
Et le plus important, comment Danny est devenu le Joker Danny ?
De plus, Joker Danny est un titre assez ironique étant donné que le fameux Danny est très peu présent et n’apparaît que brièvement dans le dernier chapitre du tome deux qui fait le lien avec la fin du tome 1.

En conclusion, Joker Danny est un titre superbe visuellement et intriguant au niveau de son histoire qui laisse une certaine frustration une fois le tome deux terminé. Cependant, même si nous n’avons pas le fin mot de l’histoire (l’aurons nous jamais?), il serait dommage de passer à côté ne serait ce que pour soutenir des auteurs chinois comme Moss et Old Xian que j’apprécie tout particulièrement. J’espère un jour voir les autres œuvres du studio publié chez nous car elles fourmillent de personnages sympathiques et joliment dessinés.